Les deux lettres d’Or

Image générée par IA à partir du texte de Lundgren.

C’est par ces mots qu’Hjalmar Lundgren ouvre le premier chapitre de son ouvrage consacré à la famille Kuhlman (1) :

Une calèche couverte anglaise du XVIIIe siècle.

« Les petits garçons de la rue qui menait à la porte des douanes, au nord de Norrköping, abandonnèrent d’un bond le tas de sable où ils s’ébattaient et accoururent, pieds nus, pour former une haie d’honneur de chaque côté du passage. Ils l’avaient reconnu de loin, ils le reconnaissaient toujours, lui qui passait presque chaque jour à cet endroit et ils savaient que de la fenêtre de la voiture jailliraient, comme à l’accoutumée, quelques pièces de cuivre lancées d’une main généreuse. C’était une grande calèche couverte d’une tenture d’un vert profond, de coupe étrangère, à la fois mince et élégante, qui avançait dans un nuage de poussière dorée. Sur ses portières brillaient, frappées en monogrammes d’or, les deux lettres : J. K.

La voiture revenait de la campagne, digne et solennelle, dans la douceur d’un soir d’été. Le long des routes, les champs exhalaient leur parfum de trèfle, et les hirondelles, vives et précises, traçaient leurs arabesques basses au-dessus des prairies assoupies ».

Conscient que l’ouvrage de Lundgren ne constitue qu’une source secondaire, je partis à la recherche de ce qui avait pu l’inspirer. C’est dans la correspondance que Johan Henrik Lidén adressa à Johan Kuhlman, aujourd’hui conservée aux archives de Linköping, que se nichent les passages dont s’est vraisemblablement inspiré l’écrivain (2). Au fil de ses lettres, Lidén revient à plusieurs reprises sur une même curiosité : les voitures anglaises.

Lettre 86 — Aix-la-Chapelle, 14 novembre 1774

« Comme je vois que je ne pourrai jamais, du moins Dieu sait quand, utiliser la nouvelle voiture, qui est encore une charge pour mon frère, j’ai été très heureux de la vendre à ce moment-là […] Entre-temps, je m’achèterai, moi aussi, une voiture anglaise pour le voyage de retour. Bien qu’assez cher, ce véhicule est très confortable. »

Lettre 89 — Aix-la-Chapelle, 6 mars 1775

« Ma voiture m’a coûté 2456 dallers. Je n’ai voyagé qu’entre Linköping et Norrköping. Pourrais-je en obtenir 2000 maintenant ? Une calèche anglaise coûte à Bruxelles, neuf, environ 200 ducats. Coûteux ; mais on voyage confortablement. Elles sont toujours biplaces. Je dois en acheter une, parce que je ne veux plus rester alité. »

Lettre 48 — Linköping, 21 juin 1773

Johan veillait sur son ami malade avec une sollicitude sans faille. Un jour, pour lui épargner les aléas du voyage, il lui envoya sa propre voiture, ayant pris soin d’organiser chaque étape du trajet, les chevaux prêts à chaque relais, la maison préparée, le gîte garni. Lidén séjourna ainsi quatre mois chez Kuhlman à Norrköping. À son retour à Linköping, il écrit aussitôt :

« Bien qu’encore secoué et plutôt fatigué par le voyage, je dois écrire quelques mots pour vous dire que je suis bien arrivé à Linköping avec ma vieille Goutte… Le voyage a été incompréhensiblement rapide. Les chevaux étaient toujours prêts, si bien que j’étais là à 4 heures et demie. A mon retour, je trouve le gîte rempli. Encore une nouvelle courtoisie. Merci beaucoup. »

(1) « Kuhlmans, Pasteller från den Borgerliga Empiren » par Hjalmar Lundgren publié en 1917. Anders Hugo Hjalmar Lundgren (16 février 1880 – 5 octobre 1953) était un bibliothécaire et écrivain suédois. Hjalmar Lundgren était le fils du greffier de la ville Johan Edmund Lundgren et de Hilma Andersson-Öhrvall. Il étudie à Uppsala où il devient bachelier en philosophie en 1903 et licencié en philosophie en 1908 et enfin en 1913 soutient son doctorat et devient docteur en philosophie. En parallèle, il a acquis sa première expérience professionnelle en tant que bibliothécaire à l’Université d’Uppsala. Lorsque Lundgren retourna dans sa ville natale de Norrköping après la défense publique de sa thèse de doctorat, l’ancien ministre des Finances Carl Swartz venait de faire don à la ville de la propriété « Villa Swartz ». dans le but de faire place à la fois à une bibliothèque et à un musée d’art. Lundgren a été nommé le premier directeur des deux collections et a occupé ces missions jusqu’en 1945 (musée d’art) et 1946 (bibliothèque). À la retraite, il fut de 1948 jusqu’à sa mort, président de l’Association Old Norrköping.

En tant qu’écrivain, Lundgren fait ses débuts en 1909 avec le recueil de poésie Syrinx, qu’il écrit lors d’un séjour d’été avec le vicaire August Hammarström à Kvarsebo. Il a ensuite tourné l’écriture littéraire avec des récits de voyage, des œuvres locales et culturelles et historiques et plus encore. Il a également traduit de la littérature étrangère (principalement Français) et édité des éditions de divers manuscrits historiques, dont Anecdota Benzeliana (1914) d’Erik Benzelius le Jeune.

(2) Cette correspondance de Lidén à son ami Johan Kuhlman a fait l’objet d’un livre édité en 1961 par Hilda Danielson et intitulé : Förtroendes brev fran Johan Jenrik Lidén (1768-1787). Johan Hinric Lidén , né le 6 ou le 7 janvier 1741 à Linköping , décédé le 23 avril 1793 à Norrköping , était un universitaire et donateur suédois.

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