La prise de Breslau par Gerhard Kuhlman, mai 1634

Breslau en 1650, gravure de Matthäus Merian.

L’armée Suédoise s’était aventurée bien au sud de l’Allemagne et rencontrait des difficultés car loin de ses bases de Poméranie. Le Général confia une mission bien spéciale à Gerhard. Il fut chargé de rechercher des alliés au sud de la Bavière et essayer de les convaincre de venir en aide à l’armée Suédoise. Nous connaissons cette histoire car Gerhard a laissé une lettre adressée au Généralissime Baner (1), conservée aux archives de Suède. A son retour, Gerhard fait le siège de la ville de Breslau…

« Breslau le 24 mai 1634, (2)

Eminence,

J’ai été très honoré de votre lettre en date du 9 mai et reçue le 19 que j’ai reçue avec une grande fierté et une très grande reconnaissance. Nous avons été particulièrement fructueux et avons donc réussi à avancer en ces lieux, et ce grâce aux Danois qui, dans leur retraite nous ont communiqué des informations précieuses. La forêt de Streüchlende a été conquise et les plans ont été respectés. Je vous remercie des faveurs gracieuses que vous m’avez accordées (3). Notre camp a été renforcé ces jours-ci par 120 livres de provisions et de munitions en provenance d’un certain tribunal et de la garnison d’Attstark , mais je m’étais permis de demander humblement à son Excellence une aide complémentaire de 50000 livres de pain, des bouchardes (4), bêches et pioches et comme le chaland avec tout l’équipement nécessaire est arrivé promptement, nous avons pu franchir le col de Gloÿandz (5) puis remonter le fleuve de l’Oder en Silésie et au passage conquérir une que les alliés français convoitaient.

Gravure de Belsazar Hacquet (1782) premier dessin connu du Großglockner.

Le Commissaire Général de la ville de Breslau, le Colonel Witzthumb semble avoir gardé un peu de pouvoir auprès de la population, sans que l’on sache encore très bien ce qui est arrivé précisément aux Suédois. Mais Il y a plusieurs milliers de survivants et de l’argent a été collecté et envoyé au quartier général. La Suisse ne semble pas être divisée mais il est préférable de rester en paix avec eux. Récemment, ils ont franchi la frontière du col de Kreÿer à Struppen. Le Procureur de la Cour d’appel de Cologne, Caspar von Ulrich, pour qui les provinces rurales ne sont pas les moins importantes n’étaient pas moins inquiets. Tous ont été molestés par les Impériaux puis déshabillés et ont ainsi été traités très honteusement.

Je dois vous faire part également, votre Excellence de ce que j’ai entendu de la part des Saxons à Chur (6) : le blé du côté polonais de l’Oder a été saisi, emmené et mis à l’abris et il a été constaté beaucoup de résistance de la part des habitants des petites villes de Bohème. La ville de Breslau est donc considérablement réduite en provisions et la population s’était déjà plainte de beaucoup de choses auparavant car les impériaux avaient commencé à détruire et à ruiner les villes de la région, comme Reinbach, Strigen, Schweinitz et d’autres endroits. Mais à présent, tous les passages et cols de Silésie ne pourront plus à présent être empruntés par l’ennemi. Les Bohémiens vont être pris en otage par l’ennemi puissant.

Plateau en face de Breβlow, le 3 juin/24 mai 1634 »
Signé Gerhard Kuhlman.

Lettre de Gerhard Kuhlman au Généralissime Banér datée du 24 mai 1634. Archives de Suède.

(1) Johan Banér, ou encore Jean Gustavson Baner, vulgairement appelé Banier, né le 23 juin 1596 à Djursholm et mort le 10 mai 1641 à Halberstadt, est un commandant en chef suédois à l’époque de la guerre de Trente Ans.

(2) Wrocław, en allemand : Breslau, est la troisième ville de Pologne aujourd’hui par sa population (672 929 habitants), la cinquième par sa superficie (293 km2), et l’une des plus anciennement fondées (vers l’IXe – Xe siècle).

(3) Nommé, à la suite de ce coup d’éclat, Lieutenant-Colonel à l’âge de 25 ans.

(4) La boucharde est un marteau à tête découpée en « pointe-de-diamant » avec lequel le tailleur de pierre achève de tailler les pierres dures dégrossies au ciseau.

(5) Col du Grossglockner (route de haute montagne en Autriche). Le massif culmine à 2054 m d’altitude.

(6) Coire (en allemand : Chur ; en romanche : Cuira ; en italien : Coira) est une commune et une ville suisse, chef-lieu du canton des Grisons et de la région de Plessur.

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