Le Lieutenant-Colonel Kuhlman harcèle la garnison de Gartz

Mars 1636, campagne de l’Oder.

Extrait de l’histoire militaire suédoise de Bogislaw Philipp von Chemnitz (Stettin, 1605, Hallsta, 1678), concernant le Lieutenant-Colonel Johan Friedrich Kuhlman
La cavalerie suédoise de Johan Friedrich Kuhlman surgit pour intercepter un parti ennemi sortant de Gartz. Chevaux au galop et sabres tirés, les soldats impériaux sont surpris.Printemps 1636. Image générée par IA à partir du récit de Borislav von Chemnitz.

Introduction

Au printemps 1636, la situation militaire suédoise en Poméranie est difficile. La Paix de Prague (1635) a contraint la plupart des princes protestants allemands à abandonner l’alliance suédoise, laissant la Suède presque seule face aux forces impériales. En Poméranie, le Feld-maréchal Herman Wrangel et le Légat Axel Oxenstierna, établis à Stettin, s’efforcent de tenir la ligne de l’Oder contre une pression ennemie croissante.

L’ennemi impérial tient la ville de Gartz sur l’Oder, point stratégique en Poméranie. Les Suédois maintiennent un blocus de la garnison, mais la menace du général impérial Marazin et les mouvements de cavalerie ennemie vers la Neumark fragilisent la position suédoise. En mars 1636, le Lieutenant-Colonel Johan Friedrich Kuhlman commande le squadron Fels, unité de cavalerie stationnée à Pencun, village proche de Gartz, d’où il harcèle efficacement les sorties de la garnison impériale. C’est dans ce contexte que Chemnitz le mentionne, lui rendant un hommage rare dans son historiographie sobre : il « s’était très bien comporté ».

Extrait des récits de Chemnitz

« Entre-temps, l’ennemi ¹ avec les quatre régiments de cavalerie ² susmentionnés, qui avaient pris la route depuis Schwedt ³ vers Francfort [sur l’Oder] ⁴, avait traversé à Küstrin ⁵ vers la Neumark ⁶. Là, il avait attaqué et assailli une partie des dragons de Gordon ⁷ à Königsberg [en Neumark] ⁸. Ceux-ci s’étaient conduits de la façon la plus honteuse : le Capitaine qui s’y trouvait, bien que l’ennemi n’eût avec lui depuis Küstrin que cent hommes de pied, n’en commença pas moins aussitôt à capituler ⁹ et fut même si défaillant que, sur la demande de l’ennemi lui-même, il sortit avec son Lieutenant : il fut aussitôt arrêté et le lieu fut ainsi pris par surprise. ¹⁰

On ne pouvait dès lors plus savoir avec certitude quel effet atteindrait le blocus de Gartz ¹¹, puisque toutes les reconnaissances et rapports s’accordaient à indiquer que Marazin ¹² était déjà dans les environs, auquel cas il ne serait pas sans danger de continuer le blocus. Cela les décida donc à changer leur intention précédente et à rassembler les troupes vers Stettin ¹³ pour assurer au mieux la défense des quartiers de Neumark et de Poméranie arrière.

En conséquence, ils rappelèrent à Stettin les troupes du susdit Général-Major ¹⁴, qui avaient cantonné à Virrade ¹⁵ et s’étaient déjà mises en marche de là vers Pencun ¹⁶, ainsi que le squadron Fels ¹⁷ sous le Lieutenant-Colonel Culeman ¹⁸ (qui s’était très bien comporté à Pencun et avait, en peu de jours, détruit et capturé diverses sorties de l’ennemi depuis Gartz).

En ce lieu, le Feld-maréchal ¹⁹ et le Légat ²⁰ renforcèrent leurs forces de tout leur possible, afin de tenir l’ennemi éloigné de la Neumark et de la Poméranie arrière autant que faire se pouvait. La plus grande pénurie était en cavalerie : pour y pallier en partie, le Légat royal suédois donna des pistolets aux dragons de Stuart ²¹ et en fit de la cavalerie — ce qui, non plus que ce que le Colonel Woperschnow ²² avait mis en campagne de troupes nouvellement recrutées, était bien peu de chose face à la forte cavalerie de l’ennemi. »

Notes

¹ L’ennemi : les forces impériales opérant en Poméranie et en Neumark.

² Quatre régiments de cavalerie : unités impériales qui s’étaient repliées depuis Schwedt vers Francfort sur l’Oder, puis traversé à Küstrin.

³ Schwedt : Schwedt an der Oder, point stratégique sur l’Oder. C’est la même ville que Johan Friedrich attaquera avec le Colonel Böhm lors de l’opération du 24 septembre 1636.

⁴ Francfort sur l’Oder : Frankfurt an der Oder, place forte suédoise depuis la prise du 13 avril 1631 par Duwall.

⁵ Küstrin : Kostrzyn nad Odrą (Pologne), point de passage sur l’Oder vers la Neumark.

⁶ Neumark : Nowa Marchia, région à l’est de l’Oder.

⁷ Dragons de Gordon : régiment commandé par le Colonel Gordon, officier écossais au service suédois, l’un des nombreux officiers britanniques dans l’armée suédoise de la Guerre de Trente Ans.

⁸ Königsberg en Neumark : Chojna (Pologne actuelle). À ne pas confondre avec Königsberg de Prusse.

⁹ Capituler (zuaccordiren) : négocier les termes d’une reddition. La capitulation honteuse du Capitaine Gordon à Königsberg contraste explicitement avec l’éloge accordé par Chemnitz à Johan Friedrich Kuhlman à Pencun.

¹⁰ Pris par surprise (überrumpelt) : le Capitaine, sorti pour négocier avec son Lieutenant, fut arrêté et son poste tomba sans combat. Ce récit sert de repoussoir à l’éloge qui suit sur la conduite de Culeman.

¹¹ Blocus de Gartz : Gartz an der Oder (Gryfino en polonais), ville sur l’Oder en Poméranie, tenue par une garnison impériale que les Suédois cherchaient à réduire. C’est la même ville que le Général-Major Drummond s’efforcera de prendre en 1637-1638, y trouvant la mort.

¹² Marazin : Le baron Rudolph von Marzin , également connu sous le nom de Rudolph von Marazin ou Morzin , (* vers 1600 ; † 1646 à Prague ) était un maréchal saxon . Sa proximité menaçait la position suédoise et rendait le blocus de Gartz intenable.

¹³ Stettin : Szczecin, quartier général suédois en Poméranie, siège du Légat Oxenstierna.

¹⁴ Général-Major : vraisemblablement le Général-Major David Drummond, dont les troupes cantonnaient à Virrade avant de marcher vers Pencun.

¹⁵ Virrade : village en Poméranie, cantonnement des troupes suédoises.

¹⁶ Pencun : village de Poméranie proche de Gartz, position avancée d’où Johan Friedrich Kuhlman harcelait la garnison impériale.

¹⁷ Squadron Fels (Felsischen sqvadron) : escadron de cavalerie désigné par le nom de son régiment d’origine ou de son colonel titulaire. La nature cavalière de l’unité confirme l’appartenance de Johan Friedrich Kuhlman à l’arme de la cavalerie et des dragons, distinction attestée par les Rullors suédois.

¹⁸ Lieutenant-Colonel Culeman : Johan Friedrich Kuhlman, ici au grade de Lieutenant-Colonel confirmé dès mars 1636. L’éloge de Chemnitz est explicite et rare : il « s’était très bien comporté » (sich sehr wol gehalten) et avait « en peu de jours détruit et capturé diverses sorties ennemies depuis Gartz ». Ce jugement favorable contraste délibérément avec la capitulation honteuse du Capitaine Gordon décrite juste avant.

¹⁹ Feld-maréchal : Herman Wrangel, commandant en chef des forces suédoises en Poméranie.

²⁰ Le Légat : Axel Oxenstierna (1583-1654), chancelier du Royaume de Suède, représentant plénipotentiaire à Stettin.

²¹ Dragons de Stuart : régiment commandé par le Colonel Stuart, autre officier d’origine britannique en service suédois. Le Légat leur donna des pistolets pour les convertir en cavaliers, signe de la pénurie critique en cavalerie.

²² Colonel Woperschnow : officier suédois commandant des troupes nouvellement recrutées, insuffisantes face à la cavalerie impériale.

Jannewitz : Portrait d’un domaine pomeranien

Par Etienne Laude — Juillet 2026

Cet article fait suite à « À la recherche de Jamawitz« .

Reconstitution artistique de Jannewitz (Jamawitz) à la fin du XVIe siècle
Reconstitution artistique de Jannewitz (Jamawitz) à la fin du XVIe siècle, au temps où Johan Kuhlman et Hedvig von Focken en étaient les seigneurs. Au premier plan, le village s’organise autour de son étang central, avec ses fermes paysannes aux toits de chaume disposées le long des chemins rayonnants. À l’est, le manoir seigneurial, une maison rectangulaire en brique, sobre et fonctionnelle, entourée d’une palissade. À l’arrière-plan, le grand lac irrégulier du Lantower See (Jezioro Łętowskie) étend ses rives sinueuses bordées de roseaux et de forêts de pins et de bouleaux, tandis qu’à l’horizon sud-ouest se devine l’étendue sombre du Wusterwitzer Moor (aujourd’hui Janiewickie Bagno).
Reconstitution artistique d’après les sources historiques. Image générée par IA

Dans le premier article de cette série, nous avons retracé le chemin qui mène du mystérieux « Jamawitz » des sources suédoises au village de Jannewitz, aujourd’hui Janiewice, dans l’actuel Powiat Sławieński en Pologne. Nous savons désormais que Johan Kuhlman père en était le seigneur – le Herre – avant que la guerre de Trente Ans ne bouleverse tout. Mais à quoi ressemblait ce domaine ? Quelle était sa place dans le paysage poméranien ? C’est ce que ce second article propose d’explorer.

Carte générale du Duché de Poméranie (1794)
Un village au bout des marais

Jannewitz est situé à environ 12 kilomètres au sud de Schlawe (aujourd’hui Sławno), dans une zone de transition entre les terres agricoles de Hinterpommern et un monde plus sauvage : au sud-ouest du village s’étend le Wusterwitzer Moor, aujourd’hui réserve naturelle sous le nom de Janiewickie Bagno, une vaste étendue de tourbières et de zones humides qui a toujours constitué la frontière naturelle du domaine. Au nord, le lac Lantower See (Jezioro Łętowskie) complète cet environnement lacustre et marécageux caractéristique de la Poméranie profonde.

C’est dans ce cadre que s’est développé, depuis le Moyen Âge, le village de Jannewitz, un village à plan en étoile (wielodrożnicowy), organisé autour d’une place centrale, avec des chemins rayonnant dans plusieurs directions. La partie orientale du bourg était réservée aux bâtiments seigneuriaux : le manoir, les dépendances agricoles, et un parc planté en deux étapes au cours du XIXe siècle.

Des origines wendes et un nom qui parle

Le nom Janewic est d’origine slave (wende), et signifie littéralement « fils de Johannes », Jan étant la forme slave et bas-allemande du prénom Johannes. Le village porte donc le nom d’un fondateur ou d’un seigneur primitif dont l’identité exacte s’est perdue, mais dont le prénom, Jan, Johann, résonne comme un écho à travers les siècles jusqu’au Johan Kuhlman qui en sera le seigneur au XVIe siècle.

Les von Zitzewitz : premiers seigneurs documentés

Le premier propriétaire connu de Jannewitz est Martin von Zitzewitz, dont la possession est documentée entre 1442 et 1460. Les von Zitzewitz sont l’une des grandes familles de la noblesse terrienne poméranienne, dont les ramifications s’étendent sur l’ensemble du Kreis Schlawe et du Kreis Stolp. Jannewitz est pour eux un fief parmi d’autres. Au milieu du XVIe siècle, le domaine appartient à Jacob von Zitzwitz. Un document de l’époque en dresse le tableau précis :

25 exploitations paysannes, chacune d’environ 1 à 1,5 manse (soit 15 à 25 hectares), un petit tenancier, et un sacristain.

C’est un domaine modeste mais bien structuré, typique du Rittergut (domaine seigneurial noble) pomeranien de cette époque.

Les Kuhlman, seigneurs de Jannewitz

À une période encore difficile à préciser, probablement dans la seconde moitié du XVIe siècle, le domaine de Jannewitz passe des mains des von Zitzewitz à celles des Kuhlman. Johan Kuhlman y est attesté comme « Herre till Jamawitz » dans les sources généalogiques suédoises. C’est lui qui constitue le premier maillon documenté de la lignée à avoir possédé ce domaine. À cette époque, Jannewitz est un Rittergut, un domaine noble avec droit de justice et de chasse, ce qui place les Kuhlman dans la catégorie de la petite noblesse terrienne poméranienne (Landadel), ancrée dans ses terres, loin des grandes cours princières.

Vers la fin du XVIe siècle, Johan Kuhlman épouse Hedvig von Focken, dont la famille paternelle est d’origine patricienne lubeckoise, un mariage qui trahit des ambitions sociales et des réseaux qui dépassent largement le cadre provincial du Kreis Schlawe.

La guerre de Trente Ans : la fin d’une époque

En 1618, la guerre éclate. La Poméranie, carrefour stratégique entre l’Empire et les puissances nordiques, devient rapidement un théâtre de guerre. Les armées impériales, suédoises, danoises, et les bandes de mercenaires sillonnent la région pendant trois décennies. Jannewitz souffre gravement. Le village est pillé et en partie détruit. Les paysans fuient ou meurent. Les terres retournent à la friche.

Les Kuhlman, eux, sont déjà ailleurs, partis vers l’Ingrie, Lübeck, Gadebusch, et finalement la Suède. Jannewitz est abandonné. Son histoire se poursuivra sans eux.

Après les Kuhlman : les Podewils et les Hohenzollern

À la fin du XVIIe siècle, le domaine de Jannewitz est reconstitué après les destructions de la guerre. Adam von Podewils en devient le nouveau maître. Il y fonde en 1667 le hameau de Chomiec (Klarenwerder), nommé en l’honneur de sa femme Klara.

Au début du XIXe siècle, le fief passe à la famille von Blumenthal. Puis, en 1874, un propriétaire inattendu fait son apparition : le prince Hohenzollern-Sigmaringen, qui acquiert Jannewitz et les villages voisins, Lantow, Suckow et Gwiazdowo. Le domaine entre alors dans une phase d’expansion : en 1892, il couvre 2 073 hectares, avec élevage de moutons et de bovins, un moulin à eau, une briqueterie.

Gravure du manoir de Gross-Jannewitz (Sammlung Duncker, ~1860)
Le manoir, le parc, et la fin

Le manoir (dwór) en briques, construit dans la première moitié du XIXe siècle, est entouré d’un parc en deux parties : une section occidentale plus ancienne (milieu du XIXe siècle) et une section orientale plus récente (fin XIXe – début XXe siècle), les deux séparées par un chemin. En décembre 1931, le domaine, déficitaire, est vendu à la Société berlinoise de colonisation. Les ouvriers agricoles reçoivent chacun 7,5 hectares. Un commerçant, Paul Tresmer, reprend le manoir.

Le 5 mars 1945, l’Armée Rouge entre dans le village. La population allemande est expulsée. Le manoir abrite successivement une école agricole, une école primaire, puis une coopérative agricole. Il est aujourd’hui propriété privée.

Ce qui reste

De Jannewitz, il reste aujourd’hui un village polonais de 469 habitants, une allée de tilleuls dite Allée Bismarck, des plantations de marronniers le long des routes, une chapelle érigée après 1945 au croisement des chemins et, au sud-ouest, la tourbière silencieuse du Janiewickie Bagno, ancienne frontière naturelle du domaine des Kuhlman.

le Jezioro Łętowskie (l’ancien Lantower See), de nos jours.

La saga continue.

Notes :

¹ Jan Sroka, Słownik historyczny wsi powiatu sławieńskiego, Sławno, 2014. Disponible sur bibliotekacyfrowa.eu.

² Gravure de Gross-Jannewitz issue de la Sammlung Duncker (Alexander Duncker, Die ländlichen Wohnsitze, Schlösser und Residenzen der ritterschaftlichen Grundbesitzer in der preußischen Monarchie, Berlin, 1857–1883).

³ Meyers Konversations-Lexikon, entrée Jannewitz : meyersgaz.org.

Pauli Militis Christi Epinikion (1637)

Le sermon funèbre de Gerhard Kuleman

1. Un document exceptionnel : le sermon funèbre luthérien

Le Pauli Militis Christi Epinikion est une Leichpredigt, un sermon funèbre luthérien imprimé à Vieux-Stettin (Alt-Stettin) en 1637 par l’imprimeur Georg Götzken. Il est l’œuvre du Docteur Christophorus Schultetus, pasteur à l’église Saint-Jacques de Vieux-Stettin et confesseur du défunt. Ce genre littéraire et religieux, très codifié dans le luthéranisme allemand des XVIe-XVIIe siècles, associe systématiquement un sermon construit autour d’un texte biblique soigneusement choisi à un Curriculum vitæ biographique détaillé, ce qui en fait une source généalogique de premier ordre.

Le texte central choisi ici est 2 Timothée 4, v. 7-8 – « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi » – dont la métaphore militaire résonne parfaitement avec la carrière de soldat du défunt. Le titre latin, « Pauli Militis Christi Epinikion » (Chant de victoire de Paul, soldat du Christ) – emprunte au genre grec de l’épinicion, hymne de triomphe réservé aux vainqueurs des jeux, pour présenter la mort chrétienne au combat comme une victoire absolue. Le document concerne Gerhard Kulemans (parfois orthographié Kuhlman ou Culeman), Lieutenant-Colonel au service de la Couronne de Suède, né le 5 mars 1609 en Livonie, blessé mortellement le 10 mai 1637 devant Saatzig et décédé le 29 mai 1637 à Vieux-Stettin à l’âge de 28 ans.

Première page du Sermon du Pasteur Schultetus lu pour les obsèques de Gerhard à l’église Saint-Jacques de Stettin en 1637.
Deuxième page du Sermon du Pasteur Schultetus lu pour les obsèques de Gerhard à l’église Saint-Jacques de Stettin en 1637.
2. Aspects généalogiques et historiques

Le Curriculum vitæ du sermon fournit un portrait généalogique et biographique remarquablement précis. Gerhard Kulemans est issu d’une famille noble ancienne et bien connue en Livonie. Son père, Johann Kulemann, était seigneur¹ du domaine de Jamowitz ; sa mère, Hedwig née von Focken, était une noble livonienne. Du côté paternel, le grand-père de Gerhard était Patricius de la ville libre impériale de Lübeck, rattachant la famille à la haute bourgeoisie marchande hanséatique. La lignée maternelle remonte à une grand-mère von der Hoghenhausen², présentée dans le sermon comme appartenant à une famille « chevaleresque et de haute noblesse en Livonie ». Après la mort de son père, Gerhard est envoyé par sa mère à l’Akademisches Gymnasium de Hamburg où il étudie trois ans, avant de servir comme attaché auprès d’un ambassadeur du roi de Danemark, voyageant en Suède, au Danemark et à Moscou. Il rejoint ensuite l’armée royale suédoise en Allemagne, où son frère Johan Friedrich Kulemans³ sert déjà comme Lieutenant dans le Régiment du Général Duwall sous le Colonel Bohm⁴. Gerhard s’illustre lors de la prise de la redoute de Stein en Silésie (300 prisonniers) puis lors de la défense héroïque du Sandt devant Breslau, où il résiste six semaines à un siège complet sans ravitaillement jusqu’à forcer le retrait de l’ennemi, exploit qui lui vaut d’être promu Lieutenant-Colonel par le Général Duwall. Le 24 juin 1636, il épouse Barbara von Eichstädten, fille du seigneur des domaines de Küssow. Leur mariage ne durera que 21 semaines. Blessé à la cuisse droite lors d’une opération sous le commandement du Feld-Maréchal Herman Wrangel, Gerhard est transporté à Vieux-Stettin où il reçoit les derniers sacrements en présence de son confesseur le Dr. Schultetus et s’éteint paisiblement le 29 mai 1637 vers 22h, dix-neuf jours après sa blessure. Il est inhumé le 9 juin 1637 en l’église Saint-Jacques de Vieux-Stettin.

Le pasteur Schultetus en chaire dans la lumière solennelle de Saint-Jacques de Stettin. Au premier rang, Barbara en deuil et Johan Friedrich en uniforme d'officier. La bière drapée au centre. Dans le style des intérieurs d'église de Saenredam et de Witte.
Le pasteur Schultetus en chaire dans la lumière solennelle de Saint-Jacques de Stettin. Au premier rang, Barbara en deuil et Johan Friedrich en uniforme d’officier. La bière drapée au centre. Image générée par IA dans le style des intérieurs d’église de Saenredam et de Witte.

3. Ce que ce document révèle et ce qu’il confirme
Première page du CV mentionné dans le sermon. A noter, la mention du père Johan Kulemann, erbsess auf Jamowitz ainsi que le nom de famille de sa grand-mère maternelle.

Le Curriculum vitæ du sermon fournit un portrait généalogique et biographique remarquablement précis. Gerhard Kulemans est issu d’une famille noble ancienne et bien connue en Livonie. Son père, Johann Kulemann, était seigneur¹ du domaine de Jamowitz ; sa mère, Hedwig née von Focken, était une noble livonienne. Du côté paternel, le grand-père de Gerhard était Patricius de la ville libre impériale de Lübeck, rattachant la famille à la haute bourgeoisie marchande hanséatique. La lignée maternelle remonte à une grand-mère von der Hoghenhausen², présentée dans le sermon comme appartenant à une famille « chevaleresque et de haute noblesse en Livonie ».

Deuxième page du CV mentionné dans le sermon où l’on retrouve le passage sur ses études et ses premières années en Hollande et en Russie.

Après la mort de son père, Gerhard est envoyé par sa mère à l’Akademisches Gymnasium de Hamburg où il étudie trois ans. Il se place ensuite au service d’un ambassadeur du roi de Danemark, en grande considération à la Cour royale, avec lequel il effectue plusieurs missions diplomatiques en Suède, au Danemark et à Moscou, s’y acquittant de ses missions avec tant d’éclat que « rois, princes et seigneurs en eurent le plus grand contentement ». Animé ensuite d’un vif désir de voir le monde et d’en apprendre les langues, il voyage en Espagne et en Italie, puis se rend en Hollande avec l’intention de s’embarquer vers les Indes orientales, projet dont il est dissuadé par des personnes de qualité. Il reste alors plus d’un an en Hollande, où il sert auprès de l’armée du Prince et se forme aux exercices militaires.

Troisième page du CV mentionné dans le sermon.

Lorsqu’il apprend que Sa Majesté Royale de Suède est entrée en guerre en Allemagne, il quitte aussitôt la Hollande pour rejoindre l’armée royale suédoise à Francfort-sur-l’Oder, où son frère Johan Friedrich Kulemans³ sert déjà comme capitaine dans le Régiment du Général Duwall le Colonel Bohm⁴. Gerhard s’illustre lors de la prise de la redoute de Stein en Silésie (300 prisonniers) puis lors de la défense héroïque du Sandt devant Breslau, où il résiste six semaines à un siège complet sans ravitaillement jusqu’à forcer le retrait de l’ennemi, exploit qui lui vaut d’être promu Lieutenant-Colonel par le Général Duwall.

Le 24 juin 1636, il épouse Barbara von Eichstädten, fille du seigneur des domaines de Küssow. Leur mariage ne durera que 21 semaines. Blessé à la cuisse droite lors d’une opération sous le commandement du Feld-Maréchal Herman Wrangel, Gerhard est transporté à Vieux-Stettin où il reçoit les derniers sacrements en présence de son confesseur le Dr. Schultetus et s’éteint paisiblement le 29 mai 1637 vers 22h, dix-neuf jours après sa blessure. Il est inhumé le 9 juin 1637 en l’église Saint-Jacques de Vieux-Stettin.

En revanche, plusieurs éléments du sermon recoupent et confirment ce que les recherches menées sur la famille Kuhlman avaient déjà établi : la présence du frère Johan Friedrich Kulemans dans le Régiment du Général Duwall sous les ordres du Colonel Bohm, le lien avec la famille van Sypesteyn, et le rôle central de Saatzig dans le destin de cette génération, autant d’éléments déjà documentés sur ce site.

Extrait des archives du musée van Sypesteyn aux Pays-Bas, où l’on voit les noms de Cornelia, mariée à Jacob Larsons Bohm et Gertrud, mariée à Hans Fredrik Coelman.
Notes

¹ Erbseß : littéralement seigneur héréditaire, désignant celui qui tient son domaine en pleine propriété transmissible, par opposition au feudataire dont le fief reste révocable.

² Le nom « Hoghenhausen » est la graphie archaïque de « Hohenhausen », famille nobiliaire originaire du village de Hohenhausen en Lippe (Westphalie). La particule « von der », telle qu’elle figure exactement dans le document original, confirme que la famille tire son nom de ce lieu précis, indiquant qu’elle en était seigneur à l’origine.

³ L’identité de Johan Friedrich Kulemans confirme la documentation du musée van Sypesteyn (Pays-Bas), qui mentionne un « Hans Fridrik Coelman » portant le titre d’overste (colonel) au service du Roi de Suède (« Konung van Sveden »), Hans étant le diminutif néerlandais de Johan, et Coelman la transcription hollandaise de Kuhlman / Kuleman.

⁴ Jacob Bhom (ou Bhoom, Bohm, Boom selon les sources) est le « Herrn Obersten Bohms » du sermon funèbre. L’épitaphe de l’église de Saatzig, commandée par sa veuve Cornelia van Sypesteyn, atteste qu’il était Chiliargue (colonel) de Sa Majesté Royale de Suède et qu’il mourut le 10 août 1643 à l’âge de 42 ans, des suites d’un duel. Sa femme Cornelia van Sypesteyn était la sœur de Gertrud van Sypesteyn, épouse de Johan Friedrich Kulemans, faisant de Bohm et de Johan Friedrich des beaux-frères, ce qui explique le lien militaire étroit entre les deux hommes et l’intégration de Gerhard dans ce régiment.

À la recherche de Jamawitz

Par Etienne Laude, juillet 2026

Dans les sources suédoises qui constituent le cœur de la saga Kuhlman, une mention revient comme un refrain énigmatique : « Herre till Jamawitz i Pommern » ou Seigneur de Jamawitz en Poméranie en français. C’est le titre qui précède le nom de Johan Kuhlman au sommet du tableau généalogique Tab. 1, ancre géographique d’une famille qui allait, au fil des guerres et des alliances, devenir l’une des lignées nobles de la Suède du XVIIe siècle.

Première page du dossier nobiliaire des Kuhlman. Collection personnelle de l’auteur.

Mais où se trouve Jamawitz ? Cette question, apparemment simple, se révèle être une véritable enquête historique.

Un nom qui résiste aux cartes

Aucune carte moderne ne répertorie de « Jamawitz ». Aucun village polonais ou allemand ne porte aujourd’hui ce nom. À première vue, la piste semble froide. Deux hypothèses émergent pourtant dans la littérature :

La première mène vers Janowiec Wielkopolski, une petite ville de l’ancienne province de Posnanie, dont le nom allemand historique était « Janowitz ». La ressemblance phonétique est réelle. Mais un détail géographique l’invalide aussitôt : Janowiec Wielkopolski n’est pas en Poméranie. Or les sources sont formelles, Jamawitz est « in Pommern ».

La seconde hypothèse s’avère bien plus convaincante et je tiens ici à remercier madame Catharina Behrens des archives de Lübeck qui m’a mis sur ce qui semble la bonne piste.

Jannewitz, Kreis Schlawe : la piste poméranienne

Dans les registres historiques du Kreis Schlawe, arrondissement de l’ancienne Poméranie prussienne, on trouve un village nommé Jannewitz, aujourd’hui connu sous son nom polonais de Janiewice, situé à environ 11 kilomètres au sud-est de Sławno (l’ancienne Schlawe), près de la côte baltique. La proximité phonétique entre « Jannewitz » et « Jamawitz » n’est pas le fruit du hasard : en vieille écriture gothique allemande (Kurrentschrift), les lettres « nn » et « m » se ressemblent étroitement. Une confusion de copiste, ou de lecteur, suffit à transformer l’un en l’autre. Ce type d’erreur était extrêmement courant dans les archives de cette époque.


Jannewitz est un village d’origine wende (slave), organisé autour d’un étang central, dont l’histoire documentée remonte au XVe siècle. Le premier propriétaire connu était Martin von Zitzewitz, entre 1442 et 1460. Au XVIe siècle, le village appartient à Jacob von Zitzwitz et compte alors vingt-cinq paysans, un petit tenancier et un sacristain. C’est un « Rittergut », un domaine seigneurial noble dont le statut correspond parfaitement à celui d’une famille comme les Kuhlman.

Jannewitz sur une carte prussienne de 1890.
Johan Kuhlman, Seigneur de Jannewitz

En Suède, le titre « Herre till [lieu] » désigne le propriétaire d’un domaine seigneurial. C’est l’équivalent exact du « Herr auf/zu » allemand, ou du « Seigneur de » français. Dire que Johan Kuhlman était « Herre till Jamawitz » signifie donc qu’il était le maître incontesté de ce domaine en Poméranie et que Jannewitz était le siège familial des Kuhlman.

Extrait de la première page du dossier Kuhlman. Collection personnelle de l’auteur.

Quand et comment les Kuhlman ont-ils acquis Jannewitz des von Zitzewitz ? La réponse se trouve probablement dans les Lehnsakten (registres féodaux) de l’ancienne chancellerie ducale de Poméranie, aujourd’hui conservés à l’Archiwum Państwowe w Szczecinie (Archives d’État de Szczecin, en Pologne). C’est l’une des prochaines étapes de cette enquête.

La guerre de Trente Ans et la fin d’un monde

Le destin de Jannewitz bascule avec la guerre de Trente Ans (1618–1648). Comme tant d’autres villages de Poméranie orientale, il est presque entièrement détruit. Entre 1679 et 1690, les fragments du domaine sont vendus progressivement à Adam von Podewils et les Kuhlman ne sont plus là depuis quelques années.

Leur chemin les a conduits loin de Poméranie, par étapes. D’abord vers l’Ingrie, cette région baltique disputée entre la Suède et la Russie, théâtre de nombreuses campagnes militaires au début du XVIIe siècle. Puis un retour vers les villes hanséatiques : Lübeck, dont la famille Focken, belle-famille de Johan Kuhlman, était l’une des grandes familles patriciennes, et Gadebusch, en Mecklembourg. Et enfin, la Suède, royaume alors en pleine expansion vers la Baltique, qui offrait aux familles nobles déplacées par la guerre terres, titres et avenir.

La trajectoire est celle de nombreuses familles nobles poméranniennes de cette époque : la guerre dévaste les domaines ancestraux, et les fils cherchent fortune et reconnaissance sous les drapeaux suédois. Le fils de Johan Kuhlman, lui-même prénommé Johan, Lieutenant-Colonel dans l’armée Suédoise, meurt à Narva en 1649, au service militaire suédois tout comme son frère Peter deux années plus tard. La boucle se referme entre deux rives de la Baltique. De Jannewitz à Stockholm. Du fief poméranien à la noblesse suédoise. C’est, en quelques décennies, le voyage des Kuhlman.

UnE enquete en cours !

Cette enquête sur Jamawitz ne fait que commencer. Plusieurs institutions ont été sollicitées, archives municipales, instituts de recherche nobiliaire, portails d’archives en ligne et les premières réponses dessinent peu à peu les contours d’un dossier qui pourrait être riche. Les registres féodaux de l’ancienne chancellerie ducale de Poméranie, conservés aujourd’hui en Pologne¹, représentent sans doute la source la plus prometteuse pour documenter la présence des Kuhlman à Jannewitz avant la guerre de Trente Ans. De même, les archives nobiliaires allemandes spécialisées dans la noblesse de Hinterpommern² confirment l’existence d’entrées relatives à la famille.

Ce que Jamawitz nous dit des Kuhlman

Retrouver Jamawitz, c’est retrouver les racines terrestres d’une famille que les sources suédoises nous montrent déjà en pleine ascension sociale. Avant la Suède, avant l’Ingrie, avant les détours par Lübeck et Gadebusch, il y avait un domaine modeste au bord des marais poméraniens, un Rittergut entouré d’étangs, à quelques lieues de la mer Baltique.

C’est de là que tout a commencé.

La saga continue.

Sources

¹ Archiwum Państwowe w Szczecinie (Archives d’État de Szczecin, Pologne) — principal dépôt des archives ducales de Poméranie, incluant les Lehnsakten (registres féodaux) de Hinterpommern. Consultable partiellement en ligne via szukajwarchiwach.gov.pl.

² Institut für Deutsche Adelsforschung, Kiel — dirige notamment un index de plus de 1 500 dossiers de noblesse poméraniens conservés dans les archives allemandes (1500–1945), et possède une entrée documentée pour « Kühlman (aus Jamawitz in Pommern) ». Voir adelsquellen.de.

Heinrich Kuhlman, Bürgermeister zu Gadebusch

Gadebusch : une petite ville entre Schwerin et Lübeck
Heinrich Kuhlman (1639-1720), Bürgermeister zu Gadebusch.

Gadebusch est une petite ville du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, située à mi-chemin entre Schwerin (à 25 km au sud-est) et Lübeck (à 50 km à l’ouest). Traversée par la rivière Radegast, elle compte aujourd’hui environ 5 500 habitants et conserve un centre historique remarquablement préservé. Sa position géographique en a fait, dès le Moyen Âge, un nœud stratégique entre le monde hanséatique de Lübeck et les duchés du Mecklembourg. C’est cette même situation qui attira Heinrich Kuhlman — officier de cavalerie formé en Finlande et en Pologne, passé par Lübeck, distante de seulement 50 km, lorsqu’il chercha à s’établir après sa carrière militaire, vers 1675. Au début du XVIIe siècle, la ville comptait environ 1 000 habitants. Il est difficile de savoir exactement combien y vivaient un siècle plus tard, lorsque Heinrich Kuhlman y exerçait ses fonctions. Certainement moins, les ravages de la Guerre de Trente Ans (1618–1648) avaient emporté les trois quarts de la population des villes du Mecklembourg, et la région ne s’en remit que très lentement.

Le Rathaus de Gadebusch, de nos jours.
Une ville marquée par l’histoire

Gadebusch est mentionnée pour la première fois dans les textes au XIIe siècle. Son monument le plus ancien est la Stadtkirche (église de la ville), construite en 1220, considérée comme la plus ancienne église en briques du Mecklembourg. Non loin s’élève le Schloss Gadebusch, château ducal du XVIe siècle reconstruit dans le style Renaissance, l’un des premiers édifices Renaissance de toute l’Allemagne du Nord. La ville appartenait au Duché de Mecklembourg-Schwerin, et c’est dans ce cadre institutionnel qu’Heinrich Kuhlman exerce la magistrature suprême de la ville : celle de Bürgermeister (bourgmestre). Elle est aussi le théâtre d’un épisode militaire majeur à l’époque même où Heinrich y était bourgmestre : la bataille de Gadebusch, le 9 décembre 1712, au cours de laquelle les troupes suédoises écrasèrent les armées dano-saxonnes. Ironie du destin : l’un des fils d’Heinrich, Johan Kuhlman, né à Wismar et officier dans la cavalerie suédoise, y participa comme combattant, se battant dans la ville même où son père gouvernait en magistrat civil.

Les armoiries de la ville en 1618.
Le Rathaus : un joyau gothique-Renaissance
Le Rathaus de Gadebusch.

La mairie de Gadebusch (Rathaus) se dresse sur la place du marché (Marktplatz), au numéro 1. C’est l’un des bâtiments les mieux conservés du centre historique, et l’un des plus beaux exemples d’architecture civile de la région. Sa construction remonte à environ 1340, soit plus de trois siècles avant qu’Heinrich Kuhlman n’en franchisse le seuil en tant que premier magistrat. En 1618, le bâtiment médiéval est réaménagé et agrandi : le pignon principal, richement orné de niches et de décors en terra cotta caractéristiques du style Renaissance nordique, date de cette campagne de travaux. C’est l’un des exemples les plus soignés de l’architecture civile Renaissance du Mecklembourg.

Lorsqu’Heinrich Kuhlman y exerce ses fonctions de Bürgermeister (attestées par les Kirchliche Nachrichten de la paroisse entre 1703 et 1719), le bâtiment a donc déjà près de quatre siècles d’histoire. C’est dans ce cadre de pierre et de briques rouges, face à l’église luthérienne, que le vieux soldat devenu magistrat reçoit les notables de la ville, préside les délibérations et fait consigner ses dons de Traner Lichter dans les registres paroissiaux.

Heinrich Kuhlman, Bürgermeister : de l’épée à la robe

Après vingt ans de service dans les meilleures unités de cavalerie suédoise, le Livgardet, le régiment de Nyland et Tavastehus , Heinrich Kuhlman s’établit à Gadebusch vers 1675. Il y suit un parcours d’intégration civique classique pour un noble militaire de l’époque : Borgare (bourgeois admis dans la cité), Rådman (conseiller municipal) puis enfin Bürgermeister (bourgmestre, premier magistrat).

Il épouse Dorothea Rawen le 31 octobre 1682, et le couple aura trois fils : Joachim Adolf (1687), Heinrich fils (1693) et Johan (né à Wismar, vers 1690). Les deux premiers traverseront la Baltique pour devenir commerçants à Norrköping, en Suède, perpétuant ainsi les liens ancestraux de la famille avec la couronne suédoise. Le troisième restera dans les armes et participera à la bataille de Gadebusch en 1712. Les registres paroissiaux (Kirchliche Nachrichten) de 1703 à 1719 attestent son titre à plusieurs reprises.

Heinrich Kuhlman décède le 6 juin 1720 à Gadebusch, dans la ville où il fut le premier magistrat pendant près de deux décennies. Son acte de sépulture est conservé dans le registre Bestattungen 1719–1732 des archives ecclésiastiques de l’Église luthérienne d’Allemagne du Nord. De ses fils, Heinrich fils (1693–1765) deviendra le père de Henrik (1731–1771) et de Johan Kuhlman (1738–1806), le grand mécène de Norrköping et l’arrière-grand-père de Josef Kuhlman, futur Consul Général de Suède et de Norvège à Alger. La lignée, partie des bords de la Baltique, avait encore de belles pages à écrire.