La Défense de Norrköping à l’époque moderne (XVIIe–XIXe siècles) – (5/5)

Les redoutes armées, le dispositif de surveillance et les nouvelles fortifications
1. Les travaux de von Röök

Le colonel von Röök entreprit les travaux sur les redoutes avec l’aide des paysans (bönder) du Vikbolandet, réquisitionnés sur ordre du gouverneur. Dès le 5 octobre 1788, le pavillon de l’Amirauté (Amiralitetsflaggan) put être hissé à Skänäs — geste symbolique marquant l’entrée en service de l’ouvrage.

Les redoutes de Norrköping. Archives militaires de Suède.
2. Le système de feux de guet (Varseleld)

Des feux de guet (varseleld) munis de tonneaux de goudron (tjärfat) furent établis en plusieurs points stratégiques. Les guetteurs des tours (tornvaktare) reçurent l’instruction de surveiller en permanence les feux à Hammarudden, sur la colline de Björnviken (Björnvikensberget) et dans les montagnes de Kvillinge (Kvillingebergen) ; en cas d’allumage, ils devaient sonner les cloches (klockorna) sans délai.

3. L’armement des redoutes

Les travaux se poursuivirent sous la direction de la Défense-Députation (Försvarsdeputationen). La redoute de Skänäs fut équipée de :

  • 16 canons en fer de dix-huit livres (artonpundiga järnkanoner) dans la cuirasse (kirasspansar),
  • 8 canons de rapport de trois livres (trepundiga rapportkanoner) dans les flancs côté terre,
  • Le tout entouré de palissades (palissader) et de chevaux de frise (spanska ryttare).
Dessin 3D d’après le plan d’époque de la redoute de Skänas.

Sur Säterholmen, 7 canons en fer furent déployés, dont aucun ne pesait moins de dix-huit livres. Ces canons avaient été en grande partie empruntés au baron Örnskiöld16 à Stafsjö, les autres achetés ailleurs. Les redoutes furent également pourvues d’environ 79 centners de poudre et de deux baraquements (baracker). Les hommes pour les redoutes provenaient en partie des paroisses de l’archipel (skärgårdsförsamlingarna), en partie du Régiment royal d’artillerie (Kungliga Artilleriregementet).

Dessin 3D d’après les plans d’époque. Redoute de Säterholmen.
4. Les fortifications de Häst et de Lindholmen

Outre les redoutes de Skenäs et Säterholmen, il était également prévu de reconstruire les fortifications de Häst et de Lindholmen. Cette reconstruction était cependant conditionnée à la déclaration écrite que les bénéficiaires renonçaient à toute aide supplémentaire à cet effet et renonceraient également au droit à la protection personnelle que l’on pouvait attendre de ces établissements défensifs.

L’alerte d’octobre 1788 et le geste envers Kuylenstjerna

L’atmosphère de la ville fut électrisée le 11 octobre 1788 par la rumeur annonçant que des navires de guerre ennemis (fiendefartyg) croisaient au large d’Elfsnabben et de Landsort. Les autorités demandèrent les fonds nécessaires aux travaux de défense, ainsi que des canons utilisables, les 16 canons de la ville étant incapables de tirer. Mais le gouverneur estima la rumeur non fondée : l’ennemi n’avait «pas de galères (galärer) ou de navires plats (flatbottnade fartyg) de ce côté de la mer de l’Est pour débarquer». En dehors de ce qui avait déjà été dépensé, rien d’autre n’était requis que de maintenir une «connaissance sûre à l’entrée la plus extérieure de la mer». Les fonds publics ne devaient pas être «inutilement détruits».

Les habitants de Norrköping témoignèrent néanmoins de leur patriotisme en offrant, après la bataille navale de Hogland (Slaget vid Hogland, 17 juillet 1788), au colonel et chevalier de l’Ordre royal de la Grande Croix Carl Wiljem Kuylenstjerna17 — qui s’était distingué dans cette même bataille — une cruche à vin en argent de 177 livres.


Les chants patriotiques du corps de garde bourgeois

Des vers furent chantés avec ardeur sur la haute garde citoyenne (borgerliga vakten). En voici les strophes, telles que reportées dans les sources :

«Frères ! Nous qui portons les armes pour la défense de notre Roi et de notre Ville, Puissions-nous aiguiser nos armes, Honorons dignement nos jours. Guidés par von Röök et Wallander, Chevaliers de la garde préventive, Frères ! malgré les reproches de la colère, Dieu et la bravoure donnent tout. La tendresse de Gustaf, la dignité de la Ville, Soient l’objet de notre gloire, Aucune autre rançon ne peut être supportée ! Souviens-toi ! Notre Ville autrefois réduite en cendres Par une Politique cruelle. Frères ! Soyons prompts, combattons, Défions toute critique !»


La guerre de 1789 et le dénouement décevant

En 1789, la menace d’un débarquement ennemi dans l’Ostgötaship (Östgötaskärgården) persistait. Une proclamation royale du 15 août exhortait le grand public de Vikbolandet à s’armer. Les corps civiques furent de nouveau autorisés à patrouiller la nuit (nattpatrullering) dans les rues de la ville pour l’ordre et l’entraînement.

Les travaux sur les redoutes se poursuivirent sous la direction de la Défense-Députation. Mais la fin est, selon les mots de Gullberg, «quelque peu triste». En octobre, le roi ordonna que les redoutes soient évacuées (avvecklas). La ville devait prendre en charge la poudre à canon (kruttillgångarna), tandis que la Couronne s’occuperait elle-même des redoutes — qui finirent par se délabrer (förföll). À Säterholmen, selon Sundelius, tout était encore dans son état antérieur en 1798, «bien que quelque peu délabré».

Quelques années plus tard, les matériaux de défense encore présents dans les casernes, acquis avec les fonds souscrits, furent transférés au Roi et à la Couronne.


Les canonnières de 1808 (Kanonbåtarna 1808)

Dix-huit ans après la guerre de 1788–1790, après que le roi eut, les 5 et 20 mai 1808, ordonné aux gouverneurs de faire construire d’urgence des canonnières (kanonbåtar) dans les chantiers navals des villes, le gouverneur d’Östergötland demanda le 27 mai à l’hôtel de ville (rådhuset) si un nombre convenable de bouches à feu pouvait être construit selon la capacité des citoyens.

À cette occasion, le commandant de la province décerna la médaille d’or (guldmedaljen) au capitaine de commerce (kofferdikapten) Olof Hammarsten18 pour son intrépidité et son comportement audacieux lors de l’affaire de Lübeck en 1806.

Les citoyens déclarèrent pouvoir construire et armer deux canonnières. Ils prétendaient que le coût devait être partagé entre les propriétaires de maisons et les bourgeois ; mais les propriétaires non-bourgeois — représentés par le lieutenant Jakob Erik Gripenwaldt — refusèrent de participer. Le gouverneur exprimant son incapacité à les y contraindre, les bourgeois durent seuls assumer les coûts. Sa Majesté le Roi exprima son contentement par lettre du 8 juin 1808.

Les deux canonnières, construites aux chantiers d’Eberstein & Cie et de J. Schotte & Cie, furent prêtes à l’automne 1808, pour un coût total de 6 502 rixdales et 20 shillings (riksdaler och skilling).

(16) Baron Örnskiöld de Stafsö — Noble propriétaire du domaine de Stafsö (Östergötland). Prête en 1788 la majeure partie des canons en fer équipant la redoute de Skänäs, illustrant la solidarité patriotique de l’aristocratie terrienne avec les défenses urbaines de Norrköping.

(17) Carl Wiljem Kuylenstjerna — Colonel, héros de la bataille de Hogland. Officier de marine suédois, colonel et chevalier de l’Ordre royal de la Grande Croix (Kungliga Stora Korsets Orden). Se distingue lors de la bataille navale de Hogland (Slaget vid Hogland, 17 juillet 1788) dans le golfe de Finlande, affrontement entre les flottes suédoise et russe. Les habitants de Norrköping lui offrirent une cruche à vin en argent de 177 livres en signe de reconnaissance patriotique.

(18) Olof Hammarsten — Capitaine de commerce. Actif début XIXe siècle. Capitaine de commerce (kofferdikapten) à Norrköping. Reçoit la médaille d’or (guldmedaljen) des mains du commandant de la province lors des délibérations sur les canonnières de 1808, en récompense de son «intrépidité et comportement audacieux lors de l’affaire de Lübeck en 1806». Son geste héroïque illustre la continuité de l’esprit civique et martial de la bourgeoisie maritime de Norrköping entre les guerres de 1788 et de 1808.

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