Louis-Jacques Bresnier (1814–1869)

Premier professeur d’arabe à Alger — Orientaliste et philologue

J’évoque ici le personnage du professeur Bresnier car sa photographie, en format carte de visite, figure dans l’album familial des Kuhlman. Josef, Sigurd, ou très probablement Ovar Lafitte — maire de Cherchell et parfait arabophone —, l’ont certainement croisé, voire ont suivi ses cours.

Origines et formation
Louis-Jacques Bresnier (1814-1869). Collection personnelle de l’auteur.

Louis-Jacques Bresnier naît le 11 avril 1814 à Montargis (Loiret). Il reçoit une formation humaniste classique avant d’intégrer l’École des langues orientales vivantes à Paris, où il devient l’un des élèves les plus brillants du grand orientaliste Silvestre de Sacy (1758–1838), figure tutélaire de l’arabisme français.

Cette filiation intellectuelle est décisive : Bresnier hérite d’une approche scientifique et normative de la langue arabe, fondée sur la maîtrise de l’arabe classique et coranique, qu’il opposera toujours à la simple pratique orale de l’arabe dialectal.

En 1836, sur demande du ministre de la Guerre, Silvestre de Sacy désigne Bresnier — l’un de ses meilleurs élèves — pour aller fonder à Alger l’enseignement officiel de la langue arabe. Il est ainsi le premier professeur d’arabe à y être officiellement nommé.

Bresnier supplante alors Joanny Pharaon, fils d’interprète égyptien, qui avait dispensé des cours informels depuis 1832-1833 mais dont les capacités avaient été mises en doute par Sacy et Caussin de Perceval. La nomination de Bresnier représente la volonté du ministère d’asseoir un enseignement scientifiquement fondé, inscrit dans la tradition parisienne de la haute philologie orientale. Il inaugurera son cours public en janvier 1837, dans une ancienne mosquée reconvertie en école, et entame dans le même temps un cours d’arabe au collège d’Alger dès octobre 1836.

L’enseignant : méthode et pédagogie

Sa leçon inaugurale de 1837 donne le ton de sa mission : « L’étude sérieuse de l’arabe, sur une terre où cette langue est parlée depuis une longue suite de siècles, (…) peut offrir à notre patrie d’immenses avantages en amenant des relations plus fréquentes avec les indigènes, et en nous faisant mieux connaître et mieux apprécier le caractère de peuples que nous sommes appelés non seulement à gouverner, mais encore à initier peu à peu aux vastes idées de notre civilisation. »

Il organise son enseignement en deux sections, une pour la langue parlée (arabe algérien ou « barbaresque ») et une pour la langue écrite (arabe littéral / classique).

Bresnier, profondément marqué par Sacy, fera cependant de la maîtrise de l’arabe littéral la condition préalable à tout apprentissage sérieux de l’arabe parlé. Il dispense ses cours cinq fois par semaine. Ses auditeurs sont principalement des officiers, des magistrats, des fonctionnaires et des colons. La grande mobilité des militaires nuit toutefois à la continuité de l’enseignement. En 1862-1863, il annonce une quarantaine d’auditeurs sérieux, notamment après la création du collège arabe-français d’Alger qui lui fournit un vivier de jeunes professeurs désireux d’apprendre la langue.

L’œuvre philologique

Bresnier est l’auteur de plusieurs ouvrages devenus classiques de l’arabisme colonial :

1846 — La Djaroumia (édition d’al-Āǧurrūmiyya) Édition de la grammaire arabe traditionnelle composée à Fès au XIVe siècle par Ibn Āǧurrūm, base de l’enseignement dans les écoles coraniques maghrébines. Bresnier la destine à établir « pour les personnes qui étudient l’arabe en Algérie, les bases de cette langue telles que les conçoivent les Arabes eux-mêmes ».

1846-1847 — Leçons théoriques et pratiques Cours autographié par Bresnier lui-même, faute de pouvoir composer certains textes arabes en caractères mobiles. Ouvrage destiné à un public déjà initié aux principes de la langue.

1855 — Cours pratique et théorique de langue arabe (œuvre maîtresse) 668 pages, publiées à Alger chez Bastide. Cet ouvrage riche et ambitieux couvre la lecture, la grammaire, le style, les éléments de prosodie, et comprend un Traité du langage arabe usuel et de ses divers dialectes en Algérie. Le frontispice, une lithographie orientaliste en couleurs de Ch. Perlmann, porte en arabe le titre :

« La clef de la langue et des belles-lettres, pour ouvrir les trésors des connaissances des Arabes »

1867 — Principes élémentaires de la langue arabe Manuel synthétique, dans lequel Bresnier affirme encore :

« La langue arabe ne peut être apprise en Algérie de la même manière qu’en Europe, où elle n’a pour but que les hautes spéculations de la science. Elle doit ici s’appliquer, en outre, à des usages analogues à ceux de notre langue nationale, et par conséquent être appuyée à la fois sur la pratique et la théorie. La seule routine sans principes ne présente qu’un chaos obscur, et confine à jamais celui qui s’y livre exclusivement dans une impasse. »

1871 — Chrestomathie arabe, Lettres, Actes et Pièces diverses avec traduction française (posthume) Publié par la Librairie Adolphe Jourdan à Alger.

Le puriste face à la réalité dialectale

L’une des tensions fondamentales de l’œuvre de Bresnier est son rapport à l’arabe algérien parlé. Bien qu’il ait longuement étudié les dialectes locaux dans son Cours de 1855, formulant des remarques pertinentes sur l’influence de l’entourage consonantique des voyelles, la structure syllabique des mots ou le caractère non systématique de certaines correspondances temporelles, il ne voit dans l’arabe usuel qu’un « patois condamné à terme », une langue « fautive » par rapport à la norme classique.

La linguiste Sylvette Larzul résume bien ce paradoxe :

« Le puriste qu’est Bresnier ne voit dans l’arabe usuel qu’une langue fautive, un ‘patois’ condamné à terme et, même si sa position de titulaire de la chaire d’arabe à Alger le conduit à étudier de près l’arabe algérien, il ne cherche pas à développer et à systématiser ses observations dans une publication. » (Larzul, Sylvette. « Grammatisation et lexicographie de l’arabe algérien au XIXe siècle », Synergies Monde arabe n° 7, 2010)

Cette posture puriste l’éloigne des interprètes militaires qui maîtrisent l’arabe parlé par la fréquentation quotidienne des populations. Elle lui vaut également des relations tendues avec l’inspection académique d’Alger, qui lui reproche son approche trop savante et son manque d’intérêt pour la formation des moins lettrés.

Dernières années et mort

En 1865, Bresnier est nommé professeur d’arabe à la nouvelle École normale d’Alger, ce qui lui vaut enfin un traitement financier amélioré. Tout au long de sa carrière, il exprime le souhait de retourner à Paris — visant un poste à la Bibliothèque impériale, au Collège de France ou à l’École des langues orientales — sans jamais y parvenir. Il meurt le 21 juin 1869 à Alger, frappé d’une attaque d’apoplexie en entrant à la bibliothèque où il allait donner son cours — une mort symboliquement fidèle à une vie entière consacrée à l’enseignement. À sa mort, sa chaire d’arabe du lycée d’Alger est reprise par Louis Machuel, l’un de ses propres élèves.

Principales sources
  • Wikipédia — Article « Louis Jacques Bresnier », fr.wikipedia.org
  • Messaoudi, AlainLes arabisants et la France coloniale. 1780-1930, ENS Éditions (OpenEdition Books), chapitre IV « Hésitations, dissensions politiques et métissages »
  • Larzul, Sylvette — « Grammatisation et lexicographie de l’arabe algérien au XIXe siècle », Synergies Monde arabe n° 7, 2010, Gerflint, pp. 89-100
  • Catalogue Drouot — Notice du Cours pratique et théorique de langue arabe (1855), Gros & Delettrez
  • Faucon, NarcisseLe Livre d’or de l’Algérie, Challamel et Cie, Paris, 1889

La Défense de Norrköping à l’époque moderne (XVIIe–XIXe siècles) – (5/5)

Les redoutes armées, le dispositif de surveillance et les nouvelles fortifications
1. Les travaux de von Röök

Le colonel von Röök entreprit les travaux sur les redoutes avec l’aide des paysans (bönder) du Vikbolandet, réquisitionnés sur ordre du gouverneur. Dès le 5 octobre 1788, le pavillon de l’Amirauté (Amiralitetsflaggan) put être hissé à Skänäs — geste symbolique marquant l’entrée en service de l’ouvrage.

Les redoutes de Norrköping. Archives militaires de Suède.
2. Le système de feux de guet (Varseleld)

Des feux de guet (varseleld) munis de tonneaux de goudron (tjärfat) furent établis en plusieurs points stratégiques. Les guetteurs des tours (tornvaktare) reçurent l’instruction de surveiller en permanence les feux à Hammarudden, sur la colline de Björnviken (Björnvikensberget) et dans les montagnes de Kvillinge (Kvillingebergen) ; en cas d’allumage, ils devaient sonner les cloches (klockorna) sans délai.

3. L’armement des redoutes

Les travaux se poursuivirent sous la direction de la Défense-Députation (Försvarsdeputationen). La redoute de Skänäs fut équipée de :

  • 16 canons en fer de dix-huit livres (artonpundiga järnkanoner) dans la cuirasse (kirasspansar),
  • 8 canons de rapport de trois livres (trepundiga rapportkanoner) dans les flancs côté terre,
  • Le tout entouré de palissades (palissader) et de chevaux de frise (spanska ryttare).
Dessin 3D d’après le plan d’époque de la redoute de Skänas.

Sur Säterholmen, 7 canons en fer furent déployés, dont aucun ne pesait moins de dix-huit livres. Ces canons avaient été en grande partie empruntés au baron Örnskiöld16 à Stafsjö, les autres achetés ailleurs. Les redoutes furent également pourvues d’environ 79 centners de poudre et de deux baraquements (baracker). Les hommes pour les redoutes provenaient en partie des paroisses de l’archipel (skärgårdsförsamlingarna), en partie du Régiment royal d’artillerie (Kungliga Artilleriregementet).

Dessin 3D d’après les plans d’époque. Redoute de Säterholmen.
4. Les fortifications de Häst et de Lindholmen

Outre les redoutes de Skenäs et Säterholmen, il était également prévu de reconstruire les fortifications de Häst et de Lindholmen. Cette reconstruction était cependant conditionnée à la déclaration écrite que les bénéficiaires renonçaient à toute aide supplémentaire à cet effet et renonceraient également au droit à la protection personnelle que l’on pouvait attendre de ces établissements défensifs.

L’alerte d’octobre 1788 et le geste envers Kuylenstjerna

L’atmosphère de la ville fut électrisée le 11 octobre 1788 par la rumeur annonçant que des navires de guerre ennemis (fiendefartyg) croisaient au large d’Elfsnabben et de Landsort. Les autorités demandèrent les fonds nécessaires aux travaux de défense, ainsi que des canons utilisables, les 16 canons de la ville étant incapables de tirer. Mais le gouverneur estima la rumeur non fondée : l’ennemi n’avait «pas de galères (galärer) ou de navires plats (flatbottnade fartyg) de ce côté de la mer de l’Est pour débarquer». En dehors de ce qui avait déjà été dépensé, rien d’autre n’était requis que de maintenir une «connaissance sûre à l’entrée la plus extérieure de la mer». Les fonds publics ne devaient pas être «inutilement détruits».

Les habitants de Norrköping témoignèrent néanmoins de leur patriotisme en offrant, après la bataille navale de Hogland (Slaget vid Hogland, 17 juillet 1788), au colonel et chevalier de l’Ordre royal de la Grande Croix Carl Wiljem Kuylenstjerna17 — qui s’était distingué dans cette même bataille — une cruche à vin en argent de 177 livres.


Les chants patriotiques du corps de garde bourgeois

Des vers furent chantés avec ardeur sur la haute garde citoyenne (borgerliga vakten). En voici les strophes, telles que reportées dans les sources :

«Frères ! Nous qui portons les armes pour la défense de notre Roi et de notre Ville, Puissions-nous aiguiser nos armes, Honorons dignement nos jours. Guidés par von Röök et Wallander, Chevaliers de la garde préventive, Frères ! malgré les reproches de la colère, Dieu et la bravoure donnent tout. La tendresse de Gustaf, la dignité de la Ville, Soient l’objet de notre gloire, Aucune autre rançon ne peut être supportée ! Souviens-toi ! Notre Ville autrefois réduite en cendres Par une Politique cruelle. Frères ! Soyons prompts, combattons, Défions toute critique !»


La guerre de 1789 et le dénouement décevant

En 1789, la menace d’un débarquement ennemi dans l’Ostgötaship (Östgötaskärgården) persistait. Une proclamation royale du 15 août exhortait le grand public de Vikbolandet à s’armer. Les corps civiques furent de nouveau autorisés à patrouiller la nuit (nattpatrullering) dans les rues de la ville pour l’ordre et l’entraînement.

Les travaux sur les redoutes se poursuivirent sous la direction de la Défense-Députation. Mais la fin est, selon les mots de Gullberg, «quelque peu triste». En octobre, le roi ordonna que les redoutes soient évacuées (avvecklas). La ville devait prendre en charge la poudre à canon (kruttillgångarna), tandis que la Couronne s’occuperait elle-même des redoutes — qui finirent par se délabrer (förföll). À Säterholmen, selon Sundelius, tout était encore dans son état antérieur en 1798, «bien que quelque peu délabré».

Quelques années plus tard, les matériaux de défense encore présents dans les casernes, acquis avec les fonds souscrits, furent transférés au Roi et à la Couronne.


Les canonnières de 1808 (Kanonbåtarna 1808)

Dix-huit ans après la guerre de 1788–1790, après que le roi eut, les 5 et 20 mai 1808, ordonné aux gouverneurs de faire construire d’urgence des canonnières (kanonbåtar) dans les chantiers navals des villes, le gouverneur d’Östergötland demanda le 27 mai à l’hôtel de ville (rådhuset) si un nombre convenable de bouches à feu pouvait être construit selon la capacité des citoyens.

À cette occasion, le commandant de la province décerna la médaille d’or (guldmedaljen) au capitaine de commerce (kofferdikapten) Olof Hammarsten18 pour son intrépidité et son comportement audacieux lors de l’affaire de Lübeck en 1806.

Les citoyens déclarèrent pouvoir construire et armer deux canonnières. Ils prétendaient que le coût devait être partagé entre les propriétaires de maisons et les bourgeois ; mais les propriétaires non-bourgeois — représentés par le lieutenant Jakob Erik Gripenwaldt — refusèrent de participer. Le gouverneur exprimant son incapacité à les y contraindre, les bourgeois durent seuls assumer les coûts. Sa Majesté le Roi exprima son contentement par lettre du 8 juin 1808.

Les deux canonnières, construites aux chantiers d’Eberstein & Cie et de J. Schotte & Cie, furent prêtes à l’automne 1808, pour un coût total de 6 502 rixdales et 20 shillings (riksdaler och skilling).

(16) Baron Örnskiöld de Stafsö — Noble propriétaire du domaine de Stafsö (Östergötland). Prête en 1788 la majeure partie des canons en fer équipant la redoute de Skänäs, illustrant la solidarité patriotique de l’aristocratie terrienne avec les défenses urbaines de Norrköping.

(17) Carl Wiljem Kuylenstjerna — Colonel, héros de la bataille de Hogland. Officier de marine suédois, colonel et chevalier de l’Ordre royal de la Grande Croix (Kungliga Stora Korsets Orden). Se distingue lors de la bataille navale de Hogland (Slaget vid Hogland, 17 juillet 1788) dans le golfe de Finlande, affrontement entre les flottes suédoise et russe. Les habitants de Norrköping lui offrirent une cruche à vin en argent de 177 livres en signe de reconnaissance patriotique.

(18) Olof Hammarsten — Capitaine de commerce. Actif début XIXe siècle. Capitaine de commerce (kofferdikapten) à Norrköping. Reçoit la médaille d’or (guldmedaljen) des mains du commandant de la province lors des délibérations sur les canonnières de 1808, en récompense de son «intrépidité et comportement audacieux lors de l’affaire de Lübeck en 1806». Son geste héroïque illustre la continuité de l’esprit civique et martial de la bourgeoisie maritime de Norrköping entre les guerres de 1788 et de 1808.

L’homme de Kenitra

A tous mes amis du Maroc…

Aujourd’hui je vais évoquer le Maroc et principalement la ville de Kenitra. Mais pourquoi le Maroc ?

Il m’est arrivé plus d’une fois en visitant une ville, un pays, lors d’un déplacement privé ou professionnel de ressentir quelque chose de spécial. Comme si le lieu m’était familier. La plupart du temps, les premières fois, je n’en compris pas le sens.

La première fois que je passai à Norrköping, je connaissais bien sûr un peu l’histoire des Kuhlman dans cette ancienne ville industrielle de Suède mais il était tard, je rentrai à Copenhague et j’attendais mon train de correspondance, les avions depuis Stockholm étant cloués au sol par les fortes chutes de neige des jours qui précédèrent. D’autres fois en revanche, je ressentais quelques vibrations internes sans en comprendre le sens. Plus tard je compris que si pour moi ces visites semblaient être les premières, mes ancêtres y avaient marqué leur présence bien avant. Cela m’arriva à Tunis, en Finlande ou encore plus récemment au Maroc.

Si l’histoire familiale en Algérie commençait à m’être bien familière, je me demandai pourquoi, lors de ma première visite au Maroc en 2019, il me semblait ressentir quelque chose d’équivalent à ce que j’avais ressenti lors de ma première visite à Alger en 2011. Mes amis Algériens ne m’en voudront pas de ne pas entrer dans les polémiques actuelles, car mes propos visent toujours à rassembler et non à diviser, bien entendu. Mais pourquoi le Maroc ? Habitué à ces étranges sensations de déjà-vu intergénérationnel, je devais comprendre d’où cela pouvait venir…

Peu de temps après être rentré de cette première visite à Tanger, j’entrepris quelques recherches complémentaires. Une des histoires encore non élucidées concernait mon arrière-grand-père Georges Kuhlman, le père de Germaine, Suzanne, ma grand-mère et Simone. Je savais par Suzanne qu’elle avait perdu ses parents encore adolescente et qu’elle était allée vivre avec ses sœurs chez sa tante Hélène Beauvais et son oncle Lamoise à Eckmühl, un quartier d’Oran.

Georges Kuhlman naquit à Oran le 7 avril 1872, fils cadet de Sigurd et Louise Chapotin. En avril 1889, il réussit l’examen d’entrée de l’École Pratique d’Agriculture et de Viticulture de Rouïba, une distinction rare car il était ce printemps-là le seul candidat oranais à y avoir été admis. À sa sortie de l’école, Georges prit en main la grande propriété familiale, la « Ferme Saint-Joseph » à Bourkika : cent trente-neuf hectares de vignes et de plantations, auxquels s’ajoutaient quatre lots de concessions au cœur du village. Après la vente forcée de la propriété en 1895, il tenta de se relancer en exploitant une petite ferme viticole à Saint-Cloud, dans l’Oranais avant de devenir garde-champêtre à Sirat, une petite commune mixte à proximité.

Il s’était marié deux ans plus tôt, en 1893 à Marengo, avec Ida Zoé Beauvais, née en 1877, institutrice et fille de Michel Eugène Beauvais, maire de Marengo, et de Mathilde Ida Zaepffel. De leur union naquirent sept enfants. L’aîné, Louis Georges (1896–1920), émigra en Argentine dans la région de Mendoza pour cultiver la vigne et disparut lors du tremblement de terre de décembre 1920. Lucien Sigurd (1898–?), gendarme, s’évada pendant la Première Guerre mondiale avant de servir à Relizane pour le reste de sa carrière. Vinrent ensuite Germaine, Suzanne et Simone, toutes trois citées dans l’avis de décès de 1923, Roberte (1917–1923) emportée à cinq ans le 29 mars 1923 à Oran, et enfin Roger (1919–1920). Ida mourut des suites de l’accouchement du petit Roger en septembre 1919. À la disparition de leur mère, les quatre filles — Germaine, Suzanne, Simone et la petite Roberte furent recueillies par leur tante Hélène Beauvais-Lamoise, sœur d’Ida, qui les éleva à Oran.

Et c’est justement la publication du décès de la petite Roberte en 1923 qui me mit sur la trace Kenitra.

Journal « L’Echo d’Oran » daté du 29 mars 1923.

Georges Kuhlman était donc établi à Kenitra au Maroc lors du décès de la petite Roberte… peut-être même après la mort de son épouse Zoé.

Vers 1919–1923, à l’approche de la cinquantaine, Georges Kuhlman prend alors la décision de quitter l’Algérie pour le Maroc. Ce départ marque une rupture profonde dans son existence. Devenu veuf, séparé de ses fils — Louis Georges étant parti en Argentine, Lucien s’étant établi à Relizane — il doit aussi se résoudre à laisser derrière lui ses filles. Cette nouvelle séparation familiale donne à son départ une tonalité plus douloureuse encore : il ne s’agit pas seulement d’un changement de lieu, mais d’un arrachement, sans doute dicté par la nécessité de tenter une dernière relance dans une vie déjà éprouvée. C’est dans ce contexte qu’il gagne Kénitra, alors en plein essor sous le Protectorat français, petite ville qui prendra le nom de Port-Lyautey. La région du Gharb, que l’administration coloniale cherchait alors à mettre en valeur, offrait des perspectives réelles à des hommes disposant d’une expérience concrète du monde rural. Pour Georges Kuhlman, ce départ pouvait représenter l’espoir d’un recommencement : retrouver un travail stable, reconstruire une situation matérielle et reprendre pied après des années marquées par les deuils, les dispersions familiales et l’incertitude.

Sur place, plusieurs voies pouvaient s’offrir à lui. Il a pu chercher à s’établir comme colon agricole dans cette plaine fertile où terres et facilités de crédit étaient accordées aux nouveaux exploitants. Son expérience pouvait aussi le conduire vers la viticulture, activité prometteuse dans un Maroc encore préservé du phylloxéra qui avait durement affecté les vignobles algériens. Il a également pu être employé comme contremaître ou régisseur sur un grand domaine, fonctions pour lesquelles son habitude du travail de la terre et des réalités rurales constituait un atout certain. Enfin, son passé de garde champêtre pouvait l’orienter vers des responsabilités de surveillance des propriétés, des cultures ou des récoltes, dans un environnement colonial où la protection et l’encadrement des exploitations tenaient une place importante.

Ainsi, son installation au Maroc apparaît comme une tentative de se relancer dans un territoire où tout restait à construire. En quittant l’Algérie, Georges Kuhlman ne cherchait sans doute pas seulement un emploi ; il cherchait aussi, après l’éclatement progressif de son univers familial, les moyens de redonner une direction à sa vie.

Pour quelles raisons Georges choisit-il le Maroc ? Ma grand-mère Suzanne ne m’en parla jamais. Le savait-elle seulement ? Une piste se dessine toutefois à travers la parenté familiale : son cousin Louis Ovar Néron, héros des Dardanelles en 1915-1916, fit lui aussi le choix du Maroc, où il poursuivit sa carrière dans la magistrature jusqu’à exercer à Rabat l’une des plus hautes fonctions judiciaires du Protectorat. Cette présence familiale a pu jouer un rôle, en offrant à Georges à la fois un point d’appui, un exemple de réussite et peut-être même une possibilité de relais au moment de tenter de se relancer.

Lire les articles relatifs à Louis Ovar Néron sur https://marengodafrique.fr

La suite de son parcours au Maroc demeure toutefois obscure : où est-il décédé, et où a-t-il été enterré ? Voilà encore quelques mystères qu’il me reste à éclaircir…

Le Colonel Bohm

Dans un précédent article, j’ai évoqué le personnage du colonel Bohm, beau-frère de Johan Kuhlman et qui m’a permis d’identifier précisément le nom original de l’épouse de ce dernier, Gertrud van Sypesteyn et sœur de Cornelia, mariée à Bohm.

Le Colonel Jacob Larssons Bohm (1601-1643), beau-frère de Johan Kuhlman. Dessin faisant partie du livret de Fritz Knack (Festschrift 600 Jahre Jacobshagen) édité en 1936.

Jacob Larsson Bohm est né le 27 février 1601 à Örebro, en Suède. Officier de carrière au service de la couronne suédoise pendant la guerre de Trente Ans, il est mentionné dans les sources contemporaines sous plusieurs orthographes — Boom, Baum, Bhoom — avant que sa veuve ne fixe définitivement la graphie Bohm sur l’épitaphe qu’elle lui consacre. Son nom figure dans les Rullors, les registres militaires des armées suédoises, aux côtés de celui du lieutenant-colonel Johan Kuhlman (1604–1648), dont il est le beau-frère : Kuhlman a en effet épousé Gertrud van Sypesteyn, sœur de Cornelia, l’épouse de Bohm. Les deux hommes servent dans le même régiment et cette solidarité militaire se double d’une alliance familiale scellée par les deux sœurs hollandaises.

Le personnage du colonel Bohm est associé à un épisode tragique : L’incendie de Stargard. J’aurai l’occasion dans un prochain article d’y revenir plus longuement. Cet incendie s’inscrira durablement dans la mémoire collective de Stargard. En 1735, lors du centenaire, une série de sermons et de discours le commémore. Puis lors de la reconstruction de l’église Sainte-Marie, un vitrail représentant l’incendie et la colombe blanche est commandé à l’atelier Rudolf et Otto Linnemann de Francfort-sur-le-Main — vitrail qui sera détruit plus tard en 1945.

Huit ans après l’incendie de Stargard, Jacob Larsson Bohm refait surface dans les archives avec une nomination officielle. Le 3 mars 1643, Johann Oxenstierna, fils du grand chancelier Axel von Oxenstierna et Légat plénipotentiaire de Suède en Allemagne, le désigne comme commandant du château et juge (Burghauptmann und Burgrichter) à Saatzig (Szadzko). Il s’agit d’une charge civile et judiciaire attachée à la gestion du domaine local : Bohm perçoit 60 florins par an pour sa fonction judiciaire et 100 florins en lieu et place d’un logement, le tout prélevé sur les revenus du domaine.

Cinq mois à peine après cette nomination, lors d’un inventaire du domaine de Saatzig et de ses villages dépendants, Bohm est harcelé verbalement de façon répétée par Balthasar Schwanenthal, secrétaire de campagne du général-major Carl Gustav Wrangel. Bohm refuse le duel à plusieurs reprises — sa femme Cornelia est malade, ses enfants en bas âge, et sa fonction lui impose une retenue que son tempérament militaire rend difficile à tenir. Au petit matin du 9 août 1643, Schwanenthal se rend à Marienfließ, dans les jardins du presbytère du domaine. Bohm s’y trouve également pour remettre des courriers destinés au chancelier Oxenstierna. La provocation reprend ; cette fois, le duel est inévitable. Dans le combat, Bohm perd son épée — sa main droite était invalide depuis une blessure de campagne antérieure. Désarmé, il reçoit un coup d’estocade « entre la rate et l’estomac », mortel selon le diagnostic du médecin présent.

Depuis son lit de mort, Bohm dicte sa dernière lettre à Axel von Oxenstierna, suppliant le chancelier de protéger Cornelia et leurs quatre enfants et de leur maintenir la jouissance du domaine de Gutschkow, seul bien qui leur permettrait de survivre à sa mort. La lettre est datée du 10 août 1643. Les sources polonaises et allemandes indiquent que Bohm meurt ce même jour ; le Riksarkivet de Stockholm mentionne pour sa part indique comme date de sa mort le 11 septembre 1643 — un mois de plus, peut-être le temps d’une longue agonie.

La suite dans un prochain épisode…

Sources : Professeur Marcin Majewski (Musée de Stargard) · Fritz Knack (Festschrift 600 Jahre Jacobshagen) · Etienne Laude-Kuhlman (La véritable saga des Kuhlman)

L’inauguration des tunnels d’Hydra

Le vendredi 29 septembre 1848, le Gouverneur-général Viala Charon (1), accompagné de M. le Directeur-général des affaires civiles Vaïsse (2), a présidé à l’inauguration des aqueducs souterrains creusés sous la direction de M. Mondésir (3), ingénieur des ponts-et-chaussées, entre le chemin de ceinture et la colonne Voirol. Grâce à ce beau travail, qui sera bientôt complété par trois autres tunnels, Alger n’aura plus à souffrir de la disette d’eau, comme cela est arrivé en 1846. Le gouverneur général était entouré des principales autorités de la colonie, des représentants consulaires et c’est à ce titre que Josef Kuhlman fût invité à la cérémonie (chancelier du Consulat du Danemark à cette époque).

Le Général Viala Charon (1794-1880). Collection personnelle de l’auteur.

Pendant le premier siècle de la domination turque, Alger n’était alimenté que par des puits et des citernes. Un an après l’expulsion des maures d’Espagne, en 1611, un de ces industrieux exilés, nommé Moustafa, découvrit une source au pied d’une éminence, non loin du fort de l’Empereur, et en amena l’eau en ville, au moyen d’un aqueduc, qui fut le premier que l’on eût construit ici depuis l’époque romaine.

Huit ans après, en 1619, Moustafa-Pacha fit commencer l’aqueduc de Hamma, que son frère, cheik Hossain kaïd Koussa-Pacha, termina en 1621. D’autres travaux hydrauliques, exécutés par les pachas, leurs successeurs, complétèrent le système des eaux destinées à alimenter la ville d’Alger.

Pendant les premières années de la domination française, l’ouverture de routes nombreuses amena la destruction de plusieurs conduites d’eau ; les anciens aqueducs, n’étant pas suffisamment entretenus, se détériorèrent sur un grand nombre de points ; et il en résulta des suites qui contribuèrent à diminuer l’approvisionnement de la ville.

La conduite d’amenée d’eau de l’aqueduc d’Aïn Zeboudja vers le réservoir de distribution, vers la fontaine puis vers les différents bâtiments. Source : Carte des Archives du Service Historique de l’armée de terre, Vincennes, 1V_H 00063_001_0307, 1840.

Après avoir été longtemps dans les attributions de l’architecte en chef, à qui on ne fournissait pas les fonds nécessaires pour l’exécution de nouveaux travaux, pas même pour l’entretien des anciens, — le service des eaux de la ville fut confié spécialement à M. Mondésir, ingénieur des ponts-et-chaussées. Des moyens d’action plus puissants, mis à la disposition de ce chef de service ; qui sut en user avec zèle et habileté, amenèrent une prompte et importante amélioration dans le régime des eaux urbaines.

Deux aqueducs principaux construits par les Turcs alimentaient la ville : Aïn-Zboudja qui a son origine auprès de Dély-Ibrahim, et qui, outre cette source, en rencontre plusieurs autres sur son trajet jusqu’à la Casbah, d’où il distribue les eaux à la ville haute ; Telemli qui commence à Mustapha-Supérieur auprès de la maison de campagne du gouverneur, et aboutit à la Porte-Neuve.

Le Golf d’Alger près de Mustapha. Extrait de « Esquisses africaines, dessinées pendant un voyage à Alger et lithographiées par Adolphe Otth (4)».

Les travaux exécutés auprès d’Hydra par M. Mondésir, se rapportent au premier de ces aqueducs ; celui d’Aïn-Zboudja. La conduite turque, qui était en fort mauvais état, n’aurait pu être réparée à moins d’une dépense de 100,000 fr., à laquelle il en fallait ajouter 80,000 pour la reconstruction du pont qui est auprès du café d’Hydra ; et d’ailleurs le tracé ancien faisait, entre le chemin de ceinture et Hydra, un détour de neuf cents mètres ; si l’on parvenait à éviter ce détour, on économisait chaque année les frais d’entretien sur une distance de près d’un kilomètre. M. Mondésir a résolu cet important problème, en exécutant pour moins de 70,000 fr. un nouveau tracé qui, au moyen d’un tunnel de 540 mètres de longueur, amène l’eau en droite ligne au lieu de suivre les sinuosités de la conduite turque.

Vendredi dernier, ce tunnel, celui qui a son origine sous la propriété Récy, a été inauguré par M. le gouverneur-général. On a bouché en sa présence l’ancienne conduite et on a ouvert aux eaux leur voie nouvelle. M. le gouverneur-général Charon, avec les personnes qui l’accompagnaient, s’est alors engagé dans le tunnel éclairé par des bougies et des lampes et a traversé le souterrain. L’aqueduc est creusé dans une roche blanchâtre assez friable ; la maçonnerie y a été employée seulement aux endroits où des failles avaient causé des éboulements ou en faisaient craindre. Son niveau est en maximum à vingt-deux mètres au-dessous du sol ; la hauteur est d’un peu plus de deux mètres. A côté de la cuvette où passent les eaux, il y a un trottoir d’un parcours facile.

En sortant de ce souterrain, on trouve, sur l’espace de quinze cents mètres qui le sépare du deuxième, plusieurs travaux hydrauliques, tels que des regards et un pont. Des sources affluentes sont versées dans l’aqueduc principal par des conduites accessoires.

Panorama d’Alger d’après Jean-Charles Langlois, 1833. On distingue au premier plan un regard permettant de prélever de l’eau.

Le second tunnel creusé dans la propriété de M. Martin, n’a qu’une longueur de deux cents mètres. Les deux souterrains et la conduite intermédiaire, traversent la ligne de faite qui sépare le bassin de Oued-el-Kerma de celui de Oued-Kenis qui vient aboutir au ravin de Birmandrais.

Ce beau travail viendra complet et amènera les eaux à Alger par la ligne la plus droite, et par conséquent avec la plus grande économie, quand on aura percé deux tunnels sous les terrains mouvants de l’ancien consulat de Suède (5), et un troisième sous la butte du fort l’Empereur. Il ne manquera plus alors qu’à exécuter le grand réservoir qui serait si utile à notre ville en cas de siège, et si un ennemi extérieur, maître de la campagne, usait de la faculté de détourner les eaux. Nous avons entendu M. le gouverneur-général affirmer, avec beaucoup de raison, que l’exécution de ce réservoir serait plus pressante que celle des trois tunnels complémentaires. En effet, une énorme quantité de maisons mauresques ont été démolies ou sont sur le point de l’être ; les nombreuses maisons européennes, bâties depuis quelques années sont dépourvues de citernes, malgré les prescriptions d’un arrêté sur la matière. Ainsi, les eaux pluviales, cette précieuse ressource dans l’ancien système de construction, ne seront plus recueillies désormais. Il faut donc remplacer cette réserve qu’une incroyable incurie a laissé disparaître. On comprend dès-lors, que M. le général Charon a bien raison de réclamer la priorité pour l’exécution du grand réservoir.

Le beau et utile travail exécuté par M. Mondésir, partie importante d’un système général destiné à beaucoup augmenter l’approvisionnement d’eau de notre ville, ajoute à sa réputation comme ingénieur et lui assure des droits incontestables à la reconnaissance de tous les habitants d’Alger.

D’après le journal l’Akhbar dimanche 1er octobre 1848.

(1) Le baron Viala Charon (1794–1880), général de division. Nommé gouverneur général de l’Algérie le 9 septembre 1848 et le reste jusqu’au 22 octobre 1850. C’est un militaire de formation (École polytechnique), vétéran des guerres napoléoniennes et de la conquête de l’Algérie depuis 1835. Il avait notamment été directeur des affaires d’Algérie au ministère de la Guerre avant d’accéder à ce poste.

(2) l s’agit de Claude-Marius Vaïsse (1799–1864). Nommé directeur général des affaires civiles en Algérie le 1ᵉʳ septembre 1847, il est en poste à l’arrivée de Charon. Il quitte ce poste le 24 janvier 1849 pour devenir préfet du Doubs, puis préfet du Nord. Il est connu pour être devenu plus tard le grand rénovateur urbain de Lyon (surnommé « l’Haussmann lyonnais »).

(3) Piarron de Mondésir, ingénieur des Ponts et Chaussées, fut l’une des figures techniques marquantes de la France du XIXe siècle. Affecté au service des eaux d’Alger à partir de 1846, il fut spécialement chargé de résoudre la grave pénurie d’eau qui frappait la ville, en restaurant et modernisant l’antique aqueduc ottoman d’Aïn-Zboudja. C’est sous sa direction que furent percés les deux grands tunnels souterrains du Val d’Hydra — 540 et 200 mètres de galeries creusées jusqu’à 22 mètres de profondeur — inaugurés en grande pompe le 29 septembre 1848 en présence du gouverneur général Charon. De retour en France, il s’illustra sur les grands chantiers ferroviaires du chemin de fer du Nord, où ses mémoires sur les tranchées de Saint-Just et de Chepoix devinrent des références dans la formation des ingénieurs. Homme de science autant que de terrain, il présenta en 1867 à l’Exposition universelle un appareil de ventilation par air comprimé, et publia en 1873 chez Dunod un ouvrage de référence sur le Calcul des ponts métalliques à poutres droites et continues.

(4) Adolphe Otth était un naturaliste et artiste voyageur suisse. Homme de science autant que dessinateur de talent, il parcourut le pourtour méditerranéen au cours de plusieurs voyages d’exploration, notamment les Baléares et l’Algérie. Il séjourna en Algérie vers 1836–1837, soit seulement quelques années après la prise d’Alger par les Français (1830). Il rapporta de ce voyage une série de dessins d’une précision étonnante, témoignages visuels irremplaçables de l’Algérie dans ses premières années de colonisation. Son œuvre majeure : Esquisses Africaines (1839)
« Esquisses africaines, dessinées pendant un voyage à Alger et lithographiées par Adolphe Otth » publié à Berne, chez J.F. Wagner, lithographe, 1839. Adolphe Otth mourut de la peste en 1839 à Jérusalem, lors d’un voyage au Proche-Orient, à seulement 36 ans. Son « Esquisses Africaines » fut publié l’année même de sa mort, ce qui en fait un testament artistique et scientifique d’autant plus précieux.

(5) Le consul de Suède de 1829 à 1847, Fredrik Schultze, possédait ou avait possédé sept propriétés dans les alentours d’Alger. Une de celles-ci s’effondra en 1845 suite à des éboulements consécutifs aux pluies diluviennes survenues pendant l’hiver précédent. Mais de quelle propriété s’agissait-il ? On peut lire qu’il s’agissait de l’ancien Consulat de Suède, une grosse bâtisse située derrière le fort l’Empereur. Mais celle-ci avait déjà été endommagée lors de la conquête de 1830. J’ai l’intuition que les textes ont confondu ces diverses propriétés parfois appelées « Consulat de Suède », parfois « résidence d’été du consul de Suède ». Le fait est que le doute subsiste vu le nombre de propriétés qu’ont possédé les Schultze-Bowen … Et quelle est celle que Kenney Bowen Schultze appelait « La Calorama » ?