Les Kuhlman à Norrköping (3e partie)

Le premier cercle des familles : parrains, marraines et alliances (1700–1738)

Troisième volet de la série « Les Kuhlman à Norrköping », suite directe de « L’éclaireur ». Cet article s’appuie sur les actes de naissance, de mariage et de décès des enfants de Johan, Joachim Adolph et Heinrich Kuhlman, conservés dans les registres paroissiaux de Norrköping.

Pour une cousine éloignée de Suède qui se reconnaitra certainement …

Trois frères, trois destins

L’article précédent racontait comment Joachim Adolph Kuhlman, né à Gadebusch le 7 août 1687, avait construit pendant des années les routes commerciales baltes avant de s’installer définitivement à Norrköping vers 1719. Mais derrière cette histoire se profile une fratrie plus complexe. Joachim Adolph avait deux frères. Johan, né vers 1692 à Wismar, avait choisi les armes : volontaire en Flandre à dix-huit ans, cornette sous le maréchal Stenbock en 1712, combattant à la bataille de Gadebusch, dans la ville même où ses frères étaient nés, puis prisonnier à Tönningen en 1713. Une vie de soldat, pas de marchand. Johan ne s’installa jamais à Norrköping. Et pourtant, ses enfants y furent baptisés : Jürger en 1700, Andreas en 1707, Anna Stina en 1714, le plus ancien acte connu présentant un Kuhlman dans les registres de la ville. Sa famille gravitait autour de Norrköping, même si lui-même en était absent, au gré des campagnes et des captivités.

Heinrich, le benjamin, né à Gadebusch en 1693, était le dernier à faire ce chemin. Il prête serment comme Borgare en novembre 1726, sept ans après que son frère aîné Joachim Adolph eut ouvert la voie.

1715 : Joachim Adolph, encore « von Lübeck »

Un acte de naissance du 13 novembre 1715 est éclairant. Il fait apparaître parmi les parrains d’un enfant de Johan un certain « Jochim Adolph Kuhlman von Lübeck ». Joachim Adolph est témoin d’un enfant de la famille Schröeder mais il est encore identifié comme venant de Lübeck. Il n’est pas encore un habitant de Norrköping, mais un visiteur, une présence connue et attendue. C’est entre 1715 et 1719 qu’il franchira le pas définitif.

Deux frères installés, une seule communauté

Dès qu’Heinrich arrive en 1726, les deux fratries installées à Norrköping fusionnent. Les actes de naissance de ses enfants avec Christina Brauner (née en 1714, décédée le 24 mai 1739) en portent la trace à chaque page.

À la naissance de Hinrich Junior le 30 octobre 1731, l’une des marraines est Madame Magdalena Kuhlman, Magdalena née de Besche, épouse de Joachim Adolph depuis 1721. La belle-sœur devient marraine. En 1734, à la naissance du petit Erich, c’est Joachim Adolph lui-même qui est parrain. Le frère aîné tient le cadet sur les fonts : geste fort, dans la société du XVIIIe siècle, qui engage une responsabilité spirituelle devant la communauté entière.

La famille de Besche, une noblesse qui ouvre des portes

Parmi les marraines de Hinrich Junior le 30 octobre 1731 figure Magdalena de Besche, épouse de Joachim Adolph. Les de Besche sont une famille de la haute noblesse suédoise dont le rayonnement militaire, administratif et économique, s’étend bien au-delà de Norrköping, et qui fera l’objet d’un article à part entière. Ce qu’il faut retenir ici : lorsque Magdalena de Besche tient le petit Hinrich sur les fonts, c’est la légitimité sociale d’une lignée noble qu’elle lui apporte en don de baptême.

Anna Christina von Block, la ville incarnée
Magnus Gabriel Block (1669-1722)

L’autre marraine de Hinrich Junior en 1731, Anna Christina von Block (née von Düben, 1676–1763), est l’épouse de Magnus Gabriel Block, médecin chef de la province, échevin de Norrköping, anobli en 1719, l’une des figures intellectuelles et civiques les plus importantes de la ville dans la première moitié du XVIIIe siècle. Sa présence au baptême des Kuhlman dit clairement dans quelle strate de la société norrköpingoise la famille s’est insérée.

Les Callwagen, une fidélité sur plusieurs générations

Un autre parrain d’Hinrich junior est Herr Friedrich Callwagen. Sept ans plus tard, en 1738, c’est Madame Callwagen qui est marraine du petit Johan. La famille Callwagen, des marchands bien établis à Norrköping, apparaît ainsi à deux reprises sur sept ans dans les actes des enfants de Heinrich, signe d’une amitié durable qui dépasse le simple protocole.

Les Wendel et les Braad, le fil qui mène à Martine Forsberg

À la naissance d’Erich le 14 mai 1734, l’une des marraines est Madame Anna Wendel. Le petit Erich mourra quelques mois plus tard le 4 septembre. En 1738, pour Johan, c’est Madame Bradeen (Braad) qui figure parmi les marraines. Les Braad forment l’une des familles marchandes les plus actives de la région, dont l’importance dans la vie sociale et économique de Norrköping se mesure notamment au rôle du navigateur Christopher Henric Braad (1728–1781) et aux liens qui relient, par des chemins généalogiques précis, les Kuhlman à Martine Forsberg, cousine éloignée de la famille. Ces connexions feront l’objet d’un développement ultérieur.

Eleonora Beata, ou la deuxième génération

Le 28 novembre 1767, le Norrköpings Weko-Tidningar (n° 47) annonce le mariage d’Eleonora Beata Kuhlmann, fille de Joachim Adolph et Magdalena de Besche, née le 28 mars 1730, avec le marchand Anders Stenbom. Quarante-huit ans après l’installation définitive de Joachim Adolph, les Kuhlman sont à présent bien intégrés dans la bourgeoisie locale.

Ce que Ces registres disent

Additionner les noms des parrains et marraines des enfants Kuhlman entre 1714 et 1738, c’est dresser la carte d’un monde : marchands (Callwagen, Nordstein, Neuhauser), nobles (de Besche, von Block), pasteurs (Wetterstein), professions libérales (Nauman, Widegrén), familles alliées (Wendel, Braad, Hillerström, Kröner, Westerberg). Le même réseau, les mêmes noms, d’un acte à l’autre, d’une génération à l’autre.

Johan avait posé le premier acte par la naissance de ses enfants. Joachim Adolph avait développé le réseau puis Heinrich avait poursuivi avant de transmettre à Henrik junior et Johan. C’est le début du Cercle de Johan…

La prochaine partie sera consacrée à la famille de Besche, l’alliance qui, au-delà du commerce, a ancré les Kuhlman dans la noblesse suédoise industrielle.


Sources : Registres paroissiaux de Norrköping (1700–1770) ; Norrköpings Weko-Tidningar, n° 47, 28 novembre 1767 ; kuhlmansaga.com ; Riksarkivet.

Les Kuhlman à Norrköping (2e partie)

L’éclaireur : Joachim Adolph sur les routes de la Baltique (1712–1726)

Suite de « Les Kuhlman à Norrköping (1re partie) »

Des marchands de la baltique, gravure du XVIIIe siècle.

Quand Heinrich Kuhlman prête serment comme Borgare de Norrköping le 17 novembre 1726, il n’arrive pas totalement en étranger. Il rejoint une ville où son frère aîné, Joachim Adolph Kuhlman, est déjà une figure établie et connue des autorités, inscrite dans les registres à une douzaine de pages au moins et intégrée dans les réseaux commerciaux de la région. L’index du registre de bourgeoisie est éloquent : Joachim Adolph y apparaît à treize reprises1, là où Heinrich n’occupera d’abord qu’une seule entrée. Ce déséquilibre n’est pas le signe d’une inégalité entre frères mais juste le signe que l’un a précédé l’autre, qu’il a tâté le terrain, construit les relations, obtenu les autorisations. Joachim Adolph a été l’éclaireur.

Les deux frères sont nés à Gadebusch, en Mecklembourg. Joachim Adolph voit le jour le 7 août 1687 ; Heinrich, le 5 novembre 1693. Six ans les séparent. Heinrich est le benjamin de la fratrie. Quand l’aîné obtient son premier passeport suédois, le cadet n’a pas encore vingt ans.

1712 — Premier passeport suédois

Le premier document conservé dans le dossier de Joachim Adolph aux Archives nationales suédoises date du 5 avril 1712. Il est signé par Carl Gustaf Mörner, Feld-Maréchal et Gouverneur Général de Göteborg et Bahus, au nom du roi de Suède. C’est un passeport royal en bonne et due forme, autorisant le porteur à voyager librement jusqu’à Stockholm.

Pass för Hamburgsk Expedition : Jochim Adolf Kullman

« Passeport pour l’Expédition de Hambourg : Jochim Adolf Kuhlman »

À vingt-cinq ans, Joachim Adolph est déjà membre d’une Hamburgsk Expedition, un groupe de marchands organisés autour du commerce entre Hambourg et la Suède. Il se trouve à Göteborg, obtient un sauf-conduit royal, et part pour Stockholm. Nous sommes en 1712, au cœur de la Grande Guerre du Nord. La Suède de Charles XII est en guerre, les routes maritimes sont surveillées, les passeports sont nécessaires pour tout déplacement. Joachim Adolph sait naviguer dans cet environnement complexe.

Le circuit de la baltique : Lübeck, Hambourg, Göteborg

Cinq ans plus tard, en décembre 1717, la ville de Lübeck lui délivre un certificat sanitaire officiel. Le document, émis par les Bourgmestres et le Conseil de la ville impériale libre, atteste que Lübeck est indemne de toute maladie contagieuse, condition indispensable pour entrer dans un port étranger. Le formulaire imprimé en gothique porte, de la main du secrétaire Pelhofz, le nom du voyageur et le motif précis de son voyage :

Jochim Adolff Kühlmann, fürsichtiger Bürger, welcher seiner Handels Geschäft halber von hinnen nach Hamburg und von dannen nach Gottenburg zu öffte zu reißen, und so dan wieder aufhero nach Lübeck zu retourniren Vorhabens…

« Jochim Adolff Kühlmann, citoyen reconnu, qui, pour ses affaires commerciales, a l’intention de voyager d’ici à Hambourg, puis de là à Gothenburg, et d’en revenir à Lübeck… »

Le circuit est désormais rodé : Lübeck→Hamburg→Göteborg→Lübeck

Joachim Adolph effectue ce trajet à plusieurs reprises, l’expression zu öffte zu reißen (voyager fréquemment) l’indique sans ambiguïté. C’est est un marchand professionnel, inscrit dans une logique commerciale régulière et documentée. Le sel, les marchandises diverses, les affréteurs, les ports suédois, tout cela forme un système qu’il connaît et pratique depuis au moins 1712.


1718 : Un réseau bien établi

L’année 1718 est celle d’une intense activité administrative. Installé à Linköping, ville voisine de Norrköping, chef-lieu de la province d’Östergötland, Joachim Adolph multiplie les démarches. En février 1718, une attestation collective est établie à Stockholm par plusieurs marchands en sa faveur. En août 1718, le marchand Johan Kruge atteste que le réseau commercial auquel Joachim Adolph est associé, autour de P. Anton von Cölln de Lübeck, commerce avec les ports suédois depuis au moins 1715, avec Kalmar pour le sel et les marchandises diverses, et vraisemblablement avec Norrköping.

Le 27 juin 1718, Joachim Adolph signe de sa propre main une requête adressée au Landshövding, le gouverneur de la province d’Östergötland.

Ergebenster Diener — Jochim : Adolph : Kuhlman ✝

« Très dévoué serviteur — Jochim Adolph Kuhlman » — formule standard des lettres commerciales allemandes du XVIIIe siècle, suivie de son paraphe personnel.

C’est la signature autographe de Joachim Adolph. Il maîtrise les codes de la correspondance officielle, il sait à qui écrire et comment. Il demande une autorisation royale de commerce et de voyage. La réponse favorable lui parviendra le 22 février 1719.

Ce que les attestations révèlent : en 1718, Joachim Adolph peut mobiliser plusieurs marchands établis à Stockholm pour témoigner en sa faveur. Ce réseau de références, Johan Kruge, P. Anton von Cölln de Lübeck, les signataires de l’attestation collective, est le fruit de six années de présence active sur les routes baltes. Ce n’est pas un inconnu qui frappe à la porte des autorités suédoises : c’est un homme connu, recommandé, attendu.

Recommandation du marchand Joachim Kruge, 2 août 1718
Attestation collective des marchands de Stockholm, 1718.
Joachim Adolph, Borgare de Norrköping

En 1719, Joachim Adolph prête à son tour serment comme Borgare de Norrköping. L’index du registre de bourgeoisie le cite à treize reprises, entre les pages 240 et 964, une présence qui court sur plusieurs décennies et couvre des activités variées : commerce, arbitrages, témoignages. Il est une figure de la communauté marchande de la ville, connu du Magistrat, intégré dans ses cercles. On notera aussi dans ce même index les mentions de Kuhlman Georg (pages 206, 325, 331, 487) et Kuhlman Johan (page 325), d’autres membres de la famille Kuhlman présents à Norrköping, dont les liens précis avec Joachim Adolph et Heinrich restent à établir.

Les Kuhlman venaient de s’enraciner à Norrköping.


17 novembre 1726 — Heinrich prête serment

Le registre de bourgeoisie de Norrköping, à la page 919, consigne la cérémonie du serment (Ed) tenue en novembre 1726, en présence des Rédmännen, les membres du conseil municipal : Mathias Wetterberg, David Schröder, Peter Morterfon, Henric Kliver, Johan Jeachem, Elias Wetterblad. La page 920 liste les nouveaux Borgare de l’année, sous la mention anno 1726 :

Lorens Wittespen, Johan Zettren,
Claes Dahlgren, Anders Jerfson,
Henric Kuhlman…

Heinrich Kuhlman, en suédois Henric, comme il sera désormais connu, devient à son tour Borgare de Norrköping le 17 novembre 1726. Il a trente-trois ans. Il est le benjamin de la famille, celui que son aîné de six ans a précédé de quatorze années sur ces routes. Les deux frères sont nés dans la même ville de Gadebusch ; ils se retrouvent, à l’automne de 1726, tous les deux à Norrköping.

Prestation de serment de Henrich / Henrich Kuhlman en tant que Borgare de Norrköping, 17 novembre 1726.

Ce que ce dossier dit de la famille

Entre 1712 et 1726, le dossier de Joachim Adolph retrace quatorze années d’une stratégie familiale cohérente. Un frère aîné part le premier, construit patiemment un réseau commercial dans la Baltique, s’installe dans la région, obtient ses papiers, se fait connaître des autorités. Puis il accueille le benjamin. C’est un schéma classique dans les familles marchandes de la sphère hanséatique : l’aîné ouvre la voie, le cadet consolide et fonde. Joachim Adolph a fait le travail préparatoire. Heinrich arrivera et fondera la lignée dont nous suivons la trace.

Sources : Riksarkivet, dossier « Kuhlman Jochim Adolph » (passeport de Göteborg, 5 avril 1712 ; certificat sanitaire de Lübeck, 9 décembre 1717 ; attestation collective de Stockholm, 17 février 1718 ; attestation de Johan Kruge, Stockholm, 2 août 1718 ; requête au Landshövding, Linköping, 27 juin 1718, réponse 22 février 1719) ; registre de bourgeoisie de Norrköping, pages 919–920 et index sous « K ».

1 Pages 240, 265, 212, 322, 462, 535, 622, 628, 631, 640, 805, 834, 964 dans l’index du registre de bourgeoisie de Norrköping.

À la recherche du visage d’Augusta

Le point de départ : quatre photos sans nom
Le début d’une enquête, 2008.

Tout commence avec l’album de Sigurd, cet album de famille que mon père Lucien avait pu récupérer et photocopier chez Suzette, fille de Germaine Kuhlman. Quatre photos s’y trouvaient regroupées. Aucune n’était annotée, à l’exception d’un garçon appelé « Spanti ». Les questions étaient nombreuses. Après échange avec Dag, nous avions pu identifier les personnages un à un. La photo D représentait Swante Nyland, fils de la cousine germaine de Sigurd. La photo C montrait sa mère Amalia Sofia Augusta Hellberg (1831-1873) avec sa fille Amalia Augusta Fernanda (1854-1935). La photo B représentait la mère et grand-mère de ces dernières.

Restait la photo A, celle de gauche.

Une ressemblance troublante

Dès le premier regard, cette femme me frappait. On y reconnaissait quelque chose de familier, des traits que je retrouvais chez ma grand-mère Suzanne et chez sa sœur Germaine, des traits indéniablement Kuhlman. Ma conviction s’était forgée naturellement : il s’agissait d’Augusta Wilhelmina Macklin, première femme de Joseph Kuhlman et mère de Sigurd.

Le doute : une chronologie qui ne colle pas

Mais en examinant la photo de plus près, un détail me fit hésiter. Le format, la qualité, le carton support : il s’agissait sans aucun doute d’une carte de visite photographique. Or ce format n’est popularisé en Suède qu’à partir de 1854, grâce au procédé mis au point par Disdéri. Et Augusta, elle, était morte le 28 octobre 1853.

La chronologie rendait l’identification impossible.

Le dos de la photo : Axel Rydin, Norrköping
Ingeborg Beata Kuhlman (1802-1875), sœur de Josef. Collection personnelle de l’auteur.
Verso de la photographie format CDV. Collection personnelle de l’auteur.

C’est alors que je retournai la photo. Au verso, une inscription en élégantes lettres bleues : Axel Rydins Fotografi-Atelier, Norrköping, Enkefru Lindéns gård, Nya Torget.

Axel Rydin (1837-1912) était un photographe-portraitiste suédois, actif à son studio de la Lindénska gården, Nya Torget à Norrköping, entre 1860 et 1871. La photo avait donc été prise au minimum sept ans après la mort d’Augusta. Toute identification avec elle était définitivement exclue.

Mais quelle Kuhlman vivait à Norrköping ?

La ressemblance familiale était pourtant réelle. Si cette femme ne pouvait pas être Augusta, elle portait indéniablement les traits des Kuhlman. La question devenait alors : quelle Kuhlman vivait à Norrköping entre 1860 et 1871, et était suffisamment proche de Josef ou Sigurd pour figurer dans leur album ? La réponse s’imposa : Ingeborg Kuhlman, sœur aînée de Joseph, avec qui celui-ci entretenait une correspondance régulière. Sigurd l’avait conservée dans son album, en souvenir de sa tante et du lien qui unissait son père à sa famille restée en Suède.

La vraie découverte : un daguerréotype oublié

C’est en continuant à feuilleter l’album que je fis la découverte la plus inattendue. Collé au dos d’une autre photo, presque invisible, se trouvait un vieux daguerréotype découpé et dont les traits s’étaient presque entièrement effacés avec le temps. En jouant sur les contrastes, en retravaillant l’image, je parvins à en améliorer la lisibilité. Puis, en utilisant l’intelligence artificielle, j’obtins une évocation du visage dissimulé sous les années : une femme assise, au regard direct, tenant une lettre dans la main, vêtue avec la sobriété élégante de son époque.

Le vieux daguerréotype. Collection personnelle de l’auteur.
Note : l’image présentée ici est une évocation générée par intelligence artificielle à partir du daguerréotype original très dégradé. Elle ne constitue pas une restauration fidèle mais une interprétation visuelle destinée à donner un visage à celle qui n’en avait plus.

Un daguerréotype ne peut dater que d’avant les années 1860, et potentiellement d’avant 1853. La chronologie, cette fois, n’excluait pas Augusta, bien au contraire.

Pourquoi Sigurd aurait-il conservé précieusement, collé au dos d’une autre photo, ce daguerréotype quasi effacé, sinon parce qu’il représentait quelqu’un d’irremplaçable ? Quelqu’un qu’il avait quitté à l’âge de 14 ans pour rejoindre son père en Algérie, et qu’il n’avait jamais revu. Sa mère. Mais pourquoi était-elle cachée ? Nous ne le saurons jamais mais ce daguerréotype est peut-être la seule représentation photographique connue d’Augusta Wilhelmina Macklin.

Note : l’image présentée ici est une évocation générée par intelligence artificielle à partir du daguerréotype original très dégradé. Elle ne constitue pas une restauration fidèle mais une interprétation visuelle destinée à donner un visage à celle qui n’en avait plus.

Sources : album photographique de Sigurd Kuhlman, collection familiale Laude-Kuhlman ; Axel Rydin (fotograf), Wikipedia suédoise ; DigitaltMuseum, Nordiska museet.

L’astrolabe de Braad : de la SOIC au cabinet de curiosités de Linköping

L’Astrolabe de Christopher Henrik Braad, cabinet des curiosités de la bibliothèque de Linköping.

Parmi les objets conservés au cabinet de curiosités de Linköping, il en est un qui semble, plus que tout autre, ouvrir une fenêtre sur le vaste monde des voyages : un astrolabe du XVIIe siècle, donné en 1839 par un membre de la famille Kuhlman de Norrköping. À première vue, l’objet appartient au domaine des instruments savants, de ceux que l’on rangeait autrefois dans les bibliothèques ou les cabinets d’étude. A y regarder de plus près, il pourrait aussi être le témoin silencieux d’une histoire maritime, familiale et commerciale, reliant les Kuhlman à Christopher Henrik Braad, à la Compagnie Suédoise des Indes orientales, la Svenska Ostindiska Companiet en suédois, et à l’un des plus grands noms de la cartographie européenne : Willem Janszoon Blaeu.

Il s’agit d’un astrolabe daté d’environ 1630, d’un diamètre de 31 centimètres, composé de deux gravures sur cuivre collées sur les deux faces d’une planche de bois plane. L’une des faces est munie de graduations métalliques mobiles. Sur une cartouche en saillie, destiné à suspendre l’instrument, apparaissent deux inscriptions qui donnent tout son intérêt à l’objet : « Amstelodami Prostant apud Guiljemum Blaeuw A° 1624 » et « Delineavit et excudit Guiljemus Blaeuw A° 1628 ». Autrement dit, l’instrument fut dessiné, édité ou vendu à Amsterdam par Willem Janszoon Blaeu, dans les années 1620 à 1630.

Le donateur indiqué est Nils Johan Gustav Kuhlman (1780-1847), commerçant à Norrköping et fils de Johan (1738-1806). L’objet était donc encore en possession de la famille Kuhlman au XIXe siècle, avant d’entrer dans les collections du Kuriositetskabinettet de Linköping. Mais son origine familiale pourrait être plus ancienne. Il y a en effet de bonnes raisons de penser que cet astrolabe a du appartenir à Christopher Henrik Braad, navigateur suédois, né en 1728 et mort en 1781, beau-frère de Johan Kuhlman. Si cette hypothèse se confirme, l’objet ne serait pas seulement une curiosité scientifique : il deviendrait une relique de la navigation au long cours et un rare vestige matériel de l’ouverture des familles marchandes suédoises sur le monde.

Un instrument pour lire le ciel

L’astrolabe est l’un des plus anciens instruments astronomiques. Son principe repose sur une idée aussi simple que géniale : représenter la voûte céleste sur une surface plane. Grâce à cette projection, il devient possible de repérer la position des astres, de mesurer leur hauteur au-dessus de l’horizon, de déterminer l’heure, d’effectuer certains calculs astronomiques, et, dans le contexte de la navigation, d’aider à se situer en mer. Pendant des siècles, l’astrolabe fut à la fois un outil scientifique, un instrument pédagogique et un symbole de savoir. Il appartenait au monde des astronomes, des mathématiciens, des navigateurs et des savants. Certains astrolabes étaient de robustes instruments métalliques, faits pour résister à l’usage. D’autres, plus raffinés, étaient conçus pour l’étude, la démonstration ou la collection. Celui de Linköping semble appartenir à cette seconde famille : il n’est pas simplement un objet de bord, mais un instrument imprimé et monté, associant gravure, bois et éléments mobiles.

L’exemplaire en question est issu des ateliers d’un grand éditeur-cartographe d’Amsterdam. Il témoigne de cette époque où les frontières entre l’astronomie, la cartographie, la navigation et l’édition étaient encore très poreuses. Pour tracer une carte, il fallait connaître le ciel ; pour naviguer, il fallait savoir lire les astres ; pour former les pilotes, il fallait diffuser des instruments, des tables, des globes et des cartes.

Willem Janszoon Blaeu, de Tycho Brahe à Amsterdam
Portrait du cartographe et fabricant de globes néerlandais Willem Jansz. Blaeu. Vers 1655-1670

La signature de Willem Janszoon Blaeu donne à l’astrolabe une valeur particulière. Blaeu n’est pas un simple graveur ou marchand d’instruments. Né à Alkmaar en 1571, il devint l’un des grands cartographes et éditeurs scientifiques de l’Europe du XVIIe siècle. Avant d’établir son atelier à Amsterdam, il séjourna auprès de Tycho Brahe, le célèbre astronome danois, sur l’île de Ven. Là, il se forma à l’astronomie, à l’observation céleste et à la fabrication d’instruments.

De retour aux Pays-Bas, il fonde à Amsterdam une maison qui devient rapidement l’une des plus prestigieuses d’Europe. Il produit des cartes, des atlas, des globes terrestres et célestes, ainsi que divers instruments scientifiques. Amsterdam est alors l’un des centres du monde maritime. Les navires hollandais sillonnent l’Atlantique, l’océan Indien et les mers d’Asie. Les compagnies commerciales ont besoin de cartes, de pilotes, d’instruments et de savoirs géographiques. Dans ce contexte, un instrument signé Blaeu n’est pas un simple objet décoratif. Il appartient à la culture technique qui rend possible l’expansion maritime européenne.

Un objet plus ancien que Braad

L’astrolabe de Linköping date des années 1620, tandis que Christopher Henrik Braad naît en 1728. Un siècle les sépare. Cela n’empêche nullement que l’objet ait pu lui appartenir. Cette distance chronologique rend l’hypothèse encore plus intéressante.

Un navigateur du XVIIIe siècle pouvait posséder un instrument plus ancien pour plusieurs raisons. Il pouvait s’agir d’un objet hérité, d’un instrument de collection, d’un souvenir professionnel ou d’un symbole de statut. Les marins instruits, les officiers, les cartographes et les capitaines accordaient une grande valeur aux instruments anciens, surtout lorsqu’ils portaient la signature d’un nom aussi prestigieux que Blaeu. Un astrolabe de cette qualité pouvait très bien être conservé non pour son seul usage pratique, mais comme un objet de savoir, un marqueur de culture maritime, voire un souvenir de carrière.

Il faut donc rester prudent. Rien ne permet, à ce stade, d’affirmer définitivement que l’astrolabe a appartenu à Braad. Mais le chemin de transmission est fort plausible. L’objet est donné en 1839 par un Kuhlman de Norrköping. Braad était le beau-frère de Johan Kuhlman. Si l’astrolabe a circulé dans le cercle familial, il a pu passer de Braad aux Kuhlman, puis être conservé pendant plusieurs décennies avant d’être remis au cabinet de curiosités de Linköping.

Christopher Henrik Braad, un navigateur dans la parenté Kuhlman

Christopher Henrik Braad occupe une place singulière dans cette histoire. Né en 1728, mort en 1781, il appartient à cette génération d’hommes du XVIIIe siècle dont la vie fut marquée par les routes maritimes, les compagnies commerciales et les circulations entre l’Europe du Nord et les mondes lointains. Son lien avec la famille Kuhlman vient de son mariage avec la sœur de Johan Kuhlman, Sara-Margaretha, faisant de lui le beau-frère de ce dernier.

Ce mariage n’est pas un détail secondaire. Dans les familles marchandes, les alliances matrimoniales formaient souvent des réseaux économiques, sociaux et culturels. Elles unissaient des négociants, des armateurs, des officiers, des pasteurs, des administrateurs ou des voyageurs. Par son mariage, Braad entre dans l’univers familial des Kuhlman, et l’astrolabe pourrait être l’un des objets ayant suivi cette circulation familiale.

Il faut imaginer ce que représentait un tel instrument dans une maison de Norrköping ou dans une collection familiale. Ce n’était pas seulement un objet technique. C’était une preuve tangible d’un rapport au monde. Il évoquait les voyages, les longitudes incertaines, les latitudes calculées au soleil, les ports d’escale, les cartes ouvertes sur une table, les récits rapportés d’Asie ou d’Afrique, et toute cette culture maritime qui fascinait les contemporains.

La SOIC et le monde des routes maritimes

Évoquer Braad, c’est aussi évoquer la Compagnie suédoise des Indes orientales, la célèbre SOIC (Svenska Ostindiska Companiet), fondée en 1731. Pendant plus d’un siècle, elle fut le principal instrument de l’expansion commerciale suédoise vers l’Asie. Ses navires quittaient Göteborg pour rallier la Chine, l’Inde et les comptoirs d’Extrême-Orient, chargés au retour de soieries, de porcelaines, de thé et d’épices. Elle ne fut pas seulement une entreprise commerciale, mais aussi le symbole d’une ambition maritime nationale, à une époque où la Suède cherchait à s’affirmer sur les routes du grand commerce mondial. La navigation de la SOIC reposait sur une accumulation extraordinaire de savoirs pratiques. Pour atteindre l’Asie, il fallait maîtriser les vents, les courants, les saisons, les routes, les récifs, les mouillages et les latitudes. Les cartes et les instruments étaient donc au cœur de cette aventure. Ils n’abolissaient pas le danger, mais ils permettaient de l’affronter avec méthode. Un astrolabe, un quadrant, un compas, des cartes marines, des tables astronomiques et l’expérience du pilote formaient ensemble l’outillage mental et matériel du navigateur. L’astrolabe de Linköping, même s’il est antérieur à la carrière de Braad, s’inscrit dans cet univers. Il rappelle que la navigation au long cours ne fut jamais seulement une affaire de courage ou d’audace. Elle fut aussi une science appliquée, fondée sur l’observation du ciel, la géométrie, la mesure du temps et la représentation de l’espace.

L’astrolabe de Linköping, même s’il est antérieur à la carrière de Braad, s’inscrit dans cet univers. Il rappelle que la navigation au long cours ne fut jamais seulement une affaire de courage ou d’audace. Elle fut aussi une science appliquée, fondée sur l’observation du ciel, la géométrie, la mesure du temps et la représentation de l’espace.

Une relique familiale et maritime

Si l’astrolabe a bien appartenu à Christopher Henrik Braad, il constitue un objet exceptionnel pour l’histoire des Kuhlman. Peu de familles conservent des traces aussi concrètes de leurs liens avec la navigation et les compagnies commerciales. Les archives conservent des noms, des dates, des mariages et des filiations. Les objets, eux, marquent une présence.

C’est peut-être cela qui rend l’objet si précieux. Il n’est pas seulement beau ou ancien. Il est à la croisée des histoires. Entre la science et la mer, entre Amsterdam et la Suède, entre la SOIC et Norrköping, entre un navigateur et une famille de commerçants, il a traversé les siècles en silence. Le regarder aujourd’hui, c’est voir dans un disque de bois, de papier et de métal toute une géographie oubliée.

Le Superkargo Braad (1728-1781)

Cet article a été initialement publié le 16 janvier 2026. Il est republié ce jour en prévision d’un article à paraître au sujet de l’Astrolabe de Braad…

En 4 juin 1772, alors âgée de 18 ans, Sara Margaretha Kuhlman, sœur de Johan et Henric se marie avec un navigateur de la Compagnie des Indes Orientales, Christopher Henric Braad qui a alors 35 ans.

silhouette de Braad. Musée de Finlande

Christopher Henric (Henrik) Braad (1728–1781) naît à Stockholm en 1728, fils aîné de Poul Braad (d’origine danoise) et de Gertrude (originaire de Torneå, dans l’extrême nord de la Suède). Après un déménagement familial à Norrköping, il reçoit une éducation par tuteurs, dont Eric Walbom (1710–1773), qui devient un ami durable. Entré très jeune à l’université d’Uppsala, il s’y ennuie vite, déjà très cultivé et polyglotte, et passe ensuite par un emploi de bureau à Stockholm où il acquiert une écriture “administrative” soignée. À 19 ans, il rejoint la Compagnie suédoise des Indes orientales comme cadet et gravit les échelons jusqu’à un poste très élevé (premier « supercargo », chef d’expédition), menant des voyages vers Canton et Surat et rédigeant des récits détaillés qui fondent sa réputation. Vers la fin de sa vie, il écrit une courte autobiographie et commence un récit plus développé, mais il meurt en octobre 1781, quelques mois après l’avoir entamé ; après sa mort, sa vaste bibliothèque et ses papiers sont dispersés et conservés dans plusieurs institutions.

Publication du mariage de Sara Margaretha Kuhlman et Christopher Henric Braad.
Publication du mariage de Sara Margaretha Kuhlman et Christopher Henric Braad.

Contrairement à d’autres grands navigateurs, Braad est peu connu et son œuvre, considérable, reste encore inexploitée. L’historien Jeremy Franks est un des rares chercheurs s’étant penché sur ce personnage. Dans un article de la revue The Linnean publié en janvier 2005 intitulé “Reports to the Swedish East India Company: the Indian and eastern years (1748–62) of Christopher Henrik Braad (1728–81), l’auteur explique qu’il existe un ensemble de manuscrits encore inédits (environ 300 000 mots) liés aux années asiatiques de Braad (1748–1762), documents que des biographes de Linné (1) n’ont pas vraiment exploités faute d’accès ou lecture du suédois. Il situe Braad comme un voyageur et rédacteur exceptionnellement prolifique pour la Compagnie suédoise des Indes orientales, avec des voyages et séjours en Asie plus longs et plus documentés que ceux des disciples linnéens voir de Linné lui même.

Drawing of the Dutch burial ground at Surat, by Braad
Dessin de Braad, cimetière Hollandais à Surat.

Franks va même plus loin en émettant l’hypothèse que si les écrits de voyage de Braad avaient été publiés, ils auraient pu réduire l’importance accordée à d’autres sources associées au cercle de Linné — en particulier les lettres d’Olof Torén, présenté comme un collecteur et observateur officiel au service de la construction du prestige scientifique de Linné. Les écrits de Torén représentent, selon lui, 9 000 mots non illustrés, alors que le journal de Braad ferait environ 140 000 mots (uniquement pour Surat) et inclut des relevés, épitaphes, croquis, cartes, etc. Franks suggère même une intention possible : que le maintien de Braad dans l’ombre ait été de permettre à Linné de “créer” un apôtre (Torén) et de devancer Braad en tant qu’auteur.

Les voyages de Christopher Henric Braad :

1er voyage : de janvier 1748 à juillet 1749, sur le navire le Hoppet. Décrit, à l’aide d’inscriptions soignées dans son journal, des informations précieuses, qui ont été présentées à la compagnie et lui ont valu la faveur de ses supérieurs. Il laisse une représentation depuis Canton du mouvement animé sur le fleuve et de la vie des Chinois sur celui-ci. « Les Chinois se caractérisent par la recherche du profit, « spéculatif, maniable, rapide à saisir une chose ». Dans cette dernière relation, le lot le plus précieux concerne l’Inde, en particulier Surat. Dans un second document il laisse des descriptions historiques et géographiques des différents pays et localités visitées.

Le Gotha Leijon
Dessin de Carl Jehan Gethe, d’après son « Dagbok » , voyage du Gotha Leijon de la Companie Suédoise des Indes Orientales du 18 octobre 1746 au 20 juin 1749.
Le Gotha Leijon
Dessin de Carl Jehan Gethe, d’après son « Dagbok » , voyage du Gotha Leijon de la Companie Suédoise des Indes Orientales du 18 octobre 1746 au 20 juin 1749.

2e voyage: d’avril 1750 à juin 1752 sur le navire Le Gotha Leijon. Séjourne longtemps à Surate et dans d’autres ports de la côte de Malabar.

3e voyage : 1753 à 1759. 1er assistant. Envoyé à Canton puis aux Indes afin d’obtenir des renseignements sur les conditions commerciales en Inde. Avec un navire anglais, il se rendit en novembre 1754 au Bengale.Prend son quartier général à Surat, qui était encore à l’époque l’un des principaux centres du commerce indien, et de là a fait des voyages à Ceylan, sur la côte de Malabar et dans le sud de l’Arabie, qui, cependant, n’ont pas répondu à ses attentes, car le Mokka ne jouait plus du tout le même rôle qu’avant.

Dans des rapports à l’entreprise, qui ont été en partie transmis par des intermédiaires français, il a fait part de ses observations, sur le commerce des Danois au Bengale et les plans commerciaux prussiens. Afin de ne pas éveiller les soupçons des autorités anglaises, il agi en tant que scientifique itinérant en mission de l’Académie des sciences. Il a été bien accueilli, si dans certains endroits, comme à Calcutta, il cherche à explorer son entreprise, par les Anglais à Surate, il était traité comme un compatriote.

Entreprend le voyage de retour sur un navire anglais en 1758, mais celui-ci a fait naufrage à Limerick, où ses collections ont été en grande partie perdues. Le résultat des enquêtes de Braad en Inde était que la guerre attendue entre l’Angleterre et la France pouvait être considérée comme une situation favorable aux plans suédois. Il établi un comptoir Suédois à Surat, où les coûts seraient nettement inférieurs à ceux du Bengale et où de grands avantages s’offraient pour la vente des marchandises, l’achat de coton pour l’exportation vers la Chine.

4e voyage : avril 1760 à aout 1762, sur le navire le Riksens Stander. Navigue comme « Superkargo » (dirige l’expédition) sur le navire Riksens Stander pour réaliser ses plans pour comptoir suédois à Surat. L’entreprise n’a pas été couronnée de succès. La méfiance des Anglais a causé de nombreuses difficultés et les relations avec les dirigeants indigènes sont devenues tendues. Pendant vingt jours, Braad et une partie de son entourage furent enfermés dans le comptoir suédois par des troupes envoyées par le prince indigène. Cependant, grâce aux « mesures prudentes prises », toutes les sanctions les plus sévères ont été évitées et le voyage a pu se poursuivre vers la Chine.

Dans un prochain article j’évoquerai la première rencontre entre Christopher Braad et Johan Kuhlman et un cadeau offert par le navigateur à son beau-frère et ami.

Sources : tous les travaux de l’historien Jeremy Franks ainsi que la page dédié à Braad aux archives royales de Suède (https://sok.riksarkivet.se/sbl/Presentation.aspx?id=18029)

(1) Carl Linnæus, puis Carl von Linné (on trouve aussi Charles de Linné en version française) après son anoblissement, est un naturaliste suédois né le 23 mai 1707 à Råshult et mort le 10 janvier 1778 à Uppsala qui a posé les bases du système moderne de la nomenclature binominale. Considérant que la connaissance scientifique nécessite de nommer les choses, il a répertorié, nommé et classé, systématiquement, l’essentiel des espèces vivantes connues à son époque, en s’appuyant sur ses observations, ainsi que sur celles de son réseau de correspondants.