Le vœu de sincérité

Lettre n°1 – Correspondances Lidén-Kuhlman (1er janvier 1773)

« Correspondance Lidén-Kuhlman »

Johan Henrik Lidén (1741-1793). Depuis son lit de Linköping, immobilisé par la goutte, il adresse à Kuhlman ses premiers vœux de l’année.

Linköping, Jour de l’an 1773.

Mon très cher ami,

Ceci est ma première lettre de l’année. À qui aurais-je dû écrire plus volontiers qu’à un ami ?

Je ne fais pas de fioritures de Nouvel An, ni de compliments, comme on les appelle selon le « nouveau style » ; mais il n’est rien de bon que je ne souhaite maintenant et à l’avenir, du fond du cœur, à M. Kuhlman, ainsi qu’à sa chère épouse. Que Dieu nous accorde la santé et l’esprit satisfait ! Tout le reste, je le tiens pour peu de chose. J’ai passé les fêtes dans le calme ; surtout au lit, car mes pieds ne veulent guère me tenir compagnie pour marcher. Mais je ne veux pas commencer l’année par des lamentations. Donc, assez à ce sujet.

La pelisse était jolie et bienvenue. Je n’aurais jamais pu faire une plus grande surprise à ma mère. Je renouvelle mes remerciements pour la peine que vous vous êtes donnée avec cela, tant à Madame qu’à M. Kuhlman. Mais combien n’ai-je pas à vous remercier pour tout le reste ?

Soit qu’il ne se passe rien de nouveau ici, soit que j’en sois ignorant. Saluez tous nos amis communs, et aimez toujours celui qui le restera jusqu’à la mort.

De mon très cher ami, L’humble et fidèle Lidén. »

J’ai oublié mes bottes de Laponie à Norrköping. Soyez gentil de me les envoyer ici, quand l’occasion se présentera. Elles sont nécessaires, maintenant que le froid commence à s’installer.

3 janvier. À l’instant, je reçois une nouvelle lettre de mon bon ami. Cela exige de nouveaux remerciements. Merci pour tous les vœux. Ils sont sincères et donc bienvenus. Ah ! si le bon Dieu nous donnait cette année une meilleure santé ! Comme nous nous unirions pour chanter Ses louanges ! Que Dieu rende au moins nos souffrances supportables et pas trop longues ! Ou, plus justement : que Dieu nous accorde la Grâce d’être satisfaits de Sa volonté en tout !

Ma bonne mère vous envoie ses salutations cordiales. Saluez aussi mon frère Rudberg bien-aimé. [Reçu le 6.1.]

Notes historiques
  • Sincérité contre usages : Lidén refuse les « Nyårskrumelurer » (littéralement : « fioritures de Nouvel An »). Il se moque des vœux pompeux à la mode (« selon le nouveau style ») et leur préfère une déclaration simple, venant du fond du cœur. C’est le ton de toute sa correspondance : une intimité dépouillée d’artifices.
  • La santé et les fêtes : Lidén mentionne avoir passé les fêtes « au lit » à cause de ses pieds. Il s’agit d’une référence récurrente à sa goutte, qui l’handicapait souvent et limitait ses déplacements, faisant du lit son bureau et son lieu de réflexion.
  • Le cadeau (La pelisse) : La « Pellisen » (pelisse, un manteau de fourrure) est ici au centre du récit. Lidén semble l’avoir reçue de Kuhlman et en a fait cadeau à sa mère, lui créant ainsi une immense « surprise ». Il exprime une gratitude profonde, non seulement pour le cadeau lui-même, mais pour l’attention touchante qu’il représente.
  • Les bottes de Laponie (Lappstöflar) : Ces bottes, faites de peau de renne, étaient essentielles pour affronter les hivers suédois. Le fait que Lidén les oublie à Norrköping témoigne de son état de fatigue ou de distraction lors de son départ, mais surtout de la rudesse du climat contre lequel il cherche à se protéger.
  • La rapidité des échanges : Notez la précision « d. 3. Jan. » et « [Ank. d. 6.1.] » (Reçu le 6 janvier). En trois jours, la lettre a voyagé, a été traitée et reçue. C’est une illustration fascinante de l’efficacité du système postal de l’époque entre deux villes distantes de 45 km.
  • La résignation religieuse : La phrase « Que Dieu nous accorde la Grâce d’être satisfaits de Sa volonté en tout ! » est très représentative de la mentalité du XVIIIe siècle. Face à la maladie (sa goutte chronique), Lidén ne se contente pas de demander la guérison, il cherche la paix intérieure dans l’acceptation de son sort, un sentiment qui revient souvent dans sa correspondance.

Gerhard Kulemans – Itinéraire d’un soldat protestant (1609-1637)

Comment l’itinéraire d’un frère oublié a permis d’en apprendre plus sur les origines de la famille Kuhlman

Avant-propos

Gerhard Kulemans n’apparaît pas dans la lettre d’anoblissement accordée par la Reine Christine de Suède en juillet 1649 à la famille Kuhlman et pour cause : il était mort douze ans plus tôt, à 28 ans, sans descendance. Ce frère oublié ne figure dans la plupart des généalogies publiées en ligne de la famille. La redécouverte de son sermon funèbre (Leichpredigt), imprimé à Vieux-Stettin en 1637 par le Docteur Christophorus Schultetus, constitue pourtant une avancée majeure : ce document révèle les origines livoniennes de la famille Kuhlman, les noms de ses grands-parents, et reconstitue un itinéraire européen remarquable qui éclaire d’un jour nouveau les premières décennies de cette lignée.

Ci-dessus un extrait du sermon funèbre de Gerhard Kuhlman, document qui comprend plus de soixante pages dont huit de curriculum vitae…

1609 – Naissance en Livonie

Gerhard Kulemans naît le 5 mars 1609 en Livonie, une région baltique sous domination suédoise depuis le début du XVIIe siècle. Sa famille est une vieille noblesse locale : son père Johann Kulemann est seigneur du domaine de Jamowitz (vraisemblablement Jannewitz, Kreis Schlawe en Poméranie), sa mère Hedwig née von Focken une noble livonienne. La lignée maternelle remonte à une grand-mère von der Hoghenhausen, famille chevaleresque de haute noblesse en Livonie, originaire de Hohenhausen en Lippe (Westphalie). Du côté paternel, le grand-père de Gerhard était Patricius de la ville libre impériale de Lübeck attestant d’un ancrage dans la grande bourgeoisie marchande hanséatique.

1622-1625 – Le Gymnasium de Hamburg (3 ans)

Après la mort de son père, sa mère l’envoie à l’Akademisches Gymnasium de Hamburg, l’une des institutions les plus prestigieuses de l’espace protestant nord-allemand. Il y étudie trois ans (environ 13 à 16 ans). Hamburg est un carrefour naturel pour les familles baltiques et hanséatiques, et le Gymnasium forme l’élite luthérienne et l’on y enseigne les langues, la rhétorique, l’arithmétique et autres arts libéraux. Le sermon funèbre est précis : Gerhard fut confié à « un homme éminent, sous la direction duquel il posa de bonnes bases de piété, acquit une connaissance suffisante de l’arithmétique pratique à l’italienne (Welßische Arithmeticam practicam) et de l’écriture ». Cette précision n’est pas anodine : il ne s’agit pas de l’arithmétique théorique du quadrivium classique, mais de l’arithmétique marchande développée dans les cités commerciales italiennes, calculs de proportions, changes, règle de trois, comptabilité en parties doubles. Une formation parfaitement adaptée au fils d’un Patricius de Lübeck issu d’une famille de tradition hanséatique, et qui s’avérera directement utile dans les missions diplomatiques et la logistique militaire. À l’issue de ses trois années, le sermon précise qu’il fut « recommendiret » c’est à dire recommandé par le Gymnasium lui-même à l’ambassadeur danois, ouvrant ainsi la voie à sa première carrière diplomatique.

1625-1628 – Page auprès d’un ambassadeur danois : Suède, Danemark, Moscou

À sa sortie du Gymnasium, Gerhard, qui a alors environ 16 ans, se place comme page auprès d’un ambassadeur du roi de Danemark, décrit dans le sermon comme étant « en grande considération à la Cour royale ». Il l’accompagne dans plusieurs légations en Suède, au Danemark et à Moscou, s’y acquittant de ses missions « avec tant d’éclat que rois, princes et seigneurs en eurent le plus grand contentement ».

Pourquoi le Danemark ? Hamburg se trouve dans la sphère d’influence danoise. Christian IV de Danemark (1577-1648) vient d’entrer dans la Guerre de Trente Ans (phase danoise, 1625-1629), cherchant à peser face aux Habsbourg.

Pourquoi Moscou ? Les missions diplomatiques danoises vers la Russie s’inscrivent dans une logique triple : commerce baltique, droits de douane du Sund (le Danemark taxait tous les navires passant entre la Mer du Nord et la Baltique, et cherchait à négocier des conditions favorables avec la Russie) et alliances stratégiques — le Danemark cherchant à s’assurer la neutralité, voire le soutien, du Tsar Michel I Romanov (1613-1645) dans son conflit contre les armées impériales catholiques.

Le nom de cet ambassadeur n’est pas précisé dans le sermon, mais la recherche de ce personnage est en cours…

1628-1630 – Espagne et Italie

Animé d’un « vif désir de voir le monde et d’en apprendre les langues », Gerhard voyage ensuite en Espagne et en Italie pendant environ deux ans. Cette étape relève du Grand Tour aristocratique : formation humaine, langues, réseaux, découverte des cultures méditerranéennes.

1630-1631 – En Hollande dans l’armée du Prince Frederik Hendrik

Gerhard se rend en Hollande avec l’intention de s’embarquer pour les Indes orientales, c’est-à-dire de rejoindre la VOC, la Compagnie hollandaise des Indes orientales, puissance commerciale la plus dynamique du monde en 1630. Des « personnes de qualité » l’en dissuadent. Il reste plus d’un an en Hollande et sert dans l’armée du Prince Frederik Hendrik d’Orange (1584-1647), Stathouder des Provinces-Unies. Cette armée ne combat pas dans la Guerre de Trente Ans à proprement parler, mais dans la Guerre de Quatre-Vingts Ans contre l’Espagne, la guerre d’indépendance des Provinces-Unies (1568-1648). L’ennemi est le même (les Habsbourg), mais le front est différent. La grande victoire de cette période est la prise de ‘s-Hertogenbosch (14 septembre 1629).

Qui sont ces « personnes de qualité » ? L’hypothèse la plus plausible pointe vers la famille van Sypesteyn de Hillegom, pour des raisons de réseaux et de chronologie :

La sœur aînée de Gertrud et Cornelia van Sypesteyn, Beatrix (1589-1663), est l’épouse de Jacob van der Does (1575-1630), conseiller et secrétaire particulier du Prince Frederik Hendrik, plaçant les van Sypesteyn au cœur de l’armée du Prince. Par ailleurs, l’oncle maternel de Gertrud et Cornelia, Cornelis van Nijenrode (†1633), est précisément à ce moment le chef du comptoir VOC à Hirado, Japon, l’un des postes les plus importants de la Compagnie en Asie. En connaissant de l’intérieur les réalités et les risques des Indes orientales, la famille van Sypesteyn était idéalement placée pour dissuader Gerhard de cette aventure et l’orienter vers l’armée du Prince.

Une question demeure : est-ce Johan Friedrich, frère aîné de Gerhard, qui épousera plus tard Gertrud van Sypesteyn, qui a introduit son frère auprès de cette famille lors de son propre passage en Hollande ? Ou est-ce au contraire Gerhard qui a ouvert la voie, permettant à Johan Friedrich de rencontrer Gertrud ultérieurement ? Les documents ne permettent pas, à ce stade, de trancher. La date du mariage de Johan Friedrich et Gertrud van Sypesteyn n’est pas connue et sa recherche dans les archives néerlandaises (Nationaal Archief, Den Haag) pourrait apporter une réponse décisive.

Fin 1631 – Frankfurt-sur-l’Oder : rejoint son frère dans l’armée suédoise

Lorsque la nouvelle de la victoire suédoise de Breitenfeld (17 septembre 1631) se répand dans toute l’Europe protestante, Gerhard quitte la Hollande pour rejoindre l’armée royale suédoise à Frankfurt-sur-l’Oder, ville capturée par les Suédois le 13 avril 1631. Son frère Johan Friedrich Kulemans y sert déjà comme Lieutenant dans le Régiment Duwaltischen sous le Colonel Jacob Bohm¹. Gerhard arrive vraisemblablement à l’automne 1631, à 22 ans, dans l’élan de Breitenfeld, moment où des centaines de nobles protestants d’Europe rejoignent la cause suédoise.

1631-1636 – Campagnes de Silésie

Gerhard s’illustre rapidement :

  • Prise de la redoute de Stein en Silésie : 400 prisonniers
  • Défense héroïque du Sandt devant Breslau : six semaines de siège complet sans ravitaillement, forçant le retrait de l’ennemi. Ce succès militaire lui vaudra une Promotion au grade de Lieutenant-Colonel par le Général Duwall.

Le 24 juin 1636, il épouse Barbara von Eichstädten, fille du seigneur des domaines de Küssow en Poméranie, une famille noble poméranienne attestée par le dictionnaire nobiliaire Kneschke.

1637 – La fin

Le 10 mai 1637, Gerhardt est blessé à la cuisse droite devant Saatzig, lors d’une opération sous le Feld-Maréchal Herman Wrangel. il décède le 29 mai 1637 à Alt-Stettin dix-neuf jours après sa blessure, à 22h, à l’âge de 28 ans. Il est inhumé en l’église Saint-Jacques de Vieux-Stettin le 9 juin.

Le Docteur Christophorus Schultetus prononce le sermon funèbre, le même pasteur qui avait célébré son mariage cinq mois plus tôt, le 2 janvier 1637. Gerhard avait exprimé le vœu, lors de ce mariage, que son union soit « un lien si indissoluble que même la mort ne puisse le rompre ». La mort ne lui laissa que 21 semaines de mariage.

La vie de Gerhard Kuhlman en résumé :

DateÉvénementSource
5 mars 1609Naissance en Livonie, de Johann Kulemann, seigneur de Jamowitz, et Hedwig née von FockenSermon funèbre
Avant 1622Mort du pèreSermon funèbre
~1622La mère l’envoie au Gymnasium de Hamburg (~13 ans)Sermon funèbre
1622-1625Académisches Gymnasium de Hamburg (3 ans) : arithmétique marchande italienne, écriture, piétéSermon funèbre
1625Recommandé par le Gymnasium auprès d’un éminent ambassadeur du roi de DanemarkSermon funèbre
1625-1628Page et secrétaire diplomatique de l’ambassadeur danois (vraisemblablement Jakob Ulfeldt, Rigskansler 1609-1630), légations en Suède, Danemark et MoscouSermon funèbre
1628-1630Voyages en Espagne et en ItalieSermon funèbre
1630-1631Hollande : souhaite rejoindre la VOC, en est dissuadé, sert ~1 an dans l’armée du Prince Frederik Hendrik d’OrangeSermon funèbre
1631Rejoint l’armée suédoise à Frankfurt-sur-l’Oder – son frère Johan Friedrich lui remet le drapeau et le nomme Enseigne (aspirant)Sermon funèbre
1631-1632Sert comme Enseigne ~1 an, « non sans gloire particulière »Sermon funèbre
~1632Promu Lieutenant par le Général DuwallSermon funèbre
9 août 1632Steinau-sur-l’Oder : avec 60 mousquetaires, assaut de la Steinische Schanze, 396 prisonniersChemnitz Vol. 1 + sermon funèbre
~1632Promu Capitaine après l’exploit de SteinauSermon funèbre
1634Commande le Sand devant Breslau, six semaines de siège, sans ravitaillementSermon funèbre
~1634Promu Lieutenant-Colonel par le Général Douwall (avant la mort de Douwall, 28 avril/9 mai 1634)Sermon funèbre
24 juin 1636Épouse Barbara von Eichstädten, fille du seigneur des domaines de Küssow en PoméranieSermon funèbre
10 mai 1637Blessé à la cuisse droite devant Saatzig, sous WrangelChemnitz + sermon funèbre
29 mai 1637Décède à Alt-Stettin, à 22h, 19 jours après sa blessure, à 28 ansSermon funèbre
9 juin 1637Inhumé en l’église Saint-Jacques de Alt-StettinSermon funèbre

Ce sermon et le CV qui l’accompagne vont faire l’objet de plusieurs articles dans lesquels je reviendrai sur certains passages afin d’en extraire les informations clés.

Note

¹ Jacob Bhom (Bohm), overste (colonel) d’un régiment d’infanterie au service du Roi de Suède, est attesté par la documentation du musée van Sypesteyn et par son épitaphe à l’église de Saatzig. Il mourut le 10 août 1643 à l’âge de 42 ans, des suites d’un duel. Son épouse Cornelia van Sypesteyn était la sœur de Gertrud van Sypesteyn, future épouse de Johan Friedrich Kulemans, faisant de Bohm et Johan Friedrich des beaux-frères, ce qui explique le lien militaire étroit entre les deux hommes et l’intégration de Gerhard dans ce régiment.

Sources : Sermon funèbre (Leichpredigt) par Christophorus Schultetus, Alt-Stettin, 1637 ; Sermon de mariage (Trawpredigt) par le même, Alt-Stettin, 1637 (HAB Wolfenbüttel, cote xb-7781) ; Documentation du musée van Sypesteyn (Pays-Bas) ; kuhlmansaga.com.

La véritable histoire de la prise de la Smala

5.1 Alger, les années fondatrices (1841-1849) – 20 avril 1843

Note préliminaire : Ce qui suit s’appuie sur un document inédit, une lettre autographe du capitaine Alfred Durrieu, datée du 20 avril 1843, adressée au colonel Comman, commandant supérieur à Miliana, et retrouvée dans une collection particulière. Elle jette une lumière nouvelle sur les vingt-six jours qui précédèrent la prise de la Smala et sur le rôle de ceux qui la rendirent possible.

la prise de la Smala d'Abd el Kader par Horace Vernet 1843
La prise de la Smala par Horace Vernet.
Un document oublié depuis 183 ans

Il existe des documents oubliés qui peuvent changer la lecture d’un événement. Pas en le contredisant mais en l’éclairant d’un jour nouveau. La lettre que vous allez lire est de ceux-là.

Elle est datée du 20 avril 1843. Elle est signéedu capitaine Durrieu et adressée au colonel Comman, commandant supérieur à Miliana, ville de garnison française à cent kilomètres au sud-ouest d’Alger. Ecrite le soir, dans un lieu appelé Saneg, dans les Hauts Plateaux de l’Ouest algérien. Et elle précède de vingt-six jours exactement la prise de la Smala d’Abd el-Kader, le 16 mai 1843, l’événement dont tout Alger parla pendant des semaines, et dont Josef Kuhlman suivit les échos depuis les quais du port.

En avril 1843, Durrieu est encore capitaine. Un grade qu’il porte depuis 1840 et qu’il portera encore deux ans. Officier de terrain, homme de confiance du duc d’Aumale, il écrit cette lettre à la hâte, éclairé par une unique bougie soufflée par le vent du désert. C’est l’un des rares témoignages directs de ce qui se jouait dans les semaines précédant la capture de la capitale itinérante d’Abd el-Kader. Au moment où il écrit ce courrier, il se trouve à 117 km du lieu où sera capturé la Smala d’Abd-el-Kader. Une cavalerie légère en campagne couvre 25 à 35 km par jour : la distance est donc franchissable en 4 à 5 jours de marche forcée. Les 26 jours d’intervalle ne sont donc pas du tout du temps perdu, ce sont précisément les semaines de consolidation, de distribution du butin des Tahman chez les Douairs, de rassemblement des caïds, de collecte du renseignement qui va localiser la Smala.

Le Prince et ses hommes
Le Duc d’Aumale, 1870 à Londres. Collection personnelle de l’auteur.

Dans la correspondance militaire de l’époque algérienne, ce mot désignait sans ambiguïté Henri d’Orléans, duc d’Aumale, fils cadet de Louis-Philippe. Il avait vingt et un ans au printemps 1843, commandait une colonne légère de cavalerie dans l’Ouest algérien, et s’était déjà fait une réputation d’audace froide que les vétérans de Bugeaud, peu enclins à l’admiration facile, reconnaissaient volontiers. À ses côtés opérait Yusuf, ce général de brigade aux origines fabuleuses dont Josef, dans les cafés du port, entendait déjà prononcer le nom comme on prononce celui d’un personnage de légende. Alexandre Dumas, de passage à Alger, avait dit de lui : « À lui seul, c’est le conte entier des Mille et Une Nuits. » Yusuf et Aumale formaient un tandem redoutable : l’un apportait la légitimité dynastique et l’autorité de commandement, l’autre la connaissance du terrain, de la langue, de la mentalité des tribus.

Durrieu, lui, était l’homme de liaison, l’officier qui transmettait les ordres du Prince, rédigeait les dépêches, coordonnait la logistique avec les postes de garnison. C’est en cette qualité qu’il écrit au colonel Comman ce soir du 20 avril.

La lettre du 20 avril 1843

Mon colonel,

Le Prince me charge de vous informer qu’il a fait aujourd’hui sur la tribu des Tahman une ghazia très heureuse qui à mon estime peut se monter à 600 chameaux et 10 000 moutons plus un butin immense – demain nous nous dirigeons avec notre prise sur l’Oued Sidi Ameur (chez les Douairs) – là sera faite la répartition de nos immenses richesses. Veuillez faire immédiatement diriger sur ce point pour le compte de l’intendant

La marque des bœufs — W.

La petite marque des moutons — w.

de plus faire confectionner immédiatement des nouvelles petites marques à moutons W. qui seront dirigées par vos soins après confection sur l’Oued Sidi Ameur.

Le Prince a également besoin (toujours au même point) de Amonda (caïd ouameri) ben Chobah (caïd vayara). Si Mansour (caïd Douars) bel Abbas bou Chenafa — le caïd des Hassins ben Aly — Seïd gardien des troupeaux du beylite (comme du nakheur) — Veuillez avoir la bonté de faire diriger tous ces agents arabes sur l’Oued Sidi Ameur (Douairs).

Je suis et nous sommes trop fatigués. Je vous prie d’excuser mon laconisme, du reste le vent violent qu’il fait éteint ma bougie et me force au repos, notre ghazia vous sera écrite je pense dans ses détails par le Prince. Je ne veux pas lui enlever ce plaisir.

Mille amitiés respectueuses et Recevez mes respects affectueux que je vous prie d’agréer.

Durrieu

Lettre autographe du Capitaine Durrieu, datée du 23 avril 1843. Collection personnelle de l’auteur.
Ce que la lettre révèle

La ghazia sur les Tahman est un coup de filet considérable : 600 chameaux, 10 000 moutons, un butin immense. Durrieu parle de « nos immenses richesses » . La formule est celle d’un soldat soulagé, presque étonné de sa propre chance, qui mesure en même temps ce que cette prise représente comme coup porté aux réseaux de ravitaillement d’Abd el-Kader. Bugeaud avait fait de cette méthode une doctrine : priver l’adversaire de ses ressources jusqu’à l’asphyxie. Ce soir du 20 avril, la doctrine fonctionnait. Mais ce qui rend ce document précieux, c’est ce qu’il révèle en creux sur les mécanismes qui allaient produire la prise de la Smala vingt-six jours plus tard. Et où l’on découvre qu’avant d’être capturée, la Smala d’Abd-el-Kader fut privée quelques semaines auparavant de ses ressources de ravitaillement.

Le mode opératoire est identique. Une colonne légère, rapide, conduite sans attendre les renforts. Une frappe surprise sur un objectif localisé grâce au renseignement. Une exploitation immédiate du succès avant que l’adversaire ne se ressaisisse. Ce que Durrieu décrit le 20 avril, c’est l’entraînement quotidien qui rendit l’exploit du 16 mai possible et presque logique.

Les Douairs sont au cœur du dispositif. La colonne se dirige après la ghazia vers l’Oued Sidi Ameur, chez les Douairs, ces tribus alliées des Français qui constituaient la principale source de renseignement humain dans l’Ouest algérien. C’est précisément via ce réseau de tribus auxiliaires que la localisation exacte de la Smala sera révélée à Aumale quelques semaines plus tard. La liste des caïds convoqués par Durrieu au même point de rassemblement : Amonda, Ben Chobah, Si Mansour, Bel Abbas, Ben Aly, Seïd et représente exactement ce réseau humain, activé et entretenu dans les semaines décisives.

L’usage du terme « ghazia » mérite une attention particulière. Durrieu n’écrit pas « razzia » – le mot français courant – mais le terme arabe lui-même, avec sa graphie orientale. Ce n’est pas un détail anodin : il trahit l’acculturation profonde de ces officiers de l’armée d’Afrique, qui avaient appris à penser la guerre dans les catégories de leurs adversaires. C’est dans cet espace mental partagé que Yusuf excella toute sa carrière et c’est probablement ce qui rapprocha durablement les deux hommes.

Le ton de la fin de lettre est aussi révélateur que son contenu. Durrieu s’excuse de sa brièveté : « excusez mon laconisme » , sa bougie, l’unique qui lui restait, soufflée par le vent. Mais il y a dans cette note finale quelque chose d’autre : une affection à peine dissimulée, presque tendre. « Notre ghazia vous sera écrite dans ses détails par le Prince, je ne veux pas lui enlever ce plaisir. » Durrieu lui laisse la plume.

Ce qu’Alger en sut

Josef était à Alger, à son bureau du consulat de la rue de la Licorne, ou peut-être sur les quais, à recenser les arrivées du soir. Il ne connaissait pas encore Durrieu. Il ne savait pas que quelque part dans les Hauts Plateaux, à trois jours de chevauchée vers le sud-ouest, un capitaine épuisé rédigeait à sa dernière bougie une dépêche qui préfigurait le coup d’éclat dont toute la ville allait parler.

La nouvelle de la Smala parvint à Alger le 19 mai au matin. Elle avait voyagé par courrier express depuis Taguin depuis trois jours. Et le port, d’un seul coup, changea de visage. Les conversations sur les quais, dans les cafés de la Marine, dans les bureaux des négociants, ne portèrent plus que sur une seule chose : le duc d’Aumale, 21 ans, 600 cavaliers, des dizaines de milliers d’âmes capturées. Le trésor d’Abd el-Kader. Ses archives. Sa famille.

Crusenstolpe, ce soir-là, avait obtenu quelques détails supplémentaires d’un officier de passage. Il posa son verre sur le comptoir du café Valentin et dit simplement, dans le suédois qu’il réservait aux moments importants : « C’est terminé. Pas Abd el-Kader, lui, n’était pas présent. Mais c’est terminé pour la guerre telle qu’elle était. »

Ce que l’histoire retint, et ce qu’elle oublia

L’histoire officielle retint le duc d’Aumale, le geste héroïque, la charge de cavalerie, le tableau monumental de Horace Vernet, 21 mètres de toile commandée par Louis-Philippe pour le musée de Versailles, où la bataille devient épopée dynastique. Elle retint Yusuf, figure de légende, les Mille et Une Nuits en personne.

Le Général Durrieu, vers 1870. Collection personnelle de l’auteur.

Elle sembla un temps négliger Durrieu, capitaine épuisé, bougie soufflée, convoquant des caïds dans le désert pendant que le Prince s’apprêtait à signer sa gloire. Mais Durrieu était de ceux que l’Algérie ne lâcha pas. Progressivement, avec la méthodique patience des hommes qui savent où ils vont, il gravit les échelons : chef d’escadron aux spahis dès 1845, l’arme même que Yusuf avait créée et façonnée, puis lieutenant-colonel en 1849, colonel en 1851, et enfin général de brigade en 1854, onze ans après la lettre écrite à la bougie.

Ce rapprochement avec les spahis ne fut pas une coïncidence administrative. Il est probable que c’est précisément dans les semaines de cette campagne du printemps 1843, dans les chevauchées communes, les nuits de bivouac et les ghazias partagées, que Durrieu et Yusuf nouèrent ce qui deviendrait une amitié durable. Durrieu apprit de Yusuf ce que nul manuel de cavalerie n’enseignait : la lecture du terrain, la psychologie des tribus, la guerre à l’arabe. Et Yusuf reconnut en Durrieu l’étoffe d’un homme de l’Algérie, pas seulement un officier de passage.

La suite leur donna raison à tous deux. Général de division en 1859, Durrieu devint ensuite pendant neuf ans sous-gouverneur de l’Algérie, l’homme qui faisait tourner la machine pendant que les gouverneurs se succédaient. Et enfin, en juillet 1870, dans les heures chaotiques qui suivirent la déclaration de guerre à la Prusse, gouverneur général de l’Algérie, le titre le plus élevé de la colonie. L’homme qui écrivait à sa dernière bougie dans le vent du désert était devenu, vingt-sept ans plus tard, le maître de ce même territoire.

Yusuf, lui, ne vit pas cette consécration. Il était mort en mars 1866 à Cannes, grand-croix de la Légion d’honneur, dans un litn ce qui, pour un homme de sa trempe, avait quelque chose d’un peu ironique. Durrieu avait alors 54 ans et était sous-gouverneur depuis cinq ans. Il est raisonnable de penser qu’il était au nombre de ceux qui le pleurèrent sincèrement.

Quant aux Douairs, aux caïds, aux informateurs anonymes sans lesquels aucune colonne légère n’aurait jamais su où chercher la Smal, eux, l’histoire ne les retint pas. C’est le destin ordinaire de ceux qui rendent les victoires possibles.

La suite dans le prochain article : Josef obtient son brevet de Courtier Maritime (décembre 1844).

Jannewitz : Portrait d’un domaine pomeranien

Par Etienne Laude — Juillet 2026

Cet article fait suite à « À la recherche de Jamawitz« .

Reconstitution artistique de Jannewitz (Jamawitz) à la fin du XVIe siècle
Reconstitution artistique de Jannewitz (Jamawitz) à la fin du XVIe siècle, au temps où Johan Kuhlman et Hedvig von Focken en étaient les seigneurs. Au premier plan, le village s’organise autour de son étang central, avec ses fermes paysannes aux toits de chaume disposées le long des chemins rayonnants. À l’est, le manoir seigneurial, une maison rectangulaire en brique, sobre et fonctionnelle, entourée d’une palissade. À l’arrière-plan, le grand lac irrégulier du Lantower See (Jezioro Łętowskie) étend ses rives sinueuses bordées de roseaux et de forêts de pins et de bouleaux, tandis qu’à l’horizon sud-ouest se devine l’étendue sombre du Wusterwitzer Moor (aujourd’hui Janiewickie Bagno).
Reconstitution artistique d’après les sources historiques. Image générée par IA

Dans le premier article de cette série, nous avons retracé le chemin qui mène du mystérieux « Jamawitz » des sources suédoises au village de Jannewitz, aujourd’hui Janiewice, dans l’actuel Powiat Sławieński en Pologne. Nous savons désormais que Johan Kuhlman père en était le seigneur – le Herre – avant que la guerre de Trente Ans ne bouleverse tout. Mais à quoi ressemblait ce domaine ? Quelle était sa place dans le paysage poméranien ? C’est ce que ce second article propose d’explorer.

Carte générale du Duché de Poméranie (1794)
Un village au bout des marais

Jannewitz est situé à environ 12 kilomètres au sud de Schlawe (aujourd’hui Sławno), dans une zone de transition entre les terres agricoles de Hinterpommern et un monde plus sauvage : au sud-ouest du village s’étend le Wusterwitzer Moor, aujourd’hui réserve naturelle sous le nom de Janiewickie Bagno, une vaste étendue de tourbières et de zones humides qui a toujours constitué la frontière naturelle du domaine. Au nord, le lac Lantower See (Jezioro Łętowskie) complète cet environnement lacustre et marécageux caractéristique de la Poméranie profonde.

C’est dans ce cadre que s’est développé, depuis le Moyen Âge, le village de Jannewitz, un village à plan en étoile (wielodrożnicowy), organisé autour d’une place centrale, avec des chemins rayonnant dans plusieurs directions. La partie orientale du bourg était réservée aux bâtiments seigneuriaux : le manoir, les dépendances agricoles, et un parc planté en deux étapes au cours du XIXe siècle.

Des origines wendes et un nom qui parle

Le nom Janewic est d’origine slave (wende), et signifie littéralement « fils de Johannes », Jan étant la forme slave et bas-allemande du prénom Johannes. Le village porte donc le nom d’un fondateur ou d’un seigneur primitif dont l’identité exacte s’est perdue, mais dont le prénom, Jan, Johann, résonne comme un écho à travers les siècles jusqu’au Johan Kuhlman qui en sera le seigneur au XVIe siècle.

Les von Zitzewitz : premiers seigneurs documentés

Le premier propriétaire connu de Jannewitz est Martin von Zitzewitz, dont la possession est documentée entre 1442 et 1460. Les von Zitzewitz sont l’une des grandes familles de la noblesse terrienne poméranienne, dont les ramifications s’étendent sur l’ensemble du Kreis Schlawe et du Kreis Stolp. Jannewitz est pour eux un fief parmi d’autres. Au milieu du XVIe siècle, le domaine appartient à Jacob von Zitzwitz. Un document de l’époque en dresse le tableau précis :

25 exploitations paysannes, chacune d’environ 1 à 1,5 manse (soit 15 à 25 hectares), un petit tenancier, et un sacristain.

C’est un domaine modeste mais bien structuré, typique du Rittergut (domaine seigneurial noble) pomeranien de cette époque.

Les Kuhlman, seigneurs de Jannewitz

À une période encore difficile à préciser, probablement dans la seconde moitié du XVIe siècle, le domaine de Jannewitz passe des mains des von Zitzewitz à celles des Kuhlman. Johan Kuhlman y est attesté comme « Herre till Jamawitz » dans les sources généalogiques suédoises. C’est lui qui constitue le premier maillon documenté de la lignée à avoir possédé ce domaine. À cette époque, Jannewitz est un Rittergut, un domaine noble avec droit de justice et de chasse, ce qui place les Kuhlman dans la catégorie de la petite noblesse terrienne poméranienne (Landadel), ancrée dans ses terres, loin des grandes cours princières.

Vers la fin du XVIe siècle, Johan Kuhlman épouse Hedvig von Focken, dont la famille paternelle est d’origine patricienne lubeckoise, un mariage qui trahit des ambitions sociales et des réseaux qui dépassent largement le cadre provincial du Kreis Schlawe.

La guerre de Trente Ans : la fin d’une époque

En 1618, la guerre éclate. La Poméranie, carrefour stratégique entre l’Empire et les puissances nordiques, devient rapidement un théâtre de guerre. Les armées impériales, suédoises, danoises, et les bandes de mercenaires sillonnent la région pendant trois décennies. Jannewitz souffre gravement. Le village est pillé et en partie détruit. Les paysans fuient ou meurent. Les terres retournent à la friche.

Les Kuhlman, eux, sont déjà ailleurs, partis vers l’Ingrie, Lübeck, Gadebusch, et finalement la Suède. Jannewitz est abandonné. Son histoire se poursuivra sans eux.

Après les Kuhlman : les Podewils et les Hohenzollern

À la fin du XVIIe siècle, le domaine de Jannewitz est reconstitué après les destructions de la guerre. Adam von Podewils en devient le nouveau maître. Il y fonde en 1667 le hameau de Chomiec (Klarenwerder), nommé en l’honneur de sa femme Klara.

Au début du XIXe siècle, le fief passe à la famille von Blumenthal. Puis, en 1874, un propriétaire inattendu fait son apparition : le prince Hohenzollern-Sigmaringen, qui acquiert Jannewitz et les villages voisins, Lantow, Suckow et Gwiazdowo. Le domaine entre alors dans une phase d’expansion : en 1892, il couvre 2 073 hectares, avec élevage de moutons et de bovins, un moulin à eau, une briqueterie.

Gravure du manoir de Gross-Jannewitz (Sammlung Duncker, ~1860)
Le manoir, le parc, et la fin

Le manoir (dwór) en briques, construit dans la première moitié du XIXe siècle, est entouré d’un parc en deux parties : une section occidentale plus ancienne (milieu du XIXe siècle) et une section orientale plus récente (fin XIXe – début XXe siècle), les deux séparées par un chemin. En décembre 1931, le domaine, déficitaire, est vendu à la Société berlinoise de colonisation. Les ouvriers agricoles reçoivent chacun 7,5 hectares. Un commerçant, Paul Tresmer, reprend le manoir.

Le 5 mars 1945, l’Armée Rouge entre dans le village. La population allemande est expulsée. Le manoir abrite successivement une école agricole, une école primaire, puis une coopérative agricole. Il est aujourd’hui propriété privée.

Ce qui reste

De Jannewitz, il reste aujourd’hui un village polonais de 469 habitants, une allée de tilleuls dite Allée Bismarck, des plantations de marronniers le long des routes, une chapelle érigée après 1945 au croisement des chemins et, au sud-ouest, la tourbière silencieuse du Janiewickie Bagno, ancienne frontière naturelle du domaine des Kuhlman.

le Jezioro Łętowskie (l’ancien Lantower See), de nos jours.

La saga continue.

Notes :

¹ Jan Sroka, Słownik historyczny wsi powiatu sławieńskiego, Sławno, 2014. Disponible sur bibliotekacyfrowa.eu.

² Gravure de Gross-Jannewitz issue de la Sammlung Duncker (Alexander Duncker, Die ländlichen Wohnsitze, Schlösser und Residenzen der ritterschaftlichen Grundbesitzer in der preußischen Monarchie, Berlin, 1857–1883).

³ Meyers Konversations-Lexikon, entrée Jannewitz : meyersgaz.org.

Correspondance Lidén-Kuhlman : Le récit d’une amitié (1773-1787)

Bienvenue dans ce voyage à travers une époque. Entre 1773 et 1787, Johan Henrik Lidén a entretenu avec son ami intime, Johan Kuhlman, une correspondance riche de 120 lettres. Comme nous l’avons évoqué dans la présentation de l’ouvrage Förtroendes brev från Johan Henrik Lidén (1768-1787), ces écrits constituent le cœur battant de ce projet éditorial. Les lettres originales sont conservées aux Archives de la bibliothèque de Linköping.

Portrait de Lidén (1741-1793) par le peintre Magnus Hallman.

Plus qu’une simple collection de documents historiques, ces lettres sont le témoignage vivant d’une amitié rare qui a défié le temps. En publiant cette série, nous souhaitons vous offrir une immersion complète dans l’intimité de ces deux hommes. Chaque article sera l’occasion de transcrire, traduire et analyser une pièce de ce puzzle épistolaire, nous permettant de découvrir le quotidien, les joies, les peines et les réflexions intellectuelles de la Suède du XVIIIe siècle.

Qui était Johan Henrik Lidén (1741-1793) ?

Pour mieux comprendre la profondeur de ces échanges, il est essentiel de se pencher sur la figure centrale de cette correspondance : Johan Henrik Lidén.

Johan Kuhlman (1738-1806) par le peintre Pehr Horberg.

Historien, professeur et bibliophile érudit, Lidén est une figure marquante de la vie intellectuelle suédoise de son temps. Après avoir étudié à l’Université de Lund, il a consacré une grande partie de sa vie à l’étude de l’histoire littéraire et à la constitution d’une bibliothèque privée considérable. Voyageur infatigable, il a parcouru l’Europe, rencontrant des intellectuels et collectant des ouvrages précieux, ce qui lui a conféré une culture et un réseau exceptionnels.

Cependant, derrière le savant public se cachait un homme sensible, souvent tourmenté par une santé fragile, notamment sa goutte chronique, et par les aléas de la vie. C’est précisément dans ses lettres à Johan Kuhlman, son confident le plus fidèle, que Lidén tombe le masque. Il y dévoile une vulnérabilité touchante et une humanité profonde qui contrastent avec son image d’érudit rigoureux. Ces lettres ne sont pas seulement le journal d’un homme de savoir, mais le miroir d’une âme en quête de chaleur humaine et de soutien dans un siècle en pleine mutation.

Accéder à l’intégralité de la correspondance

Nous publions progressivement la transcription et la traduction annotée de l’ensemble des 120 lettres de Lidén à Kuhlman.

Consulter toutes les lettres publiées

Ce projet s’inscrit dans la continuité de nos recherches sur le fonds Lidén. Pour en savoir plus sur l’origine de cette collection, vous pouvez consulter notre présentation détaillée : Förtroendes brev från Johan Henrik Lidén (1768-1787).