Les Kuhlman à Norrköping (4e partie)

Deux cercles, une ville : les Wendel, les Callwagen et les sivers

Quatrième volet de la série « Les Kuhlman à Norrköping ». Cet article examine deux familles dont les noms apparaissent de façon récurrente dans les actes de naissance et de mariage des Kuhlman : les Wendel et les Callwagen. Derrière ces noms se dessine la sociologie d’une ville marchande du XVIIIe siècle, et la manière dont les Kuhlman s’y sont inscrits.

Gravure historique de Norrköping vers 1700-1714, issue de Suecia Antiqua et Hodierna d’Erik Dahlberg, gravée par Jan van den Aveelen.
Ce que les parrains révèlent

Il est une chose que les registres paroissiaux du XVIIIe siècle font mieux que n’importe quel autre document : ils montrent à qui on fait confiance. Un parrain n’est pas choisi au hasard. C’est un homme ou une femme dont on attend qu’il ou elle veille sur votre enfant si vous disparaissez, qu’il ou elle lui transmette une part du monde que vous avez construit. Choisir un parrain, c’est désigner publiquement ses alliés.

« Baptême de Hinrich Kuhlman Junior, église Hedvig de Norrköping, 30 octobre 1731. Parmi les parrains : Madame Anna Christina von Block, Madame Magdalena Kuhlman née de Besche, Herr Friedrich Callwagen. » Image générée par IA.

Dans les actes de naissance des enfants de Heinrich Kuhlman, entre 1731 et 1738, deux familles reviennent avec une régularité qui ne doit rien au hasard : les Callwagen et les Wendel. On y trouve aussi, en filigrane, la famille Sivers, liée aux Wendel par mariage. Ces trois noms forment un réseau. Et ce réseau dit quelque chose d’essentiel sur la place des Kuhlman dans la Norrköping du XVIIIe siècle. Quelques années plus tard, Heinrich à présent marchand établi financera la publication d’un ouvrage du frère d’Anna, Henric Jakob Sivers.

Les Callwagen, marchands dans la ville des tissus

Herr Friedrich Callwagen est parrain de Hinrich Kuhlman Junior le 30 octobre 1731. Sept ans plus tard, Madame Callwagen est marraine de Johan le 29 mai 1738. Le nom Callwagen est d’origine germanique. Comme les Kuhlman, comme les Nordstein, comme les Neuhauser qui apparaissent dans les mêmes actes, les Callwagen appartiennent à cette vague de marchands allemands qui avaient fait de Norrköping, au tournant du XVIIIe siècle, l’une de leurs villes d’adoption. La cité était en plein essor : ses industries textiles, héritées de l’impulsion donnée un siècle plus tôt par le Hollandais Louis de Geer, attiraient les négociants du nord de l’Europe. Les Allemands y étaient nombreux, organisés, actifs.

« Un comptoir de négoce germanique au début du XVIIIe siècle. Le monde quotidien des Callwagen, Kuhlman et leurs associés à Norrköping. » Image générée par IA.

Les Callwagen n’apparaissent pas dans les registres de la noblesse suédoise, ce qui confirme leur appartenance à la bourgeoisie marchande (handelsmän), non à l’aristocratie. Ils commercent, ils investissent, ils parrainent. Ils sont de ce monde où la réputation se construit acte par acte, baptême par baptême. Le fait que Friedrich Callwagen soit encore présent en 1731 dans les actes Kuhlman, et que sa femme prenne le relais en 1738, suggère une relation qui dure, une amitié commerciale et personnelle enracinée sur plusieurs décennies.

On peut imaginer ces hommes se croisant aux mêmes comptoirs, discutant des mêmes prix du sel et de la toile, se recommandant mutuellement auprès des autorités du Magistrat. C’est ce monde-là que Friedrich Callwagen représente les marchands germaniques de Norrköping, solidaires entre eux, intégrés dans la vie civique de leur ville d’adoption.

Johan Ulrich Wendel et Anna Sivers, un mariage au carrefour de deux mondes

L’histoire des Wendel à Norrköping commence par un mariage. Le 20 mars 1715, Johan Ulrich Wendel épouse Anna Sivers. Cette date est précieuse : en 1715, Joachim Adolph Kuhlman est encore indiqué « von Lübeck ». Il n’est pas encore installé à Norrköping. Pourtant, il est déjà présent comme parrain dans les cercles où les Wendel évoluent. Les réseaux précèdent les installations.

Qui sont les Wendel ? Il existe en Suède une famille noble de ce nom (n° 1744 du Riddarhuset), anoblie en 1690, dont les racines sont militaires et plusieurs de ses membres sont morts dans les guerres de Charles XII. Un certain Johan Fredrik Wendel fut tué à Tönningen en 1713, la même capitulation où Johan Kuhlman, le frère soldat, fut fait prisonnier. Ces coïncidences de batailles et de familles dans une Suède en guerre ne sont pas fortuites : elles rappellent que le cercle des gens qui se connaissaient, qui se croisaient, qui se parrainent, était aussi le cercle de ceux qui combattaient ensemble ou mouraient ensemble. Le Johan Ulrich Wendel qui épouse Anna Sivers en 1715 appartient vraisemblablement à une branche marchande de cette lignée, ou à une famille homonyme bien établie à Norrköping. Ce qui est certain, c’est qu’il s’inscrit dans le même tissu social que les Kuhlman et qu’il y reste de nombreuses années. Car Madame Anna Wendel, marraine d’Erich Kuhlman en 1734, n’est autre que cette même Anna Sivers, toujours présente dans le cercle des familles Kuhlman près de vingt ans après son mariage.

Les Sivers, entre Lübeck, Östergötland et Norrköping

La famille Sivers est d’origine balte-allemande, fortement liée à Lübeck, cette ville qui, on l’a vu, était aussi le point de départ des Kuhlman sur les routes de la Baltique. Anna Sivers et son frère présumé Henric Jakob Sivers (né en 1709 à Lübeck et décédé en 1758 à Tryserum dans l’Östergötlands) sont les personnages qui nous intéressent ici.

Henric Jakob Sivers (1709-1758)

Henric Jakob Sivers choisit la voie pastorale : prédicateur de cour du roi de Suède, puis pasteur et doyen à Tryserum en Östergötland jusqu’à sa mort en 1758. Sa première femme décéda à Norrköping en 1738 ; plusieurs de ses enfants y furent baptisés. Il était aussi auteur et illustrateur, et Heinrich Kuhlman finança la publication de certains de ses ouvrages, confirmant encore le lien direct, économique et intellectuel, entre les deux familles. Le pasteur Sivers est même représenté par une peinture dans l’église Hedvig de Norrköping, cette même église où les Kuhlman baptisaient leurs enfants.

Anna Sivers, elle, avait choisi la voie marchande en épousant Johan Ulrich Wendel. Ces deux trajectoires, la plume et le comptoir, se rejoignaient dans le même cercle.

Deux cercles, une appartenance

Ce que révèlent les Callwagen et les Wendel-Sivers, c’est la double appartenance des Kuhlman à Norrköping. D’un côté, le cercle des marchands germaniques, les Callwagen, Kröner, Neuhauser, Nordstein, qui constituait leur milieu d’origine, leur langue, leur culture du commerce. De l’autre, le cercle de la notabilité suédoise locale, von Block, de Besche, Sivers dans sa version pastorale, qui représentait leur intégration dans leur société d’adoption. Ces deux cercles ne s’excluaient pas. Ils se superposaient, s’enrichissaient mutuellement. Un marchand allemand de Norrköping au début du XVIIIe siècle était à la fois héritier de la tradition hanséatique et sujet du roi de Suède. Il achetait à Lübeck et vendait à Kalmar. Il baptisait ses enfants à l’église Hedvig de Norrköping (l’église allemande) et siégeait au Magistrat à côté des Suédois de souche.

Les Kuhlman ont parfaitement incarné cet équilibre. Joachim Adolph avait épousé une de Besche, la noblesse suédoise. Heinrich avait pour parrains un Callwagen, le négoce germanique, et Anna Christina von Block, représentant la science et la médecine suédoises. Et au milieu, les Wendel-Sivers formaient le pont : une famille allemande luthérienne, enracinée comme les Kuhlman dans la double culture de la Baltique.

Ce que cette ville était

Norrköping au début du XVIIIe siècle n’était pas seulement une ville de tisserands et de marchands en pleine reconstruction (voir le chapitre dédié au sac de Norrköping). C’était un carrefour culturel, où des familles venues de Lübeck, de Hamburg, de Wismar, de la Courlande et de la Hesse se mêlaient aux vieilles familles d’Östergötland. C’était une ville où l’on pouvait arriver étranger et devenir Borgare en une génération. Où un passeport délivré à Göteborg en 1712 pouvait mener, quatorze ans plus tard, à un acte de bourgeoisie gravé dans un registre.

« Norrköping vers 1720, vue depuis le port de la Motala. La ville attirait les marchands germaniques venus de Lübeck, Hamburg et Wismar. » Image générée par IA.

Les Callwagen et les Wendel ne sont pas des personnages secondaires de cette histoire. Ils en sont les témoins actifs, ceux qui, en acceptant d’être parrains, ont dit à toute la communauté que les Kuhlman étaient des leurs.

La prochaine partie sera consacrée à la famille de Besche, l’alliance qui, au-delà du commerce, a ancré les Kuhlman dans la noblesse industrielle.

Sources : Registres paroissiaux de Norrköping, paroisse Hedvig (1715–1738) ; Adelsvapen-Wiki, famille Wendel nr 1744 et Von Sivers ; kuhlmansaga.com ; Riksarkivet.

Alger, les années fondatrices (1841-1849)

8. Courtier maritime assermenté – décembre 1844
Josef Kuhlman et Fredrik Schultze dans le bureau du consul au 12 rue de la Licorne à Alger. Image générée par IA.

Depuis l’été 1844, Josef avait rassemblé son dossier avec la même méticulosité qu’il apportait à ses registres du consulat. Chaque pièce avait demandé du temps, des démarches, de la patience. Le certificat de résidence d’abord – trois années révolues et consécutives en Algérie. Schultze avait personnellement attesté, de son écriture ferme, que M. Josef Kuhlman, ressortissant suédois, résidait à Alger depuis le printemps 1841. Le certificat de moralité ensuite, délivré par l’autorité administrative française; une formalité pour un homme qui avait passé trois ans au sein du consulat et qui s’était à présent constitué un solide réseau de connaissances, mais une formalité qu’il fallait accomplir avec sérieux. L’attestation de capacité enfin, vérifiée par la chambre de commerce d’Alger (1) : Josef avait comparu devant ses membres, présenté ses connaissances du droit maritime, du change, des usages portuaires. Une autre formalité pour celui qui avait fait des affaires maritimes le cœur de sa formation à Upsalla et qui comptait déjà près de dix ans d’expérience. Ils l’avaient admis sans difficulté.

Restait la question du cautionnement : 5 000 francs à verser avant de pouvoir exercer. Une somme que Josef ne possédait pas avec lui entièrement. Ce fut Schultze qui intervint avec la discrétion que l’on attendait d’un consul expérimenté – ni prêt officiel, ni avance déclarée, mais une garantie discrète auprès d’un négociant de la place. « Je vous ai dit en 1841 que vous pouviez compter sur moi », avait dit le vieux diplomate. « Voilà ce que cela signifie concrètement. »

L’attente

Après le dépôt du dossier à l’Intendance civile, il ne restait plus qu’à attendre. Paris devait statuer. Le Ministre de la Guerre, le Maréchal Soult, duc de Dalmatie (2), avait entre ses mains les candidatures de toute l’Algérie. Josef connaissait ses concurrents. Gentili, l’Italien, avec qui il avait échangé des politesses prudentes depuis trois ans. They, dont on disait qu’il parlait anglais et italien. Cherfils, homme discret. Et puis aussi les dénommés Canton, Martin et Trèves. Sept candidats pour les places de courtiers maritimes à Alger – sept places que Paris accordait ou refusait, selon des critères que nul ne connaissait précisément. Son avantage sur eux tous était simple : nul dans cette liste ne lisait le suédois, nul ne parlait couramment l’allemand du commerce de la baltique. Pour chaque navire de Hambourg, de Brême, de Göteborg ou de Stockholm qui entrerait dans le port d’Alger, c’est lui qu’on viendrait chercher.

Fin décembre 1844 : bureau de la rue de la Licorne

En ce matin de la dernière semaine de décembre, Schultze attendait Josef dans son bureau du consulat de la rue de la Licorne (3). Il tenait dans ses mains un document officiel qui sentait la cire. Par l’arche donnant sur la cour intérieure, la lumière d’hiver filtrait doucement sur les dalles fraîches. Un secrétaire avait discrètement fermé la porte derrière lui en sortant. Schultze se tenait debout derrière son bureau et attendit que Josef soit assis, puis fit glisser le document vers lui sans un mot.

« J’ai reçu ceci ce matin par les voies officielles. L’arrêté a été signé à Paris le 13 décembre. »

Josef lut. Son nom était là : Courtiers maritimes, MM. Canton, Cherfils, Gentili, Martin, They, Kuhlman, Trèves.

Il reposa la feuille sans un mot.

« Vous avez attendu trois ans et demi », dit Schultze. « C’est le temps qu’il faut pour qu’Alger fasse confiance à un étranger. »

Par l’arche de la cour intérieure, Josef entendit le bruit familier du port, une charrette sur les pavés, des voix en arabe, la cloche d’un vapeur dans la rade. Il pensa à ce même bateau, le Charlemagne, sur lequel il avait débarqué en 1841, avec pour seul bagage une lettre de recommandation du Kommerskollegium et l’idée vague qu’Alger lui offrirait quelque chose que Stockholm ne pouvait pas lui donner. Il ne s’était pas trompé.

6 janvier 1845 : Le journal

Le 6 janvier 1845, le Courrier d’Afrique publia l’arrêté en entier sous la rubrique ACTES OFFICIELS (4). Josef, qui connaissait la nouvelle depuis dix jours, acheta quand même le journal au café de la rue de la Marine et le lut jusqu’au bout. Il y avait quelque chose de différent dans le fait de voir son nom imprimé pour tous — une permanence que le document officiel du Gouvernorat n’avait pas tout à fait.

« Art. 6. Seront admis à servir d’interprètes, pour les langues indiquées ci-après : MM. Gentili, langue italienne ; They, langues italienne et anglaise ; Kuhlman, langues allemande et suédoise… »

Il plia le journal et le glissa dans sa sacoche. Il en garderait l’exemplaire.

Le serment

Quelques jours plus tard, après avoir justifié du versement du cautionnement, Josef Kuhlman comparut devant le tribunal compétent d’Alger et prêta serment d’exercer ses fonctions avec honneur et fidélité. La formule était solennelle, le greffe silencieux. Il pensa à la leçon de 1823 que Schultze lui avait transmise sur la terrasse de la Calorama trois ans plus tôt, cette histoire de serviteurs kabyles livrés et de consuls qui avaient tenu bon. « L’honneur d’une nation ne dépend pas de votre titre ou de votre rang. Il dépend de vos choix au moment de la crise. »

L’heure n’était plus à la crise, c’était juste un commencement…

Notes

(1) La chambre de commerce d’Alger fut créée en 1832, peu après la conquête. Elle jouait un rôle central dans la vie économique de la colonie : avis sur les questions commerciales, vérification des capacités professionnelles, arbitrage des litiges entre négociants.

(2) Nicolas Jean-de-Dieu Soult, duc de Dalmatie (1769-1851). Maréchal d’Empire et compagnon d’armes de Napoléon. Président du Conseil et Ministre de la Guerre sous la monarchie de Juillet, il signa l’arrêté de création des offices de courtiers en Algérie le 6 mai 1844 et l’arrêté de nomination du 13 décembre 1844.

(3) Le consulat de Suède et Norvège était établi au N° 12, rue de la Licorne, à Alger. L’immeuble, de style mauresque, comprenait au rez-de-chaussée deux bureaux, trois magasins, une buanderie, un puits-citerne et une vaste cour intérieure à galerie arquée. C’est dans cet espace que Josef Kuhlman exerça ses fonctions d’attaché commercial puis de courtier maritime assermenté.

(4) L’arrêté de nomination, publié dans le Courrier d’Afrique, d’Orient et de la Méditerranée du 6 janvier 1845, nommait pour la résidence d’Alger : en courtiers de marchandises, MM. Bain, Callamand, Laisné, Meyer, Roustan, Aigon, Aubé jeune, Bouron, Boutin, Chaudoin, Gomot, Guasco, Jauvat, Lambert de Maupas, Levi, Milou, Mottet, Olive, Oualid, Oxeda, Porcellaga ; en courtiers maritimes, MM. Canton, Cherfils, Gentili, Martin, They, Kuhlman, Trèves ; en courtiers cumulatifs, MM. Garisson-Vienne et Vernier. L’arrêté était signé à Paris le 13 décembre 1844 par le Maréchal duc de Dalmatie, et contresigné par Martineau, conseiller d’État, secrétaire-général.

Sources : Courrier d’Afrique, d’Orient et de la Méditerranée, 6 janvier 1845 ; Arrêté ministériel du 6 mai 1844 portant création d’offices de courtiers en Algérie, signé Maréchal duc de Dalmatie ; Plan du Consulat de Suède, 12 rue de la Licorne, Alger, 1851 (collection personnelle de l’auteur).

Les Kuhlman à Norrköping (3e partie)

Le premier cercle des familles : parrains, marraines et alliances (1700–1738)

Troisième volet de la série « Les Kuhlman à Norrköping », suite directe de « L’éclaireur ». Cet article s’appuie sur les actes de naissance, de mariage et de décès des enfants de Johan, Joachim Adolph et Heinrich Kuhlman, conservés dans les registres paroissiaux de Norrköping.

Pour une cousine éloignée de Suède qui se reconnaitra certainement …

Trois frères, trois destins

L’article précédent racontait comment Joachim Adolph Kuhlman, né à Gadebusch le 7 août 1687, avait construit pendant des années les routes commerciales baltes avant de s’installer définitivement à Norrköping vers 1719. Mais derrière cette histoire se profile une fratrie plus complexe. Joachim Adolph avait deux frères. Johan, né vers 1692 à Wismar, avait choisi les armes : volontaire en Flandre à dix-huit ans, cornette sous le maréchal Stenbock en 1712, combattant à la bataille de Gadebusch, dans la ville même où ses frères étaient nés, puis prisonnier à Tönningen en 1713. Une vie de soldat, pas de marchand. Johan ne s’installa jamais à Norrköping. Et pourtant, ses enfants y furent baptisés : Jürger en 1700, Andreas en 1707, Anna Stina en 1714, le plus ancien acte connu présentant un Kuhlman dans les registres de la ville. Sa famille gravitait autour de Norrköping, même si lui-même en était absent, au gré des campagnes et des captivités.

Heinrich, le benjamin, né à Gadebusch en 1693, était le dernier à faire ce chemin. Il prête serment comme Borgare en novembre 1726, sept ans après que son frère aîné Joachim Adolph eut ouvert la voie.

1715 : Joachim Adolph, encore « von Lübeck »

Un acte de naissance du 13 novembre 1715 est éclairant. Il fait apparaître parmi les parrains d’un enfant de Johan un certain « Jochim Adolph Kuhlman von Lübeck ». Joachim Adolph est témoin d’un enfant de la famille Schröeder mais il est encore identifié comme venant de Lübeck. Il n’est pas encore un habitant de Norrköping, mais un visiteur, une présence connue et attendue. C’est entre 1715 et 1719 qu’il franchira le pas définitif.

Deux frères installés, une seule communauté

Dès qu’Heinrich arrive en 1726, les deux fratries installées à Norrköping fusionnent. Les actes de naissance de ses enfants avec Christina Brauner (née en 1714, décédée le 24 mai 1739) en portent la trace à chaque page.

À la naissance de Hinrich Junior le 30 octobre 1731, l’une des marraines est Madame Magdalena Kuhlman, Magdalena née de Besche, épouse de Joachim Adolph depuis 1721. La belle-sœur devient marraine. En 1734, à la naissance du petit Erich, c’est Joachim Adolph lui-même qui est parrain. Le frère aîné tient le cadet sur les fonts : geste fort, dans la société du XVIIIe siècle, qui engage une responsabilité spirituelle devant la communauté entière.

La famille de Besche, une noblesse qui ouvre des portes

Parmi les marraines de Hinrich Junior le 30 octobre 1731 figure Magdalena de Besche, épouse de Joachim Adolph. Les de Besche sont une famille de la haute noblesse suédoise dont le rayonnement militaire, administratif et économique, s’étend bien au-delà de Norrköping, et qui fera l’objet d’un article à part entière. Ce qu’il faut retenir ici : lorsque Magdalena de Besche tient le petit Hinrich sur les fonts, c’est la légitimité sociale d’une lignée noble qu’elle lui apporte en don de baptême.

Anna Christina von Block, la ville incarnée
Magnus Gabriel Block (1669-1722)

L’autre marraine de Hinrich Junior en 1731, Anna Christina von Block (née von Düben, 1676–1763), est l’épouse de Magnus Gabriel Block, médecin chef de la province, échevin de Norrköping, anobli en 1719, l’une des figures intellectuelles et civiques les plus importantes de la ville dans la première moitié du XVIIIe siècle. Sa présence au baptême des Kuhlman dit clairement dans quelle strate de la société norrköpingoise la famille s’est insérée.

Les Callwagen, une fidélité sur plusieurs générations

Un autre parrain d’Hinrich junior est Herr Friedrich Callwagen. Sept ans plus tard, en 1738, c’est Madame Callwagen qui est marraine du petit Johan. La famille Callwagen, des marchands bien établis à Norrköping, apparaît ainsi à deux reprises sur sept ans dans les actes des enfants de Heinrich, signe d’une amitié durable qui dépasse le simple protocole.

Les Wendel et les Braad, le fil qui mène à Martine Forsberg

À la naissance d’Erich le 14 mai 1734, l’une des marraines est Madame Anna Wendel. Le petit Erich mourra quelques mois plus tard le 4 septembre. En 1738, pour Johan, c’est Madame Bradeen (Braad) qui figure parmi les marraines. Les Braad forment l’une des familles marchandes les plus actives de la région, dont l’importance dans la vie sociale et économique de Norrköping se mesure notamment au rôle du navigateur Christopher Henric Braad (1728–1781) et aux liens qui relient, par des chemins généalogiques précis, les Kuhlman à Martine Forsberg, cousine éloignée de la famille. Ces connexions feront l’objet d’un développement ultérieur.

Eleonora Beata, ou la deuxième génération

Le 28 novembre 1767, le Norrköpings Weko-Tidningar (n° 47) annonce le mariage d’Eleonora Beata Kuhlmann, fille de Joachim Adolph et Magdalena de Besche, née le 28 mars 1730, avec le marchand Anders Stenbom. Quarante-huit ans après l’installation définitive de Joachim Adolph, les Kuhlman sont à présent bien intégrés dans la bourgeoisie locale.

Ce que Ces registres disent

Additionner les noms des parrains et marraines des enfants Kuhlman entre 1714 et 1738, c’est dresser la carte d’un monde : marchands (Callwagen, Nordstein, Neuhauser), nobles (de Besche, von Block), pasteurs (Wetterstein), professions libérales (Nauman, Widegrén), familles alliées (Wendel, Braad, Hillerström, Kröner, Westerberg). Le même réseau, les mêmes noms, d’un acte à l’autre, d’une génération à l’autre.

Johan avait posé le premier acte par la naissance de ses enfants. Joachim Adolph avait développé le réseau puis Heinrich avait poursuivi avant de transmettre à Henrik junior et Johan. C’est le début du Cercle de Johan…

La prochaine partie sera consacrée à la famille de Besche, l’alliance qui, au-delà du commerce, a ancré les Kuhlman dans la noblesse suédoise industrielle.


Sources : Registres paroissiaux de Norrköping (1700–1770) ; Norrköpings Weko-Tidningar, n° 47, 28 novembre 1767 ; kuhlmansaga.com ; Riksarkivet.

Les Kuhlman à Norrköping (2e partie)

L’éclaireur : Joachim Adolph sur les routes de la Baltique (1712–1726)

Suite de « Les Kuhlman à Norrköping (1re partie) »

Des marchands de la baltique, gravure du XVIIIe siècle.

Quand Heinrich Kuhlman prête serment comme Borgare de Norrköping le 17 novembre 1726, il n’arrive pas totalement en étranger. Il rejoint une ville où son frère aîné, Joachim Adolph Kuhlman, est déjà une figure établie et connue des autorités, inscrite dans les registres à une douzaine de pages au moins et intégrée dans les réseaux commerciaux de la région. L’index du registre de bourgeoisie est éloquent : Joachim Adolph y apparaît à treize reprises1, là où Heinrich n’occupera d’abord qu’une seule entrée. Ce déséquilibre n’est pas le signe d’une inégalité entre frères mais juste le signe que l’un a précédé l’autre, qu’il a tâté le terrain, construit les relations, obtenu les autorisations. Joachim Adolph a été l’éclaireur.

Les deux frères sont nés à Gadebusch, en Mecklembourg. Joachim Adolph voit le jour le 7 août 1687 ; Heinrich, le 5 novembre 1693. Six ans les séparent. Heinrich est le benjamin de la fratrie. Quand l’aîné obtient son premier passeport suédois, le cadet n’a pas encore vingt ans.

1712 — Premier passeport suédois

Le premier document conservé dans le dossier de Joachim Adolph aux Archives nationales suédoises date du 5 avril 1712. Il est signé par Carl Gustaf Mörner, Feld-Maréchal et Gouverneur Général de Göteborg et Bahus, au nom du roi de Suède. C’est un passeport royal en bonne et due forme, autorisant le porteur à voyager librement jusqu’à Stockholm.

Pass för Hamburgsk Expedition : Jochim Adolf Kullman

« Passeport pour l’Expédition de Hambourg : Jochim Adolf Kuhlman »

À vingt-cinq ans, Joachim Adolph est déjà membre d’une Hamburgsk Expedition, un groupe de marchands organisés autour du commerce entre Hambourg et la Suède. Il se trouve à Göteborg, obtient un sauf-conduit royal, et part pour Stockholm. Nous sommes en 1712, au cœur de la Grande Guerre du Nord. La Suède de Charles XII est en guerre, les routes maritimes sont surveillées, les passeports sont nécessaires pour tout déplacement. Joachim Adolph sait naviguer dans cet environnement complexe.

Le circuit de la baltique : Lübeck, Hambourg, Göteborg

Cinq ans plus tard, en décembre 1717, la ville de Lübeck lui délivre un certificat sanitaire officiel. Le document, émis par les Bourgmestres et le Conseil de la ville impériale libre, atteste que Lübeck est indemne de toute maladie contagieuse, condition indispensable pour entrer dans un port étranger. Le formulaire imprimé en gothique porte, de la main du secrétaire Pelhofz, le nom du voyageur et le motif précis de son voyage :

Jochim Adolff Kühlmann, fürsichtiger Bürger, welcher seiner Handels Geschäft halber von hinnen nach Hamburg und von dannen nach Gottenburg zu öffte zu reißen, und so dan wieder aufhero nach Lübeck zu retourniren Vorhabens…

« Jochim Adolff Kühlmann, citoyen reconnu, qui, pour ses affaires commerciales, a l’intention de voyager d’ici à Hambourg, puis de là à Gothenburg, et d’en revenir à Lübeck… »

Le circuit est désormais rodé : LübeckHamburgGöteborgLübeck

Joachim Adolph effectue ce trajet à plusieurs reprises, l’expression zu öffte zu reißen (voyager fréquemment) l’indique sans ambiguïté. C’est est un marchand professionnel, inscrit dans une logique commerciale régulière et documentée. Le sel, les marchandises diverses, les affréteurs, les ports suédois, tout cela forme un système qu’il connaît et pratique depuis au moins 1712.


1718 : Un réseau bien établi

L’année 1718 est celle d’une intense activité administrative. Installé à Linköping, ville voisine de Norrköping, chef-lieu de la province d’Östergötland, Joachim Adolph multiplie les démarches. En février 1718, une attestation collective est établie à Stockholm par plusieurs marchands en sa faveur. En août 1718, le marchand Johan Kruge atteste que le réseau commercial auquel Joachim Adolph est associé, autour de P. Anton von Cölln de Lübeck, commerce avec les ports suédois depuis au moins 1715, avec Kalmar pour le sel et les marchandises diverses, et vraisemblablement avec Norrköping.

Le 27 juin 1718, Joachim Adolph signe de sa propre main une requête adressée au Landshövding, le gouverneur de la province d’Östergötland.

Ergebenster Diener — Jochim : Adolph : Kuhlman ✝

« Très dévoué serviteur — Jochim Adolph Kuhlman » — formule standard des lettres commerciales allemandes du XVIIIe siècle, suivie de son paraphe personnel.

C’est la signature autographe de Joachim Adolph. Il maîtrise les codes de la correspondance officielle, il sait à qui écrire et comment. Il demande une autorisation royale de commerce et de voyage. La réponse favorable lui parviendra le 22 février 1719.

Ce que les attestations révèlent : en 1718, Joachim Adolph peut mobiliser plusieurs marchands établis à Stockholm pour témoigner en sa faveur. Ce réseau de références, Johan Kruge, P. Anton von Cölln de Lübeck, les signataires de l’attestation collective, est le fruit de six années de présence active sur les routes baltes. Ce n’est pas un inconnu qui frappe à la porte des autorités suédoises : c’est un homme connu, recommandé, attendu.

Recommandation du marchand Joachim Kruge, 2 août 1718
Attestation collective des marchands de Stockholm, 1718.
Joachim Adolph, Borgare de Norrköping

En 1719, Joachim Adolph prête à son tour serment comme Borgare de Norrköping. L’index du registre de bourgeoisie le cite à treize reprises, entre les pages 240 et 964, une présence qui court sur plusieurs décennies et couvre des activités variées : commerce, arbitrages, témoignages. Il est une figure de la communauté marchande de la ville, connu du Magistrat, intégré dans ses cercles. On notera aussi dans ce même index les mentions de Kuhlman Georg (pages 206, 325, 331, 487) et Kuhlman Johan (page 325), d’autres membres de la famille Kuhlman présents à Norrköping, dont les liens précis avec Joachim Adolph et Heinrich restent à établir.

Les Kuhlman venaient de s’enraciner à Norrköping.


17 novembre 1726 — Heinrich prête serment

Le registre de bourgeoisie de Norrköping, à la page 919, consigne la cérémonie du serment (Ed) tenue en novembre 1726, en présence des Rédmännen, les membres du conseil municipal : Mathias Wetterberg, David Schröder, Peter Morterfon, Henric Kliver, Johan Jeachem, Elias Wetterblad. La page 920 liste les nouveaux Borgare de l’année, sous la mention anno 1726 :

Lorens Wittespen, Johan Zettren,
Claes Dahlgren, Anders Jerfson,
Henric Kuhlman

Heinrich Kuhlman, en suédois Henric, comme il sera désormais connu, devient à son tour Borgare de Norrköping le 17 novembre 1726. Il a trente-trois ans. Il est le benjamin de la famille, celui que son aîné de six ans a précédé de quatorze années sur ces routes. Les deux frères sont nés dans la même ville de Gadebusch ; ils se retrouvent, à l’automne de 1726, tous les deux à Norrköping.

Prestation de serment de Henrich / Henrich Kuhlman en tant que Borgare de Norrköping, 17 novembre 1726.

Ce que ce dossier dit de la famille

Entre 1712 et 1726, le dossier de Joachim Adolph retrace quatorze années d’une stratégie familiale cohérente. Un frère aîné part le premier, construit patiemment un réseau commercial dans la Baltique, s’installe dans la région, obtient ses papiers, se fait connaître des autorités. Puis il accueille le benjamin. C’est un schéma classique dans les familles marchandes de la sphère hanséatique : l’aîné ouvre la voie, le cadet consolide et fonde. Joachim Adolph a fait le travail préparatoire. Heinrich arrivera et fondera la lignée dont nous suivons la trace.

Sources : Riksarkivet, dossier « Kuhlman Jochim Adolph » (passeport de Göteborg, 5 avril 1712 ; certificat sanitaire de Lübeck, 9 décembre 1717 ; attestation collective de Stockholm, 17 février 1718 ; attestation de Johan Kruge, Stockholm, 2 août 1718 ; requête au Landshövding, Linköping, 27 juin 1718, réponse 22 février 1719) ; registre de bourgeoisie de Norrköping, pages 919–920 et index sous « K ».

1 Pages 240, 265, 212, 322, 462, 535, 622, 628, 631, 640, 805, 834, 964 dans l’index du registre de bourgeoisie de Norrköping.

À la recherche du visage d’Augusta

Le point de départ : quatre photos sans nom
Le début d’une enquête, 2008.

Tout commence avec l’album de Sigurd, cet album de famille que mon père Lucien avait pu récupérer et photocopier chez Suzette, fille de Germaine Kuhlman. Quatre photos s’y trouvaient regroupées. Aucune n’était annotée, à l’exception d’un garçon appelé « Spanti ». Les questions étaient nombreuses. Après échange avec Dag, nous avions pu identifier les personnages un à un. La photo D représentait Swante Nyland, fils de la cousine germaine de Sigurd. La photo C montrait sa mère Amalia Sofia Augusta Hellberg (1831-1873) avec sa fille Amalia Augusta Fernanda (1854-1935). La photo B représentait la mère et grand-mère de ces dernières.

Restait la photo A, celle de gauche.

Une ressemblance troublante

Dès le premier regard, cette femme me frappait. On y reconnaissait quelque chose de familier, des traits que je retrouvais chez ma grand-mère Suzanne et chez sa sœur Germaine, des traits indéniablement Kuhlman. Ma conviction s’était forgée naturellement : il s’agissait d’Augusta Wilhelmina Macklin, première femme de Joseph Kuhlman et mère de Sigurd.

Le doute : une chronologie qui ne colle pas

Mais en examinant la photo de plus près, un détail me fit hésiter. Le format, la qualité, le carton support : il s’agissait sans aucun doute d’une carte de visite photographique. Or ce format n’est popularisé en Suède qu’à partir de 1854, grâce au procédé mis au point par Disdéri. Et Augusta, elle, était morte le 28 octobre 1853.

La chronologie rendait l’identification impossible.

Le dos de la photo : Axel Rydin, Norrköping
Ingeborg Beata Kuhlman (1802-1875), sœur de Josef. Collection personnelle de l’auteur.
Verso de la photographie format CDV. Collection personnelle de l’auteur.

C’est alors que je retournai la photo. Au verso, une inscription en élégantes lettres bleues : Axel Rydins Fotografi-Atelier, Norrköping, Enkefru Lindéns gård, Nya Torget.

Axel Rydin (1837-1912) était un photographe-portraitiste suédois, actif à son studio de la Lindénska gården, Nya Torget à Norrköping, entre 1860 et 1871. La photo avait donc été prise au minimum sept ans après la mort d’Augusta. Toute identification avec elle était définitivement exclue.

Mais quelle Kuhlman vivait à Norrköping ?

La ressemblance familiale était pourtant réelle. Si cette femme ne pouvait pas être Augusta, elle portait indéniablement les traits des Kuhlman. La question devenait alors : quelle Kuhlman vivait à Norrköping entre 1860 et 1871, et était suffisamment proche de Josef ou Sigurd pour figurer dans leur album ? La réponse s’imposa : Ingeborg Kuhlman, sœur aînée de Joseph, avec qui celui-ci entretenait une correspondance régulière. Sigurd l’avait conservée dans son album, en souvenir de sa tante et du lien qui unissait son père à sa famille restée en Suède.

La vraie découverte : un daguerréotype oublié

C’est en continuant à feuilleter l’album que je fis la découverte la plus inattendue. Collé au dos d’une autre photo, presque invisible, se trouvait un vieux daguerréotype découpé et dont les traits s’étaient presque entièrement effacés avec le temps. En jouant sur les contrastes, en retravaillant l’image, je parvins à en améliorer la lisibilité. Puis, en utilisant l’intelligence artificielle, j’obtins une évocation du visage dissimulé sous les années : une femme assise, au regard direct, tenant une lettre dans la main, vêtue avec la sobriété élégante de son époque.

Le vieux daguerréotype. Collection personnelle de l’auteur.
Note : l’image présentée ici est une évocation générée par intelligence artificielle à partir du daguerréotype original très dégradé. Elle ne constitue pas une restauration fidèle mais une interprétation visuelle destinée à donner un visage à celle qui n’en avait plus.

Un daguerréotype ne peut dater que d’avant les années 1860, et potentiellement d’avant 1853. La chronologie, cette fois, n’excluait pas Augusta, bien au contraire.

Pourquoi Sigurd aurait-il conservé précieusement, collé au dos d’une autre photo, ce daguerréotype quasi effacé, sinon parce qu’il représentait quelqu’un d’irremplaçable ? Quelqu’un qu’il avait quitté à l’âge de 14 ans pour rejoindre son père en Algérie, et qu’il n’avait jamais revu. Sa mère. Mais pourquoi était-elle cachée ? Nous ne le saurons jamais mais ce daguerréotype est peut-être la seule représentation photographique connue d’Augusta Wilhelmina Macklin.

Note : l’image présentée ici est une évocation générée par intelligence artificielle à partir du daguerréotype original très dégradé. Elle ne constitue pas une restauration fidèle mais une interprétation visuelle destinée à donner un visage à celle qui n’en avait plus.

Sources : album photographique de Sigurd Kuhlman, collection familiale Laude-Kuhlman ; Axel Rydin (fotograf), Wikipedia suédoise ; DigitaltMuseum, Nordiska museet.