Kuhlmanska gården

Quelle pouvait être cette « asile héréditaire » qu’évoquait Josef Kuhlman à sa soeur Ingeborg dans cette lettre de juin 1866 et dont il ne se souciait guère ? (1)

On savait que la maison de Drottninggatan en centre-ville avait été détruite lors de l’incendie de 1822 à Norrköping, que Carl David, plus jeune fils de Johan avait réussi à sauver quelques affaires dont les deux tableaux de ses parents et peints par Pehr Horberg mais où étaient situées toutes les propriétés et terrains ?

La propriété Kuhlman était située à l’angle de Drottninggatan et Skolgatan.

Lors d’une visite du musée de la ville, à Norrköping en juillet 2022 en parcourant la petite librairie, je tombe sur un livre présentant les principales propriétés de la ville au XVIIIe siècle et parmi celles-ci, la Kuhlmanska gården ou propriété des Kuhlman.

En 1994, Olov Lönnqvist, Historien et météorologue, publie un document de recherche recensant les propriétés du Norrköping du XVIIIe siècle. L’auteur s’est basé sur les polices d’assurances déclarées à l’époque et qui reprenaient en détails le contenu des propriétés.

Le document s’intitule « Från frihetstidens Norrköping – Fakta bakom modellen Norköping på 1700-talet” ou « Le Norrköping de la liberté – Les faits derrière la maquette de Norrköping au 18e siècle ».

La page relative aux propriétés de Johan Kuhlman (1738-1806).

Le descriptif ne comportait pas que celui de la maison de Drottninggatan (celle qui brûla lors de l’incendie de Norrköping en 1822) mais indiquait également la plantation de tabac ainsi qu’une fabrique de cartes à jouer … L’auteur situe la propriété dans la partie occidentale du quartier de Korpen (le Corbeau). La ferme Kuhlmanska est située à l’angle de Drottninggatan et Skolgatan. À l’arrière-plan, au-delà de Skolgatan, le cimetière Sant Olai avec le Stadstornet (dans son premier design bas). Ce qui ressemble à un gazebo dans le verger du voisin est « une maison à colombages pour surveiller Somaren ». Des voleurs de pommes ?

Ces premières indications me permirent de récupérer les plans d’origine de la propriété auprès des archives de Norrköping. La propriété Kuhlman comprenait les parcelles 3,4 et 5 soit a et b sur le plan. On constate une petite évolution par rapport au plan présenté avant. Les Kuhlman avaient du s’agrandir quelque peu. A noter que le maire de l’époque, Otto Ekerman habitait dans le même quartier, parcelle d (partie).

Plan du cadastre de Norrköping à cette époque (source archives de la ville).

La propriété Kuhlman comprenait un peu plus de la moitié du quartier Korpen (le Corbeau) indiqué à l’emplacement n°11 sur cette vieille carte de Norrköping, à côté de l’église Sant Olaï.

Plan de Norrköping 1780, archives de Norrköping.

L’archiviste principal de Norrköping, monsieur Rolf Jonsson, me communique alors la police d’assurance complète des Kuhlman ainsi qu’un autre plan montrant les quartiers nord de la ville.

Carte des terres et parcelles appartenant à M. Johan Kuhlman, marchand, et à sa famille et à Güstaf Collanders. Terres et parcelles communes. 1771. Archives de Norrköping.

La lecture de la police d’assurance permet de découvrir qu’en 1781 et 1782, Johan Kuhlman agrandit sa propriété et rachète avec son associé Collanders en bordure limitrophe de la ville un terrain destiné à une autre plantation de tabac.

Emplacements détaillés du plan :

  • N°1 quatre grands quartiers de plantation rectangulaires et uniformes, tous situés horizontalement, consistant au sud-est en une plantation de tabac fertile et les autres en un champ moins fertile sur un sol sablonneux, et contenant environ 13 parcelles de 432 acres carrés en tout. (acre : ancienne mesure agraire = 52 ares). Soit 22,46 hectares.
  • N°2 quatre parcelles plus petites face à la rivière, dont deux orientés au nord et deux plutôt vers le sud, mais les deux sud sont moins exposées et ont toutes été transformées en champs, consistent en limon sableux et contiennent 4 parcelles de 140 acres en tout. Soit 7,3 hectares.
  • N°3 deux quadrangles obliques égaux situés horizontalement à la porte, le nord consistant en un champ de limon sableux, mais le sud en une plantation de tabac fertile, et contenant chacun 6 acres 299 2v d’aulne : 15,5 hectares.
  • N°4 un parc triangulaire et horizontal à côté des limites de la ville et de la porte en limon sableux.
  • N°5 Un idem devant l’entrepôt légèrement au sud, de la même gaine.
  • N°6 un autre à l’ouest du quartier n°2, situé au sud et consistant en une terre nourricière.
  • N°7 Un parc carré et perpendiculaire, à l’extrême nord-ouest, en majorité horizontal, de limon sableux.
  • N°8 Un parc très horizontal, au sud du susdit, de la même enceinte.
  • N°9 Sol sableux le plus horizontal de tous
  • N°10 Mur de margelles penché vers le ruisseau, ensemble
  • N°11 Mur de margelles, plus raide, le long du ruisseau.
  • N°12 Brandt örbacke (?)
  • N°13 Magasin de pour les semences et pour le bois
  • N°14 Rez-de-chaussée du mur de pierre grise devant le même magazine
  • N°15 Parc horizontal prévu avec des murs en gravier contre le ruisseau, pour l’établissement d’une zone piétonne.
  • a : allées de 12 coudées de largeur – b : idem de 7 1/2 coudées c : fossés de 6 1/2 coudées et d. de 6 coudées de largeur, comptés ensemble. e : les entrées pontées du fossé de la ville pour le maintien de la juste distinction entre la même et cette terre, contenant. f : le même propriétaire foncier au même titre pour les entrées mentionnées de la même largeur mais d’un terrain identique et plus petit.
  • N°16 Parcelle entre l’entrepôt et la passerelle de la ville, constituée principalement de baies et de pentes.
  • N°17 Route droite projetée de la cour à l’entrepôt et au quai d’une largeur de 10 coudées.
  • N°18 Une remise sur une porte en pierre grise
  • N°19 : Un mur de pans coupés à double paroi, de construction bois, sur un bon mur de pierre grise contre le ruisseau
  • N°20 Un moulin à farine à quatre paires de pierres, construit en bois, sur un bon lit de pierres grises dans le ruisseau.
Le moulin à farine.
  • N°21 : Le pont et son quai de bois
Le pont et son quai de bois
  • N°22 : Une porte projetée de 10 coudées de largeur dans la même ligne droite que la route projetée vers le quai.
  • N°23 : Au-delà du champ couché et le plus inoccupé, sous le nom de la place
  • N°24 : le même champ clos, de plus sur ladite rue projetée
  • N°25 : Un champ occupé sur la place

Ainsi confirmés et dûment comptabilisés, les éléments suivants pour 60 hectares environ.

J’évoquerai dans un prochain article la fabrique de cartes à jouer de Johan…

(1) lire l’article correspondant intitulé « Lettre à Ingeborg ».

La Franc-maçonnerie suédoise au XVIIIe siècle et le cercle de Johan Kuhlman.

Une grande partie du texte qui suit est issu d’une étude sur la franc-maçonnerie réalisée par Andreas Önnerfors et intitulée « Mystiskt brödraskap – mäktigt nätverk. Studier i det svenska frimureriets historia » publiée par l’université de Lund en 2006. A partir de cette publication, j’ai fait le lien avec mes recherches sur ce que j’ai appelé « Le Cercle de Johan » (1) afin de comprendre l’influence que la franc-maçonnerie avait pu avoir sur la constitution de ce cercle d’amis.

Première inscription au registre général de l’Ordre maçonnique suédois.

Au XVIIIe siècle, la franc-maçonnerie suédoise constitue bien plus qu’une société secrète. Elle représente un réseau d’élite porteur d’un projet moral ambitieux qui rassemble 4 300 membres entre 1731 et 1800, faisant de cette organisation la plus importante du siècle en Suède. L’étude académique « Mystiskt brödraskap – mäktigt nätverk » (Fraternité mystérieuse – réseau puissant), publiée par l’Université de Lund en 2006, offre un éclairage fascinant sur cette période fondatrice. Elle révèle que les « secrets » maçonniques ne concernent pas une doctrine ésotérique cachée, mais plutôt les rituels d’initiation, les mots de passe et les signes de reconnaissance qui structurent la fraternité.

La franc-maçonnerie se présente comme un projet visant à promouvoir des valeurs morales et philanthropiques, à créer une fraternité transcendant les classes sociales, et à établir un réseau cosmopolite où « toutes les nations peuvent partager des connaissances saines ». Le symbole du phénix renaissant des cendres, accompagné de la devise « Que la vertu opprimée se relève », illustre parfaitement cette aspiration à l’élévation morale.

L’engagement social précurseur

Resurgat virtus oppressa – La vertu opprimée doit renaître.
Vignette de titre pour la publication ‘Frimasorare-Nyheter’ en 1770.

Les francs-maçons suédois ne se contentent pas de discours philosophiques. Ils prennent des initiatives sociales remarquables, précurseurs de l’État-providence. En 1753, ils fondent le Frimurare Barnhuset, l’orphelinat maçonnique de Stockholm. Ils créent également des hôpitaux et mettent en place des programmes d’inoculation contre la variole, démontrant ainsi leur engagement concret pour le bien-être de la société. L’histoire de la franc-maçonnerie suédoise commence véritablement en 1752, lorsque Knut Posse fonde la loge Saint Jean Auxiliaire à Stockholm, qui deviendra la loge mère des autres loges suédoises. Le roi Adolf Fredrik est alors nommé protecteur de la franc-maçonnerie en Suède. La période entre 1753 et 1763 voit une expansion spectaculaire avec au moins quatorze loges fondées dans le royaume suédois, accueillant en moyenne cent quatorze nouveaux membres par an. En 1756, Carl Friedrich Eckleff fonde la loge L’Innocente à Stockholm, première loge suédoise à pratiquer les grades supérieurs dits « écossais ». Trois ans plus tard, en 1759, la création de la loge capitulaire L’Innocente marque le début des motifs chevaleresques dans la franc-maçonnerie suédoise. L’année 1760 voit l’établissement de la Grande Loge territoriale suédoise (Stora Landt-Logen) comme organisation faîtière. En 1761, la franc-maçonnerie s’étend à la Poméranie suédoise avec trois loges à Greifswald et Stralsund.

Le lien avec les Templiers

Un discours d’André Michel Ramsay, diffusé en France à partir de 1737, établit une connexion légendaire entre la franc-maçonnerie et les ordres chevaleresques médiévaux, notamment les Templiers et les croisés. Cette idée connaît un succès considérable en Suède, où elle nourrit le développement d’un système de grades élaboré intégrant des motifs chevaleresques. L’initiation constitue le cœur de l’activité maçonnique. C’est à travers ces rituels que les symboles et valeurs fondamentales, ce que les francs-maçons appellent l’Art Royal, sont transmis aux « récipiendaires », terme utilisé dans la franc-maçonnerie suédoise pour désigner les initiés. Contrairement aux craintes populaires, les révélations successives des rituels dès les années 1730 démontrent que ces cérémonies visent la transmission de valeurs morales, non d’une doctrine secrète subversive. Le témoignage de Jakob Wallenius (1761-1818) sur son initiation en 1787 à Greifswald reste exceptionnel. Il déclare : « Även jag hade förutfattade meningar mot denna uråldriga, ärevördiga Frimurare Orden. Men jag slutade upp med dem och som belöning har jag skådat det stora överraskande ljuset. » (Même moi j’avais des préjugés contre cet ancien et vénérable Ordre des Francs-Maçons. Mais j’y ai renoncé et en récompense, j’ai contemplé la grande lumière surprenante.)

Un réseau d’élite diversifié

La franc-maçonnerie rassemble des personnalités issues de tous les horizons : hauts fonctionnaires et membres du Riksråd (Conseil du Royaume), industriels et négociants de la Compagnie des Indes orientales, médecins et professeurs d’université, militaires et officiers, artistes et musiciens, artisans et commerçants. Cette diversité sociale exceptionnelle fait de la franc-maçonnerie un espace unique de brassage et d’échanges dans une société encore largement structurée par les ordres traditionnels.

Johan Kuhlman : Portrait d’un franc-maçon des Lumières.

Johan Kuhlman incarne parfaitement l’esprit des Lumières suédoises. Né en 1738 et décédé en 1806, il consacre sa vie au commerce et aux réseaux intellectuels de Stockholm. Négociant prospère, il s’entoure d’un cercle remarquable qui incarne les idéaux des Lumières. Dans la Generalmatrikel de l’Ordre maçonnique suédois, Johan Kuhlman apparaît sous le numéro provincial 2144 avec la mention « Kuhlman, Johan 2144 Handlande.

Parmi les nombreux membres du cercle de Johan Kuhlman, plusieurs sont également francs-maçons, comme en témoigne la Generalmatrikel de l’Ordre maçonnique suédois. Ces hommes incarnent la convergence entre les idéaux maçonniques et l’action concrète dans différents domaines de la société suédoise.

Carl Christoffer Gjörwell (1731-1811)
Carl Christoffer Gjörwell (1731-1811)

Carl Christoffer Gjörwell (1731-1811) figure parmi les plus éminents. Dans la Generalmatrikel, il apparaît sous le numéro 371 avec la mention « Gjörvell, Carl Christoffer 371 Kgl. Biblotikare [SED]* 1757 ». Bibliothécaire royal, il est initié en 1757 dans la loge Saint Edvard, désignée par l’abréviation [SED]. L’astérisque qui suit cette indication signifie qu’il a été transféré à Saint Jean Auxiliaire lorsque Saint Edvard a fermé en 1781. Au-delà de ses fonctions officielles, Gjörwell est également journaliste et éditeur, et il joue un rôle important dans la diffusion des idées des Lumières. Son appartenance au cercle de Kuhlman témoigne des liens étroits entre le monde du commerce, représenté par Kuhlman, et celui de l’érudition et de la culture officielle.

La famille Sehlberg illustre également les liens entre commerce maritime et franc-maçonnerie. Johan Kuhlman épouse Margaretha Catherine Sehlberg (1759-1841), fille de Nils Jacob Sehlberg (1721-1800), capitaine de navire puis marchand de Gävle qui fonde la compagnie « Sehlberg & Son ». Cette union familiale s’accompagne de liens maçonniques. Carl Jacob Sehlberg figure dans la Generalmatrikel sous le numéro 3678 avec la mention « Sehlberg, Carl Jacob 3678 Grosshandlare i Gefle [STE] 1796 ». Négociant en gros (Grosshandlare) à Gävle, il est initié en 1796 dans la loge Saint Erik à Stockholm, désignée par l’abréviation [STE]. La présence de Carl Jacob Sehlberg dans les registres maçonniques suggère une tradition maçonnique au sein de la famille Sehlberg, renforçant les liens entre les réseaux commerciaux et la fraternité maçonnique.

Lars Silverstolpe (1768-1814)
Lars Silverstolpe (1768-1814).

Un autre personnage éminent, figurant dans le cercle de Johan qui j’ai pu reconstitué est Lars Göransson Silfverstolpe (1768-1814) Lieutenant-Colonel dans le régiment des Svea Livardets. Fils d’un haut fonctionnaire, Lars Göransson Silfverstolpe qui incarnait la haute administration suédoise du milieu du 18e siècle, période où la Suède expérimentait une monarchie constitutionnelle dans laquelle le pouvoir royal s’effaçait au profit d’institutions parlementaires et administratives. Les Silfverstolpe constituaient une famille aristocratique profondément enracinée dans l’administration suédoise. Le registre maçonnique révèle plusieurs membres occupant des postes stratégiques : commissaires à la Banque, greffiers à la Maison de la Noblesse, officiers de cavalerie et lieutenants de la Garde royale.

Le cercle de Kuhlman comprend également des négociants liés à la Compagnie des Indes orientales. La Generalmatrikel mentionne « Lindahl, Olof 3005 Supercargeur, – Directeur vid Ost Indiska Companiet [S3S] 1787 ». Olof Lindahl, portant le numéro provincial 3005, exerce la fonction de supercargeur puis de directeur à la Compagnie des Indes orientales. Il est initié en 1787 dans la loge désignée par [S3S]. Bien que le cercle de Kuhlman mentionne Johan Niclas Lindhal et Peter Lindhal, tous deux négociants, il est possible qu’Olof Lindahl appartienne à cette même famille de commerçants, témoignant ainsi des liens entre le commerce international et la franc-maçonnerie.

Franc-maçonnerie et politique

Contrairement aux théories du complot qui émergent dès le XVIIIe siècle, l’étude démontre que la franc-maçonnerie suédoise ne constitue pas une menace politique organisée. Toutefois, elle joue un rôle important dans la formation des réseaux d’élite. Durant la période de liberté (Frihetstiden, 1718-1772), notamment entre 1755 et 1765, on observe une forte présence de francs-maçons parmi les « Hattarna » (les Chapeaux), le parti dominant. Au moins soixante-dix leaders du parti figurent parmi les membres. Paradoxalement, certains francs-maçons combattent eux-mêmes ce qu’ils considèrent comme des dérives de la fraternité. Nils von Rosenstein, franc-maçon lui-même portant le numéro provincial 2066, combat avec Johan Henric Kellgren le « mysticisme et le fanatisme » dans le journal Stockholms Posten. Cette attitude témoigne de la diversité des opinions au sein même de la franc-maçonnerie suédoise et de sa nature non monolithique.

Conclusion : Un héritage durable

La franc-maçonnerie suédoise du XVIIIe siècle ne peut être réduite à une société secrète aux rituels mystérieux. Elle représente un mouvement social d’envergure qui contribue à la formation d’une élite éclairée, au développement d’institutions philanthropiques, à la diffusion des idées des Lumières, et à la création de réseaux transnationaux. Le cercle de Johan Kuhlman illustre cette réalité. Les liens entre Kuhlman, le négociant ; Gjörwell, le bibliothécaire royal et éditeur ; la famille Sehlberg, ancrée dans le commerce maritime ; et probablement Lindahl, directeur à la Compagnie des Indes, témoignent de la manière dont la franc-maçonnerie crée des ponts entre différents secteurs de la société. Ces hommes partagent des valeurs communes de progrès, d’engagement social et de fraternité qui transcendent leurs fonctions professionnelles respectives. Cette convergence entre commerce, érudition et engagement social incarne l’esprit des Lumières suédoises et témoigne de la vitalité intellectuelle de Stockholm à la fin du XVIIIe siècle. La franc-maçonnerie offre un espace où ces hommes peuvent cultiver ces valeurs communes et œuvrer ensemble pour le bien commun, au-delà des hiérarchies sociales traditionnelles. Comme l’exprime la devise du phénix, symbole de la franc-maçonnerie suédoise : « Que la vertu opprimée se relève ». Ce message d’élévation morale et de renaissance perpétuelle résonne encore aujourd’hui comme témoignage d’une époque où des hommes ont tenté de construire, à travers leurs réseaux et leurs actions, une société plus juste et plus éclairée.

(1) Au fil de mes recherches, j’ai pu rassembler les principaux amis et connaissances de Johan Kuhlman. Ces personnages sont aussi ceux qui ont laissé des messages ou poèmes dans le Livre d’Or de Johan et Margaretha. Je présenterai ces personnes dans un articles à venir.


Sources : Andreas Önnerfors (dir.), Mystiskt brödraskap – mäktigt nätverk. Studier i det svenska frimureriets historia, Lund University, Minerva Series n°12, 2006

Medevi Brunn

Medevi Brunn, Högbrunnen, de nos jours. Photographie prise en août 2022.

C’est à Medevi Brunn, une petite station thermale située à une centaine de kilomètres à l’ouest de Norrköping, au bord du lac Vättern, que le professeur Johan Henric Lidén (1) et le marchand Johan Kuhlman se croisèrent pour la première fois pendant l’été 1772. De cette rencontre naitra une longue amitiés et Lidén, malade, sera passera les dix-sept dernières années de sa vie dans la maison des Kuhlman à Norrköping.

Johan Kuhlman (1738-1806)
Johan Kuhlman (1738-1806) par le peintre Pehr Horberg.
Portrait de Lidén par le peintre Magnus Hallman
Portrait de Lidén par le peintre Magnus Hallman

Medevi Brunn, dans l’Östergötland, est l’un de ces lieux suédois où l’histoire de la médecine rejoint celle des sociabilités. Créée le 25 juillet 1678 lorsque le médecin et savant Urban Hjärne viendra y examiner la source à la demande de Gustav Soop, qui souhaitait établir en Suède une cure comparable à celles qu’il a vues à l’étranger. L’analyse confirma l’eau comme digne d’un véritable établissement de cure. Dès juillet 1679, une première visite royale est attestée, suivie d’autres passages en 1687 et 1688. À la fin du XVIIe siècle, on ne venait déjà plus seulement y boire une eau minérale mais participer aux rencontres estivales de la haute société Suédoise.

Carte dressée par le cartographe Fridrik Ekmanson (2)
Les logements des curistes, photographie prise en août 2022.

Au XVIIIe siècle, Medevi devient un des grands rendez-vous de l’été. La cure, telle qu’on la conçoit alors, associe l’eau, l’air, la marche et la conversation. On y cherche un soulagement, mais aussi des rencontres au cours de promenades, échanges de nouvelles, lectures, rencontres entre noblesse, bourgeoisie aisée, clergé et milieux lettrés. Cette dimension mondaine et intellectuelle, loin d’être accessoire, faisait partie du “traitement” au sens large : on y réparait le corps et l’esprit, et l’on se rassénérait en s’éloignant, pour quelques semaines, des contraintes de la vie ordinaire. La cure du roi Gustaf IV Adolf en 1798 illustre la renommée de Medevi à l’échelle du royaume, tandis que la station se dote au fil du temps d’un patrimoine bâti qui fixe son identité, notamment avec Högbrunnen (1809), devenu l’un des marqueurs de sa silhouette historique.

Medevi Brunn, 1798. « Vue du parc d’agrément de Medevi, où Sa Majesté le roi Gustave IV Adolphe, lors de sa cure en 1798, offrit un gouté à tous les invités. Gravure à l’aquatinte de Carl Fredrik Akrell en 1803 d’après un dessin de C. J. Fahlcrantz.

C’est précisément lors de ces rencontres d’été que Johan Henric Lidén et Johan Kuhlman se croisent pour la première fois en 1772. Les années qui suivent vont voir les deux amis rechercher ensemble du soulagement, l’un pour sa goute chronique et l’autre pour sa « maladie de la pierre ». C’est bien à Medevi que se noue leur longue relation. Johan Kuhlman n’est pas un simple curiste de passage. Installé à Norrköping, à la tête d’une entreprise prospère héritée de son père, développée à partir des années 1720, il incarne la bourgeoisie entreprenante et respectée et surtout un homme que la réussite n’a jamais détourné des livres. Il lit, collectionne, suit l’actualité littéraire. Lidén trouve en lui une intelligence sœur et bientôt un ami pour la vie.

Aphorisme de Johan Henrik Lidén dans le livre d’Or de Johan Kuhlman.
« Pour quelle raison la guerre obscurcit la sainteté de la terre ?
Dicté durant mon congé de maladie à Norrköping, le 21 juin 1792
d’un invité malade à un vieil ami de seize ans ».
J.H. Liden

Plus tard, au XIXe siècle, Medevi perfectionne ce qui en fait un petit monde à part : la musique y prend une place importante et, à partir des années 1870, l’orchestre et les traditions de promenades collectives contribuent à cette atmosphère si particulière où la cure devient presque une chorégraphie sociale.

Une lettre de Lidén à Johan Kuhlman, écrite depuis Aix‑la‑Chapelle le 27 avril 1775, donne à cette mémoire une tonalité intime. Il y confie que Medevi lui restera “toujours cher, pour les bonnes rencontres” qu’il y a faites, et il évoque avec émotion la naissance de leurs liens profonds.

La pharmacie de Medevi Brunn, photographie prise en août 2022.

Le XXe siècle rappelle enfin que Medevi n’est pas qu’un décor figé dans le temps et pendant la Seconde Guerre mondiale, le site sert de lieu d’accueil pour accueillir des réfugiés. Puis, au début des années 1980, un autre tournant survient avec le retrait des formes anciennes d’organisation des cures ; la question de la conservation et de la transmission d’un patrimoine vivant se pose, qui trouvera un cadre durable avec la création d’une fondation en 1996. Ainsi, de 1678 à nos jours, Medevi Brunn apparaît moins comme une simple source que comme une illustration de vie « Gustavienne ». Un lieu où la santé, les relations sociales et les destins individuels s’entrelacent.

Visitez Medevi Brunn, la plus ancienne source thermale des pays nordiques encore en activité. Ouverte tous les jours pendant la saison thermale, elle vous permet de boire son eau bienfaisante directement à la source, de participer à une visite guidée et de découvrir l’histoire qui imprègne encore les lieux.

(1) Johan Hinric Lidén (7 janvier 1741 – 23 avril 1793) était un érudit, philosophe, bibliographe, humaniste et critique littéraire suédois. Son œuvre la plus célèbre est sa thèse de doctorat sur l’histoire de la poésie suédoise, intitulée Historiola litteraria poetarum Svecanorum (1764) .

(2) Fridrik Ekmanson, Géomètre et cartographe pour l’Östergötland. Né en 1750 et décédé en 1820. Domicilié à Gåvarp Mjölby puis Ålahorva. On lui doit nombre de cartes dont celles de Medevi Brunn où Johan Kuhlman et Lidén se sont rencontrés et retournés plus d’une fois.

« Ce que la nature subit, en d’autres lieux, de la part de cultivateurs négligents et ignorants, est fructifié à Rödmossen par Johan Kuhlman. Dans la vie adulte, vous récoltez les fruits de votre travail et, par la suite, on se souviendra de votre nom avec un sentiment de gratitude ».
Rödmossen le 17 octobre 1795
Fridrik Ekmanson

Les Kuhlman et le français

Au cours de mes recherches j’ai acquis la conviction petit à petit que les Kuhlman parlaient le français et ce bien avant l’arrivée de Josef en Algérie. Peut-être d’ailleurs que son choix de s’implanter dans un pays nouvellement conquis qui offrait de nouveaux horizons commerciaux et dont il maitrisait la langue fût la principale raison de son arrivée à Alger en 1844.

Cette intuition fut aussi corroborée par par plusieurs sources. Un aphorisme (1) de Johan (1738-1806) identifié dans le livre d’Or de Gustafva Eleonora Gjörwell (2), daté du 2 novembre 1796, épouse de son ami Johan Niclas Lindhal fût un premier exemple.

Aphorisme de Johan Kuhlman, Stambok de Gustafva Eleonora Gjörwell, daté du 2 novembre 1796. Bibliothèque de l’Université de Götheborg.

Son épouse Margaretha Sehlberg (1759-1841) n’était d’ailleurs par en reste et apparait, toujours dans ce livre d’Or, un peu plus loin :

Aphorisme de Margaretha Sehlberg, Stambok de Gustafva Eleonora Gjörwell, daté du 2 novembre 1796. Bibliothèque de l’Université de Götheborg

Parmi les autres sources on peut trouver également une lettre reçue par Claes (1800-1823), fils de Johan Peter (1767-1839), alors qu’il était à Cette (Sète aujourd’hui) dans le sud de la France. L’énigme de ce frère ainé de Josef reste à ce jour inexpliquée… Dans les archives de Suède, on trouve également une lettre de Josef à sa sœur Ingeborg, qui occupait l’ancienne demeure de Johan et Margaretha et datée de 1867. J’aurai l’occasion de présenter cette lettre écrite en pleine période tumultueuse de la colonie d’Algérie alors dévastée par la famine et les tremblements de terre. Bien que la grande partie des écrits retrouvés de Josef soient en langue suédoise, il faut souligner le fait qu’il écrivait à sa sœur en français.

Johan et Margaretha apparaissent comme auteurs français dans une vaste étude sociologique menée par Margareta et Hans Östman et intitulée « Au Champ d’Apollon » (3), publiée en 2006 et qui sera complétée par « Glanures », en 2012. Ces deux livres répertorient pas moins de 834 auteurs suédois ayant écrit en français entre 1550 et 2006. Ce travail monumental combine bibliographie (plus de 1.500 titres), biographies détaillées et analyse sociologique approfondie pour comprendre qui étaient ces Suédois qui choisissaient le français comme langue d’expression littéraire.

Cette étude révèle que 73% de ces auteurs sont nés entre 1655 et 1772, période qui correspond à l’apogée du français comme langue de culture en Europe et en Suède. Cette concentration chronologique témoigne du prestige immense dont jouissait la langue française à l’époque des Lumières et particulièrement sous le règne de Gustave III, grand francophile qui fit de Stockholm une petite Paris du Nord. Après 1772, on observe un déclin progressif, le roi ayant paradoxalement développé une politique linguistique favorable au suédois pour renforcer l’identité nationale.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, l’usage du français en Suède ne se limitait pas à une aristocratie déconnectée du peuple. L’étude révèle une diversité sociale remarquable : parmi les auteurs recensés, on trouve aussi bien des fils de paysans sans terre, de petits fermiers et d’aubergistes que des conseillers du roi et des hauts fonctionnaires. La répartition montre que 50% des auteurs étaient nobles ou issus de la famille royale, tandis que 50% étaient roturiers.

La répartition professionnelle finale des auteurs est tout aussi instructive. Environ 30% terminèrent leur carrière au centre du pouvoir (gouvernement, chancellerie royale, cour), tandis que 25% appartenaient à la catégorie des négociants, industriels et écrivains professionnels. Venait ensuite l’administration locale (13%), l’armée (13%), l’Église (11%) et l’enseignement public (5%).

Les études universitaires constituaient un passage quasi obligé pour ces auteurs francophones : 80% des hommes nés avant 1719 étaient inscrits à l’université, proportion qui décline progressivement pour atteindre 52% après 1810. Et l’Université d’Uppsala dominait largement avec 69% des étudiants. Avant 1772, les fils d’enseignants et d’ecclésiastiques formaient la majorité des étudiants, mais après cette date, ce sont les fils du groupe des négociants et industriels qui devinrent majoritaires, reflétant l’enrichissement de la bourgeoisie marchande.

Les femmes ne représentaient que 13,1% de la population totale des auteurs (59 femmes sur 451 auteurs détaillés), en proportion croissante de 1655 (5%) à 1810 (23%). parmi ces femmes 73% exercent une fonction à la Cour, généralement comme dames de compagnie de princesses ou de reines. Seules 2 enseignantes figurent dans le corpus, tandis que 43 femmes sont classées dans le groupe « Autres » citées comme épouses ou célibataires sans titre professionnel propre. Parmi ces femmes nous retrouvons Margaretha Sehlberg, épouse de Johan.

Le français, langue de sociabilité et de culture

Le français servait principalement de langue de sociabilité mondaine et de culture raffinée. Environ 20% de la population des auteurs ont contribué à des poèmes de félicitations insérés dans des dissertations universitaires, tandis que 50% des femmes privilégiaient les contributions dans des albums d’amis. Ces écrits prenaient la forme de poèmes de circonstance (mariages, naissances, funérailles), de divertissements (poèmes et aphorismes, charades et énigmes), mais aussi de grandes œuvres littéraires signées par des figures comme Christine de Suède.

La comparaison avec les auteurs suédois écrivant en suédois révèle des différences significatives : les enseignants et ecclésiastiques sont beaucoup plus nombreux parmi les auteurs en suédois (34%) qu’en français (25%), probablement en raison d’une méfiance luthérienne envers le français, langue associée au catholicisme. En revanche, les officiers militaires et le groupe « Autres » sont surreprésentés chez les francophones, tout comme les administrateurs locaux.

Les Kuhlman : une famille au cœur de la bourgeoisie éclairée

Johan Kuhlman (1738-1806) incarne parfaitement cette bourgeoisie marchande suédoise du XVIIIe siècle qui adoptait le français comme langue de culture. Négociant et homme d’affaires prospère, il est classé dans le groupe « Autres » (sans fonction publique) et figure dans la liste des « Hommes d’affaires et négociants » recensés par l’étude. Ses écrits en français sont référencés aux pages 100 et 245 de « Au Champ d’Apollon », témoignant de sa participation active à la vie intellectuelle de son temps.

Son épouse, Margareta Catharina Kuhlman, née Sehlberg (1759-1841), fille du capitaine de navire et marchand de Gävle Nils Jacob Sehlberg, apparaît dans l’étude (pages 77, 100, 262) et classée comme « Épouse » dans le groupe « Autres ». Elle se trouvait néanmoins au centre d’un réseau de sociabilité intellectuelle et culturelle remarquable. Sa correspondance et ses relations avec des figures comme Gustava Eleonora Gjörwell (écrivaine, 1769-1840) témoignent du rôle central que jouaient certaines femmes de la bourgeoisie dans la circulation des idées et la création d’une culture francophone en Suède.

Le cercle de Kuhlman dans l’étude : une élite francophone confirmée

Sur la trentaine de personnes identifiées dans le cercle social et intellectuel des Kuhlman, six sont cités dans « Glanures » comme auteurs d’écrits en français, confirmant leur statut d’élite culturelle francophone. La figure la plus prestigieuse est sans conteste le comte Johan Gabriel Oxenstierna (1750-1818), l’un des principaux poètes de l’époque gustavienne, diplomate et membre de l’Académie suédoise. Membre du gouvernement et du parlement, Oxenstierna représente cette haute noblesse culturellement francophone qui gravitait autour du pouvoir royal. Sa présence dans le cercle des Kuhlman témoigne de la capacité de cette famille de négociants à s’insérer dans les plus hautes sphères de la société suédoise.

Parmi les proches collaborateurs de Johan Kuhlman, deux apparaissent dans l’étude : Pehr Arosenius (1769-1848) et Lars Johan Söderberg (1765-1841), tous deux commis négociants chez Kuhlman avant de fonder ensemble la célèbre société Söderberg & Arosenius. Enfin, Knut Henrik Leijonhufvud (1730-1816), chambellan de la princesse Sofia Albertina, et Lars Silfverstolpe (1768-1814), lieutenant-colonel du régiment d’artillerie de Svea, représentent les liens du cercle Kuhlman avec la Cour et l’armée, montrant l’étendue et la diversité de ce réseau social.

Le cercle des Kuhlman illustre ainsi un microcosme de cette élite culturelle suédoise du XVIIIe siècle : cosmopolite, francophone par culture, enracinée dans le commerce et l’industrie, mais connectée aux plus hautes sphères du pouvoir, de l’art et de la science. Le français y fonctionnait comme une langue de distinction sociale et de sociabilité raffinée, permettant à une bourgeoisie enrichie de dialoguer d’égal à égal avec l’aristocratie traditionnelle et de participer pleinement à la République des Lettres européenne.

Lettre autographe en français du Grand Chancelier Sparre (4), datée du 10 mai 1793. Collection personnelle de l’auteur.

Sources : Margareta Östman, Glanures servant de suite à Au Champ d’Apollon. Écrits d’expression française produits en Suède (1550-2006), Stockholm, Université de Stockholm (Romanica Stockholmiensia, 29), 2012.

(1) Un aphorisme est une sentence énoncée en peu de mots — et par extension une phrase — qui résume un principe ou cherche à caractériser un mot, une situation sous un aspect singulier.

(2) Gustava Eleonora Gjörwell (1769-1840), écrivaine et amie intime de Margareta Sehlberg-Kuhlman, fut une figure de l’intelligentsia bourgeoise de Norrköping. Fille de Carl Christoffer Gjörwell (journaliste et éditeur, 1731-1811), elle épousa Johan Niclas Lindahl (négociant, 1740-1814), créant ainsi des liens entre familles de négociants cultivés. Cette alliance entre commerce et lettres était caractéristique de la bourgeoisie éclairée de Suède.

(3) Au Champ d’Apollon, Écrits d’expression française produits en Suède (1550-2006) est constituée de textes «littéraires » d’expression française produits en Suède depuis 1550, présentés par ordre chronologique d’après l’année de naissance des auteurs. Les écrits cités sont précédés d’une brève présentation de l’auteur destinée à donner une idée de sa place dans la société suédoise. Le corpus comprend des œuvres de 471 auteurs différents, dont 64 femmes. 17 des auteurs n’ont pas pu être identifiés. Le chapitre d’introduction donne un survol de l’attitude des Suédois à l’égard de la langue et la culture françaises depuis le moyen âge jusqu’à nos jours. Margareta Östman est docteur ès lettres et enseignante au Département de français, d’italien et de langues classiques de l’Université de Stockholm. Hans Östman, docteur ès lettres, a publié plusieurs ouvrages sur la littérature anglaise et suédoise du XVIIIe siècle.

(4) Fredrik Sparre , né le 2 février 1731 et mort le 30 janvier 1803 au château d’Åkerö, était un comte suédois d’ Åkerö , chevalier séraphin , chancelier et fonctionnaire. Il appartenait à la famille comtale de Sparre n° 111. Après avoir achevé ses études et effectué des voyages à l’étranger, il entra à la Chancellerie, où il fut promu chancelier , puis chancelier de la Couronne en 1773. En 1781, Sparre fut nommé conseiller du royaume et, simultanément, gouverneur du prince héritier (futur roi Gustave IV Adolphe ). En 1788, il fut démis de ses fonctions de gouverneur à sa demande, mais demeura au Conseil jusqu’à sa dissolution en 1789, après quoi il fut nommé membre de la Cour suprême.


Le Saltängsteatern

Le Saltängsteatern , également appelé Comediehuset , était un théâtre de Norrköping , actif entre 1798 et 1850.

Le théâtre et le manège se trouvaient à l’extrémité de l’ancienne place Saltängstorget, aujourd’hui occupée par le parc ferroviaire le long de la rue Slottsgatan. Le théâtre fut inauguré en 1798 et resta associé au manège, appelé « Hüstopera », jusqu’en 1859. Gravure d’après une gravure contemporaine de W. Wiberg.

Le théâtre fut fondé à l’initiative de Johan Kuhlman (1738-1806), Peter Lindahl (1740-1814), Christian Eberstein (1738-1816) et de l’avocat Johannes « John » Swartz l’Ancien (1759-1812) . Il devait remplacer les anciens théâtres Egges Teater et Dahlbergska Teatern , fermés à la suite du scandale provoqué par l’interprétation de La Marseillaise en 1795 lors d’une représentation de la troupe de Johan Peter Lewenhagen et considérés comme obsolètes. Il fut construit sur Slottsgatan, au nord de Saltängstorget , sur un terrain loué à l’ église Hedvig .

Le nouveau théâtre, contrairement aux précédents, n’était pas un bâtiment reconverti, mais le premier théâtre construit à Norrköping. De style Empire, il était doté de murs à double paroi, d’une loge et d’une galerie, et décoré par Pehr Hörberg . Il pouvait accueillir 300 personnes. À l’instar des théâtres précédents, le Saltängsteatern ne disposait pas de personnel permanent, mais, comme tous les théâtres hors de Stockholm, il accueillait des troupes itinérantes. En son temps, il fut l’un des théâtres de province les plus importants de Suède. D’abord géré par une société à responsabilité limitée de particuliers, il passa ensuite, à partir de 1813, à la Hedvigs kyrka (église de Hedvig) .

Le Saltängsteatern a été remplacé en 1850 par le théâtre Eklundska , qui à son tour a été démoli en 1903 et remplacé par le théâtre Stora de Norrköping .

Source : d’après Nordén, Arthur, Norrköpings äldre teatrar. Saltängsteatern 1798-1850.