La famille Kuhlman traverse plus de 400 ans d'histoire européenne, de la Poméranie à l'Algérie, en passant par la Livonie, l'Ingrie et la Suède. En 1844, Josef Kuhlman, héritier de cette dynastie, devient l'un des premiers Courtiers Maritimes assermentés, puis Consul Général en 1873. Cette saga familiale est racontée par un descendant direct de Johan de Jamawitz.
Le Consulat de Suède à Alger. Gravure de 1830. Collection personnelle de l’auteur.
Le 16 avril 1729, la Suède et la Régence d’Alger signèrent un traité de paix et de commerce, premier accord formel entre la Suède et un État islamique. Ce traité visait à protéger les navires marchands suédois des attaques des corsaires barbaresques qui sévissaient en Méditerranée. George Logie, un marchand écossais résidant à Alger, négocia le traité et fut nommé premier consul de Suède à Alger le 19 mai 1729. Il occupa ce poste jusqu’en 1758 et négocia par la suite des traités similaires avec Tunis, Tripoli et le Maroc.
Après la Grande Guerre du Nord (1700-1721), la Suède cherchait à développer son commerce maritime méditerranéen, notamment pour l’importation de sel et l’exportation de fer et de bois. Les corsaires algériens capturaient régulièrement des navires suédois et réduisaient leurs équipages en esclavage, créant une menace économique et humanitaire majeure. Le traité de 1729 permit la protection des navires suédois, l’interdiction de réduire en esclavage les sujets suédois, l’établissement d’une présence consulaire pour superviser les échanges commerciaux, ainsi que des dispositions pour la libération des captifs.
Le consulat de Suède était situé proche d’El Biar, sur une falaise dominant la baie d’Alger. Cette position offrait une vue spectaculaire sur la ville et la Méditerranée. Lors de la conquête française d’Alger en juillet 1830, le Général de Bourmont choisit les jardins du consulat de Suède pour y établir la batterie d’Henri IV, position d’artillerie utilisée pour bombarder le Fort l’Empereur, principale fortification ottomane de la ville. Cette utilisation militaire témoigne de l’emplacement stratégique privilégié du consulat sur les hauteurs d’Alger. Cependant, l’emplacement était connu pour son instabilité géologique. Le géographe et historien René Lespès, dans sa thèse sur Alger publiée en 1930, mentionne « les escarpements du Consulat de Suède » comme une région sujette à des glissements de terrain « se produisant par grandes masses et à de longs intervalles ». La nature du sol, composée de marnes et de mollasses, rendait cette zone particulièrement vulnérable aux éboulements. Cette menace permanente finit par se concrétiser de manière tragique.
La vallée d’El Biar en 1860. Tableau de Vincent Cordouan (1810-1860. Musée d’Art de Toulon, Var.
Le 20 janvier 1845, le consulat fut entièrement détruit par un glissement de terrain. Cette catastrophe naturelle mit fin à cent seize ans de présence consulaire suédoise sur ce site remarquable. Quelques mois plus tard, en août 1845, les autorités coloniales françaises décidèrent le percement de la rue de la Lyre. Cette nouvelle voie représentait la première grande intervention d’urbanisme de cette envergure dans la Casbah d’Alger.
Suite à la catastrophe de 1845, les représentations diplomatiques suédoises furent relocalisées dans d’autres quartiers d’Alger. Des sources mentionnent ultérieurement un consulat boulevard Saint-Saëns. Le balcon Saint-Raphaël à El Biar perpétue aujourd’hui la mémoire de ce lieu historique, offrant toujours cette vue spectaculaire sur Alger qui avait attiré la présence diplomatique suédoise au début du XVIIIe siècle.
En décembre 1844, Joseph Kuhlman devient courtier maritime assermenté et courtier en marchandises à Alger. Essayons de comprendre comment il a pu se rendre en Algérie à cette époque.
Au milieu du XIXe siècle, l’Europe était en pleine mutation avec l’essor timide des chemins de fer et des bateaux à vapeur et les voyages intercontinentaux restaient une aventure réservée à une élite. Se déplacer à l’époque de la grande capitale du nord de l’Europe à Alger n’était pas simple. En 1844, il n’existait aucune liaison maritime directe entre ces deux destinations. Il est fort probable que Josef n’ait pas emprunté un trajet purement maritime car cela aurait impliqué une navigation longue et périlleuse d’environ 2 500 à 3 000 milles nautiques, traversant la mer Baltique, la mer du Nord, l’Atlantique et le détroit de Gibraltar, sans services réguliers documentés pour les passagers. Par conséquent, le voyage qu’il effectua a certainement combiné mer, routes terrestres voire un peu de chemin de fer, une innovation naissante. Une chose est certaine, ce voyage aura certainement été long, de l’ordre de deux à quatre semaines, selon les aléas météorologiques et les correspondances.
En 1844, l’Europe n’était pas encore quadrillée par les réseaux ferrés modernes. La Suède, par exemple, n’inaugurera son premier chemin de fer qu’en 1856 et la France, un peu plus avancée, n’achèvera le trajet Paris-Marseille qu’en 1855. L’Algérie commençait à attirer colons, militaires, aventuriers et commerçants, stimulant les liaisons maritimes régulières depuis les ports hexagonaux. Pour un voyageur suédois, le périple exigeait patience, moyens financiers et une bonne dose de résistance face aux tempêtes, aux maladies et aux retards. Les coûts étaient de plus prohibitifs; billets de bateau, diligences, auberges et bagages pouvaient représenter plusieurs mois de salaire pour un ouvrier.
La traversée de la Baltique vers l’Europe du Nord
Le voyage débuta par la mer. De Stockholm, les passagers devaient embarquer sur un bateau à voile ou, de plus en plus, à vapeur – une technologie émergente qui réduisait les dépendances aux vents. Les destinations privilégiées étaient des ports allemands comme Lübeck ou Hambourg (sous contrôle prussien), ou encore Copenhague au Danemark. Ces liaisons étaient fréquentes, soutenues par le commerce baltique en bois, fer et produits agricoles. Les navires partaient du port de Stockholm, souvent bondés de marchandises. Les cabines pour passagers étaient rudimentaires, avec des repas frugaux à base de hareng et de pain noir. À l’arrivée, un changement rapide s’imposait pour éviter les quarantaines sanitaires, courantes en cas d’épidémies comme le choléra qui ravageait l’Europe. Cette première partie du périple devait durer entre 3 et 7 jours suivant les conditions météorologiques.
Des plaines prussiennes aux vignobles français.
Une fois à terre, le vrai défi commençait : traverser l’Europe centrale et occidentale par voie terrestre. De Hambourg ou Lübeck, les voyageurs optaient pour des diligences – ces voitures à chevaux attelées, gérées par des réseaux postaux comme la Thurn und Taxis en Allemagne. Le trajet menait vers le sud, Berlin, puis Mayence et enfin la France via Strasbourg ou Bâle. En 1844, quelques segments de rail existaient déjà, comme la ligne Hambourg-Berlin (ouverte en 1846, mais des portions antérieures étaient opérationnelles) ou Berlin-Mayence. Cependant, la majorité du parcours a du se faire en diligence, avec des relais tous les 10-20 kilomètres pour changer les chevaux épuisés.
Une fois en France, direction Paris, puis le sud via Lyon et la vallée du Rhône en combinant la diligence jusqu’à Chalon-sur-Saône, puis les bateaux fluviaux descendant la Saône et le Rhône vers Marseille. Pour cette partie du voyage, il fallait compter en 10 à 20 jours, ponctués d’arrêts dans des auberges souvent inconfortables. Les routes pouvaient être boueuses en hiver, poussiéreuses en été et les brigands n’étaient pas rares dans les régions frontalières ainsi les guides de voyage e l’époque conseillaient de privilégier les voyages en groupes…
La traversée vers Alger
Dans les années 1840, pour rejoindre l’Algérie depuis la France, le voyageur avait le choix entre deux ports : Toulon et Marseille. À Toulon, la Marine Royale assurait des départs réguliers trois fois par mois (les 10, 20 et 30) à huit heures du matin. La traversée était plutôt rapide (trente-trois heures), la sécurité maximale sur ces navires de guerre, et des tarifs raisonnables : cent francs en première classe, soixante-dix en seconde. Pour les militaires et fonctionnaires, la nourriture était même fournie gratuitement. Mais il y a fort à parier que Josef ait choisi plutôt Marseille. Plus précisément, qu’il embarqua sur le Charlemagne, ce paquebot à vapeur de cent soixante chevaux lancé par la Compagnie Bazin en 1841. Sur ce navire, pas d’interdiction stricte sur les marchandises, le voyageur était un client et les tarifs modulables : trois classes au lieu de deux, avec une option économique à quarante francs introuvable à Toulon. Il fallait compter entre 45 à 60 heures de mer (2 à 3 jours), une traversée relativement courte mais agitée par les vents du Mistral ou les tempêtes.
La vie à bord, surtout en 1ere classe, était assez confortable. Les cabines étaient plus modernes que sur la Baltique avec des repas qui se prenaient en commun dans une ambiance conviviale.
À l’arrivée à Alger, après un voyage qui dura entre 15 à 30 jours, les premières formalités coloniales attendaient : contrôles des passeports et douaniers et il allait devoir commencer à s’acclimater à la chaleur nord-africaine et découvrir de nouveaux horizons culturels et commerciaux.
(1) En 1831 deux frères Charles et Auguste Bazin, lancèrent la liaison Marseille-Alger et créèrent la Compagnie Bazin. En 1842 la compagnie devenue Compagnie Bazin-Perrier signa une convention avec l’État pour assurer la liaison entre la France et l’Algérie en faisant 7 voyages par mois. En 1852 cette compagnie cessa l’exploitation de cette ligne et, avec Léon Gay, elle devint La Compagnie Générale de Navigation à Vapeur. Elle fut remplacée par la Compagnie Impériale de MM. Caffarel, Rebuffat, Taffe. En 1854 : cette compagnie fit faillite et est remplacée par la Compagnie des Services Maritimes des Messageries Impériales et assure 15 voyages par mois. En 1861 : La compagnie fusionna avec une autre compagnie pour devenir la Compagnie des Messageries Maritimes nom définitif en 1871, dirigé par Albert Rostand, et Ernest Rigobert Simons, Administrateur des Messageries impériales, et anciennement administrateur de la Compagnie de Rouen, officier de la Légion d’honneur.
Un navire de la Compagnie des Indes Orientales au mouillage devant Dalarö, les voiles déliées pour le séchage, mâts avant et arrière abaissés. Drapeau suédois sous la fourche. Cedergren (1), Per Wilhelm (1823 – 1896)
Pendant longtemps j’ai pensé que dans la famille j’étais probablement celui qui voyageait le plus. Que ce soit avec la famille ou les affaires, en déplacement, pour habiter ou encore en touriste, si je considère les kilomètres parcours c’est probablement le cas et cela devrait le rester encore quelques temps. Mais si on se projette au XVIIIe ou XIXe siècle, on ne peut être qu’impressionné par les voyages réalisés par Johan en Europe.
De la fin des années 1750 jusqu’à 1780 environ, Johan Kuhlman (1738-1806) a beaucoup voyagé, à la recherche de nouveaux produits à importer en Suède ou encore pour se soigner (2). Quand on épluche les principaux journaux de cette époque on retrouve des traces de ses passages dans les différents ports d’Europe. Johan ira jusqu’à Setubal, le port de Lisbonne ou encore Gènes en Italie.
Carte des principaux voyages en Europe de Johan et Henric Kuhlman de 1760 à 1780.
Après avoir passé des contrats avec les producteurs ou revendeurs locaux, Johan mettait à disposition de ses clients des citrons, des eaux minérales de Spa, de Seltz ou encore de Balaruc dans le sud de la France, du chocolat ou encore du beurre de Courlande (3). J’aurai l’occasion d’évoquer ces produits dans un article à venir.
2 juillet 1768 : « Nouvellement arrivé, de l’or de qualité extra ainsi que de l’eau minérale de Pyrmont et de Seltz. Ces produits fins sont à vendre chez Johan Kuhlman à un prix raisonnable».
Un de ses voyages m’a particulièrement intrigué. Le 17 mai 1762, parmi d’autres voyageurs, on le retrouve à l’arrivée non pas à Gothembourg (Göteborg) ou Stockholm mais au port de Dalarö. A Stockholm, ce port faisait office de base pour la Compagnie Suédoise des Indes Orientales. Johan est-il rentré de Bordeaux avec un navire de la SOIC ? Est-ce lors de ce dernier voyage du célèbre navigateur Braad (4) qu’ils se sont rencontrés ?
(1) Dans l’album familial de photographies couvrant la période 1850 à 1920, album que j’ai appelé « l’album de Sigurd », il y a une photo avec pour seule annotation au verso « Cedergren ». Certainement une coïncidence mais je n’en suis pas si certain car elle est entourée d’autres photos de marins, armateurs ou capitaine de navires. Cette photo a-t-elle un lien avec le peintre ?
(2) Johan Kuhlman était atteint de la « maladie de la pierre ». Au XVIIIᵉ siècle, la “maladie de la pierre” désignait ce qu’on appelle aujourd’hui des calculs urinaires (pierres formées dans les voies urinaires, rein et/ou vessie). Dans les textes de l’époque (et les travaux d’historiens qui les synthétisent), elle est très souvent assimilée à la “gravelle” (terme courant pour ces concrétions) : on parle ainsi de “maladie de la pierre” ou “gravelle”.
(3) La Courlande est l’une des quatre régions historiques de la Lettonie s’étendant dans l’ouest du pays le long de la côte Baltique et le golfe de Riga, autour des villes de Liepāja et de Ventspils. Elle correspond à la partie occidentale de l’ancien duché de Courlande.
(4) voir un précédent article. Christopher Henric Braad, né le 28 mai 1728 à Stockholm et décédé le 11 octobre 1781 à Norrköping, était le fils de Paul Kristoffer Braad, industriel à Norrköping, et de Gertrud Planström. Il reçut une éducation privée à Norrköping, puis entra à Uppsala le 28 mars 1743. Il fut nommé au Collège de Commerce le 30 janvier 1745 et au Bureau de la Manufacture le 31 janvier 1747. Commis de bord à la Compagnie des Indes orientales en juillet 1747, il effectua son premier voyage pour cette compagnie en janvier 1748. Il devint premier assistant en 1753, puis chef d’expédition de 1760 à 1762. Il reçut le titre d’assesseur le 3 avril 1764. Marié une première fois le 21 juillet 1763 à Maria Kristina Westerberg (1739 -1768), fille du marchand Karl Magnus Westerberg à Norrköping puis une deuxième fois le 2 mars 1769 à Vilhelmina Hulphers (1749 -1771), fille du marchand et échevin Abraham Hulphers à Västerås et enfin une troisième fois le 4 juin 1772 à Sara Margareta Kuhlman (1754 -1797), la fille du marchand Henrik Kuhlman à Norrköping et la sœur de Johan et Henric.
Extrait d’une carte d’Ortelius (1) sur la Poméranie, la Lettonie et une partie du sud de la Pologne au-dessus des Carpates, éditée en 1581. collection personnelle de l’auteur.
Parmi les innombrables lettres, encore conservées, écrites par Johan Henric Lidén (1) à son ami Johan Kuhlman (1738-1806), un personnage que j’évoquerai dans un de mes prochains articles, il en est une évoquant l’origine de ces familles. Elle date du 17 octobre 1774 :
Des nouvelles d’Aix-la-Chapelle : Depuis ma dernière arrivée du pays de nos pères, Mme R. Rådinnan Bonde , née Trolle est devenue sage-femme et sera mon infirmière pour l’hiver. Monsieur le Commissaire Löwing de Finlande, un vieil ami honnête, va bientôt rentrer chez lui. D’autre part, le général Sprengtporten est déjà parti pour Amsterdam, mais il est rentré si rapidement chez lui et est parti aussi mal qu’il est arrivé ici …
Lidén voulait bien sûr parler de la Poméranie. Mais qu’est-ce que la Poméranie?
La Poméranie (Pomerania en anglais, Pomorze en polonais) est une région historique située sur la côte sud de la mer Baltique, aujourd’hui partagée entre l’Allemagne (à l’ouest) et la Pologne (à l’est). Son nom dérive du slave ancien “po more”, signifiant “terre au bord de la mer”. Son histoire remonte à plus de 10 000 ans, marquée par des migrations, des conquêtes et des divisions territoriales. La région est habitée depuis la fin de la dernière ère glaciaire. Durant l’Antiquité, elle est peuplée par des tribus germaniques et baltiques, mentionnée comme partie de la “Germania” par les Romains. À partir du VIe siècle, des peuples slaves (comme les Poméraniens) s’y installent, repoussant ou assimilant les populations précédentes.
Vers l’an 1000, la région est conquise par les souverains polonais (Piasts), qui l’intègrent partiellement à leur royaume. Au XIIe siècle, elle est christianisée sous l’influence de l’Empire germanique, du Danemark et de la Pologne. Des duchés locaux émergent, comme celui de la maison de Poméranie (Griffons) et des Samborides, souvent vassaux de puissances voisines. La région se divise en Poméranie occidentale (Vorpommern) et orientale (Pomerelia ou Hinterpommern). À partir du XIIIe siècle, une colonisation allemande (Ostsiedlung) s’intensifie, transformant la démographie. La Pomerelia (3) tombe sous le contrôle des Chevaliers Teutoniques au XIVe siècle, tandis que la Poméranie occidentale reste liée à l’Empire germanique et au Danemark.
Au XVIe siècle, la Réforme protestante s’implante en Poméranie occidentale. La guerre de Trente Ans (1618-1648) ravage la région, menant au traité de Westphalie : la Poméranie occidentale devient suédoise (Poméranie suédoise), tandis que la Pomerelia reste polonaise. Au XVIIIe siècle, la Prusse (Brandenburg-Prusse) s’empare progressivement des territoires : en 1720, elle gagne la partie sud de la Poméranie suédoise, et en 1815, après les guerres napoléoniennes, l’ensemble forme la province prussienne de Poméranie. La Pomerelia est intégrée à la Prusse occidentale lors des partages de la Pologne (1772-1795).
Au XIXe et début XXe siècles, la Poméranie fait partie de l’Empire allemand, avec une population majoritairement germanophone. Après la Première Guerre mondiale, la Pomerelia revient à la Pologne (voïvodie de Poméranie), formant le “corridor polonais” vers la mer. Durant la Seconde Guerre mondiale, la région est sous contrôle nazi. À la fin de la guerre (1945), les conférences de Yalta et Potsdam redessinent les frontières : la partie est de l’Oder (Hinterpommern et Pomerelia) est attribuée à la Pologne, avec expulsion massive des Allemands (environ 2 millions) et peuplement par des Polonais. La partie ouest (Vorpommern) intègre la RDA (Allemagne de l’Est), puis l’Allemagne réunifiée en 1990, au sein du Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale.
J’aurai l’occasion de revenir plus tard dans de prochains articles sur l’histoire de la Poméranie Suédoise.
(1) Abraham Ortel, mieux connu sous le nom d’Ortelius, est né à Anvers et, après avoir étudié le grec, le latin et les mathématiques, s’y est établi avec sa sœur, en tant que libraire et «peintre de cartes». Voyageant beaucoup, particulièrement aux grandes foires du livre, son entreprise prospéra et il noua des contacts avec des lettrés dans de nombreux pays. Un tournant dans sa carrière est atteint en 1564 avec la publication d’une carte du monde en huit feuilles dont un seul exemplaire est connu : d’autres cartes individuelles suivront, puis, à la suggestion d’un ami, il rassemble une collection de cartes qu’ il fit graver dans une taille uniforme, formant ainsi un ensemble de cartes qui fut publié pour la première fois en 1570 sous le nom de Theatrum Orbis Terrarum (Atlas du monde entier). Bien que Lafreri et d’autres cartographes italiens aient publié des collections de cartes «modernes» sous forme de livre au cours des années précédentes, le Theatrum a été la première collection systématique de cartes de taille uniforme et peut donc être appelé le premier atlas, bien que ce terme n’ait été utilisé vingt ans plus tard par Mercator. Le Theatrum, avec la plupart de ses cartes élégamment gravées par Frans Hogenberg, connaît un succès immédiat et apparaît dans de nombreuses éditions dans différentes langues, y compris des addenda publiés de temps à autre incorporant les dernières connaissances et découvertes contemporaines. La dernière édition de cartes parut en 1612. Contrairement à bon nombre de ses contemporains, Ortelius nota ses sources d’informations. Dans la première édition, quatre-vingt-sept cartographes étaient remerciés.
(2) Johan Hinric Lidén (7 janvier 1741 – 23 avril 1793) était un érudit, philosophe, bibliographe, humaniste et critique littéraire suédois. Son œuvre la plus célèbre est sa thèse de doctorat sur l’histoire de la poésie suédoise, intitulée Historiola litteraria poetarum Svecanorum (1764) . Ses ancêtres, originaires de Poméranie, avaient fait fortune. Son père avait adopté le nom de famille de la ferme Lida, située près de Norrköping, qu’il avait développée. Sa mère était la nièce de l’évêque et philosophe Andreas Rydelius . En 1771, il fut atteint de la goutte et démissionna de son poste à Lund en 1776. Il vécut chez son ami Johan Kuhlman à Norrköping et, alité jusqu’à la fin de sa vie, il poursuivit ses recherches.
(3) La “Pomerelia” (aussi appelée Pomérélie en français, ou Pomerelia en anglais/polonais) est une subdivision historique essentielle de la région. La Poméranie globale se divise traditionnellement en :
Poméranie occidentale (Vorpommern, aujourd’hui principalement en Allemagne),
Poméranie orientale ou Pomerelia (Hinterpommern ou Pomorze Gdańskie, aujourd’hui en Pologne, autour de Gdańsk).
Cette distinction date du Moyen Âge et a joué un rôle clé dans les conquêtes, les partages et les changements de frontières (par exemple, sous les Teutoniques, la Pologne, la Prusse, etc.). Sans elle, l’histoire de la Poméranie serait incomplète, car la Pomerelia représente une partie intégrante avec son propre parcours distinct (intégration à la Pologne au XXe siècle, corridor polonais, etc.)
Carte de Sanson, cartographe du Roi, « la Carélie, l’Ingrie ou Ingermanland ». Source Gallica, BNF.
Dans les premiers temps de mes recherches sur l’histoire de la famille Kuhlman installée en Ingrie (voir par ailleurs), je pensais que la raison principale du retour des descendants de Johan vers Weimar et Gadebush ou celle de Peter en Finlande liée à la conquète de cette province par la Russie au début du XVIIIe siècle.
La thèse de doctorat de Kasper Kepsu (1), historien finlandais né en 1978, apporte un autre élément de compréhension des raisons qui ont pu amené les Kuhlman à quitter l’Ingrie. Sa thèse intitulée « Den besvärliga provinsen » (La Province Difficile), dissèque avec une précision chirurgicale les mécanismes qui firent de l’Ingermanland une épine constante dans le flanc de l’Empire suédois.
Lorsque la Suède arracha cette province à la Russie par le traité de Stolbova en 1617, Stockholm pensait avoir sécurisé une position stratégique majeure sur la Baltique orientale. Cette région, située entre le lac Ladoga et le golfe de Finlande, devait servir de rempart contre les ambitions russes de reconquête et ouvrir la route du commerce lucratif vers la Moscovie. Pourtant, durant près d’un siècle de domination suédoise, l’Ingermanland allait se révéler être une charge plutôt qu’un atout. Le titre de la thèse résume à lui seul le calvaire administratif que connut la Couronne suédoise dans ses tentatives répétées de contrôler et d’intégrer ce territoire rebelle. Kepsu démontre brillamment que l’Empire suédois, souvent présenté dans l’historiographie comme un exemple d’État puissant et efficace, ressemblait davantage à un « État impuissant » dans ses périphéries orientales.
Le choc de la « Grande Réduction » (2)
Au cœur du désastre d’Ingrie se trouve la politique de Réduction lancée par Charles XI (2) dans les années 1680. Cette vaste entreprise de reprise des terres données ou vendues à la noblesse devait restaurer les finances royales épuisées par des décennies de guerres incessantes. En Ingrie, l’opération prit des proportions radicales : environ 80% des terres, qui appartenaient à la noblesse, furent brutalement confisquées pour revenir dans le giron de la Couronne. Les grandes familles aristocratiques qui avaient bâti leur fortune sur ces terres lointaines virent leur monde s’effondrer. Les De la Gardie, autrefois seigneurs d’immenses domaines, perdirent jusqu’à 80% de leurs revenus en provenance d’ingrie. Magnus Gabriel De la Gardie, qui avait régné en prince sur ses possessions, mourut pratiquement ruiné. Les Horn, les Stenbock, les Posse, tous ces noms illustres de la noblesse suédoise durent vendre leurs biens mobiliers, licencier leurs domestiques et parfois même abandonner la province.
Parmi ces nobles dépossédés figuraient également des familles d’officiers récemment anoblis pour leurs services militaires. La famille Kuhlman, dont les frères Johan et Peter avaient reçu leurs lettres de noblesse en 1649 en reconnaissance de leur bravoure, faisait partie de cette catégorie d’officiers qui avaient servi la Couronne avec loyauté et se retrouvaient maintenant victimes de sa politique fiscale impitoyable. Ces hommes incarnaient une génération entière de militaires suédois qui avaient cru aux promesses de l’Empire. Pour les paysans de la province, majoritairement orthodoxes et russophones, le changement de maître (après la Réduction) ne signifia guère d’amélioration. La Couronne, loin d’alléger leur fardeau comme ils l’espéraient, chercha immédiatement à maximiser les revenus de ces terres nouvellement acquises. La solution retenue fut aussi simple que désastreuse : l’affermage fiscal.
L’enfer de l’affermage
Plutôt que de gérer directement la collecte des impôts, Stockholm vendit ce droit à des entrepreneurs privés, les « fermiers fiscaux », qui payaient une somme fixe à l’État et gardaient pour eux tout ce qu’ils parvenaient à extorquer au-delà. Le système créait une incitation perverse à la rapacité et les abus atteignirent des sommets rarement égalés ailleurs dans l’Empire. Les archives regorgent de témoignages glaçants. Carl Gustaf Falkenberg, l’un des fermiers fiscaux les plus notoires, fut accusé d’avoir systématiquement torturé des paysans pour obtenir des paiements. Gustaf Braunius, un autre, confisquait le bétail et les outils agricoles, condamnant des familles entières à la famine. Les méthodes rappelaient davantage celles de brigands que d’agents de l’État. Le pasteur Matthias Moisander, témoin horrifié de ces exactions, s’exclama dans une supplique désespérée :
« Ah ! Toi, dorée, noble, précieuse Loi de Suède, qui pendant des centaines d’années as été maintenue avec force et fondée sur les Saintes Écritures, comme tu as perdu ta vigueur et ta force en Ingermanland et en Carélie ! »
La barrière linguistique aggravait encore la situation. Les paysans parlaient russe, finnois d’Ingrie ou estonien. Les administrateurs suédois ne comprenaient rien à leurs doléances. Quant au fossé religieux, il était abyssal. La population, fidèle à l’orthodoxie russe, voyait ses églises converties de force au luthéranisme, ses prêtres expulsés, ses pratiques interdites. Pour ces paysans, la domination suédoise n’était pas simplement une oppression fiscale, c’était une persécution religieuse.
Carte le la Curlande, Livonie, Ingrie par Robert de Vaugoudy en 1749. Source Gallica, BNF.
La révolte gronde
L’explosion était inévitable. Dès les années 1680, les premières protestations apparurent. Des pétitions collectives affluèrent vers Stockholm. Des paysans refusèrent de payer certaines taxes qu’ils jugeaient illégales. Certains prirent le chemin de l’exil vers la Russie. En 1690, la situation s’envenima dangereusement. Des rassemblements de plusieurs centaines de paysans se formèrent. Des percepteurs furent attaqués, leurs biens saisis. Le refus armé de laisser confisquer le bétail se multiplia. Puis vint la Grande Famine de 1696-1697, catastrophe naturelle qui transforma la crise sociale en apocalypse. Deux années consécutives de récoltes catastrophiques décimèrent entre 15 et 25% de la population et les chroniques mentionnent des cas de cannibalisme dans les campagnes les plus reculées. Dans ce contexte de désespoir absolu, les tensions entre paysans et fermiers fiscaux atteignirent leur paroxysme. La réponse de Stockholm fut prévisible : répression militaire brutale, exécution des meneurs, renforcement des garnisons. Quelques concessions cosmétiques furent accordées – réduction temporaire de certaines taxes, remplacement de quelques administrateurs particulièrement corrompus – mais le système d’affermage continua. Les autorités suédoises avaient compris qu’elles devaient éviter que les troubles ne dégénèrent en révolte généralisée, mais elles refusaient de s’attaquer aux causes structurelles du mécontentement.
Une noblesse humiliée
La noblesse d’Ingermanland formait un assemblage hétéroclite qui reflétait la nature composite de l’Empire suédois. On y trouvait des familles venues directement de Suède, comme les généraux récompensés par des terres pour leurs victoires militaires. Des officiers anoblis comme les Kuhlman représentaient cette catégorie de militaires professionnels qui avaient fait carrière dans les armées royales et reçu en récompense des domaines dans les provinces conquises. S’y mêlaient également d’anciennes familles boyardes (4) russes restées après 1617, converties superficiellement au luthéranisme mais conservant souvent des liens discrets avec Moscou. Enfin, des nobles allemands baltes, venus de Livonie et d’Estonie, apportaient leur expertise administrative et leurs réseaux commerciaux. Face à la Réduction, cette noblesse tenta de résister. En 1679, une « assemblée secrète » du corps nobiliaire décida d’envoyer une délégation à Stockholm sous la direction des colonels Frans von Knorring et Johan Apolloff. Ces hommes présentèrent un mémoire volumineux accusant la commission royale de tous les abus imaginables. Mais Charles XI et ses conseillers balayèrent ces protestations d’un revers de main. La défaite de la noblesse ingermane était totale et sonnait le glas de son influence politique. En 1688, pour achever de soumettre cette élite récalcitrante, le gouverneur général Göran Sperling exigea que tous les nobles, le clergé et les bourgeois prêtent un serment de fidélité solennel au roi. À Narva et à Nyen (5), les représentants des différents ordres durent jurer « devant Dieu et Son Saint Évangile » leur loyauté à la Couronne. Les nobles et les fermiers fiscaux durent même promettre de veiller à ce que leurs paysans restent également fidèles. Cette cérémonie humiliante confirmait que le pouvoir royal ne faisait plus confiance à ses propres serviteurs dans la province.
Plan de Narva datant de 1650. Heinrich Ceulenberg, archives nationales d’Estonie.
Une stratégie militaire défaillante
Paradoxalement, toute cette agitation fiscale et administrative servait officiellement un objectif militaire. L’Ingermanland constituait la première ligne de défense contre une éventuelle attaque russe. Les revenus de la Réduction devaient financer la modernisation et l’entretien d’une chaîne de forteresses censées arrêter l’ennemi. Narva, Nöteborg, Nyenskans : ces places fortes devaient former un verrou infranchissable. La réalité fut bien différente. Malgré les sommes colossales investies, les fortifications restèrent inadéquates. La Suède avait déplacé son centre de gravité stratégique vers le sud après la conquête des provinces danoises. Les gouverneurs successifs d’Ingermanland eurent beau supplier Stockholm d’envoyer des renforts et des fonds, leurs demandes restaient lettre morte. De plus, aucune troupe régulière permanente ne fut stationnée dans la province. Les autorités se contentaient de garnisons locales et comptaient sur des levées de milices paysannes en cas de danger – ces mêmes paysans qu’elles opprimaient et spoliaient le reste du temps. Cette contradiction révèle l’incohérence fondamentale de la politique suédoise en Ingermanland. Si la province était vraiment stratégiquement cruciale, pourquoi ne pas y établir le système de défense permanent qui avait fait la force militaire de la Suède ailleurs ? La réponse tient en un mot, le coût. L’Ingermanland devait être rentable pour la Couronne, pas une charge. L’affermage fiscal permettait d’extraire des revenus sans construire une administration coûteuse. Les fortifications devaient se financer elles-mêmes sur place. Cette logique comptable condamnait d’avance toute tentative sérieuse d’intégration de la province.
Le commerce, seule réussite
Si l’histoire politique et sociale de l’Ingermanland suédoise fut un fiasco, son histoire commerciale connut en revanche un certain succès. Narva et Nyen devinrent des ports florissants qui contrôlaient le lucratif commerce de transit avec la Russie. Les exportations suédoises – fer, cuivre, produits manufacturés – transitaient par ces villes vers la Moscovie. En retour arrivaient fourrures, bois et céréales russes destinés aux marchés occidentaux. La Couronne encouragea ce commerce par des privilèges fiscaux et douaniers. Narva en particulier connut une croissance spectaculaire dans les années 1690. Juridiquement, ces villes jouissaient du même statut que celles de Suède propre, mais leur population cosmopolite – Suédois, Allemands, Russes, Finnois – leur donnait un caractère unique. Elles incarnaient ce que l’Ingermanland aurait pu devenir : un pont entre l’Occident et l’Orient, un lieu d’échanges et de prospérité. Mais cette réussite commerciale ne profita guère aux paysans de l’arrière-pays qui continuaient de souffrir sous le joug des fermiers fiscaux. Le contraste entre la richesse des marchands urbains et la misère rurale ne fit qu’exacerber les tensions sociales.
Une province impossible à tenir
Kepsu conclut son étude magistrale par une question simple : pourquoi l’Ingermanland fut-elle si « difficile » à contrôler ? Sa réponse tient en plusieurs facteurs qui se renforçaient mutuellement pour créer une situation ingérable. D’abord, la conquête était récente et moins d’un siècle de domination suédoise n’avait pas suffi à effacer des siècles d’identité russe et orthodoxe. La population ne se sentait pas suédoise et ne le deviendrait jamais. Ensuite, l’exploitation fut excessive. La politique fiscale rapace, l’affermage particulièrement abusif et la Réduction déstabilisèrent complètement l’ordre social local. Même des sujets loyaux auraient fini par se rebeller. Le fossé culturel était infranchissable. La barrière linguistique, le conflit religieux profond et l’incompréhension mutuelle entre administrateurs et population rendaient toute gouvernance normale impossible. Enfin, la position géopolitique condamnait la province. Zone frontalière militarisée, constamment menacée par la Russie, impossible à défendre adéquatement, l’Ingermanland représentait un fardeau stratégique plus qu’un atout.
En 1703, lors de la Grande Guerre du Nord, Pierre le Grand reconquit facilement l’Ingermanland et y fonda Saint-Pétersbourg. La domination suédoise, qui n’avait duré que 86 ans, s’achevait dans l’échec. Comme le résume Kepsu « L’Ingermanland resta jusqu’au bout une province étrangère dans l’Empire suédois – conquise par les armes, exploitée économiquement, jamais véritablement intégrée culturellement ou politiquement. Sa perte en 1703 ne fut pas seulement une défaite militaire, mais l’aboutissement d’un échec administratif et politique d’un siècle. » La mention des Kuhlman dans l’index de cette thèse monumentale rappelle que derrière les statistiques et les analyses structurelles se cachaient des destins humains. Des familles comme celle de Johan et Peter Kuhlman, officiers fidèles qui avaient servi la Couronne avec honneur, virent leurs espoirs de prospérité anéantis par les impératifs fiscaux d’un État en guerre permanente.
Novoĭ plan stolichnago goroda i kri︠e︡posti Sanktpeterburga. Nouveau plan de la ville et de la forteresse de St. Pétersbourg par Roth, Christoph Melchior, publié en 1776.
(1) Kasper Kepsu a consacré sa thèse à l’une des provinces les plus énigmatiques et turbulentes de l’Empire suédois. Soutenue à l’Université d’Helsinki en 2014 et publiée par la Société scientifique finlandaise (Finska Vetenskaps-Societeten) dans la prestigieuse collection « Bidrag till kännedom av Finlands natur och folk » (Contributions à la connaissance de la nature et du peuple de Finlande), son travail monumental de près de 400 pages a immédiatement marqué l’historiographie nordique. Aujourd’hui maître de conférences en histoire nordique à l’Åbo Akademi University (Université Åbo Akademi) à Turku, Kepsu s’est imposé comme l’un des spécialistes internationaux de l’Ingermanland et des zones frontalières de l’Empire suédois à l’époque moderne. Il a également publié des travaux remarqués sur les bourgeois de Nyen et leur rôle de financiers pendant la Grande Guerre du Nord (1700-1721), ainsi que sur la mobilité des populations dans les régions frontalières entre Finlande et Russie. Ses recherches portent notamment sur les relations entre pouvoir central et périphéries, sur la construction étatique suédoise et sur l’interaction entre populations civiles et autorités militaires. Conférencier régulier dans les universités européennes, notamment à Vienne et Uppsala, Kepsu continue d’explorer ces territoires oubliés qui furent autrefois au cœur des rivalités entre grandes puissances baltiques.
(2) La Grande Réduction est une réforme mise en œuvre en Suède en 1680 au cours de laquelle la Monarchie suédoise récupère des terres accordées préalablement à la noblesse et où l’ancienne noblesse terrienne perd la base de son pouvoir. En Suède, les réductions (reduktion) désignent, de manière plus générale, le retour à la Couronne de fiefs qui avaient été accordés à la noblesse. Plusieurs réductions ont eu lieu, celle de 1680 étant la dernière.
(3) Charles XI (en suédois : Karl XI), né le 24 novembre 1655 à Stockholm et mort le 5 avril 1697 dans la même ville, est roi de Suède de 1660 à sa mort.
(4) Un boyard, ou boïar est un aristocrate des pays orthodoxes non grecs d’Europe de l’Est : Ukraine, Biélorussie, Moldavie, Valachie, Transylvanie, Russie, Serbie, Bulgarie. Etymologiquement, le terme boyard prend son origine du terme boi qui signifie combat. Bien que considérés comme des aristocrates, les boyards, avant le règne d’Ivan III étaient fondamentalement reconnus comme de grands chefs militaires et des guerriers
(5) Nyenskans (littéralement « Fort de la Neva ») était une place forte suédoise édifiée en 1611 à l’embouchure de la Neva en Ingrie. Prise en 1703 par Pierre le Grand, elle forma le noyau de la nouvelle capitale de l’empire russe, Saint-Pétersbourg en Russie.