Crusenstolpe à Tanger : le Traité de Larache (1844-1845)

7.1 Alger, les années fondatrices (1841-1849) – automne 1844
La Joséphine, en rade de Tanger, septembre 1844.

À l’automne 1844, Josef Kuhlman remarqua l’absence inhabituelle de Cruseustolpe au consulat de la rue de la Licorne. Le bureau du secrétaire était fermé, ses registres soigneusement rangés, ses plantes confiées à un serviteur. À qui demandait où se trouvait le secrétaire, on répondait laconiquement : « À Tanger, pour affaires diplomatiques. »

Le diplomate Suédois était parti préparer le terrain d’une négociation qui se jouait à l’autre bout de la Méditerranée, sur la côte atlantique du Maroc. La flotte suédo-norvégienne mouillait depuis septembre à Gibraltar et il été prévu qu’elle n’appareillerait vers Tanger qu’en février 1845. Crusenstolpe, lui, était déjà là, à préparer les esprits, à ménager les intermédiaires, à commencer son travail diplomatique dans les palais et les souks de la ville blanche.

L’affaire en question allait mettre fin à une humiliation vieille de plusieurs siècles.

L’héritage du tribut

Dans son récit de 1823 sur la terrasse de la Calorama, le consul Schultze avait évoqué la situation des puissances nordiques face aux régences barbaresques : « Nous devions payer tribut pour que nos navires ne soient pas capturés par les corsaires. » Cette réalité n’avait pas entièrement disparu avec la conquête française d’Alger en 1830. Si la Régence d’Alger n’existait plus, le sultan du Maroc continuait à percevoir des tributs annuels de la Suède-Norvège et du Danemark en échange de la sûreté de navigation en Méditerranée et dans l’Atlantique. Un arrangement d’un autre âge, vestige du temps où les corsaires marocains terrorisaient les côtes européennes.

En 1843-1844, les deux royaumes scandinaves décidèrent d’en finir. Une démonstration de force navale fut organisée. C’est dans ce contexte que Cruseustolpe, secrétaire consulaire à Alger depuis 1832 (1), arabophone confirmé, fin connaisseur des usages diplomatiques du monde méditerranéen, fut dépêché à Tanger pour servir d’interprète lors des négociations.

La flotte nordique devant Tanger

Le 2 septembre 1844, la flottille suédo-norvégienne appareilla de Suède. Elle comprenait cinq navires de guerre : la frégate Josephine et la corvette Carlskrona (2) pour la Suède, la goélette l’Aigle, la frégate norvégienne Freja et la corvette Nordstiernan. Après une escale à Copenhague le 3 septembre, la flotille repartit le 5. À Elfsborg, avant de reprendre la mer, les Suédois embarquèrent un passager inhabituel : une girafe nommée Hadgi (3), cadeau du pacha d’Égypte au nouveau roi Oscar I, qu’il fallait ramener à son pays d’origine. Le 28 septembre, la flottille franchit le détroit de Gibraltar et mouilla en rade, cinq longs mois d’attente en vue du Rocher, tandis que Crusenstolpe préparait le terrain à Tanger.

Evocation de la frégate Carlskrona, d’après un dessin publié en 1939 par Société royale des officiers de marine de Suède.

La flotte danoise comprenait, quant à elle, six bâtiments : la Flora, le Set Croix, la Geifon, la Thelis, le Merkurius et le vapeur Hekla (4). Ensemble, les deux flottes formaient une démonstration sans équivoque de la détermination nordique.

Ce n’est que le 24 février 1845 que l’escadre suédo-norvégienne quitta Gibraltar. Le 26 février, elle mouilla au large de Tanger, rejoignant enfin le diplomate qui l’y attendait depuis l’automne.

Les négociations sur la Josephine

C’est à bord de la frégate suédoise Josephine, mouillée au large de Tanger, que s’ouvrirent les premières discussions officielles. Crusenstolpe y joua un rôle central : sa maîtrise de l’arabe, acquise au fil de quinze années passées en Méditerranée, affinée lors de sa traduction du Coran publiée en 1843 (5), lui permettait de dialoguer directement avec les représentants du sultan Abd al-Rahman (6) sans les distorsions inévitables d’une double traduction.

Les pourparlers alternaient entre la courtoisie orientale des réceptions palatiales et la rigueur comptable des discussions financières sur la frégate. À partir de janvier 1845, les négociations se déplacèrent vers le palais du sultan. Crusenstolpe naviguait entre ces deux mondes avec l’aisance d’un homme qui avait beaucoup d’expérience de ce genres de situations complexes.

Le Traité de Larache – 5 avril 1845

Le 5 avril 1845, à Larache (7), sur la côte atlantique du Maroc, le traité fut signé. Ses termes étaient clairs. La Suède-Norvège versait un dernier paiement de 133 532 riksdaler au Maroc, e paiement d’un tribut alnnuel pour garantir la sécurité du passage maritime cessait définitivement et le Maroc renonçait aux paiements et cadeaux précédemment promis, dont en l’occurrence, 56 000 piastres.

Grâce à ce traité, le système organisé d’extorsion diplomatisée prenait fin. Les navires suédois, norvégiens et danois pouvaient désormais naviguer librement sans tribut ni rançon. Le traité fut ratifié à Stockholm en mai 1845.

Le retour

Lorsque Crusenstolpe reprit sa place au bureau de la rue de la Licorne au printemps 1845, Josef lui trouva une assurance nouvelle et la satisfaction d’un homme qui venait de contribuer à quelque chose d’important. Le secrétaire arborait discrètement à sa boutonnière le ruban de l’ordre de Vasa (RVO) (8), décoration suédoise remise en reconnaissance de ses services lors des négociations. Josef, qui avait entendu Schultze parler du tribut dès 1841 sur la terrasse de la Calorama, comprit que le secrétaire du consulat venait de clôturer un long contentieux.

Josef apprit en décembre 1844 qu’il était désormais courtier maritime assermenté.

Notes

(1) Selon l’historique officiel des consulats suédois (Konsulsstaten, Almquist, Stockholm 1914), Crusenstolpe était officiellement affecté au consulat d’Alger depuis 1832. Son rôle dans les négociations de Tanger illustre la pratique courante de l’époque : un diplomate basé dans un port pouvait être dépêché ponctuellement dans toute la région méditerranéenne selon les besoins.

(2) La corvette Carlskrona, construite en 1841, comptait 130 hommes d’équipage. Après la ratification du traité, elle reçut l’ordre de rejoindre Saint-Barthélemy. Elle coula le 30 avril 1846 lors de cette traversée vers les Antilles, causant la mort de 114 hommes – la plus grande catastrophe maritime suédoise en temps de paix. Un deuil qui assombrit durablement la victoire diplomatique de Larache. Source : Wikimedia Commons, Korvetten Carlskrona, 1939 : « Built 1841. Sunk in the West Indies 30 April 1846. »

(3) Hadgi était une girafe offerte au roi Oscar I par Méhémet Ali, pacha d’Égypte, à l’occasion de son accession au trône en mars 1844. L’animal fut embarqué à Elfsborg pour être rapatrié en Égypte. Il mourut malheureusement avant d’avoir atteint sa destination, quelque part en Méditerranée.

(4) La flotte nordique comprenait au total onze bâtiments de guerre : trois suédois (Josephine, Carlskrona, l’Aigle), deux norvégiens (Freja, Nordstiernan) et six danois (Flora, Set Croix, Geifon, Thelis, Merkurius, Hekla).

(5) En 1843, Crusenstolpe publia la première traduction intégrale du Coran en suédois, aux éditions P.A. Norstedt & Söner à Stockholm. Cette œuvre considérable, fruit de quinze années de pratique de l’arabe en Méditerranée, lui valut une reconnaissance durable dans les milieux orientalistes scandinaves.

(6) Abd al-Rahman II (1778-1859) : Sultan du Maroc de 1822 à 1859. Il avait soutenu Abd el-Kader dans sa résistance contre les Français, ce qui avait conduit à la défaite marocaine à la bataille de l’Isly (août 1844) et au Traité de Tanger (septembre 1844) avec la France. Le Traité de Larache s’inscrivait dans ce contexte de redéfinition des équilibres méditerranéens.

(7) Larache : port de la côte atlantique du Maroc, à environ 90 km au sud de Tanger. Ville ancienne, anciennement connue sous le nom de Lixus.

(8) Ordre de Vasa (RVO : Riddare af Vasaorden) : ordre royal suédois fondé en 1772 par Gustave III pour récompenser les mérites civils dans les domaines de l’agriculture, du commerce, des mines et des arts. La décoration de Crusenstolpe au grade de chevalier récompensait ses services diplomatiques lors des négociations de Larache.

Sources : Wikipedia, « Moroccan expedition » ; Wikimedia Commons, Korvetten Carlskrona.jpeg ; Svenskt biografiskt lexikon (SBL), vol. 9 (1931), notice « Johan Fredrik Sebastian Crusenstolpe » ; Traité de Larache (1845).

L’homme de Kenitra

A tous mes amis du Maroc…

Aujourd’hui je vais évoquer le Maroc et principalement la ville de Kenitra. Mais pourquoi le Maroc ?

Il m’est arrivé plus d’une fois en visitant une ville, un pays, lors d’un déplacement privé ou professionnel de ressentir quelque chose de spécial. Comme si le lieu m’était familier. La plupart du temps, les premières fois, je n’en compris pas le sens.

La première fois que je passai à Norrköping, je connaissais bien sûr un peu l’histoire des Kuhlman dans cette ancienne ville industrielle de Suède mais il était tard, je rentrai à Copenhague et j’attendais mon train de correspondance, les avions depuis Stockholm étant cloués au sol par les fortes chutes de neige des jours qui précédèrent. D’autres fois en revanche, je ressentais quelques vibrations internes sans en comprendre le sens. Plus tard je compris que si pour moi ces visites semblaient être les premières, mes ancêtres y avaient marqué leur présence bien avant. Cela m’arriva à Tunis, en Finlande ou encore plus récemment au Maroc.

Si l’histoire familiale en Algérie commençait à m’être bien familière, je me demandai pourquoi, lors de ma première visite au Maroc en 2019, il me semblait ressentir quelque chose d’équivalent à ce que j’avais ressenti lors de ma première visite à Alger en 2011. Mes amis Algériens ne m’en voudront pas de ne pas entrer dans les polémiques actuelles, car mes propos visent toujours à rassembler et non à diviser, bien entendu. Mais pourquoi le Maroc ? Habitué à ces étranges sensations de déjà-vu intergénérationnel, je devais comprendre d’où cela pouvait venir…

Peu de temps après être rentré de cette première visite à Tanger, j’entrepris quelques recherches complémentaires. Une des histoires encore non élucidées concernait mon arrière-grand-père Georges Kuhlman, le père de Germaine, Suzanne, ma grand-mère et Simone. Je savais par Suzanne qu’elle avait perdu ses parents encore adolescente et qu’elle était allée vivre avec ses sœurs chez sa tante Hélène Beauvais et son oncle Lamoise à Eckmühl, un quartier d’Oran.

Georges Kuhlman naquit à Oran le 7 avril 1872, fils cadet de Sigurd et Louise Chapotin. En avril 1889, il réussit l’examen d’entrée de l’École Pratique d’Agriculture et de Viticulture de Rouïba, une distinction rare car il était ce printemps-là le seul candidat oranais à y avoir été admis. À sa sortie de l’école, Georges prit en main la grande propriété familiale, la « Ferme Saint-Joseph » à Bourkika : cent trente-neuf hectares de vignes et de plantations, auxquels s’ajoutaient quatre lots de concessions au cœur du village. Après la vente forcée de la propriété en 1895, il tenta de se relancer en exploitant une petite ferme viticole à Saint-Cloud, dans l’Oranais avant de devenir garde-champêtre à Sirat, une petite commune mixte à proximité.

Il s’était marié deux ans plus tôt, en 1893 à Marengo, avec Ida Zoé Beauvais, née en 1877, institutrice et fille de Michel Eugène Beauvais, maire de Marengo, et de Mathilde Ida Zaepffel. De leur union naquirent sept enfants. L’aîné, Louis Georges (1896–1920), émigra en Argentine dans la région de Mendoza pour cultiver la vigne et disparut lors du tremblement de terre de décembre 1920. Lucien Sigurd (1898–?), gendarme, s’évada pendant la Première Guerre mondiale avant de servir à Relizane pour le reste de sa carrière. Vinrent ensuite Germaine, Suzanne et Simone, toutes trois citées dans l’avis de décès de 1923, Roberte (1917–1923) emportée à cinq ans le 29 mars 1923 à Oran, et enfin Roger (1919–1920). Ida mourut des suites de l’accouchement du petit Roger en septembre 1919. À la disparition de leur mère, les quatre filles — Germaine, Suzanne, Simone et la petite Roberte furent recueillies par leur tante Hélène Beauvais-Lamoise, sœur d’Ida, qui les éleva à Oran.

Et c’est justement la publication du décès de la petite Roberte en 1923 qui me mit sur la trace Kenitra.

Journal « L’Echo d’Oran » daté du 29 mars 1923.

Georges Kuhlman était donc établi à Kenitra au Maroc lors du décès de la petite Roberte… peut-être même après la mort de son épouse Zoé.

Vers 1919–1923, à l’approche de la cinquantaine, Georges Kuhlman prend alors la décision de quitter l’Algérie pour le Maroc. Ce départ marque une rupture profonde dans son existence. Devenu veuf, séparé de ses fils — Louis Georges étant parti en Argentine, Lucien s’étant établi à Relizane — il doit aussi se résoudre à laisser derrière lui ses filles. Cette nouvelle séparation familiale donne à son départ une tonalité plus douloureuse encore : il ne s’agit pas seulement d’un changement de lieu, mais d’un arrachement, sans doute dicté par la nécessité de tenter une dernière relance dans une vie déjà éprouvée. C’est dans ce contexte qu’il gagne Kénitra, alors en plein essor sous le Protectorat français, petite ville qui prendra le nom de Port-Lyautey. La région du Gharb, que l’administration coloniale cherchait alors à mettre en valeur, offrait des perspectives réelles à des hommes disposant d’une expérience concrète du monde rural. Pour Georges Kuhlman, ce départ pouvait représenter l’espoir d’un recommencement : retrouver un travail stable, reconstruire une situation matérielle et reprendre pied après des années marquées par les deuils, les dispersions familiales et l’incertitude.

Sur place, plusieurs voies pouvaient s’offrir à lui. Il a pu chercher à s’établir comme colon agricole dans cette plaine fertile où terres et facilités de crédit étaient accordées aux nouveaux exploitants. Son expérience pouvait aussi le conduire vers la viticulture, activité prometteuse dans un Maroc encore préservé du phylloxéra qui avait durement affecté les vignobles algériens. Il a également pu être employé comme contremaître ou régisseur sur un grand domaine, fonctions pour lesquelles son habitude du travail de la terre et des réalités rurales constituait un atout certain. Enfin, son passé de garde champêtre pouvait l’orienter vers des responsabilités de surveillance des propriétés, des cultures ou des récoltes, dans un environnement colonial où la protection et l’encadrement des exploitations tenaient une place importante.

Ainsi, son installation au Maroc apparaît comme une tentative de se relancer dans un territoire où tout restait à construire. En quittant l’Algérie, Georges Kuhlman ne cherchait sans doute pas seulement un emploi ; il cherchait aussi, après l’éclatement progressif de son univers familial, les moyens de redonner une direction à sa vie.

Pour quelles raisons Georges choisit-il le Maroc ? Ma grand-mère Suzanne ne m’en parla jamais. Le savait-elle seulement ? Une piste se dessine toutefois à travers la parenté familiale : son cousin Louis Ovar Néron, héros des Dardanelles en 1915-1916, fit lui aussi le choix du Maroc, où il poursuivit sa carrière dans la magistrature jusqu’à exercer à Rabat l’une des plus hautes fonctions judiciaires du Protectorat. Cette présence familiale a pu jouer un rôle, en offrant à Georges à la fois un point d’appui, un exemple de réussite et peut-être même une possibilité de relais au moment de tenter de se relancer.

Lire les articles relatifs à Louis Ovar Néron sur https://marengodafrique.fr

La suite de son parcours au Maroc demeure toutefois obscure : où est-il décédé, et où a-t-il été enterré ? Voilà encore quelques mystères qu’il me reste à éclaircir…

A la recherche de Rödmossen (1/4)

l’enigme
Dessin d’après Pehr Hörberg.

Johan Kuhlman (1738 – 1806), Citoyen et marchand de Norrköping, possédait une propriété sur Drottninggatan avec un pignon donnant sur Skolgatan. Cette propriété fut détruite lors de l’incendie de la ville en 1822. Johan Kuhlman s’intéressait à la littérature et à l’érudition. Dans la « Kuhlmanska gården », un cercle de personnes partageant les mêmes idées se réunissait autour de lui notamment le navigateur de la Compagnie des Indes Orientales Christoffer Henrik Braad, le peintre Pehr Hörberg et l’historien et professeur Johan Henrik Lidén, afin de cultiver des intérêts communs et de discuter des questions culturelles de l’époque. L’été, le cercle se réunissait plutôt dans la maison de campagne de Kuhlman, Rödmossen, à Kolmården. Un livre d’or de cette maison est conservé dans les archives de la ville de Norrköping. Les invités de Johan Kuhlman y ont écrit des vers, des pensées et leurs autographes. Le livre contient également une carte et quelques dessins.

Première page du livre d’Or de Rödmossen.

Retrouver l’emplacement de Rödmossen ne fut pas de tout repos. Il y a en effet plusieurs lieux en Suède portant ce même nom dont un dans la banlieue de Stockholm et j’ai longtemps pensé que ce lieu était le bon. C’est en traduisant le livre de Hjalmar Lundgren « Kuhlmans, Pastel d’un Empire Bourgeois » (Lundgren, Kuhlmans ; Pasteller från den borgeliga empiren , 1917), écrit en 1917, que je fus mis enfin sur la bonne piste. Lundgren y décrit, sous forme de roman léger, le quotidien de Johan Kuhlman entre sa ville de Norrköping avec ses amis et sa propriété de Rödmossen.

Un soir, il rejoint, après avoir travaillé toute la journée, sa ferme de Rödmossen, dans la paroisse de Qvilinge. Sur la route il laisse à droite après la sortie de la ville, Herstaberg, la vieille ferme des De Falck, puis longe bientôt le lac et entouré de peupliers bourdonnants et passe devant le vieux manoir des Ribbings à Loddby. Après la forêt à gauche, on aperçoit déjà la propriété de Lida et, comme toujours, il pensera à son ami vénéré et malade resté chez lui à Drottninggatan, Johan Henric Lidén. Puis la calèche roule sur la route en pente douce vers Åby, monte la courte élévation vers l’auberge, où l’aubergiste Glad se tient là au carrefour et lui tire son chapeau avec la plus profonde dévotion, et continue à travers la forêt sur les pentes de Kolmård...

Puis, c’est en étudiant deux documents intéressants que je compris où était localisée la maison de campagne de Johan et Margaretha. La lecture d’un rapport officiel de fouilles archéologiques préventives (1), commandé par l’agence suédoise des transports dans le cadre de la planification de la ligne ferroviaire à grande vitesse Ostlänken, devant relier Stockholm à Göteborg via Norrköping et Linköping présentait moult détails intéressants dont la mention d’une carte de la propriété et datant de 1791. Un autre document, l’encyclopédie historique et géographique de l’Östergötland (2), publiée à Stockholm en 1917 par l’érudit Anton Ridderstad décrit la province de l’Östergötland avec ses villes, ses paroisses rurales et toutes ses propriétés. Ridderstad y recense, paroisse par paroisse et domaine par domaine, toute la géographie, l’histoire, les familles nobles, les légendes et les traditions de la province. C’est une source primaire de référence pour qui veut comprendre l’Östergötland d’antan. Ce volume couvre notamment le comté de Bråbo — dans lequel se trouve la paroisse de Kvillinge, où est localisée Rödmossen.

J’avais à présent toutes les informations pour préparer enfin cette visite de Rödmossen, prévue à l’été 2022. Le chemin se dessinait enfin et nous allions pouvoir remonter le temps afin de trouver l’endroit où les Kuhlman passaient tous leurs étés à la fin du XVIIIe siècle. Mais que restait-il des lieux ? Qu’allions-nous pouvoir trouver comme restes de cette époque lointaine. Le GPS nous emmena à l’orée du bois, là où un hôtel de luxe moderne s’était installé depuis quelques années. L’adresse indiquait « Rödmossen » mais ce n’était pas Rödmossen car je ne reconnaissait pas les lieux… Il fallut laisser la voiture et parcourir encore environ deux kilomètres et six cent mètres restant à pied dans la forêt. Le chemin passait sous la route et, je le savais, la propriété allait se présenter à nous un peu plus loin, sur la gauche et après la fourche.

Rödmossen, juillet 2022. Etienne LAUDE
Rödmossen, juillet 2022. Etienne LAUDE
Rödmossen, juillet 2022. Etienne LAUDE
Rödmossen, juillet 2022. Etienne LAUDE

La suite dans un prochain numéro…

(1) Pia Nilsson et al., Ostlänken – Delsträckan kolmårdsbranten till länsgränsen (Östergötland–Södermanland), Rapport 2015:2, Riksantikvarieämbetet UV / Statens Historiska Museer, Linköping, 20 janvier 2015.

(2) Anton Ridderstad, Östergötlands Beskrivning med dess städer samt landsbygdens socknar och alla egendomar, Tome II, Première partie, P. A. Norstedt & Söners Förlag, Stockholm, 1917.