Lettre à Ingeborg

Les années 1865 à 1867 furent terribles en Algérie et particulièrement dans la Mitidja. Les invasions de sauterelles et de criquets qui virent dévaster les maigres récoltes engendrèrent une terribles famine (lire « Marengo d’Afrique » tome II). Et au début de l’année 1867, c’est un tremblement de terre qui vint ébranler Alger, Blida surtout et ravager les villages alentour comme Mouzaïaville, El Affroun et Chatterbach. Le courtier maritime Josef Kuhlman qui avait une propriété à Bourkika témoigne de la situation dans une lettre à sa soeur Ingeborg restée en Algérie. Une lettre écrite en français.

Lettre de Josef Kuhlman à sa sœur Ingeborg. Archives nationales de Suède.

Le Courtier Maritime suédois Joseph Kuhlman, dans une lettre à sa sœur Ingeborg témoigne le 26 juin 1866 :

« Alger, 26 Juni 1866

Ma chère Ingeborg,

J’ai bien reçu ta lettre du 17 courant et je te dois des excuses de mon retard de t’écrire. Mais j’ai remis et remis la correspondance dans l’espoir de pouvoir t’envoyer de l’argent. Pour y arriver j’avais espéré de vendre un chargement qui reste encore invendu à Oran par compte de Mr B. Almquist (1). J’ai été obligé d’en payer le fret et attendant de rentrer un peu dans mes fonds je n’ai pas le sou. Ensuite, j’ai vendu le terrain au quartier d’Isly avec un petit bénéfice mais je n’en pourrai pas toucher le prix avant 6 semaines à 2 mois. Je suis réellement contrarié de ne pas avoir pu savoir te payer surtout dans l’état de gène où tu te trouves mais l’époque s’approche où je pourrai m’acquitter.

C’est fâcheux de voir les propriétés si dépréciées en Suède. Il faudra tacher attendre un moment favorable pour tout vendre. Si tu pouvais obtenir 30000 Ryksdallers, je crois que tu ferais bien de les accepter – laisser 20000 hypothéquées contre 6% et avec les autres 10000 acheter une petite maison à Stockholm ou autre ville. Tu trouves peut-être que je fais bon marché de notre (je veux dire « ton ») asile héréditaire de l’ancienne maison des Kuhlman (2). Vraiment je n’y tiens pas beaucoup. Ah, si tu étais propriétaire de « Sjöberg » alors je ne voudrais pas te le voir vendre à aucun prix.

Ici nous sommes abimés par les sauterelles. Il y a 2 mois qu’il en est venu des nuées qui se sont abattues par toute l’Algérie. Quand on les voyait voltiger dans l’air, elles faisaient l’effet d’un gros tourbillon de neige. Un vrai « snöfak med tyocka fllingen sam förde af vinden sänsker sig i sned rektung sakta moh jonden » (3). Ces sauterelles, quoique nombreuses, n’étaient rien du tout en comparaison des criquets (yngel), leurs enfants, qui maintenant envahissent tout. Là où ils passent et où on ne réussit pas de les détruire, ce qui est presque impossible, ils détruisent tout en mangeant jusqu’à l’écorce des arbres. Il y a des endroits où ils sont épais comme une main. Ces criquets n’ont pas encore des ailes. Nous en sommes littéralement infectés.

Ma femme et les bébés (4) sont à Bourkika où je vais de temps en temps quand les affaires me le permettent. Henrik grandit et cause. La petite vient aussi très bien. Louise va accoucher au mois de Juillet. La famille Kuhlman s’augmente (sic). Sigurd et Louise (5) t’embrassent.

Voici la guerre commencée. Elle sera générale. Ça m’ennuierait assez car je compte sans faute d’aller en Suède en mai l’année prochaine si Dieu me prête vie.

Mes amitiés aux Maklin et à tout le monde.
Ton Frère, Josef

PS : le Consul Rouget de l’Hermine est à Stockholm. Je serai bien aise d’avoir une photographie ou deux représentant l’expédition ».

Ingeborg Kuhlman, soeur de Josef (1802-1875)
Ingeborg Beata Kuhlman (1802-1875). Collection personnelle de l’auteur.

J’ai longtemps pensé que cette photographie représentait Augusta Maklin (1811-1853) et mère de Sigurd en raison de la similitude de certains traits du visage avec ma grand-mère Suzanne. Mais Augusta est morté à Kisa en 1853 et ce type de portrait commença à se populariser qu’un an après son décès. La place de la photo, présente dans l’album de famille, entourée des sœurs Maklin, Amalia, Sophia Magdalena et Louise (identifiées par mon cousin éloigné Dag) me fait penser qu’il ne peut s’agir que d’Ingeborg, la sœur de Josef. Quant à la représentation photographie d’Augusta, je pense avoir trouvé l’énigme…que j’exposerai dans un prochain article.

(1) (1) Bernhard Ulrik Georg Almquist est né à Uppsala le 1er octobre 1813 et décédé le 27 avril 1881 à Stockholm. En juillet 1832, Bernhard Almquist entre au service de la maison de commerce J. C. Pauli & C: o à Stockholm. Il resta comptable professionnel de cette société puis monta sa propre affaire d’exportation de bois et du fer du Norrland, principalement vers l’Angleterre et la France, mais aussi vers d’autres pays d’Europe occidentale ainsi que vers la Méditerranée et l’Afrique du Nord.

(2) Dans un prochain article je décrirai cette maison des Kuhlman à Norrköping et que Johan (1738-1806) héritera de son père Heinrich (1693-1765)

(3) littéralement « Les flocons de neige portés par le vent descendent lentement vers le sol de façon oblique ».

(4) Marie Pauline Carraux (1839-1924) et ses enfants Henrik (1864-1892) et Ingeborg, née en 1866. Henrik est enterré à côté de son père au Carré des Consuls au Cimetière de Saint-Eugène à Alger.

Marie Pauline Carraux, 2e épouse de Josef Kuhlman, avec ses enfants Henrik et Ingeborg Josépha. Photographies prises en 1865 et 1867. Collection personnelle de l’auteur.

(5) Sigurd Kuhlman (1835-1899), fils ainé de Josef et son épouse Louise Chapotin, née en 1841 à Belleville près de Paris. Louise était une pionnières de Marengo. Lire « Marengo d’Afrique ».

Le testament de Heindrich

Le 24 septembre 1765, à l’âge de 71 ans, Heindrich Kuhlman, né à Gadebusch en 1693 en Allemagne du nord, meurt à Norrköping. Avec son frère Joachim Adolph (vers 1690-1741) il fut un des premiers « Borgare » (1) de Norrköping ayant reçu une patente de marchand après la destruction de la ville par la flotte Russe pendant l’été 1719.

Registre des actes de décès de Norrköping pour l’année 1765. Archives de Norrköping.

Deux semaines plus tard, la famille est réunie dans la maison du défunt en présence des échevins du tribunal de l’Hôtel de Ville afin de dresser, conformément à la loi, l’inventaire et d’estimer la succession. Le procès verbal de la séance est conservé aux archives municipales de Norrköping et l’analyse de ce document de 26 pages est intéressant pour mesurer l’étendue de sa fortune à la fin de sa vie. Je ne présenterai ici que quelques pages caractéristiques.

Procès verbal de l’acte de succession de Heindrich Kuhlman (1693-1765) – première page.

Procès verbal, ouverture de l’inventaire

Ce jour, le 8 octobre de l’année 1765, se sont réunis des députés du tribunal de l’Hôtel de Ville (Rådhusrätten : juridiction municipale) dans la maison du défunt marchand Hinric Kuhlman, afin de dresser conformément à la loi l’inventaire et d’estimer la succession (qwarlåtenskap : « biens laissés par le défunt ») telle qu’elle a été trouvée au moment du décès.
Participent à cette succession les enfants du marchand Kuhlman :
– du premier mariage, les fils, les marchands Hinric Kuhlman et Johan Kuhlman ;
– du dernier mariage, les filles : Mademoiselles Christina Charlotta Kuhlman, dans sa 16e année (c’est-à-dire âgée de 15 ans), Sophia Elisabet dans sa 14e, Anna Maria dans sa 13e, et Sara Margareta dans sa 10e année, toutes présentes.
Sont également présents :
– le grand-père maternel des filles, le bourgmestre, le noble et très honorable Monsieur Petter Mortensson ;
– ainsi que le marchand Hans Ekhoff, afin qu’en cette occasion ils veillent aux droits des filles mineures.

Scellés, inventaire de l’étal, découverte d’une « disposition »

Au moment du décès, à la demande des personnes concernées, le bureau du défunt (birau/byrå : meuble de bureau, secrétaire, commode à tiroirs) a été mis sous scellés officiels. En revanche, l’étal de rue n’a pas été scellé en raison du marché imminent le 2 de ce mois; il a été, en présence des fils majeurs, de Monsieur le bourgmestre Mortensson et de Monsieur Hans Ekhoff, inventorié, les biens estimés, puis remis au marchand Johan Kuhlman pour qu’il en rende compte. On a ensuite ouvert le bureau et l’armoire, ainsi que chaque tiroir séparément et les papiers ont été examinés. Dans l’un des tiroirs, on a trouvé une disposition rédigée de la main du défunt, qui a été lue à voix haute. Le texte de cette disposition est ensuite donné en allemand.

Procès verbal de l’acte de succession de Heindrich Kuhlman (1693-1765) – Troisième page, son testament écrit en langue Allemande. Notez sa signature « Hindr.Kuhlman ».

Testament manuscrit en allemand

Je ne laisse pas « beaucoup » de biens au regard de pertes diverses indiquées par mes comptes), mais souhaite malgré tout déclarer fidèlement ce qui suit :
1) Mon corps devra être conduit à mon lieu de repos avec la plus grande sobriété.
2) Pour mes héritiers mineurs, je désigne comme tuteurs légaux mon beau-frère Jonas Braune et mon fils Johan. J’espère qu’ils administreront cette tutelle de manière à pouvoir en répondre devant Dieu et devant les hommes. Toutefois, ils ne devront rien entreprendre sans l’approbation de mon beau-père Monsieur le bourgmestre Petter Mortensson.
Dès après mon enterrement, ma boutique devra être inventoriée par Monsieur Hans Ekhoff et remis sans délai à mon fils Johan afin qu’il procède aux règlements.
3) Mon fils Johan devra veiller à ce que les créances soient recouvrées au plus vite, afin que mes créanciers soient, autant que possible, payés en temps utile, et payés intégralement et ce jusqu’au dernier sou, afin que je puisse, en homme honnête, reposer dans ma tombe.
4) Ma maison, avec ses bâtiments et pièces tels qu’ils figurent dans l’inventaire de l’an 1761, et en plus un bâtiment construit depuis, devra revenir à mon fils Johan pour une valeur de 16 000 dalers en monnaie de cuivre.
5) Mon fils Johan devra aussi conserver pendant deux ans, sans intérêt, l’héritage de mes quatre filles, à la fois du côté paternel et maternel. En contrepartie, il devra pendant ce temps les entretenir (nourriture, boisson, vêtements et toutes nécessités). Il devra surtout veiller à ce qu’elles soient élevées dans la crainte de Dieu et des vertus chrétiennes ; il devra tenir fidèlement cet engagement.
6) Si, durant la période mentionnée, l’un des enfants venait à se marier, il devra, dans les six mois suivant le mariage, verser à la personne concernée sa part d’héritage.
7) Ma part dans la filature de tabac devra revenir à mes quatre filles selon l’inventaire, en l’intégrant à leur part d’héritage. Le bénéfice de gestion qui resterait pendant ces deux ans devra aussi revenir à mon fils Johan, afin qu’il puisse au mieux entretenir ses sœurs.
8) Mon tissu/rideau en damas (damaste : damas, étoffe) avec ce qui lui appartient, ira à ma fille aînée Christi Lotta (Christina Charlotta).
9) Je ne souhaite pas que mes biens (argent, bijoux, literie, linge, etc.) soient vendus en vente aux enchères. Mes six enfants pourront se les partager par tirage au sort. Ce qui ne serait pas utile pourra, si nécessaire, être mis en vente lors d’une autre enchère.
Signature : Hindr: Kuhlman.

Procès verbal de l’acte de succession de Heindrich Kuhlman (1693-1765) – cinquième page, c’est le début de l’inventaire.

Intégration de la disposition et reprise de l’inventaire.

Les fils majeurs, ainsi que le grand-père maternel des filles, Monsieur le bourgmestre Mortensson, ont estimé que cette disposition devait être suivie ; elle est donc insérée dans le présent acte d’inventaire. Cependant, comme le tuteur désigné par le père pour les filles, le capitaine de navigation Jonas Braune est en voyage maritime à l’étranger, on n’a, pour cette fois, examiné que l’armoire et le bureau d’écriture; les livres de compte ont été laissés à Monsieur Johan Kuhlman, afin que la poursuite de l’inventaire puisse être effectuée une fois les livres fermés.
Année 1766, le 4 mars, l’inventaire après décès suit.

Argent comptant — transcription uniformisée (daler/öre)

Contante Penningar (argent comptant / espèces). Montants en daler kopparmynt (unité comptable). Lecture des montants : a:b signifie a daler b öre (ici, on utilise 1 daler = 32 öre).

1 médaille d’or de 11 ducats (à 36) — 396 daler 0 öre

5 ducats specie (à 36) — 180 daler 0 öre

½ ducat (½ dudit) — 18 daler 0 öre

1 médaille du roi Charles XI, 5 3/8 lod (lod : ancienne unité de poids ; ≈ 71,4 g si l’on retient 1 lod ≈ 13,28 g) à 9 — 48 daler 0 öre

1 pièce « carrée » — 4 daler 16 öre

1 pièce danoise de 2 marks — 4 daler 16 öre

2 riksdaler d’un mark — 4 daler 16 öre

5 pièces de 12 styfver (petites pièces) — 5 daler 0 öre

1 double couronne danoise — 15 daler 0 öre

1 klipping (type de pièce) — 2 daler 16 öre

1 decatoun (type de pièce) — 18 daler 0 öre

1 petite médaille « avec cœur » — 6 daler 0 öre

2 petites (diverses) — 6 daler 0 öre

2 riksdaler à 17 16/— — 35 daler 0 öre

1 demi (ditto) — 13 daler 4 öre

[illisible]

2 roubles à 15 — 30 daler 0 öre

1 quart (ditto) — 3 daler 24 öre

1 « Gjörtz R:r » — 9 daler 0 öre

4 pièces (ditto) — 18 daler 0 öre

6 caroliner à 2 8/— — 13 daler 16 öre

[illisible]

Estimation « aujourd’hui » de 5 éléments significatifs (ordre de grandeur)

  1. Médaille d’or “11 ducats” : 11 × 3,49 g ≈ 38,4 g d’or → 38,4 × 135≈ 5 200 €
  2. 5 ducats specie : 5 × 3,49 g ≈ 17,45 g d’or → 17,45 × 135 ≈ 2 355 €
  3. Maison / bien immobilier (testament : 16 000 daler) : 16 000 × 13 ≈ 208 000 €
  4. Part de navire (Skieppsdelar) — skuta “Die Glückliche Wiederkunft” : 4 000 daler : 4 000 × 13 ≈ 52 000 €
  5. Part de navire (Skieppsdelar) — galeas “Hedvig Beata” : 3 000 daler : 3 000 × 13 ≈ 39 000 €

Créanciers et débiteurs — liste (lecture partielle)

Débiteurs / créances à recouvrer (extraits)
Nom / mention Montant Note
Allander 145:-
Adelvård & Waststen 54:24
Mademoiselle Axborg 3:4
Carl Gyst. Ahlm 34:32
Controleur Björkman 40:-
Gottfried Björkman 155:20
Brasko 85:24
Actuarien Björkman 204:-
Maria Allard 13:28
Bangell 22:-
Madame Bonhoff 19:-
Inspector Burdelius 20:-
Inspector Callwagen 7:4
Eric Callwagen 35:8
Dan. Dahlgren 15:-
Neja Ekström 20:-
Casper Engren 19:16
Major Gyllenhammar 17:28
Axel Gullin 11:16
Lieutenant Hyckert 16:-
Petter Houbbert 9:-
Comminister Hult 23:-
Adjuncten Hallberg 52:-
Magister Kronstrand 19:16
Guldsmed L. Riberg 53:8
Consuln Richter 36:16
Inspector Fagnell 483:5
Doctor Sivers 25:4
Cornett Schöneidau 41:6
Commissarien Törling 17:4
Inspector Widman 214:-
Koppar Wahlberg 15:- et 60:20
(La série complète des pages “Fordringar” est plus longue ;
Créanciers / paiements (“Betalt til …”) — extraits
Mention Montant Note
Betalt til Hinric Kuhlman junior 1114:8
Dito til Johan Kuhlman 390:20
Juveleraren Eric Stenbom 65:-
Dito Lorentz Houbbert 41:4
Svenson i Ullmar 266:-
Änka Christine Nordstein 5000:-
« at 4 intresse » (intérêt) 300:-
Total Nordstein 5300:-

(1) littéralement Borgare peut se traduire par bourgeois. Dans ce cas il s’agissait d’une patente de commerce.

Les Kuhlman à Norrköping (1ere partie)

Après s’être installés en Ingrie (voir par ailleurs) à partir de 1641 et y avoir vécu jusque vers 1675 environ, le deuxième fils de Johan (1600-1649), Henric (ou Heinrich) retournera dans le nord de l’Allemagne dant la province de Wismar où ses fils, Johan, Heindrich et Joachim Adolf naitront dans les années 1690. Les Kuhlman ne restèrent pas très longtemps dans « la patrie de leurs pères » et viendront s’installer en Suède, à Norrköping à partir de 1718 jusque 1723. Mais pour comprendre ces migrations successives, il est important de comprendre le contexte politique de l’époque. C’est l’objet de ce premier chapitre consacré à l’installation des Kuhlman à Norrköping.

Texte signé de Johan Kuhlman, fils de Johan et frère d’Henric à Wismar daté du 8 octobre 1693.

La guerre entre la Russie et la Suède (1700–1721)

Entre 1700 et 1721, l’affrontement entre la Suède et la Russie constitue l’axe central de la Grande guerre du Nord (1700–1721), vaste conflit au cours duquel une coalition conduite par Pierre Ier cherche à renverser la suprématie suédoise en mer Baltique. L’enjeu dépasse la rivalité bilatérale : il s’agit, pour la Suède, de préserver un ensemble de possessions et de positions stratégiques autour du golfe de Finlande et de la Baltique, et, pour la Russie, d’obtenir un accès stable à la mer, de sécuriser ses frontières nord-ouest et d’imposer son rang dans l’équilibre européen. La guerre se déroule donc à la fois comme une suite d’opérations militaires et comme un processus de transformation de la puissance russe, où l’armée et la marine sont progressivement rendues capables de soutenir un conflit prolongé.
Le début de cette guerre tourne à l’avantage suédois. En novembre 1700, Charles XII inflige à Narva (1) une défaite majeure à l’armée russe. Ce succès, souvent lu comme la confirmation de la supériorité tactique suédoise, n’empêche pas Pierre Ier d’en tirer une leçon politique et organisationnelle : la Russie évite de s’effondrer, reconstitue ses forces et investit dans des instruments de guerre adaptés au théâtre baltique. Le choix stratégique de Charles XII est déterminant : plutôt que de poursuivre immédiatement la Russie, il consacre l’essentiel de son effort aux campagnes en Pologne-Lituanie et en Saxe (1701–1706), ce qui lui procure des gains politiques mais donne aussi au tsar le temps nécessaire pour consolider sa position à l’est de la Baltique. C’est dans cette dynamique que s’inscrit la fondation de Saint-Pétersbourg en 1703, acte hautement symbolique et pratique d’ancrage russe sur le littoral baltique.

La Bataille de Narva par Par Alexandre von Kotzebue.
La Bataille de Narva par Par Alexandre von Kotzebue.

Le renversement se produit lorsque la Suède tente de porter la guerre au cœur de la Russie. La campagne se solde par la catastrophe de Poltava (2) en 1709, bataille décisive qui détruit l’armée suédoise principale et contraint Charles XII à l’exil. À partir de ce moment, la guerre change de nature. La coalition anti-suédoise se recompose, les forces suédoises doivent tenir plusieurs fronts, et la Russie passe d’une posture de survie à une posture de domination progressive.

La Bataille de Poltava par Pierre-Denis Martin (1726).

Les années qui suivent voient l’érosion systématique de la position suédoise dans l’espace baltique : les dernières places suédoises au sud et à l’est de la mer Baltique finissent par être évacuées ou conquises, tandis que la Russie consolide un appareil militaire et naval désormais apte à soutenir des opérations combinées. Dans cette logique, l’occupation de la Finlande à partir de 1714 illustre la capacité russe à déplacer le centre de gravité du conflit vers les territoires de la monarchie suédoise.

Médaille représentant Charles XII ayant appartenu à Hendrich Kuhlman (1693-1765)
Médaille représentant Charles XII ayant appartenu à Hendrich Kuhlman (1693-1765). Cabinet des curiosités de la bibliothèque de Linköping. Don de la famille Kuhlman en 1840.

La mort de Charles XII lors du siège de Fredriksten (3), sur le front norvégien, fragilise la continuité stratégique suédoise et pèse sur les équilibres internes du royaume. C’est dans ce contexte que la Russie intensifie des opérations de déstabilisation directe du territoire suédois, connues sous le nom de rysshärjningarna (1719–1721). Ces raids avec débarquements, destructions d’infrastructures et incendies visent à accroître brutalement le coût de la guerre pour la Suède et à peser sur les négociations. À l’été 1719, ils frappent l’archipel de Stockholm et la côte orientale, et s’étendent vers le sud jusqu’à Norrköping. Le cas de Norrköping est particulièrement marquant : le 30 juillet 1719, la ville est attaquée et un incendie la détruit en très grande partie, épisode durablement ancré dans l’histoire locale.

Les conséquences sur les possessions suédoises en Poméranie

Même si le cœur du conflit est la baltique, la guerre a aussi des conséquences directes sur les possessions suédoises dans le Saint-Empire, en particulier la Poméranie suédoise. Les premières années du conflit n’y provoquent pas de bouleversements majeurs, mais à partir de 1714–1715, les adversaires de la Suède exploitent son affaiblissement : la place forte de Stralsund (port et pivot de la Poméranie suédoise) est assiégée et finit par capituler en décembre 1715, après la défense menée en personne par Charles XII à la fin du siège. La Poméranie est alors occupée et disputée, notamment entre le Danemark-Norvège et la Prusse. Le règlement politique est surtout scellé en 1720 : par le traité de Stockholm (paix suédo-prussienne), la Suède cède à la Prusse une partie significative de la Poméranie suédoise (dont Stettin et des territoires au sud de la Peene et à l’est du Peenestrom, ainsi que des îles). En revanche, par le traité de Frederiksborg (paix suédo-danoise), les zones de Poméranie occupées par le Danemark sont rendues à la Suède. Le bilan est donc une restauration partielle, mais accompagnée d’une amputation durable au profit de la Prusse, et d’un déplacement de centre administratif (Stettin cessant d’être la capitale au profit de Stralsund). La paix consacre finalement le basculement de puissance. Le traité de Nystad (10 septembre 1721) met un terme à la guerre entre la Suède et la Russie et clôt la Grande guerre du Nord. La Suède y reconnaît des transferts territoriaux majeurs au profit de la Russie (notamment en Estonie, Livonie et Ingrie) et un règlement concernant le sud-est de la Finlande. Au-delà des clauses, Nystad formalise un nouvel ordre baltique : la Suède cesse d’être la grande puissance régionale et la Russie s’impose comme puissance dominante sur la Baltique, avec un débouché maritime et une capacité militaire et navale devenue structurelle. En ce sens, la guerre de 1700–1721 n’est pas seulement une succession de campagnes ; elle marque une transition majeure de l’équilibre des puissances en Europe du Nord.

Lire la suite dans « La destruction de Norrköping », article à venir…

(1) La bataille de Narva est une bataille survenue au début de la grande guerre du Nord, le 30 novembre 1700 à Narva, dans le Nord-Est de l’Estonie. L’armée suédoise, commandée par le roi Charles XII, qui n’a pas encore dix-huit ans, y remporte une victoire totale sur l’armée impériale russe de Pierre le Grand.

(2) La bataille de Poltava (ou Pultawa) oppose le 27 juin 1709, dans le cadre de la grande guerre du Nord, l’armée de Pierre Ier de Russie et celle de Charles XII de Suède, soutenue par quelques cosaques de l’hetman Ivan Mazepa qui ne participeront pas à la bataille.

(3) Le siège de Fredriksten est une attaque des troupes suédoises du roi Charles XII contre les armées coalisées à la forteresse norvégienne de Fredriksten, dans la ville de Fredrikshald (aujourd’hui Halden). Alors qu’il inspecte ses troupes, Charles XII est tué par un projectile. Les Suédois ont rompu le siège et les Norvégiens ont conservé la forteresse[1]. Avec le traité de Nystad trois ans plus tard, la mort de Charles XII marque la fin de l’ère de l’Empire de Suède.

Neuvième édition du livre de Voltaire, édité à Bâle en 1753. Collection personnelle de l’auteur.

Sources : parmi les multiples sources évoquant Charles XII et la Grande Guerre du Nord, la plus remarquable est « L’Histoire de Charles XII Roi de Suède » par Voltaire. Un livre à recommander pour ceux qui s’intéressent à cette partie de l’Histoire.

Alger, printemps 1844 (1/8)

L’arrivée de Josef Kuhlman en Algérie – 1/8
Josef Kuhlman (1809-1876)
Josef Kuhlman (1809-1876)

À compter de ce jour et pendant plusieurs semaines, j’évoquerai l’arrivée de Josef à Alger en 1844. Certes, rien ne dit que les événements se déroulèrent rigoureusement de cette manière mais, ayant découvert petit à petit ce personnage empreint de curiosité , féru de culture et ouvert aux nouvelles expériences, il est bien possible que ce récit imaginé ne soit pas très éloigné des faits réels . Sa nomination en tant que Courtier Maritime étant datée de décembre 1844 , je juge probable que Josef soit arrivé dans la colonie quelques mois auparavant. J’ai donc daté son arrivée à Alger au printemps de l’année 1844.
Ainsi commence cette nouvelle en huit parties.

Plan général de la ville d’Alger et de ses faubourgs dressé d’après les documents les plus récents et accompagné d’une nomenclature de tous les noms de rues en français avec les étymologies ou les noms arabes en regard / par Mr A. Berbrugger, conservateur de la Bibliothèque et du Musée d’Alger, … ; gravé par J. Priet
Berbrugger, Adrien (1801-1869). BNF – Gallica

Un courtier suédois débarque dans une ville en pleine transformation.

Josef Kuhlman pose pour la première fois le pied sur le sol algérois en ce printemps de 1844. La rue de la Marine, par laquelle il fait son entrée dans la ville, grouille d’activité. Ici des porteurs chargés de ballots, là des marins en permission discutant sur le ports, des négociants discutant affaires ou encore des charrettes transportant des marchandises vers les entrepôts du port sont ces premières visions de la ville blanche. Pour ce jeune courtier maritime et de marchandises suédois venu s’établir à Alger, ce spectacle lui apparait à la fois familier et étrangement exotique. En débarquant du Charlemagne (1), il pense à son fils Sigurd, âgé de neuf ans et resté auprès de sa mère à Stockholm. Josef espère pouvoir le faire venir dans quelques années, quand sa situation sera plus stable. Mais pour l’instant, il doit se concentrer sur l’établissement de son activité commerciale.

Ce daguerréotype est considéré comme le plus ancien cliché pris à Alger, en 1844. Représentant les remparts de la ville d’Alger, il a été acheté par le ministère de la Culture et de la Communication auprès de Sotheby’s en 2013.

Quatorze années se sont écoulées depuis la prise d’Alger. Les anciens combattants de Sidi-Ferruch, ces vétérans qui débarquèrent le 14 juin 1830 — date anniversaire de la brillante victoire de Marengo — ne reconnaîtraient plus la cité qu’ils ont conquise. Débordés par la masse des nouveaux venus, disséminés à travers la ville et ses environs, ils ont cessé depuis longtemps de fêter chaque année leur glorieux fait d’armes au boulet du fort Neuf. Ce qui intéresse Josef, c’est l’avenir commercial que cette ville lui promet et qui représente en ce début d’année 1844 un carrefour stratégique entre l’Europe et l’Afrique, un port en pleine expansion où convergent marchandises, capitaux et ambitions à peine dissimulées.

Daguerréotype d’un photographe anonyme (2) datant également de 1844. Alger, le port.

En déambulant dans les rues lors de ses premiers jours, Josef mesure l’ampleur de la transformation urbaine qui se dessine. Avant l’occupation française, Alger présentait un visage radicalement différent. Les rues étaient étroites et d’une largeur inégale, offrant dans leurs nombreux détours des lignes imaginables faits d’un enchaînement interminable de maisons sans fenêtres extérieures. Dans les premières années qui suivirent la conquête de 1830, la transformation qui s’accomplit à grande vitesse changea la configuration de la ville. Il fallait tracer de grandes artères de circulation comme les rues de la Marine, la rue commerciale de Bab-Azoun menant à Bab-el-Oued. Pendant tout le temps de ces chantiers, les nouvelles rues traversaient des quartiers entiers en démolition, bordées de maisons détruites et en attente de reconstruction. Le Gouverneur Général a imposé ses exigences; il faut tracer des rues larges pour permettre le passage des voitures chargées de marchandises, remplaçant l’ancien système où tout se faisait à dos d’âne ou de mulet.

La rue de la marine à Alger. Collection personnelle de l’auteur.

Mais à présent, en 1844, cette phase destructrice appartient au passé et d’élégantes maisons à arcades bordent désormais ces artères principales. Josef remarque particulièrement la qualité architecturale de certains nouveaux bâtiments. En passant devant l’hôpital civil, Josef s’arrête pour contempler cette architecture d’un genre nouveau pour lui. Pas de doute, on se trouve bien en Orient.

Plan général de la ville d’Alger et de ses faubourgs (extrait). 1846. BNF – Gallica.

L’une des premières démarches de Josef, dès son arrivée, consiste à se présenter au consulat de Suède et Norvège. Pour tout Suédois s’établissant à l’étranger, en effet, le consul représente non seulement l’autorité officielle de son pays, mais aussi un précieux conseiller et un point de contact avec la communauté d’origine.

La suite dans un prochain numéro …

(1) voir l’article intitulé « Voyager de Stockholm à Alger en 1844 ».

(2) Certains attribuent ce daguerréotype à Joseph-Philibert Girault de Prangey. Né Joseph-Philibert Girault à Langres le 20 octobre 1804 et mort à Courcelles-Val-d’Esnoms le 7 décembre 1892, est un archéologue, photographe, dessinateur et éditeur d’art français. En février 1842, Girault entreprend un voyage en Orient. Ce voyage le mène aux confins de la Méditerranée orientale : Grèce, Asie Mineure, Proche-Orient et Égypte. Lors de ce voyage, il utilise son nouvel outil de travail : le daguerréotype. Même si on peut retrouver des similitudes entre ces daguerréotypes anonymes d’Alger à Girault de Prangey, sa présence à Alger en 1844 n’est pas avérée.

Medevi Brunn

Medevi Brunn, Högbrunnen, de nos jours. Photographie prise en août 2022.

C’est à Medevi Brunn, une petite station thermale située à une centaine de kilomètres à l’ouest de Norrköping, au bord du lac Vättern, que le professeur Johan Henric Lidén (1) et le marchand Johan Kuhlman se croisèrent pour la première fois pendant l’été 1772. De cette rencontre naitra une longue amitiés et Lidén, malade, sera passera les dix-sept dernières années de sa vie dans la maison des Kuhlman à Norrköping.

Johan Kuhlman (1738-1806)
Johan Kuhlman (1738-1806) par le peintre Pehr Horberg.
Portrait de Lidén par le peintre Magnus Hallman
Portrait de Lidén par le peintre Magnus Hallman

Medevi Brunn, dans l’Östergötland, est l’un de ces lieux suédois où l’histoire de la médecine rejoint celle des sociabilités. Créée le 25 juillet 1678 lorsque le médecin et savant Urban Hjärne viendra y examiner la source à la demande de Gustav Soop, qui souhaitait établir en Suède une cure comparable à celles qu’il a vues à l’étranger. L’analyse confirma l’eau comme digne d’un véritable établissement de cure. Dès juillet 1679, une première visite royale est attestée, suivie d’autres passages en 1687 et 1688. À la fin du XVIIe siècle, on ne venait déjà plus seulement y boire une eau minérale mais participer aux rencontres estivales de la haute société Suédoise.

Carte dressée par le cartographe Fridrik Ekmanson (2)
Les logements des curistes, photographie prise en août 2022.

Au XVIIIe siècle, Medevi devient un des grands rendez-vous de l’été. La cure, telle qu’on la conçoit alors, associe l’eau, l’air, la marche et la conversation. On y cherche un soulagement, mais aussi des rencontres au cours de promenades, échanges de nouvelles, lectures, rencontres entre noblesse, bourgeoisie aisée, clergé et milieux lettrés. Cette dimension mondaine et intellectuelle, loin d’être accessoire, faisait partie du “traitement” au sens large : on y réparait le corps et l’esprit, et l’on se rassénérait en s’éloignant, pour quelques semaines, des contraintes de la vie ordinaire. La cure du roi Gustaf IV Adolf en 1798 illustre la renommée de Medevi à l’échelle du royaume, tandis que la station se dote au fil du temps d’un patrimoine bâti qui fixe son identité, notamment avec Högbrunnen (1809), devenu l’un des marqueurs de sa silhouette historique.

Medevi Brunn, 1798. « Vue du parc d’agrément de Medevi, où Sa Majesté le roi Gustave IV Adolphe, lors de sa cure en 1798, offrit un gouté à tous les invités. Gravure à l’aquatinte de Carl Fredrik Akrell en 1803 d’après un dessin de C. J. Fahlcrantz.

C’est précisément lors de ces rencontres d’été que Johan Henric Lidén et Johan Kuhlman se croisent pour la première fois en 1772. Les années qui suivent vont voir les deux amis rechercher ensemble du soulagement, l’un pour sa goute chronique et l’autre pour sa « maladie de la pierre ». C’est bien à Medevi que se noue leur longue relation. Johan Kuhlman n’est pas un simple curiste de passage. Installé à Norrköping, à la tête d’une entreprise prospère héritée de son père, développée à partir des années 1720, il incarne la bourgeoisie entreprenante et respectée et surtout un homme que la réussite n’a jamais détourné des livres. Il lit, collectionne, suit l’actualité littéraire. Lidén trouve en lui une intelligence sœur et bientôt un ami pour la vie.

Aphorisme de Johan Henrik Lidén dans le livre d’Or de Johan Kuhlman.
« Pour quelle raison la guerre obscurcit la sainteté de la terre ?
Dicté durant mon congé de maladie à Norrköping, le 21 juin 1792
d’un invité malade à un vieil ami de seize ans ».
J.H. Liden

Plus tard, au XIXe siècle, Medevi perfectionne ce qui en fait un petit monde à part : la musique y prend une place importante et, à partir des années 1870, l’orchestre et les traditions de promenades collectives contribuent à cette atmosphère si particulière où la cure devient presque une chorégraphie sociale.

Une lettre de Lidén à Johan Kuhlman, écrite depuis Aix‑la‑Chapelle le 27 avril 1775, donne à cette mémoire une tonalité intime. Il y confie que Medevi lui restera “toujours cher, pour les bonnes rencontres” qu’il y a faites, et il évoque avec émotion la naissance de leurs liens profonds.

La pharmacie de Medevi Brunn, photographie prise en août 2022.

Le XXe siècle rappelle enfin que Medevi n’est pas qu’un décor figé dans le temps et pendant la Seconde Guerre mondiale, le site sert de lieu d’accueil pour accueillir des réfugiés. Puis, au début des années 1980, un autre tournant survient avec le retrait des formes anciennes d’organisation des cures ; la question de la conservation et de la transmission d’un patrimoine vivant se pose, qui trouvera un cadre durable avec la création d’une fondation en 1996. Ainsi, de 1678 à nos jours, Medevi Brunn apparaît moins comme une simple source que comme une illustration de vie « Gustavienne ». Un lieu où la santé, les relations sociales et les destins individuels s’entrelacent.

Visitez Medevi Brunn, la plus ancienne source thermale des pays nordiques encore en activité. Ouverte tous les jours pendant la saison thermale, elle vous permet de boire son eau bienfaisante directement à la source, de participer à une visite guidée et de découvrir l’histoire qui imprègne encore les lieux.

(1) Johan Hinric Lidén (7 janvier 1741 – 23 avril 1793) était un érudit, philosophe, bibliographe, humaniste et critique littéraire suédois. Son œuvre la plus célèbre est sa thèse de doctorat sur l’histoire de la poésie suédoise, intitulée Historiola litteraria poetarum Svecanorum (1764) .

(2) Fridrik Ekmanson, Géomètre et cartographe pour l’Östergötland. Né en 1750 et décédé en 1820. Domicilié à Gåvarp Mjölby puis Ålahorva. On lui doit nombre de cartes dont celles de Medevi Brunn où Johan Kuhlman et Lidén se sont rencontrés et retournés plus d’une fois.

« Ce que la nature subit, en d’autres lieux, de la part de cultivateurs négligents et ignorants, est fructifié à Rödmossen par Johan Kuhlman. Dans la vie adulte, vous récoltez les fruits de votre travail et, par la suite, on se souviendra de votre nom avec un sentiment de gratitude ».
Rödmossen le 17 octobre 1795
Fridrik Ekmanson