L’homme de Kenitra

A tous mes amis du Maroc…

Aujourd’hui je vais évoquer le Maroc et principalement la ville de Kenitra. Mais pourquoi le Maroc ?

Il m’est arrivé plus d’une fois en visitant une ville, un pays, lors d’un déplacement privé ou professionnel de ressentir quelque chose de spécial. Comme si le lieu m’était familier. La plupart du temps, les premières fois, je n’en compris pas le sens.

La première fois que je passai à Norrköping, je connaissais bien sûr un peu l’histoire des Kuhlman dans cette ancienne ville industrielle de Suède mais il était tard, je rentrai à Copenhague et j’attendais mon train de correspondance, les avions depuis Stockholm étant cloués au sol par les fortes chutes de neige des jours qui précédèrent. D’autres fois en revanche, je ressentais quelques vibrations internes sans en comprendre le sens. Plus tard je compris que si pour moi ces visites semblaient être les premières, mes ancêtres y avaient marqué leur présence bien avant. Cela m’arriva à Tunis, en Finlande ou encore plus récemment au Maroc.

Si l’histoire familiale en Algérie commençait à m’être bien familière, je me demandai pourquoi, lors de ma première visite au Maroc en 2019, il me semblait ressentir quelque chose d’équivalent à ce que j’avais ressenti lors de ma première visite à Alger en 2011. Mes amis Algériens ne m’en voudront pas de ne pas entrer dans les polémiques actuelles, car mes propos visent toujours à rassembler et non à diviser, bien entendu. Mais pourquoi le Maroc ? Habitué à ces étranges sensations de déjà-vu intergénérationnel, je devais comprendre d’où cela pouvait venir…

Peu de temps après être rentré de cette première visite à Tanger, j’entrepris quelques recherches complémentaires. Une des histoires encore non élucidées concernait mon arrière-grand-père Georges Kuhlman, le père de Germaine, Suzanne, ma grand-mère et Simone. Je savais par Suzanne qu’elle avait perdu ses parents encore adolescente et qu’elle était allée vivre avec ses sœurs chez sa tante Hélène Beauvais et son oncle Lamoise à Eckmühl, un quartier d’Oran.

Georges Kuhlman naquit à Oran le 7 avril 1872, fils cadet de Sigurd et Louise Chapotin. En avril 1889, il réussit l’examen d’entrée de l’École Pratique d’Agriculture et de Viticulture de Rouïba, une distinction rare car il était ce printemps-là le seul candidat oranais à y avoir été admis. À sa sortie de l’école, Georges prit en main la grande propriété familiale, la « Ferme Saint-Joseph » à Bourkika : cent trente-neuf hectares de vignes et de plantations, auxquels s’ajoutaient quatre lots de concessions au cœur du village. Après la vente forcée de la propriété en 1895, il tenta de se relancer en exploitant une petite ferme viticole à Saint-Cloud, dans l’Oranais avant de devenir garde-champêtre à Sirat, une petite commune mixte à proximité.

Il s’était marié deux ans plus tôt, en 1893 à Marengo, avec Ida Zoé Beauvais, née en 1877, institutrice et fille de Michel Eugène Beauvais, maire de Marengo, et de Mathilde Ida Zaepffel. De leur union naquirent sept enfants. L’aîné, Louis Georges (1896–1920), émigra en Argentine dans la région de Mendoza pour cultiver la vigne et disparut lors du tremblement de terre de décembre 1920. Lucien Sigurd (1898–?), gendarme, s’évada pendant la Première Guerre mondiale avant de servir à Relizane pour le reste de sa carrière. Vinrent ensuite Germaine, Suzanne et Simone, toutes trois citées dans l’avis de décès de 1923, Roberte (1917–1923) emportée à cinq ans le 29 mars 1923 à Oran, et enfin Roger (1919–1920). Ida mourut des suites de l’accouchement du petit Roger en septembre 1919. À la disparition de leur mère, les quatre filles — Germaine, Suzanne, Simone et la petite Roberte furent recueillies par leur tante Hélène Beauvais-Lamoise, sœur d’Ida, qui les éleva à Oran.

Et c’est justement la publication du décès de la petite Roberte en 1923 qui me mit sur la trace Kenitra.

Journal « L’Echo d’Oran » daté du 29 mars 1923.

Georges Kuhlman était donc établi à Kenitra au Maroc lors du décès de la petite Roberte… peut-être même après la mort de son épouse Zoé.

Vers 1919–1923, à l’approche de la cinquantaine, Georges Kuhlman prend alors la décision de quitter l’Algérie pour le Maroc. Ce départ marque une rupture profonde dans son existence. Devenu veuf, séparé de ses fils — Louis Georges étant parti en Argentine, Lucien s’étant établi à Relizane — il doit aussi se résoudre à laisser derrière lui ses filles. Cette nouvelle séparation familiale donne à son départ une tonalité plus douloureuse encore : il ne s’agit pas seulement d’un changement de lieu, mais d’un arrachement, sans doute dicté par la nécessité de tenter une dernière relance dans une vie déjà éprouvée. C’est dans ce contexte qu’il gagne Kénitra, alors en plein essor sous le Protectorat français, petite ville qui prendra le nom de Port-Lyautey. La région du Gharb, que l’administration coloniale cherchait alors à mettre en valeur, offrait des perspectives réelles à des hommes disposant d’une expérience concrète du monde rural. Pour Georges Kuhlman, ce départ pouvait représenter l’espoir d’un recommencement : retrouver un travail stable, reconstruire une situation matérielle et reprendre pied après des années marquées par les deuils, les dispersions familiales et l’incertitude.

Sur place, plusieurs voies pouvaient s’offrir à lui. Il a pu chercher à s’établir comme colon agricole dans cette plaine fertile où terres et facilités de crédit étaient accordées aux nouveaux exploitants. Son expérience pouvait aussi le conduire vers la viticulture, activité prometteuse dans un Maroc encore préservé du phylloxéra qui avait durement affecté les vignobles algériens. Il a également pu être employé comme contremaître ou régisseur sur un grand domaine, fonctions pour lesquelles son habitude du travail de la terre et des réalités rurales constituait un atout certain. Enfin, son passé de garde champêtre pouvait l’orienter vers des responsabilités de surveillance des propriétés, des cultures ou des récoltes, dans un environnement colonial où la protection et l’encadrement des exploitations tenaient une place importante.

Ainsi, son installation au Maroc apparaît comme une tentative de se relancer dans un territoire où tout restait à construire. En quittant l’Algérie, Georges Kuhlman ne cherchait sans doute pas seulement un emploi ; il cherchait aussi, après l’éclatement progressif de son univers familial, les moyens de redonner une direction à sa vie.

Pour quelles raisons Georges choisit-il le Maroc ? Ma grand-mère Suzanne ne m’en parla jamais. Le savait-elle seulement ? Une piste se dessine toutefois à travers la parenté familiale : son cousin Louis Ovar Néron, héros des Dardanelles en 1915-1916, fit lui aussi le choix du Maroc, où il poursuivit sa carrière dans la magistrature jusqu’à exercer à Rabat l’une des plus hautes fonctions judiciaires du Protectorat. Cette présence familiale a pu jouer un rôle, en offrant à Georges à la fois un point d’appui, un exemple de réussite et peut-être même une possibilité de relais au moment de tenter de se relancer.

Lire les articles relatifs à Louis Ovar Néron sur https://marengodafrique.fr

La suite de son parcours au Maroc demeure toutefois obscure : où est-il décédé, et où a-t-il été enterré ? Voilà encore quelques mystères qu’il me reste à éclaircir…

Le Colonel Bohm

Dans un précédent article, j’ai évoqué le personnage du colonel Bohm, beau-frère de Johan Kuhlman et qui m’a permis d’identifier précisément le nom original de l’épouse de ce dernier, Gertrud van Sypesteyn et sœur de Cornelia, mariée à Bohm.

Le Colonel Jacob Larssons Bohm (1601-1643), beau-frère de Johan Kuhlman. Dessin faisant partie du livret de Fritz Knack (Festschrift 600 Jahre Jacobshagen) édité en 1936.

Jacob Larsson Bohm est né le 27 février 1601 à Örebro, en Suède. Officier de carrière au service de la couronne suédoise pendant la guerre de Trente Ans, il est mentionné dans les sources contemporaines sous plusieurs orthographes — Boom, Baum, Bhoom — avant que sa veuve ne fixe définitivement la graphie Bohm sur l’épitaphe qu’elle lui consacre. Son nom figure dans les Rullors, les registres militaires des armées suédoises, aux côtés de celui du lieutenant-colonel Johan Kuhlman (1604–1648), dont il est le beau-frère : Kuhlman a en effet épousé Gertrud van Sypesteyn, sœur de Cornelia, l’épouse de Bohm. Les deux hommes servent dans le même régiment et cette solidarité militaire se double d’une alliance familiale scellée par les deux sœurs hollandaises.

Le personnage du colonel Bohm est associé à un épisode tragique : L’incendie de Stargard. J’aurai l’occasion dans un prochain article d’y revenir plus longuement. Cet incendie s’inscrira durablement dans la mémoire collective de Stargard. En 1735, lors du centenaire, une série de sermons et de discours le commémore. Puis lors de la reconstruction de l’église Sainte-Marie, un vitrail représentant l’incendie et la colombe blanche est commandé à l’atelier Rudolf et Otto Linnemann de Francfort-sur-le-Main — vitrail qui sera détruit plus tard en 1945.

Huit ans après l’incendie de Stargard, Jacob Larsson Bohm refait surface dans les archives avec une nomination officielle. Le 3 mars 1643, Johann Oxenstierna, fils du grand chancelier Axel von Oxenstierna et Légat plénipotentiaire de Suède en Allemagne, le désigne comme commandant du château et juge (Burghauptmann und Burgrichter) à Saatzig (Szadzko). Il s’agit d’une charge civile et judiciaire attachée à la gestion du domaine local : Bohm perçoit 60 florins par an pour sa fonction judiciaire et 100 florins en lieu et place d’un logement, le tout prélevé sur les revenus du domaine.

Cinq mois à peine après cette nomination, lors d’un inventaire du domaine de Saatzig et de ses villages dépendants, Bohm est harcelé verbalement de façon répétée par Balthasar Schwanenthal, secrétaire de campagne du général-major Carl Gustav Wrangel. Bohm refuse le duel à plusieurs reprises — sa femme Cornelia est malade, ses enfants en bas âge, et sa fonction lui impose une retenue que son tempérament militaire rend difficile à tenir. Au petit matin du 9 août 1643, Schwanenthal se rend à Marienfließ, dans les jardins du presbytère du domaine. Bohm s’y trouve également pour remettre des courriers destinés au chancelier Oxenstierna. La provocation reprend ; cette fois, le duel est inévitable. Dans le combat, Bohm perd son épée — sa main droite était invalide depuis une blessure de campagne antérieure. Désarmé, il reçoit un coup d’estocade « entre la rate et l’estomac », mortel selon le diagnostic du médecin présent.

Depuis son lit de mort, Bohm dicte sa dernière lettre à Axel von Oxenstierna, suppliant le chancelier de protéger Cornelia et leurs quatre enfants et de leur maintenir la jouissance du domaine de Gutschkow, seul bien qui leur permettrait de survivre à sa mort. La lettre est datée du 10 août 1643. Les sources polonaises et allemandes indiquent que Bohm meurt ce même jour ; le Riksarkivet de Stockholm mentionne pour sa part indique comme date de sa mort le 11 septembre 1643 — un mois de plus, peut-être le temps d’une longue agonie.

La suite dans un prochain épisode…

Sources : Professeur Marcin Majewski (Musée de Stargard) · Fritz Knack (Festschrift 600 Jahre Jacobshagen) · Etienne Laude-Kuhlman (La véritable saga des Kuhlman)

L’inauguration des tunnels d’Hydra

Le vendredi 29 septembre 1848, le Gouverneur-général Viala Charon (1), accompagné de M. le Directeur-général des affaires civiles Vaïsse (2), a présidé à l’inauguration des aqueducs souterrains creusés sous la direction de M. Mondésir (3), ingénieur des ponts-et-chaussées, entre le chemin de ceinture et la colonne Voirol. Grâce à ce beau travail, qui sera bientôt complété par trois autres tunnels, Alger n’aura plus à souffrir de la disette d’eau, comme cela est arrivé en 1846. Le gouverneur général était entouré des principales autorités de la colonie, des représentants consulaires et c’est à ce titre que Josef Kuhlman fût invité à la cérémonie (chancelier du Consulat du Danemark à cette époque).

Le Général Viala Charon (1794-1880). Collection personnelle de l’auteur.

Pendant le premier siècle de la domination turque, Alger n’était alimenté que par des puits et des citernes. Un an après l’expulsion des maures d’Espagne, en 1611, un de ces industrieux exilés, nommé Moustafa, découvrit une source au pied d’une éminence, non loin du fort de l’Empereur, et en amena l’eau en ville, au moyen d’un aqueduc, qui fut le premier que l’on eût construit ici depuis l’époque romaine.

Huit ans après, en 1619, Moustafa-Pacha fit commencer l’aqueduc de Hamma, que son frère, cheik Hossain kaïd Koussa-Pacha, termina en 1621. D’autres travaux hydrauliques, exécutés par les pachas, leurs successeurs, complétèrent le système des eaux destinées à alimenter la ville d’Alger.

Pendant les premières années de la domination française, l’ouverture de routes nombreuses amena la destruction de plusieurs conduites d’eau ; les anciens aqueducs, n’étant pas suffisamment entretenus, se détériorèrent sur un grand nombre de points ; et il en résulta des suites qui contribuèrent à diminuer l’approvisionnement de la ville.

La conduite d’amenée d’eau de l’aqueduc d’Aïn Zeboudja vers le réservoir de distribution, vers la fontaine puis vers les différents bâtiments. Source : Carte des Archives du Service Historique de l’armée de terre, Vincennes, 1V_H 00063_001_0307, 1840.

Après avoir été longtemps dans les attributions de l’architecte en chef, à qui on ne fournissait pas les fonds nécessaires pour l’exécution de nouveaux travaux, pas même pour l’entretien des anciens, — le service des eaux de la ville fut confié spécialement à M. Mondésir, ingénieur des ponts-et-chaussées. Des moyens d’action plus puissants, mis à la disposition de ce chef de service ; qui sut en user avec zèle et habileté, amenèrent une prompte et importante amélioration dans le régime des eaux urbaines.

Deux aqueducs principaux construits par les Turcs alimentaient la ville : Aïn-Zboudja qui a son origine auprès de Dély-Ibrahim, et qui, outre cette source, en rencontre plusieurs autres sur son trajet jusqu’à la Casbah, d’où il distribue les eaux à la ville haute ; Telemli qui commence à Mustapha-Supérieur auprès de la maison de campagne du gouverneur, et aboutit à la Porte-Neuve.

Le Golf d’Alger près de Mustapha. Extrait de « Esquisses africaines, dessinées pendant un voyage à Alger et lithographiées par Adolphe Otth (4)».

Les travaux exécutés auprès d’Hydra par M. Mondésir, se rapportent au premier de ces aqueducs ; celui d’Aïn-Zboudja. La conduite turque, qui était en fort mauvais état, n’aurait pu être réparée à moins d’une dépense de 100,000 fr., à laquelle il en fallait ajouter 80,000 pour la reconstruction du pont qui est auprès du café d’Hydra ; et d’ailleurs le tracé ancien faisait, entre le chemin de ceinture et Hydra, un détour de neuf cents mètres ; si l’on parvenait à éviter ce détour, on économisait chaque année les frais d’entretien sur une distance de près d’un kilomètre. M. Mondésir a résolu cet important problème, en exécutant pour moins de 70,000 fr. un nouveau tracé qui, au moyen d’un tunnel de 540 mètres de longueur, amène l’eau en droite ligne au lieu de suivre les sinuosités de la conduite turque.

Vendredi dernier, ce tunnel, celui qui a son origine sous la propriété Récy, a été inauguré par M. le gouverneur-général. On a bouché en sa présence l’ancienne conduite et on a ouvert aux eaux leur voie nouvelle. M. le gouverneur-général Charon, avec les personnes qui l’accompagnaient, s’est alors engagé dans le tunnel éclairé par des bougies et des lampes et a traversé le souterrain. L’aqueduc est creusé dans une roche blanchâtre assez friable ; la maçonnerie y a été employée seulement aux endroits où des failles avaient causé des éboulements ou en faisaient craindre. Son niveau est en maximum à vingt-deux mètres au-dessous du sol ; la hauteur est d’un peu plus de deux mètres. A côté de la cuvette où passent les eaux, il y a un trottoir d’un parcours facile.

En sortant de ce souterrain, on trouve, sur l’espace de quinze cents mètres qui le sépare du deuxième, plusieurs travaux hydrauliques, tels que des regards et un pont. Des sources affluentes sont versées dans l’aqueduc principal par des conduites accessoires.

Panorama d’Alger d’après Jean-Charles Langlois, 1833. On distingue au premier plan un regard permettant de prélever de l’eau.

Le second tunnel creusé dans la propriété de M. Martin, n’a qu’une longueur de deux cents mètres. Les deux souterrains et la conduite intermédiaire, traversent la ligne de faite qui sépare le bassin de Oued-el-Kerma de celui de Oued-Kenis qui vient aboutir au ravin de Birmandrais.

Ce beau travail viendra complet et amènera les eaux à Alger par la ligne la plus droite, et par conséquent avec la plus grande économie, quand on aura percé deux tunnels sous les terrains mouvants de l’ancien consulat de Suède (5), et un troisième sous la butte du fort l’Empereur. Il ne manquera plus alors qu’à exécuter le grand réservoir qui serait si utile à notre ville en cas de siège, et si un ennemi extérieur, maître de la campagne, usait de la faculté de détourner les eaux. Nous avons entendu M. le gouverneur-général affirmer, avec beaucoup de raison, que l’exécution de ce réservoir serait plus pressante que celle des trois tunnels complémentaires. En effet, une énorme quantité de maisons mauresques ont été démolies ou sont sur le point de l’être ; les nombreuses maisons européennes, bâties depuis quelques années sont dépourvues de citernes, malgré les prescriptions d’un arrêté sur la matière. Ainsi, les eaux pluviales, cette précieuse ressource dans l’ancien système de construction, ne seront plus recueillies désormais. Il faut donc remplacer cette réserve qu’une incroyable incurie a laissé disparaître. On comprend dès-lors, que M. le général Charon a bien raison de réclamer la priorité pour l’exécution du grand réservoir.

Le beau et utile travail exécuté par M. Mondésir, partie importante d’un système général destiné à beaucoup augmenter l’approvisionnement d’eau de notre ville, ajoute à sa réputation comme ingénieur et lui assure des droits incontestables à la reconnaissance de tous les habitants d’Alger.

D’après le journal l’Akhbar dimanche 1er octobre 1848.

(1) Le baron Viala Charon (1794–1880), général de division. Nommé gouverneur général de l’Algérie le 9 septembre 1848 et le reste jusqu’au 22 octobre 1850. C’est un militaire de formation (École polytechnique), vétéran des guerres napoléoniennes et de la conquête de l’Algérie depuis 1835. Il avait notamment été directeur des affaires d’Algérie au ministère de la Guerre avant d’accéder à ce poste.

(2) l s’agit de Claude-Marius Vaïsse (1799–1864). Nommé directeur général des affaires civiles en Algérie le 1ᵉʳ septembre 1847, il est en poste à l’arrivée de Charon. Il quitte ce poste le 24 janvier 1849 pour devenir préfet du Doubs, puis préfet du Nord. Il est connu pour être devenu plus tard le grand rénovateur urbain de Lyon (surnommé « l’Haussmann lyonnais »).

(3) Piarron de Mondésir, ingénieur des Ponts et Chaussées, fut l’une des figures techniques marquantes de la France du XIXe siècle. Affecté au service des eaux d’Alger à partir de 1846, il fut spécialement chargé de résoudre la grave pénurie d’eau qui frappait la ville, en restaurant et modernisant l’antique aqueduc ottoman d’Aïn-Zboudja. C’est sous sa direction que furent percés les deux grands tunnels souterrains du Val d’Hydra — 540 et 200 mètres de galeries creusées jusqu’à 22 mètres de profondeur — inaugurés en grande pompe le 29 septembre 1848 en présence du gouverneur général Charon. De retour en France, il s’illustra sur les grands chantiers ferroviaires du chemin de fer du Nord, où ses mémoires sur les tranchées de Saint-Just et de Chepoix devinrent des références dans la formation des ingénieurs. Homme de science autant que de terrain, il présenta en 1867 à l’Exposition universelle un appareil de ventilation par air comprimé, et publia en 1873 chez Dunod un ouvrage de référence sur le Calcul des ponts métalliques à poutres droites et continues.

(4) Adolphe Otth était un naturaliste et artiste voyageur suisse. Homme de science autant que dessinateur de talent, il parcourut le pourtour méditerranéen au cours de plusieurs voyages d’exploration, notamment les Baléares et l’Algérie. Il séjourna en Algérie vers 1836–1837, soit seulement quelques années après la prise d’Alger par les Français (1830). Il rapporta de ce voyage une série de dessins d’une précision étonnante, témoignages visuels irremplaçables de l’Algérie dans ses premières années de colonisation. Son œuvre majeure : Esquisses Africaines (1839)
« Esquisses africaines, dessinées pendant un voyage à Alger et lithographiées par Adolphe Otth » publié à Berne, chez J.F. Wagner, lithographe, 1839. Adolphe Otth mourut de la peste en 1839 à Jérusalem, lors d’un voyage au Proche-Orient, à seulement 36 ans. Son « Esquisses Africaines » fut publié l’année même de sa mort, ce qui en fait un testament artistique et scientifique d’autant plus précieux.

(5) Le consul de Suède de 1829 à 1847, Fredrik Schultze, possédait ou avait possédé sept propriétés dans les alentours d’Alger. Une de celles-ci s’effondra en 1845 suite à des éboulements consécutifs aux pluies diluviennes survenues pendant l’hiver précédent. Mais de quelle propriété s’agissait-il ? On peut lire qu’il s’agissait de l’ancien Consulat de Suède, une grosse bâtisse située derrière le fort l’Empereur. Mais celle-ci avait déjà été endommagée lors de la conquête de 1830. J’ai l’intuition que les textes ont confondu ces diverses propriétés parfois appelées « Consulat de Suède », parfois « résidence d’été du consul de Suède ». Le fait est que le doute subsiste vu le nombre de propriétés qu’ont possédé les Schultze-Bowen … Et quelle est celle que Kenney Bowen Schultze appelait « La Calorama » ?

Capitaine Cattarinich

Encore un personnage dont l’album des Kuhlman a gardé la trace. Voici Joseph Catarinich.

Joseph Catarinich (1851-?)

Giuseppe dit Joseph Cattarinichi était un capitaine au long cours né en 1851, marié à Québec en 1881 avec Georgina Vallée, il était originaire de Lussi-Piccolo (aujourd’hui Mali Lošinj en Croatie). Il change son nom en arrivant au Canada et prend le nom de Cattarinich (prononciation correcte du nom croate Katarinić – comme il était appelé à l’origine)

A l’âge de 20 ans, participe en tant que matelot à l’expédition Austro-Hongroise du Pôle Nord (1871-1874). Il devient par la suite Capitaine au long cours en méditerranée dans les années 1870-1880 puis sur les lignes pour l’Amérique (Antille, Guyane, Etats-Unis, Argentine). Il était le père du célèbre hockeyeur Canadien Joseph Cattarinich (1881-1939) et propriétaire du club des Canadiens de Montréal. CDV Panajou à Bordeaux….

L’expédition austro-hongroise au pôle Nord est une expédition arctique, menée entre 1871 et 1874. Elle permit la découverte par hasard de la Terre François-Joseph. Selon Julius von Payer, l’un des leaders de l’expédition, le voyage était destiné à découvrir le passage du Nord-Est.

Son fils, Joseph Cattarinich (né le 13 novembre 1881 à Québec, Québec, Canada – mort le 7 décembre 1938) est un joueur professionnel de hockey sur glace (défenseur et gardien de but), entrepreneur de course de chevaux, vendeur de tabac et copropriétaire des Canadiens de Montréal dans la Ligue nationale de hockey (LNH) de 1921 à 1935.

A la recherche de Rödmossen (4/4)

La carte de Nystrand – Description des surfaces

Ici commencent les terres du domaine d’Algutsboda, à la venue desquelles, lors du mesurage en cours, le propriétaire dudit domaine, le Capitaine (Corpwaerdie Capitainen) Björkman, se présenta et reconnut la possession immémoriale (urminneslig häfd) telle qu’elle a existé et existe conformément à la Carte d’Allmänning de 1708 mentionnée précédemment, entre les domaines d’Algutsboda et Rödmossen, telle que la montre la clôture désormais mesurée et reportée sur la carte, jusqu’au premier point N° I. Le 15 août, Le bornage (Rågång) autour de la zone de mise en culture accordée, conformément à la décision du Haut Gouverneur et à l’Inspection de la Régie de la Couronne, étant ainsi accompli et la zone séparée de la Commune, on procéda au mesurage des tourbières et terrains élevés accordés à la mise en culture, qui se trouvent à l’intérieur de cette délimitation et en lien avec les terres cultivées du domaine de Rödmossen, et dont l’étendue et la nature sont indiquées par la Description de Carte (Chartæ Beskrifning) ci-après.

✦ Découvertes majeures de cette page : le Captain Björkman (propriétaire d’Algutsboda, et ancien propriétaire de Rödmossen avant Kuhlman) était présent lors du bornage et a confirmé la frontière ancestrale entre les deux domaines. Cette frontière existait depuis au moins 1708, attestée par une Carte d’Allmänning de 1708 (document cartographique antérieur maintenant connu). Le bornage a duré du 8 au 15 août ; les mesures de surface ont été prises à partir du 15 août, pour être finalisées le 24 août 1791.

PARTIE III — DESCRIPTION DE CARTE (Chartæ Beskrifning)

III-1 : tourbières

Parcelle N° 1 — Norra Mäsen (Marais Nord)

Constitué d’une tourbière basse (sank dyvall) couverte de petits pins (Täll) et d’arbustes d’épicéas (Granbufkar) ; il s’avère qu’il peut être mis en culture en prairie, après un coût considérable de dessouchage (Rothugning) et d’aménagement de fossés de drainage ; le terrain une fois nivelé et aménagé contient une surface : 5 tunnland 17 kappland (≈ 2,7 ha)

Parcelle N° 2 — Lilla Mäse (Petite Tourbière)

Une petite Tourbière est située le long de l’enclos (Intaga) du Torpet Häradssvedens [la cense des terres communales du district] ; de terre défrichée (rödjord) et de gazon tourbeux (Mästupen wall) ; également propice à la mise en culture en prairie, mais de qualité moindre que la précédente ; contient une surface de 1 tunnland 30 kappland (≈ 0,9 ha)

Parcelle N° 3 — Carlsmäsen

Carlsmäsen (Tourbière de Carls) : aux bordures tourbeuses et au fond marécageux profond (funk dyball) ; couverte de petites épicéas, d’aulnes (Al) et de bouleaux (Björk) ; au centre [légèrement relevé] mais de nature de sol rougeâtre (rödaktig Jordsorten) ; couverte de petits genévriers (marteliger) ; après aménagement de fossés vers le ruisseau à l’extrémité est, où il y a une déclivité permettant l’évacuation des eaux, propice à la fenaison (Äng) ; contient une surface de 12 tunnland 27 kappland (≈ 6,4 ha)

Parcelle N° 4 — Rödmäsen (La Tourbière Rouge)

Rödmossen [La Tourbière Rouge] : de même nature que celle mentionnée précédemment (Carlsmäsen) ; contient une surface de 7 tunnland 10 kappland (≈ 3,5 ha). C’est la tourbière éponyme du domaine. Sa description comme étant « de même nature » que Carlsmäsen est très significative : la rédaction confirme que les deux tourbières sont de nature identique — fond marécageux, végétation clairsemée, sol rougeâtre caractéristique.

Sous-total Tourbières (N° 1–4) : 27 tunnland 20 kappland ≈ 13,5 ha

III.2 : Terrains élevés

Parcelle N° 5 — Terrain de la Couronne (Träfsvederne)

Un terrain référencé sous N° 1 dans l’Inspection de la Régie de la Couronne, comprenant également [le secteur de] la route de Rödmossen et les Marais Nord sur les lieux-dits Träfsvederne ; tract situé sur sol sablonneux (Sandfjord), couvert d’une forêt claire qui ne peut s’avérer utile qu’en pâturage (Betesmark). Surface : 3 tunnland 4 kappland (≈ 1,6 ha)

Parcelle N° 6 — Terrain haut et vallonné / Rödmäse Hage

Terrain haut et vallonné (Höglännd och daldig mark), référencé sous N° 6 dans l’Inspection de la Régie de la Couronne, de terre argilo-sableuse (Sandblandad Lerjord), couverte de forêt haute et clairsemée (Långskog), situé entre Rödmossen et la prairie d’Algutsboda (Algutfbo Äng), propice aux enclos de pâturage (Beteshage) ; dont le domaine a jusqu’à présent fait peu d’usage (misfning) ; Il est rapporté que ce même terrain, ainsi que les terres rocailleuses environnantes, était anciennement enclos et utilisé comme pâture (Hage) pour le domaine de Rödmossen ; c’est pourquoi il s’appelle désormais Rödmäse Hage [la Pâture de Rödmossen] : Surface : 4 tunnland 28 kappland (≈ 2,5 ha).

Parcelle N° 7 — Terrain mixte

Terrain en partie vallonné, en partie légèrement élevé, tel que décrit au 7e point de l’Inspection ; constitué de terre argilo-sableuse ; couvert de forêt haute et clairsemée ; également propice aux enclos de pâturage ; contient une surface de 7 tunnland 4 kappland (≈ 3,5 ha)
Sous-total Terrains élevés (N° 5–7) : 15 tunnland 4 kappland ≈ 7,4 ha

TOTAL TERRES DE DÉFRICHEMENT (Summa Upodlingsmark) : 42 tunnland 24 kappland ≈ 20,9 ha

III.3 Terres rocailleuses et incultes

Les Terres Rocailleuses et Incultes, à l’intérieur des limites bornées et arpentées, situées entre et autour des Terrains de Défrichement décrits ci-dessus, couvertes ici et là uniquement d’une mauvaise forêt de pins (Gläfskog), contiennent les étendues suivantes :

Parcelle N° 8 — Träfsvederne (Terres de la Couronne)

Dites Träfsvederne, décrites sous N° 1 dans l’Inspection de la Régie de la Couronne ; situées entre la grand-route (Landsvägen) et le Marais Nord (Norra Mäsen) ; cette zone est constituée d’une lande sablonneuse liée à des roches (stenbunden sandmo), le reste étant de hauts rochers et terres incultes ; contient une surface de 12 tunnland 18 kappland (≈ 6,2 ha)

Parcelle N° 9 — Rödmäse Hage (partie rocailleuse)

Le terrain rocheux et incultivable entre Rödmossen et la prairie d’Algutsboda (Elgutfbo Äng), mentionné dans la Régie de la Couronne sous N° 6, et qui s’appelle désormais Rödmäse Hage [Pâture de Rödmossen] ; d’une surface : 41 tunnland (≈ 20,1 ha) — (calculé d’après le total général : 116:18 − 12:18 − 63:0 = 41:0)

Parcelle N° 10 — Grand terrain rocheux (autour de Carlsmäsen)

Le terrain rocheux du 7e point de l’Inspection, à l’ouest du Domaine, s’étendant autour de Carlsmäsen et jusqu’aux limites ouest de Rödmossen, ainsi qu’aux terres cultivées (odalaägor) du Domaine ; d’une surface de 63 tunnland (≈ 30,8 ha)

TOTAL TERRES INCULTES (Summa Bergig och odugligmark) : 116 tunnland 18 kappland ≈ 57,5 ha

PARTIE IV — ATTESTATION FINALE ET SIGNATURES :

Ainsi mesuré, calculé et établi, et cette zone de mise en culture séparée et délimitée par des lignes droites depuis la Commune, certifiée : À Rödmossen, le 24 août 1791. Au nom des travaux, Joh[an] Nystrand (arpenteur officiel — lantmätare) Johan Märtensson à Hult — Nils Olsson à Ingelstad J.M.S. — Nämdeman (jurés-témoins) — N.O.S.

PARTIE V — TABLEAU RÉCAPITULATIF GÉNÉRAL (Surfaces — Charta Beskrifning)

DésignationTypeSurfaceHa ≈
1Norra Mäsen — Marais NordTourbière5 tl 17 kpl2,7 ha
2Lilla Mäse (près Torpet Häradssvedens)Tourbière1 tl 30 kpl0,9 ha
3Carlsmäsen — Tourbière de CarlsTourbière12 tl 27 kpl6,4 ha
4Rödmäsen — La Tourbière RougeTourbière7 tl 10 kpl3,5 ha
Sous-total Tourbières27 tl 20 kpl≈ 13,5 ha
5Träfsvederne (Couronne)Pâturage3 tl 4 kpl1,6 ha
6Rödmäse Hage — PâturePâturage enclos4 tl 28 kpl2,5 ha
7Terrain mixtePâturage7 tl 4 kpl3,5 ha
Sous-total Terrains élevés15 tl 4 kpl≈ 7,4 ha
TOTAL TERRES DE DÉFRICHEMENT42 tl 24 kpl≈ 20,9 ha
8Träfsvederne — entre route et Norra MäsenRocheux12 tl 18 kpl6,2 ha
9Rödmäse Hage (partie rocailleuse)Rocheux41 tl20,1 ha
10Grand terrain autour de Carlsmäsen (ouest)Rocheux63 tl30,8 ha
TOTAL TERRES INCULTES116 tl 18 kpl≈ 57,5 ha
TOTAL GÉNÉRAL DU DOMAINE≈ 159 tl≈ 78,4 ha

Pour aller plus loin : « Le Livre d’Or de Rödmossen« , commenté par Etienne LAUDE, descendant de Johan Kuhlman (1738-1806), intégrant les biographies de tous les personnages ayant laissé une trace dans ce livre.

Références : Nystrand, Joh., Charta öfver Hemmanet Rödmåsen med en till samma Hemman på Bråbo Härads Allmänning Kolmården belägat Upodlings-Tract, uti Östergötland, Bråbo Härad och Kvillinge Socken, Rödmossen, 24 août 1791. Akt D57-71:1 — LMA (Lantmäterimyndigheternas arkiv), Östergötland, Norrköping.
Transcription et traduction intégrales réalisées d’après les 11 pages zoomées du document original, mars 2026.