Le sermon funèbre de Gerhard Kuleman
1. Un document exceptionnel : le sermon funèbre luthérien
Le Pauli Militis Christi Epinikion est une Leichpredigt, un sermon funèbre luthérien imprimé à Vieux-Stettin (Alt-Stettin) en 1637 par l’imprimeur Georg Götzken. Il est l’œuvre du Docteur Christophorus Schultetus, pasteur à l’église Saint-Jacques de Vieux-Stettin et confesseur du défunt. Ce genre littéraire et religieux, très codifié dans le luthéranisme allemand des XVIe-XVIIe siècles, associe systématiquement un sermon construit autour d’un texte biblique soigneusement choisi à un Curriculum vitæ biographique détaillé, ce qui en fait une source généalogique de premier ordre.
Le texte central choisi ici est 2 Timothée 4, v. 7-8 – « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi » – dont la métaphore militaire résonne parfaitement avec la carrière de soldat du défunt. Le titre latin, « Pauli Militis Christi Epinikion » (Chant de victoire de Paul, soldat du Christ) – emprunte au genre grec de l’épinicion, hymne de triomphe réservé aux vainqueurs des jeux, pour présenter la mort chrétienne au combat comme une victoire absolue. Le document concerne Gerhard Kulemans (parfois orthographié Kuhlman ou Culeman), Lieutenant-Colonel au service de la Couronne de Suède, né le 5 mars 1609 en Livonie, blessé mortellement le 10 mai 1637 devant Saatzig et décédé le 29 mai 1637 à Vieux-Stettin à l’âge de 28 ans.


2. Aspects généalogiques et historiques
Le Curriculum vitæ du sermon fournit un portrait généalogique et biographique remarquablement précis. Gerhard Kulemans est issu d’une famille noble ancienne et bien connue en Livonie. Son père, Johann Kulemann, était seigneur¹ du domaine de Jamowitz ; sa mère, Hedwig née von Focken, était une noble livonienne. Du côté paternel, le grand-père de Gerhard était Patricius de la ville libre impériale de Lübeck, rattachant la famille à la haute bourgeoisie marchande hanséatique. La lignée maternelle remonte à une grand-mère von der Hoghenhausen², présentée dans le sermon comme appartenant à une famille « chevaleresque et de haute noblesse en Livonie ». Après la mort de son père, Gerhard est envoyé par sa mère à l’Akademisches Gymnasium de Hamburg où il étudie trois ans, avant de servir comme attaché auprès d’un ambassadeur du roi de Danemark, voyageant en Suède, au Danemark et à Moscou. Il rejoint ensuite l’armée royale suédoise en Allemagne, où son frère Johan Friedrich Kulemans³ sert déjà comme Lieutenant dans le Régiment du Général Duwall sous le Colonel Bohm⁴. Gerhard s’illustre lors de la prise de la redoute de Stein en Silésie (300 prisonniers) puis lors de la défense héroïque du Sandt devant Breslau, où il résiste six semaines à un siège complet sans ravitaillement jusqu’à forcer le retrait de l’ennemi, exploit qui lui vaut d’être promu Lieutenant-Colonel par le Général Duwall. Le 24 juin 1636, il épouse Barbara von Eichstädten, fille du seigneur des domaines de Küssow. Leur mariage ne durera que 21 semaines. Blessé à la cuisse droite lors d’une opération sous le commandement du Feld-Maréchal Herman Wrangel, Gerhard est transporté à Vieux-Stettin où il reçoit les derniers sacrements en présence de son confesseur le Dr. Schultetus et s’éteint paisiblement le 29 mai 1637 vers 22h, dix-neuf jours après sa blessure. Il est inhumé le 9 juin 1637 en l’église Saint-Jacques de Vieux-Stettin.

3. Ce que ce document révèle et ce qu’il confirme

Le Curriculum vitæ du sermon fournit un portrait généalogique et biographique remarquablement précis. Gerhard Kulemans est issu d’une famille noble ancienne et bien connue en Livonie. Son père, Johann Kulemann, était seigneur¹ du domaine de Jamowitz ; sa mère, Hedwig née von Focken, était une noble livonienne. Du côté paternel, le grand-père de Gerhard était Patricius de la ville libre impériale de Lübeck, rattachant la famille à la haute bourgeoisie marchande hanséatique. La lignée maternelle remonte à une grand-mère von der Hoghenhausen², présentée dans le sermon comme appartenant à une famille « chevaleresque et de haute noblesse en Livonie ».

Après la mort de son père, Gerhard est envoyé par sa mère à l’Akademisches Gymnasium de Hamburg où il étudie trois ans. Il se place ensuite au service d’un ambassadeur du roi de Danemark, en grande considération à la Cour royale, avec lequel il effectue plusieurs missions diplomatiques en Suède, au Danemark et à Moscou, s’y acquittant de ses missions avec tant d’éclat que « rois, princes et seigneurs en eurent le plus grand contentement ». Animé ensuite d’un vif désir de voir le monde et d’en apprendre les langues, il voyage en Espagne et en Italie, puis se rend en Hollande avec l’intention de s’embarquer vers les Indes orientales, projet dont il est dissuadé par des personnes de qualité. Il reste alors plus d’un an en Hollande, où il sert auprès de l’armée du Prince et se forme aux exercices militaires.

Lorsqu’il apprend que Sa Majesté Royale de Suède est entrée en guerre en Allemagne, il quitte aussitôt la Hollande pour rejoindre l’armée royale suédoise à Francfort-sur-l’Oder, où son frère Johan Friedrich Kulemans³ sert déjà comme capitaine dans le Régiment du Général Duwall le Colonel Bohm⁴. Gerhard s’illustre lors de la prise de la redoute de Stein en Silésie (300 prisonniers) puis lors de la défense héroïque du Sandt devant Breslau, où il résiste six semaines à un siège complet sans ravitaillement jusqu’à forcer le retrait de l’ennemi, exploit qui lui vaut d’être promu Lieutenant-Colonel par le Général Duwall.
Le 24 juin 1636, il épouse Barbara von Eichstädten, fille du seigneur des domaines de Küssow. Leur mariage ne durera que 21 semaines. Blessé à la cuisse droite lors d’une opération sous le commandement du Feld-Maréchal Herman Wrangel, Gerhard est transporté à Vieux-Stettin où il reçoit les derniers sacrements en présence de son confesseur le Dr. Schultetus et s’éteint paisiblement le 29 mai 1637 vers 22h, dix-neuf jours après sa blessure. Il est inhumé le 9 juin 1637 en l’église Saint-Jacques de Vieux-Stettin.
En revanche, plusieurs éléments du sermon recoupent et confirment ce que les recherches menées sur la famille Kuhlman avaient déjà établi : la présence du frère Johan Friedrich Kulemans dans le Régiment du Général Duwall sous les ordres du Colonel Bohm, le lien avec la famille van Sypesteyn, et le rôle central de Saatzig dans le destin de cette génération, autant d’éléments déjà documentés sur ce site.

Notes
¹ Erbseß : littéralement seigneur héréditaire, désignant celui qui tient son domaine en pleine propriété transmissible, par opposition au feudataire dont le fief reste révocable.
² Le nom « Hoghenhausen » est la graphie archaïque de « Hohenhausen », famille nobiliaire originaire du village de Hohenhausen en Lippe (Westphalie). La particule « von der », telle qu’elle figure exactement dans le document original, confirme que la famille tire son nom de ce lieu précis, indiquant qu’elle en était seigneur à l’origine.
³ L’identité de Johan Friedrich Kulemans confirme la documentation du musée van Sypesteyn (Pays-Bas), qui mentionne un « Hans Fridrik Coelman » portant le titre d’overste (colonel) au service du Roi de Suède (« Konung van Sveden »), Hans étant le diminutif néerlandais de Johan, et Coelman la transcription hollandaise de Kuhlman / Kuleman.
⁴ Jacob Bhom (ou Bhoom, Bohm, Boom selon les sources) est le « Herrn Obersten Bohms » du sermon funèbre. L’épitaphe de l’église de Saatzig, commandée par sa veuve Cornelia van Sypesteyn, atteste qu’il était Chiliargue (colonel) de Sa Majesté Royale de Suède et qu’il mourut le 10 août 1643 à l’âge de 42 ans, des suites d’un duel. Sa femme Cornelia van Sypesteyn était la sœur de Gertrud van Sypesteyn, épouse de Johan Friedrich Kulemans, faisant de Bohm et de Johan Friedrich des beaux-frères, ce qui explique le lien militaire étroit entre les deux hommes et l’intégration de Gerhard dans ce régiment.
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