La ferme « Saint-Joseph »

On savait que Joseph Kuhlman (voir la biographie correspondante), père de Sigurd, habitait principalement Alger, en raison de ses fonctions de Courtier Maritime et traducteur assermenté puis de Consul Général. Une lettre cependant, qu’écrira Joseph à sa soeur Ingeborg, restée à Norrköping en Suède, lettre écrite en français de surcroit, semblait indiquer que les Kuhlman possèdaient une propriété à Bourkika. Dans cette lettre, Joseph informe Ingeborg qu’il doit faire venir à Alger son ami de Maupas qui se trouve en ce moment à Bourkika dans sa propriété. Sachant que Sigurd et Louise Chapotin se sont mariés à Marengo et qu’à sa mort en 1890, Victoire Chapotin, mère de Louise, est indiquée vivant à Bourkika dans la propriété de son gendre, on pouvait aisément imaginer que les Kuhlman avaient bien à Bourkika une propriété.

C’est un acte de vente d’une grande propriété de 139 hectares en 1895 à un certain Aupêche, qui deviendra des années plus maire de Bourkika, qui nous en apprend un peu plus. L’acte de vente mentionne Joseph Kuhlman comme premier propriétaire puis Sigurd et datant de la fin des années 1850. Et il existe une photo sous forme de carte postale de cette ferme, renommée pompeusement « le Chateau Aupêche » à Bourkika.

la ferme Saint-Joseph propriété des Kuhlman à Bourkika
Cette maison au centre du village existe toujours et a même servi de lieu de tournage d’un film algérien sorti en 1987 d’Amar Laskri intitulé « les portes du silence ».

Sur cette carte militaire du canton de Marengo datant de 1899, on distingue bien l’emplacement de la ferme Kuhlman au sud de Bourkika, sur la route de Ameur el Aïn. Cette propriété, en plus des 139 hectares de vignes et autres plantations, comportait au centre du village quatre lots de concessions et sur un de ces lots, la ferme Saint-Joseph.

Extrait de la carte d’Etat Major publiée en 1889.

Le Superkargo Braad (1728-1781)

En 4 juin 1772, alors âgée de 18 ans, Sara Margaretha Kuhlman, sœur de Johan et Henric se marie avec un navigateur de la Compagnie des Indes Orientales, Christopher Henric Braad qui a alors 35 ans.

silhouette de Braad. Musée de Finlande

Christopher Henric (Henrik) Braad (1728–1781) naît à Stockholm en 1728, fils aîné de Poul Braad (d’origine danoise) et de Gertrude (originaire de Torneå, dans l’extrême nord de la Suède). Après un déménagement familial à Norrköping, il reçoit une éducation par tuteurs, dont Eric Walbom (1710–1773), qui devient un ami durable. Entré très jeune à l’université d’Uppsala, il s’y ennuie vite, déjà très cultivé et polyglotte, et passe ensuite par un emploi de bureau à Stockholm où il acquiert une écriture “administrative” soignée. À 19 ans, il rejoint la Compagnie suédoise des Indes orientales comme cadet et gravit les échelons jusqu’à un poste très élevé (premier « supercargo », chef d’expédition), menant des voyages vers Canton et Surat et rédigeant des récits détaillés qui fondent sa réputation. Vers la fin de sa vie, il écrit une courte autobiographie et commence un récit plus développé, mais il meurt en octobre 1781, quelques mois après l’avoir entamé ; après sa mort, sa vaste bibliothèque et ses papiers sont dispersés et conservés dans plusieurs institutions.

Publication du mariage de Sara Margaretha Kuhlman et Christopher Henric Braad.
Publication du mariage de Sara Margaretha Kuhlman et Christopher Henric Braad.

Contrairement à d’autres grands navigateurs, Braad est peu connu et son œuvre, considérable, reste encore inexploitée. L’historien Jeremy Franks est un des rares chercheurs s’étant penché sur ce personnage. Dans un article de la revue The Linnean publié en janvier 2005 intitulé “Reports to the Swedish East India Company: the Indian and eastern years (1748–62) of Christopher Henrik Braad (1728–81), l’auteur explique qu’il existe un ensemble de manuscrits encore inédits (environ 300 000 mots) liés aux années asiatiques de Braad (1748–1762), documents que des biographes de Linné (1) n’ont pas vraiment exploités faute d’accès ou lecture du suédois. Il situe Braad comme un voyageur et rédacteur exceptionnellement prolifique pour la Compagnie suédoise des Indes orientales, avec des voyages et séjours en Asie plus longs et plus documentés que ceux des disciples linnéens voir de Linné lui même.

Drawing of the Dutch burial ground at Surat, by Braad
Dessin de Braad, cimetière Hollandais à Surat.

Franks va même plus loin en émettant l’hypothèse que si les écrits de voyage de Braad avaient été publiés, ils auraient pu réduire l’importance accordée à d’autres sources associées au cercle de Linné — en particulier les lettres d’Olof Torén, présenté comme un collecteur et observateur officiel au service de la construction du prestige scientifique de Linné. Les écrits de Torén représentent, selon lui, 9 000 mots non illustrés, alors que le journal de Braad ferait environ 140 000 mots (uniquement pour Surat) et inclut des relevés, épitaphes, croquis, cartes, etc. Franks suggère même une intention possible : que le maintien de Braad dans l’ombre ait été de permettre à Linné de “créer” un apôtre (Torén) et de devancer Braad en tant qu’auteur.

Les voyages de Christopher Henric Braad :

1er voyage : de janvier 1748 à juillet 1749, sur le navire le Hoppet. Décrit, à l’aide d’inscriptions soignées dans son journal, des informations précieuses, qui ont été présentées à la compagnie et lui ont valu la faveur de ses supérieurs. Il laisse une représentation depuis Canton du mouvement animé sur le fleuve et de la vie des Chinois sur celui-ci. « Les Chinois se caractérisent par la recherche du profit, « spéculatif, maniable, rapide à saisir une chose ». Dans cette dernière relation, le lot le plus précieux concerne l’Inde, en particulier Surat. Dans un second document il laisse des descriptions historiques et géographiques des différents pays et localités visitées.

Le Gotha Leijon
Dessin de Carl Jehan Gethe, d’après son « Dagbok » , voyage du Gotha Leijon de la Companie Suédoise des Indes Orientales du 18 octobre 1746 au 20 juin 1749.
Le Gotha Leijon
Dessin de Carl Jehan Gethe, d’après son « Dagbok » , voyage du Gotha Leijon de la Companie Suédoise des Indes Orientales du 18 octobre 1746 au 20 juin 1749.

2e voyage: d’avril 1750 à juin 1752 sur le navire Le Gotha Leijon. Séjourne longtemps à Surate et dans d’autres ports de la côte de Malabar.

3e voyage : 1753 à 1759. 1er assistant. Envoyé à Canton puis aux Indes afin d’obtenir des renseignements sur les conditions commerciales en Inde. Avec un navire anglais, il se rendit en novembre 1754 au Bengale.Prend son quartier général à Surat, qui était encore à l’époque l’un des principaux centres du commerce indien, et de là a fait des voyages à Ceylan, sur la côte de Malabar et dans le sud de l’Arabie, qui, cependant, n’ont pas répondu à ses attentes, car le Mokka ne jouait plus du tout le même rôle qu’avant.

Dans des rapports à l’entreprise, qui ont été en partie transmis par des intermédiaires français, il a fait part de ses observations, sur le commerce des Danois au Bengale et les plans commerciaux prussiens. Afin de ne pas éveiller les soupçons des autorités anglaises, il agi en tant que scientifique itinérant en mission de l’Académie des sciences. Il a été bien accueilli, si dans certains endroits, comme à Calcutta, il cherche à explorer son entreprise, par les Anglais à Surate, il était traité comme un compatriote.

Entreprend le voyage de retour sur un navire anglais en 1758, mais celui-ci a fait naufrage à Limerick, où ses collections ont été en grande partie perdues. Le résultat des enquêtes de Braad en Inde était que la guerre attendue entre l’Angleterre et la France pouvait être considérée comme une situation favorable aux plans suédois. Il établi un comptoir Suédois à Surat, où les coûts seraient nettement inférieurs à ceux du Bengale et où de grands avantages s’offraient pour la vente des marchandises, l’achat de coton pour l’exportation vers la Chine.

4e voyage : avril 1760 à aout 1762, sur le navire le Riksens Stander. Navigue comme « Superkargo » (dirige l’expédition) sur le navire Riksens Stander pour réaliser ses plans pour comptoir suédois à Surat. L’entreprise n’a pas été couronnée de succès. La méfiance des Anglais a causé de nombreuses difficultés et les relations avec les dirigeants indigènes sont devenues tendues. Pendant vingt jours, Braad et une partie de son entourage furent enfermés dans le comptoir suédois par des troupes envoyées par le prince indigène. Cependant, grâce aux « mesures prudentes prises », toutes les sanctions les plus sévères ont été évitées et le voyage a pu se poursuivre vers la Chine.

Dans un prochain article j’évoquerai la première rencontre entre Christopher Braad et Johan Kuhlman et un cadeau offert par le navigateur à son beau-frère et ami.

Sources : tous les travaux de l’historien Jeremy Franks ainsi que la page dédié à Braad aux archives royales de Suède (https://sok.riksarkivet.se/sbl/Presentation.aspx?id=18029)

(1) Carl Linnæus, puis Carl von Linné (on trouve aussi Charles de Linné en version française) après son anoblissement, est un naturaliste suédois né le 23 mai 1707 à Råshult et mort le 10 janvier 1778 à Uppsala qui a posé les bases du système moderne de la nomenclature binominale. Considérant que la connaissance scientifique nécessite de nommer les choses, il a répertorié, nommé et classé, systématiquement, l’essentiel des espèces vivantes connues à son époque, en s’appuyant sur ses observations, ainsi que sur celles de son réseau de correspondants.

La Commission d’enquête de 1863 sur l’Algérie

Suite à la lettre publique de Napoléon III adressée au Maréchal Pélissier le 6 février 1863, alors Gouverneur Général de l’Algérie, le Sénat décide d’envoyer une commission d’enquête à Alger en mars et avril de cette même année. Cette lettre, publiée dans Le Moniteur Universel, marquait un tournant majeur dans la politique coloniale française envers l’Algérie et en France comme en Algérie les débats faisaient rage. Josef Kuhlman, installé à Alger comme courtier maritime depuis bientôt vingt faisait partie des personnes consultées et y tint des propos novateurs pour l’époque.

vue panoramique d'alger en 1865
Vue panoramique du port d’Alger. Collection personnelle de l’auteur.

Dans sa lettre, l’empereur affirmait que « l’Algérie n’était pas une colonie proprement dite, mais un royaume arabe », et insistait sur la nécessité de protéger les droits des populations indigènes (Arabes et Berbères) au même titre que ceux des colons européens. Il appelait à limiter l’expansion coloniale agricole, à reconnaître la propriété collective des tribus sur leurs terres traditionnelles, et à favoriser un équilibre économique entre les communautés pour éviter les spoliations et promouvoir une cohabitation pacifique. Cette déclaration a provoqué un vaste réexamen des affaires algériennes, incluant des aspects économiques comme le commerce et la navigation, car la réforme foncière (qui affectait directement l’agriculture, principale source d’exportations comme les céréales) avait des implications sur les échanges commerciaux. Les motifs de la réforme ont été présentés au Sénat le 9 mars 1863, menant à des débats intenses en mars et avril, et culminant avec le vote du sénatus-consulte du 22 avril 1863 sur la propriété foncière. L’enquête sur le commerce (documentée dans un rapport publié la même année) visait à évaluer l’état des échanges et de la navigation pour soutenir cette nouvelle orientation politique, en réponse aux critiques sur la gestion coloniale antérieure et aux défis économiques (comme les faillites de maisons de commerce ou les déséquilibres commerciaux).

Le rapport Enquête sur le commerce et la navigation de l’Algérie (mars–avril 1863) rassemble les matériaux d’une enquête officielle menée à Alger pour apprécier, très concrètement, comment les règles commerciales et maritimes influencent le développement économique de la colonie. On y trouve à la fois un rappel structuré des textes applicables depuis 1830 (ordonnances, lois et décrets), des tableaux statistiques sur le mouvement du commerce et de la navigation, un questionnaire, et surtout les procès-verbaux des séances d’audition. L’enquête est conduite par un Conseil supérieur d’enquête présidé par M. de Forcade La Roquette (sénateur), avec notamment le directeur des douanes Duserech, le Conseiller d’Etat Mercier-Lacombe, l’Inspecteur Général des finances de Maisonneuve, le capitaine de frégate et directeur du port d’Alger de Maisonneul, le maire d’Alger Sarlande, baron de Vialar Président de la Chambre consultative d’agriculture et bien sûr le général Yusuf qui était un des rares à soutenir la politique de l’Empereur. Le Conseil entend des acteurs économiques “par professions” (courtiers maritimes, négociants, industriels, agriculture), et les débats reviennent constamment sur un même arbitrage : protéger le pavillon français et certaines positions acquises, ou libéraliser davantage pour abaisser les frets, attirer des navires, et fluidifier les échanges.

enquete sur le commerce et la navigation de l'algerie 1863

Dans ce cadre, Joseph Kuhlman intervient comme l’un des courtiers maritimes auditionnés (groupe “Courtiers maritimes”, aux côtés notamment de Saunier, Chappuis, Gentili, Neilson). Sa ligne est nette et répétée : il faut supprimer le droit de tonnage, qu’il considère comme un mécanisme qui renchérit artificiellement le transport et finit par pénaliser d’abord l’économie locale. Il soutient en substance que cette charge se répercute sur le coût d’affrètement et donc sur les prix payés en Algérie : pour lui, ce ne sont pas seulement les armateurs qui “subissent” la mesure, mais l’ensemble du marché, car le fret se renégocie à la hausse et l’Algérie en supporte le surcoût. Il insiste en particulier sur des marchandises lourdes et structurantes — il évoque notamment le charbon et le bois — pour lesquelles la moindre hausse de fret se voit immédiatement dans les prix et les conditions d’approvisionnement, et il fait de ce point un argument central en faveur de la suppression de la taxe : « si l’on supprime le droit de tonnage, le fret diminuera » et « ce sont les Algériens qui supportent l’augmentation ».

Joseph Kuhlman (1806-1876) courtier maritime puis consul général de Suède et Norvège en Algérie
Joseph Kuhlman, Courtier maritime à Alger en 1863

Josef Kuhlman rattache ensuite cette réforme à une stratégie d’attractivité portuaire. Selon lui, lever ce frein fiscal ne serait pas un simple ajustement comptable : ce serait un signal d’ouverture susceptible d’augmenter sensiblement le nombre d’escales, en particulier de navires étrangers. Il cite directement les pavillons espagnol et italien, en lien avec la question des traités et des équilibres de concurrence, et il affirme que la suppression du droit de tonnage « amènerait plus de navires », donc plus de concurrence et des conditions de transport plus favorables. Il ajoute un argument d’entraînement plus large : davantage de navires, c’est aussi davantage de liaisons régulières et de circulation humaine ; il évoque l’idée que « plus de courriers » signifierait aussi « plus de voyageurs / touristes », donc des dépenses locales supplémentaires, et au total une dynamique économique plus forte pour Alger et pour la colonie.

La tombe de Johan (1600-1648)

Il existe quelques traces de la tombe du Chevalier Johan Kuhlman. Suivant les époques, ces registres nobiliaires sont plus ou moins complets. Dans l’extrait ci-dessous, il est donné quelques précisions quant au lieu de la sépulture sans mention de son épouse. Sur d’autres, c’est l’inverse.

Extrait du registre : Frälsesläkter i Finland
intil stora ofreden af
Jully Ramsay

« Originaire de Bornhagenhoff en Ingermanland (Ingrie). Lieutenant Colonel. Fait chevalier le 23 juillet 1648, après sa mort, avec son frère Peter. Enterré en 1648 à Narva, où le colonel Frans Johnstone a offert 100 riksdalers pour sa sépulture dans l’église du château. Marié à Gertrud von Sipstein qui en 1662 vivait encore, veuve. En vertu de la décision de Norrköping, il s’est vu attribuer la juridiction de Ragoditsa ou Raditska (Bornhagenhof) et le village de Sergovitsa en Ingrie le 23.10.1641 ».

La ville de Narva fut presque entièrement détruite pendant la deuxième guerre mondiale. Seul est resté le château, dominant le fleuve Narva qui sépare l’Estonie de la Russie et faisant face à l’autre château d’Ivangorod, tout aussi imposant. En juillet 2023, nous nous rendirent à Narva et avons eu l’occasion de visiter le château de Narva avec un jeune guide, Klim Klimenko qui nous était réservé. Il n’y avait plus d’Eglise du Château donc plus de tombe certainement. Mais cette histoire était intrigante néanmoins car les archives n’avaient aucun document attestant de la présence d’une église à l’intérieur du château. Il y avait bien eu une église dans le village, détruite elle aussi, mais rien à l’intérieur du château à part une petite chapelle mais qui n’était pas utilisée du temps des Suédois et la disposition des bâtiments à l’époque ne permettait guère d’avoir un emplacement dédié aux sépultures des officiers, aussi importants furent-ils.

Plan de la ville de Narva, situé à l’extrémité orientale de l’Estonie, à la frontière russe, très finement exécuté. Avec une clé dans le coin inférieur gauche « A. Alte Stadt Narva. B. Neue Stadt. C. Schloss Ivanogavod. D. Brücke zwisschen Narva und Ivanogorod. ».En haut la rivière Narva.
chateau de Narva aout 2024

Quelques semaines plus tard et alors que je correspondais toujours avec notre jeune guide, il lui vient une idée que j’expose ici :

« A cette époque, sous la domination suédoise, la ville d’Ivangorod, de l’autre côté du fleuve, n’existait pas. À la place, il y avait bien la forteresse militaire d’Ivangorod, mais qui faisait partie de la forteresse de Narva et n’était pas considérée comme une structure défensive distincte. Mais comment aurait-il pu être enterré là-bas alors que la seule église de la forteresse d’Ivangorod était orthodoxe ?

J’ai alors vérifié les sources et découvert que pendant la domination suédoise, l’église orthodoxe construite au XVe siècle avait été rebaptisée et utilisée comme église luthérienne. De plus, dans les sources estoniennes, elle est mentionnée comme l’église du château de la forteresse de Narva. Ce n’est qu’une hypothèse, mais elle s’appuie sur d’autres éléments. Notamment, le domaine de votre ancêtre se trouvait de l’autre côté du fleuve, et il aurait peut-être été plus approprié de l’enterrer dans l’église militaire plus proche de chez lui. De plus, en termes d’espace, la forteresse d’Ivangorod était plus grande que celle de Narva et toujours quelque peu vide, ce qui rendait plus probable qu’elle dispose de place pour l’enterrement des officiers suédois ».

Notre visite à Narva n’avait pas comme seul objectif de retrouver la trace de Johan et sa tombe car je savais que la ville avait été détruite. Mais, il est donc probable ou possible que cette tombe existe encore car préservée dans la forteresse d’Ivangorod. Il ne reste plus qu’à attendre la fin de la guerre et espérer un laisser passer pour s’y rendre …

la Forteresse d'Ivangorod, août 2024.
la Forteresse d’Ivangorod, août 2024.

Les tableaux perdus

Johan Kuhlman (1738-1806). Tableau "perdu" à Marseille lors du rapatriement de Simone Kuhlman en 1960.
Johan Kuhlman (1738-1806). Tableau « perdu » à Marseille lors du rapatriement de Simone Kuhlman en 1960.

Au départ il y avait ces deux grandes photographies de tableaux, représentant Johan Kuhlman (1738-1806) et son épouse Margareta Sehlberg (1754-1841). Elles avaient été prises en 1950 par mon grand-oncle Pierre Caillet, mari de Germaine, la sœur ainée de ma grand-mère Suzanne Kuhlman. Les originaux étaient gardés par Simone la plus jeune des filles de Georges Kuhlman, fils de Sigurd et petit-fils de Josef, le Consul Général. Ces photographies, agrandies étaient annotées au dos précisant les personnages ainsi que leurs dates de naissance et de décès. Ces mentions, même si elles comportaient quelques erreurs découvertes par la suite, ont été d’une grande aide pour la suite de l’enquête. Ce point de départ m’a permis de retrouver un grand nombre de documents aux archives Royales de Suède et dans les archives de Norrköping, la ville des Kuhlman.

Margaretha Selhberg (1759-1841). Tableau "perdu" à Marseille lors du rapatriement de Simone Kuhlman en 1960.
Margaretha Selhberg (1759-1841). Tableau « perdu » à Marseille lors du rapatriement de Simone Kuhlman en 1960.

La perte de ces tableaux, même si on en parlait peu dans la famille, a été inestimable, surtout lorsque je découvris bien plus tard l’auteur de ces peintures. Mais … pour mon enquête il est bien possible que cette perte ait été d’une aide précieuse voire déterminante. En effet, il est assez courant dans ces tableaux familiaux, rarement annotés, d’en perdre au fil du temps la provenance et la nature. La chance finalement est que Pierre Caillet les ait pris en photo lors du partage des tableaux familiaux, photographies qu’il a lui même annotées en rajoutant tout ce qui était connu au début des années 1950… Un mal pour un bien.

Annotations au dos des photographies des tableaux de Johan Kuhlman et Margareta Kuhlman, née Sehlberg. Collection personnelle de l'auteur.
Annotations au dos des photographies des tableaux de Johan Kuhlman et Margareta Kuhlman, née Sehlberg. Collection personnelle de l’auteur.