On a retrouvé la tombe des Schultze !

Août 2026 – Cimetière de Saint-Eugène, Alger

Une découverte patrimoniale d’une portée symbolique importante vient d’être faite au cimetière de Saint-Eugène (Bologhine) à Alger : la tombe du couple Schultze a été localisée au cours du mois d’août 2026. Une nouvelle qui ravira tous ceux qui s’intéressent à l’histoire diplomatique et culturelle de l’Algérie du XIXe siècle.

Qui étaient les Schultze ?

Johan Fredrik Schultze (1774–1847) est l’une des figures les plus remarquables de l’Alger précolonial et colonial. Arrivé en 1810 dans une ville encore ottomane, il y passa trente-sept années au service de cinq nations : l’Algérie Ottomane tout d’abord, la Suède, la Norvège, la Russie et la Prusse en tant que consul. Il fut de toutes les grandes heures : la construction de la Salpêtrière pour le compte du Dey, l’observation de la conquête française de 1830 depuis les hauteurs de sa villa, et une vie entière dédiée à l’accueil d’officiers, d’artistes, de savants et de voyageurs au 12, rue de la Licorne. Aucun Européen vivant à Alger en 1847 ne connaissait mieux la ville que lui.

Carte postale fin XIXe représentant une gravure du marabout et Salpétrière du Dey. Collection personnelle de l’auteur.

Il s’éteignit le 13 février 1847 et fut l’un des premiers à être inhumé dans ce qu’on allait bientôt appeler le « Carré des Consuls » du cimetière de Saint-Eugène. Son épitaphe, sobre et émouvante, est restée dans les mémoires :

« Ici repose un patriarche, Johan Friderick Schultze, consul de Suède et de Norvège, chargé d’affaires de Russie et de Prusse, né près de Stockholm, 15 janvier 1774, décédé le 13 février 1847. Un ami fidèle à la religion du souvenir lui a élevé ce modeste monument sur la terre étrangère. »

À ses côtés repose son épouse, Kenney Bowen-Schultze (vers 1810–1861), artiste peintre orientaliste britannique d’une grande sensibilité. Ses aquarelles et dessins constituent un témoignage visuel irremplaçable de l’Alger des années 1830-1840, à une époque où la photographie n’existait pas encore. Elle tenait également à La Calorama — splendide demeure mauresque d’El-Biar qu’elle avait elle-même baptisée du grec « Belle Vue » — un salon culturel réputé où se croisait l’élite cosmopolite de la cité. Elle décéda le 1er avril 1861. Son épitaphe : « Ici repose Kenney Bowen, veuve Schultze, décédée le 1er avril 1861, âgée de 51 ans. »

Dessin de Kenney Bowen-Schultze (1810-1861).
Une tombe retrouvée, une restauration à venir

La localisation de ce monument, longtemps perdu dans l’état d’abandon qui frappe une partie du cimetière de Saint-Eugène, marque le début d’une nouvelle étape. La rénovation de la sépulture va désormais pouvoir être engagée sous l’égide de l’A.C.S.E. , l’Association des Amis des Cimetières de Saint-Eugène Bologhine qui œuvre depuis plusieurs années à la protection, à la réhabilitation et à la valorisation du patrimoine funéraire de cette colline d’exception.

Ce chantier bénéficiera du soutien de Madame Anna Block Mazoyer, Ambassadeur de Suède, signe que les liens historiques entre la Suède et Alger, noués il y a bientôt trois siècles n’ont pas été oubliés. La dimension diplomatique de cette restauration est à la hauteur du personnage : consul ayant représenté quatre États, le consul Schultze mérite bien cet hommage.

Tombe de Kenney Bowen-Schultze, août 2026.
Tombe de Johan Fredrik Schultze, août 2026.
Un patrimoine à protéger

L’A.C.S.E. rappelle que son ambition dépasse la seule tombe des Schultze : l’association conduit plusieurs chantiers simultanés de réhabilitation au cimetière de Saint-Eugène, dont la restauration du Carré des Consuls, où repose précisément le couple Schultze. Un travail de longue haleine, mené avec le soutien des autorités algériennes pour préserver un patrimoine funéraire d’une richesse historique et architecturale exceptionnelle.

La redécouverte de cette tombe est un signal fort : l’histoire se laisse retrouver, à condition d’en prendre soin. Et ceux qui, comme les Schultze, ont contribué à tisser des liens entre les peuples, méritent que leur mémoire perdure.

Sources : La Saga des Kuhlman – La mort du Consul Schultze ; La Saga des Kuhlman – Madame Schultze ; Association A.C.S.E.

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