« Je vis et je meurs »

Lettre n°8 – Correspondances Lidén-Kuhlman (21 juin 1773)

« Correspondance Lidén-Kuhlman »

Linköping, le 21 juin 1773. 19h. Lundi soir.

Mon très cher ami,

Bien qu’assez secoué et assez fatigué du voyage, je dois néanmoins écrire quelques mots pour raconter que je suis bien arrivé à Linköping, vivant et avec ma vieille goutte, et que j’ai été accueilli par ma tendre mère avec des larmes et mille bénédictions. Maintenant, je suis assis ici sur une chaise, comme avant à Norrköping, mais mes amis me manquent.

Vue de Linköping prise à la barrière ou l’on passe en venant de Norrköping. 1792. par J. F. Martin.

Le voyage a été incroyablement rapide. Des chevaux étaient prêts partout, si bien que j’étais ici à 3h30. En rentrant, j’ai trouvé l’étui à bouteilles rempli. Encore une nouvelle courtoisie. Grand merci. Ah, si seulement je pouvais en profiter un peu.

Quand je suis parti aujourd’hui, mon cœur était si oppressé que je n’ai pas pu sortir un mot pour dire adieu ; mais ne doutez pas de ma gratitude. Que Dieu vous bénisse, mes amis, pour toute votre tendresse et la peine que vous vous êtes donnée avec moi tout ce temps. Que Dieu vous récompense. Faites-moi plaisir de temps en temps avec des lettres, même si je devais devenir si faible que je ne puisse pas toujours répondre promptement.

Mes salutations les plus tendres à la bonne dame ne sont pas oubliées. Saluez aussi Mamsell Örnberg avec reconnaissance pour toutes ses peines. De même M. Bergström. Je vis et je meurs,

Cher M. Kuhlman, Votre plus fidèle Lidén.

Saluez infiniment Frère Rudberg. [Reçu le 22.6.]

carte des relais de poste de l'Ostergotland
Carte des routes postales dans l’Östergötland au milieu du XVIIIe siècle. La carte ne montre que l’Östergötland ; les comtés adjacents sont simplement nommés sur les côtés. Une liste des relais de poste, accompagnée de diverses autres annotations postales, figure dans le coin inférieur droit. La carte est dessinée et colorée à la main.
Notes historiques
  • Distance et trajet : La distance entre Norrköping et Linköping est d’environ 45 kilomètres. À l’époque, le réseau postal suédois était bien organisé. Lidén précise que « les chevaux étaient prêts partout », ce qui indique qu’il a pu utiliser le système de relais de poste (skjuts) de manière fluide. Pour une telle distance, on peut estimer qu’il a dû effectuer 3 changements de chevaux à différents relais de poste (distants généralement d’environ 10 à 15 km chacun).
  • Mamsell Örnberg : Dans le texte, il est fait mention de « Mams. Örnberg ». Il s’agissait de la gouvernante de la famille Kuhlman, une figure de confiance au sein de la maison, ce qui explique pourquoi Lidén lui adresse ses salutations et la remercie pour ses « peines » (c’est-à-dire le travail domestique et la gestion du quotidien).
  • « Je vis et je meurs » (Lefwer och dör) : Cette formule, placée juste avant la signature, est une emphase typique du style épistolaire du XVIIIe siècle. Elle ne doit pas être prise littéralement, mais comme une marque de dévouement absolu : elle signifie que l’auteur reste fidèle et attaché à son ami en toutes circonstances, du vivant comme dans la mort. C’est une façon très solennelle de conclure une amitié indéfectible.

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