Une âme joyeuse dans un corps tourmenté

Lettre n°9 – Correspondances Lidén-Kuhlman (11 juillet 1773)

« Correspondance Lidén-Kuhlman »

Linköping, le 11 juillet 1773.

Mon cher ami,

Merci pour ta lettre et tes salutations. Bienvenue à la maison. Je regrette de tout cœur que la santé de mes amis ne s’améliore pas non plus.

Je dépéris chaque jour. Rien de tout ce qui m’est ordonné ne fait effet. J’ai pris des bains, sans aucun résultat. Les pilules n’ont rien fait. La nouvelle eau de goudron¹ non plus. Mes forces diminuent de façon atroce. À présent, je ne peux plus marcher, même en étant guidé, je dois presque être porté. Mais oublions ces misères si possible. Elles finiront bien par prendre fin. Je vois bien maintenant qu’il est moins possible qu’auparavant de me rendre à Aix-la-Chapelle², compte tenu de mes faibles forces ; mais si je pouvais obtenir l’excellente compagnie qui est envisagée, je prendrais cela en considération et je me lancerais. Fais-moi savoir ce qu’il en est.

Cela me brise le cœur que ma petite et bonne hôtesse³ ne ressente aucun soulagement. Que Dieu nous permette d’être patients ! Mais cela coûte cher à la chair et au sang. Pour le mouvement et le changement d’air, amenez donc Madame ici pour quelques jours, même si je ne peux offrir aucun divertissement.

Maintenant, j’ai en vue un valet⁴ très honnête ; je peux donc me passer de la voiture du Dr Forskåhl⁵. La chaise⁶ est arrivée. Je demande que le Biraun et la table puissent rester jusqu’à l’hiver. Je peux bien me passer de la SiöChort⁷, si un marchand se présente.

Chaise de poste, vers 1760. Compiègne, Musée national de la Voiture et du Tourisme.
Phot. Libourel, Jean-Louis.

Salue le conseiller Ekerman⁸. Dis-lui à quel point je me porte mal, et que je n’ai pas la force de lui écrire ; car ma main est presque immobile.

Je demande que ma plus tendre salutation soit transmise à Madame. Que Dieu nous aide, elle et nous tous. Maintenant, ma main se fatigue et je ne peux plus en faire davantage.

Vit et meurt, Le plus fidèle ami de mon cher ami, L.

[Reçu le 13 juillet]

Notes explicatives (Français)

¹ Eau de goudron (Tjärwatnet) — Une cure médicinale consistant à boire de l’eau mélangée à du goudron de bois. Très en vogue au XVIIIe siècle contre la goutte et la faiblesse générale, elle s’avère ici totalement inefficace pour Lidén.

Un vieux flacon d’eau de goudron.

² Aix-la-Chapelle (Aachen) — Ville thermale célèbre en Allemagne. Lidén avait espéré s’y rendre pour soigner sa goutte, mais son état est désormais si dégradé qu’il doute pouvoir supporter le voyage.

³ Ma petite et bonne hôtesse (min lilla goda wärdinna) — Brita Katarina Classon. La sollicitude de Lidén à son égard est évidente ; elle souffrait d’une maladie qu’aucun traitement ne parvenait à soulager, ce qui causait une grande peine à Lidén.

⁴ Valet (beskedelig dräng) — Un valet ou domestique de ferme, décrit ici comme « honnête » ou « fiable ».

⁵ Dr Forskåhl — Probablement une voiture ou un équipement appartenant à un certain Dr Forskåhl. Lidén indique qu’il n’en a plus besoin (« umbära ») puisqu’il a trouvé une autre solution.

⁶ Chaise (Chaisen) — Un type de voiture légère, souvent une carriole à deux roues, très courante au XVIIIe siècle pour les déplacements individuels.

⁷ Biraun / SiöChort — Termes commerciaux désignant des marchandises ou équipements. SiöChort pourrait désigner une veste de mer ou un équipement de voyage maritime. Lidén propose de les vendre à un marchand pour récupérer du capital.

⁸ Conseiller Ekerman (Rådman Ekerman) — Un rådman était un membre du conseil municipal, une fonction importante et honorifique dans l’administration des villes suédoises de l’époque.

« Je vis et je meurs »

Lettre n°8 – Correspondances Lidén-Kuhlman (21 juin 1773)

« Correspondance Lidén-Kuhlman »

Linköping, le 21 juin 1773. 19h. Lundi soir.

Mon très cher ami,

Bien qu’assez secoué et assez fatigué du voyage, je dois néanmoins écrire quelques mots pour raconter que je suis bien arrivé à Linköping, vivant et avec ma vieille goutte, et que j’ai été accueilli par ma tendre mère avec des larmes et mille bénédictions. Maintenant, je suis assis ici sur une chaise, comme avant à Norrköping, mais mes amis me manquent.

Vue de Linköping prise à la barrière ou l’on passe en venant de Norrköping. 1792. par J. F. Martin.

Le voyage a été incroyablement rapide. Des chevaux étaient prêts partout, si bien que j’étais ici à 3h30. En rentrant, j’ai trouvé l’étui à bouteilles rempli. Encore une nouvelle courtoisie. Grand merci. Ah, si seulement je pouvais en profiter un peu.

Quand je suis parti aujourd’hui, mon cœur était si oppressé que je n’ai pas pu sortir un mot pour dire adieu ; mais ne doutez pas de ma gratitude. Que Dieu vous bénisse, mes amis, pour toute votre tendresse et la peine que vous vous êtes donnée avec moi tout ce temps. Que Dieu vous récompense. Faites-moi plaisir de temps en temps avec des lettres, même si je devais devenir si faible que je ne puisse pas toujours répondre promptement.

Mes salutations les plus tendres à la bonne dame ne sont pas oubliées. Saluez aussi Mamsell Örnberg avec reconnaissance pour toutes ses peines. De même M. Bergström. Je vis et je meurs,

Cher M. Kuhlman, Votre plus fidèle Lidén.

Saluez infiniment Frère Rudberg. [Reçu le 22.6.]

carte des relais de poste de l'Ostergotland
Carte des routes postales dans l’Östergötland au milieu du XVIIIe siècle. La carte ne montre que l’Östergötland ; les comtés adjacents sont simplement nommés sur les côtés. Une liste des relais de poste, accompagnée de diverses autres annotations postales, figure dans le coin inférieur droit. La carte est dessinée et colorée à la main.
Notes historiques
  • Distance et trajet : La distance entre Norrköping et Linköping est d’environ 45 kilomètres. À l’époque, le réseau postal suédois était bien organisé. Lidén précise que « les chevaux étaient prêts partout », ce qui indique qu’il a pu utiliser le système de relais de poste (skjuts) de manière fluide. Pour une telle distance, on peut estimer qu’il a dû effectuer 3 changements de chevaux à différents relais de poste (distants généralement d’environ 10 à 15 km chacun).
  • Mamsell Örnberg : Dans le texte, il est fait mention de « Mams. Örnberg ». Il s’agissait de la gouvernante de la famille Kuhlman, une figure de confiance au sein de la maison, ce qui explique pourquoi Lidén lui adresse ses salutations et la remercie pour ses « peines » (c’est-à-dire le travail domestique et la gestion du quotidien).
  • « Je vis et je meurs » (Lefwer och dör) : Cette formule, placée juste avant la signature, est une emphase typique du style épistolaire du XVIIIe siècle. Elle ne doit pas être prise littéralement, mais comme une marque de dévouement absolu : elle signifie que l’auteur reste fidèle et attaché à son ami en toutes circonstances, du vivant comme dans la mort. C’est une façon très solennelle de conclure une amitié indéfectible.

Un vrai bonheur du cœur

Lettre n°7 – Correspondances Lidén-Kuhlman (21 juin 1773)

« Correspondance Lidén-Kuhlman »

Linköping, 23 février 1773.

Mon cher ami,

Des invités m’ont empêché d’écrire par le courrier d’hier et de te remercier pour ta dernière lettre et ta bonne invitation. J’utilise maintenant l’occasion avec M. — je ne me souviens plus du nom du barbier¹ de Norrköping, qui promet de remettre ceci ce soir. Pro Primo, voici mon DÉBIT, avec mille remerciements pour le CRÉDIT².

À savoir : 1 billet de banque de 800 1 id. de 500 petits billets 16 (Total 1316) M. Ælf³ a remis 144 M. Graver envoie par le prochain courrier 240 Total : 1700 dalers monnaie de cuivre.

Fais-moi savoir en quelques mots qu’ils sont bien arrivés. Je n’ai aucune paix tant que je suis endetté. Je dormirai beaucoup mieux la nuit, une fois débarrassé de cet argent. Cela fait plusieurs semaines qu’il est prêt, dans l’idée que je devais le payer à Frère Ælf³. Maintenant, je suis un homme libéré de ses dettes. Tout le monde ne peut pas en dire autant.

Bravo que Mme Westerberg paie pour Griwahn. Elle recevra le transfert légal de mon hypothèque et de mon titre de propriété.

J’envoie aujourd’hui un exprès chercher les documents que mon commissionnaire a en sa possession. J’espère les obtenir avant de partir pour Norrköping. À présent, j’ai enfin pris courage. Si Dieu le veut et si le temps est praticable, je compte m’emmitoufler et partir lundi. Nous verrons comment cela se passera ; car je suis dans un état physique misérable. Mais comme il est miséricordieux, le bon Dieu, qui accorde malgré tout une âme joyeuse dans un corps si tourmenté ! Je ne peux pas marcher, à cause de la douleur dans mes genoux et mes pieds, et dois être guidé par le garçon quand je dois boiter dans la pièce. Cela m’inquiète en vérité de devenir un fardeau pour mes bons et généreux amis à Norrköping. Avoir une telle épave que moi dans sa maison ne peut pas être réjouissant. Juge par là de mon affection réciproque et de ma gratitude.

J’avais l’intention d’écrire au Frère Rudberg aujourd’hui, mais je n’en ai pas le temps. Salue-le cordialement de ma part. Prie-le maintenant de réfléchir à tout ce que l’art médical possède de plus puissant pour que je redevienne un homme alerte, comme avant.

Quand je viendrai, nous parlerons plus longuement de l’héritage anglais⁴. J’ai écrit ce que je devais écrire. M. Kuhlman ne serait guère plus heureux que moi si cela réussissait.

Ma respectueuse considération à la bonne Madame⁵. Dis-lui de faire preuve de patience avec moi quand je viendrai, et de ne pas se lasser trop vite de son invité.

Dans la tombe seulement cessera l’amitié sincère et l’affection avec lesquelles je vis et meurs,

Un fidèle ami, Lidén.

N’écris-je pas de façon magnifique⁶ ?

[Reçu le 23 février]

Notes explicatives

¹ Le barbier (Badaren) — Le terme Badaren désigne littéralement « celui qui donne les bains », mais au XVIIIe siècle, ce métier englobait aussi celui de barbier-chirurgien, chargé des petites interventions. Ils étaient les intermédiaires courants pour les petits messages.

² Le « Crédit » (Crediten) et le « Débit » (Debet) — Lidén et Kuhlman entretenaient une relation financière étroite. Kuhlman agissait comme le « banquier personnel » de Lidén. Lidén remercie Kuhlman pour sa facilité de caisse, et il dresse ici son « Débit » pour solder ses comptes, ce qui lui apporte une grande tranquillité d’esprit, car il détestait être endetté.

Portrait de Samuel Älf (1727-1799).

³ Samuel Älf (1727-1799) — Figure éminente de Linköping. Prêtre et intellectuel, professeur agrégé de latin (1753), il devient docteur en théologie (1772) puis doyen de la cathédrale de Linköping (1781). Son implication dans les transactions financières de Lidén souligne le rôle d’intermédiaire qu’il jouait au sein du réseau d’élites locales.

⁴ L’héritage anglais (Engelska arfwet) — Une mention mystérieuse. Il s’agit probablement d’une procédure concernant des biens ou des fonds détenus en Angleterre. Le fait que Lidén dise « J’ai écrit ce que je devais écrire » montre qu’il a agi en tant que juriste ou conseiller pour Kuhlman.

⁵ La bonne Madame (den goda Frun) — Il s’agit de Brita Katarina Classon, épouse de Kuhlman. Lidén, conscient de son état pitoyable, demande à son ami de préparer sa femme à sa venue. Il craint d’être un « fardeau » pour la jeune mariée.

⁶ « N’écris-je pas de façon magnifique ? » (Skrifwer jag icke ståteligen?) — Une pointe d’humour sarcastique. Sa main est si déformée par la goutte qu’il arrive à peine à former les lettres. Il plaisante sur le fait que son écriture est « magnifique » (ståteligen), alors qu’elle est probablement quasi illisible.

Un vrai bonheur du cœur

Lettre n°6 – Correspondances Lidén-Kuhlman (18 février 1773)

« Correspondance Lidén-Kuhlman »

Linköping, le 18 février 1773.

Mon cher ami,

Quelques lignes en réponse à ta chère lettre, pour profiter du courrier qui repart. Voici la lettre de Mathesius¹. Lis-la toi-même et renvoie-la-moi ensuite. Si je peux servir à autre chose dans ce domaine, donne tes ordres. C’est un vrai bonheur du cœur que de pouvoir servir celui qu’on aime.

Le format du papier était trop petit. J’en verrai d’autres échantillons quand je viendrai.

Garde les 144 dalers en déduction de ma dette, cela évitera de les envoyer. Je t’en prie, reçois aussi les 240 dalers en monnaie de cuivre que le maître de forge Graver envoie à M. Kuhlman, et porte-les également à mon débit. N’oublie pas de l’annoter sur l’obligation elle-même. Les paysans de la solde de mon frère² ont fait leur affaire de façon magnifique ! Cela lui fera une nouvelle surprenante à entendre, et cela nécessitera une nouvelle publication pour un jour de la semaine prochaine.

Merci, merci du fond du cœur, pour ces si bonnes invitations. Finalement, je viendrai. Mais si Frère Rudberg me voyait maintenant, misérablement boiter, il ne s’étonnerait pas du report. Aujourd’hui, je vais un peu mieux et je languis moi-même de pouvoir bientôt écrire quel jour je pourrai me mettre en route.

Ne pourrai-je pas voir mes amis ici à l’improviste ?

Avec la plus tendre affection, vit et meurt

Le plus humble et fidèle ami de mon cher ami, Lidén.

Salue cordialement Frère Rudberg. Je m’attends à une semonce quand j’arriverai.

[Reçu le 19 février]

Notes explicatives

¹ Mathesius — Il s’agit probablement d’un contemporain érudit, peut-être le pasteur et homme politique suédois Pehr Niclas Mathesius (1711-1772), une figure influente de l’époque, ou un membre de sa famille. Le fait que Lidén demande à Kuhlman de lire la lettre et de la renvoyer confirme leur rôle d’intermédiaires intellectuels et de « plate-forme » d’échange pour les réseaux savants.

² Les paysans de la solde (Löningsbönder) — Terme désignant les paysans qui, sur leurs terres, devaient payer la dîme ou l’impôt correspondant au traitement d’un fonctionnaire royal (ici, le frère de Lidén). Lidén souligne que ces paysans ont réglé leur dû « de façon magnifique » (ståteligen), c’est-à-dire qu’ils ont payé sans retard ni difficulté, ce qui est une excellente nouvelle financière pour lui et son frère.

³ Semonce (bannor) — Le terme bannor désigne des réprimandes ou une réprimande sévère. Lidén sait pertinemment qu’il a repoussé sa visite à maintes reprises (pour cause de goutte et de froid) et il s’attend à ce que Rudberg — qui l’attend avec impatience — lui « tire les oreilles » dès son arrivée. C’est une marque de familiarité et de chaleur humaine : on ne craint les semonces que de ceux qui nous sont très chers.

⁴ « À l’improviste » (på ett ryck) — L’expression på ett ryck signifie littéralement « en un coup » ou « d’un seul trait ». Lidén exprime ici son désir, sans doute un peu utopique vu son état de santé, de voir ses amis surgir chez lui soudainement à Linköping.

Note sur le projet d’impression — Lidén mentionne à nouveau le « format du papier » et attend de nouveaux échantillons. Cela confirme qu’il est en train de préparer une publication savante importante. Le fait qu’il commande de telles quantités (9 à 10 rames dans la lettre précédente) montre qu’il s’agit d’un travail de longue haleine, sans doute une œuvre bibliographique, activité pour laquelle Lidén était reconnu.

Note linguistique — La lettre est datée du 18 février et reçue le 19 février. Encore une fois, la vélocité de la poste suédoise entre Linköping et Norrköping (45 km) est frappante : le courrier passe en 24 heures, mais Lidén, lui, est cloué sur place par la maladie. Cette lettre est l’une des plus chaleureuses de la série, avec ses formules sur le « bonheur du cœur » et la « tendre affection ».

Bienvenue à Braad !

Lettre n°5 – Correspondances Lidén-Kuhlman (15 février 1773)

« Correspondance Lidén-Kuhlman »

Linköping, le 15 février 1773.

Mon cher ami,

Bienvenue à la maison après Örebro ! J’espère que le voyage s’est bien passé. C’est tout de même agréable de pouvoir bouger et d’éviter, comme moi, de rester assis à l’intérieur, lié pieds et poings.

Concernant les dispositions pour les céréales, mon frère t’écrira sans doute lui-même par le prochain courrier. Il arrivera mercredi. Envoie ma reconnaissance de dette en remboursement partiel. Elle devra être remboursée en espèces immédiatement sur présentation. S’il manque de la quantité ou s’il reste quelque chose dû par les paysans, cela sera consigné ; et sera alors légalement réclamé.

La moitié de la taxe de Långnäs¹ est réservée immédiatement à la Couronne, l’autre moitié est allouée en traitement au nämndeman (juré) du district.

Félicitations pour ton nouveau beau-frère ! Et pour le fait d’être enfin débarrassé de cette tutelle² si pénible, fastidieuse et responsable.

Si M. Ælf de Qwillinge devait remettre quelque argent à M. Kuhlman pour mon compte, sois assez bon pour le recevoir. Cela devrait s’élever à 14 dalers 4 öre en monnaie de cuivre³, si cela arrive. Lundi prochain est le dernier jour pour Grewahn. S’il a pu trouver l’argent et veut le payer, j’envoie ci-joint une procuration pour M. Kuhlman afin qu’il le reçoive. Sinon, je récupère la procuration ; et la propriété partira aux enchères.

Ne te lasse pas de mes nombreuses requêtes. Sois aussi bienveillant envers la veuve de mon défunt oncle Petter Lidén⁴ ; voici ci-joint une instruction pour une petite aide dont elle a besoin. M. Arhenius sait où elle habite. Le fermier peut lui apporter le grain.

N’oublie pas mes salutations cordiales à la bonne Madame ; dis-lui que je languis vivement d’aller à Norrköping, tant pour la compagnie si agréable que pour les soins tendres de Frère Rudberg, mais Dieu sait quand cela deviendra possible.

En attendant, je demeure avec mon habituel attachement,

Le plus humble et fidèle ami de mon cher ami, Lidén.

[Reçu le 17 février]

Notes explicatives

¹ Långnäs — Domaine situé sur l’île d’Åland, en mer Baltique, entre la Suède et la Finlande. En 1773, Åland faisait partie du royaume de Suède. La graphie Longnæs utilisée par Lidén reflète l’orthographe archaïsante du XVIIIe siècle où le å moderne était souvent rendu par o + æ.

² Tutelle (förmynderskapet) — Lidén félicite Kuhlman pour son « nouveau beau-frère » en février 1773, alors que le mariage de sa sœur Sara Margaretha avec Christofer Henric Braad a eu lieu le 12 juin 1772. Ces félicitations tardives ne portent pas sur le mariage en lui-même, mais sur la clôture officielle des comptes de tutelle. En tant que frère aîné, Kuhlman était le tuteur légal de ses jeunes sœurs. Ce rôle impliquait une responsabilité financière et juridique pesante (gestion de la dot, des comptes, des biens). Lidén se réjouit que Kuhlman soit enfin débarrassé de cette charge administrative lourde, le transfert légal de responsabilité vers le mari (Braad) étant désormais finalisé.

³ Monnaie de cuivre (kpmt / kopparmynt) — L’abréviation kpmt signifie kopparmynt, la monnaie courante suédoise de l’époque, par opposition au daler silvermynt (monnaie d’argent). Le système monétaire du XVIIIe siècle était complexe, avec ces deux étalons coexistant avec des valeurs très différentes.

⁴ Petter Lidén — Oncle de l’auteur, décédé. Lidén, fidèle à son rôle d’homme de réseau et protecteur, organise ici une aide matérielle pour sa veuve, faisant appel à son réseau local pour le transport du grain, ce qui montre que malgré son immobilité forcée, il continue de gérer ses affaires de famille et de bienfaisance.

Note sur l’état de santé de Lidén — Cette lettre souligne de manière dramatique l’aggravation de son état : « liés pieds et poings » (bunden till hænder och fötter), « pieds et genoux dans un état pitoyable » (Fötter och knæ æro så usla). La goutte l’a totalement immobilisé. Il gère ses affaires commerciales — cruciales pour sa survie financière — entièrement par correspondance, avec une angoisse palpable quant à l’échéance de Grevan et la menace de vente aux enchères de ses propriétés.