La correspondance Kuhlman–Almquist (1871–1876)

Un témoignage unique…

Entre 1871 et 1876, Josef Kuhlman, alors courtier maritime assermenté et en passe de devenir Consul Général de Suède et Norvège à Alger, entretient avec Bernhard Almquist, armateur et grossiste stockholmois, une correspondance commerciale d’une rare densité. Retrouvées aux Archives de la Ville de Stockholm, cette cinquantaine de lettres éclairent une relation nouée autour d’un commerce alors en plein essor : l’exportation de bois de construction scandinave, planches, poutres et madriers de pin rouge baltique, vers les chantiers de l’Algérie coloniale.

Bernhard Ulrik Georg Almsquist (1813-1881).
Josef Kuhlman (1809-1876). Collection personnelle de l’auteur.

Mais derrière les comptes de vente, les effets de commerce et les négociations de fret, affleurent aussi les grandes secousses d’une époque : la guerre franco-prussienne, l’insurrection des Mokrani, la Commune de Paris et les difficultés économiques des années ayant suivi la défaite de 1871. Ces lettres nous montrent Kuhlman, plume à la main depuis son comptoir algérois, tour à tour négociant tenace, conseiller juridique improvisé, médiateur, informateur politique et ami fidèle jusqu’à ses dernières lettres, dictées depuis son lit de malade au seuil de sa mort survenue en août 1876. Cette correspondance représente un témoignage exceptionnel sur le monde des affaires méditerranéen du XIXe siècle. Loin des clichés habituels de l’Algérie coloniale.

À partir de cette source de premier ordre, je vous présenterai à un rythme régulier une série de neuf articles qui suivront, au fil des lettres, le destin d’un Suédois installé à Alger depuis trente ans, négociant du bois, courtier assermenté puis consul, aux prises avec les grandes secousses de son époque : la révolte des Mokrani, la Commune de Paris, les krachs de 1873, et la maladie qui l’emportera en 1876. Du pin rouge de Baltique débarqué sur les quais d’Alger aux manœuvres consulaires menées depuis Stockholm, de l’affaire Barbaroux & de Marqué aux derniers mots dictés depuis son lit de malade, ces articles sont autant de fenêtres ouvertes sur un monde disparu, celui du grand commerce méditerranéen du XIXe siècle, vu depuis le bureau d’un homme qui en fut, pendant trente-cinq ans, l’un des acteurs les plus tenaces et les plus méconnus.

Bernhard Ulrik Georg Almquist (1813–1881) — Le grossiste de Stockholm correspondant de josef kuhlman.

Bernhard Ulrik Georg Almquist naît à Uppsala le 1er octobre 1813, dans une famille marquée par la distinction ecclésiastique et intellectuelle. Son père, Eric Abraham Almquist, est évêque de Härnösand — l’un des sièges épiscopaux du nord de la Suède, aux portes du Norrland — et sa mère, Johanna Elisabet Merckel, est la seconde épouse de ce prélat. De cette origine provinciale et cléricale, Bernhard ne gardera pas la vocation religieuse : c’est vers le commerce qu’il se tourne, très tôt et résolument. En juillet 1832, à dix-neuf ans, il entre au service de la maison de commerce J. C. Pauli & Co à Stockholm — l’une des grandes maisons de négoce de la capitale suédoise. Il y restera onze ans comme comptable professionnel, apprenant les rouages du commerce international depuis les livres de comptes plutôt que depuis les quais. C’est une formation rigoureuse, celle d’un homme de chiffres avant d’être un homme de terrain. En 1843, il franchit le pas : il obtient une bourse de grossiste — le titre officiel suédois du Handelskoll, qui autorise l’exercice du commerce de gros en son propre nom — et fonde sa propre entreprise.
Il a trente ans. Il ne quittera plus Stockholm.

Un empire discret bâti sur le bois et le fer du Norrland

La spécialité d’Almquist, c’est le Norrland — cette immense région forestière et minière qui couvre le nord de la Suède, entre le golfe de Botnie et les massifs scandinaves. Il en exporte deux ressources fondamentales : le bois de sciage (pin sylvestre et épicéa, planches, poutres, madriers) et le fer — lingots, barres et produits de la métallurgie suédoise, réputée dans toute l’Europe pour la qualité de son minerai faiblement phosphoreux. Dans les années 1870, celles que documente la correspondance conservée aux Archives de la Ville de Stockholm, ses marchés sont multiples : l’Angleterre d’abord, premier importateur mondial de bois nordique, puis la France, les pays d’Europe occidentale, et jusqu’à la Méditerranée et l’Afrique du Nord. C’est sur ce dernier marché que s’inscrit sa relation avec Josef Kuhlman à Alger, l’un des correspondants les plus actifs et les plus fidèles de son réseau. Son carnet d’adresses est celui d’un grossiste de dimension européenne : Johan Behrenberg, Gossler & Co à Hambourg (l’une des plus anciennes banques privées d’Allemagne), le Crédit Lyonnais à Paris et à Londres, Forney & Kolseth à Paris, Henri Norman à Bordeaux, Thomas H. North à Hull. Des noms qui dessinent, de la Baltique à la Méditerranée en passant par la City, le périmètre exact d’un commerce nordique du bois au XIXe siècle.

Une fortune ancrée dans l’industrie

Au moment de sa mort, le 27 avril 1881 à Stockholm, Almquist dirigeait encore son commerce de gros. Il avait 67 ans. La majorité de ses actifs consistait en une participation importante de 615 000 couronnes suédoises dans la société Sunds Aktiebolag, l’une des grandes scieries industrielles du Norrland, établie à Sundsvall, au cœur même de la région dont il tirait depuis quarante ans l’essentiel de ses approvisionnements. Avoir investi dans Sunds, c’était contrôler, en amont, la source même de sa marchandise.

La famille et les archives

En 1856, Almquist avait épousé Hedvig Martina Wihlborg (1834–1918), avec qui il aura plusieurs enfants. Parmi eux : Georg Mårten, qui deviendra propriétaire foncier à Ekerö (île du lac Mälar, à l’ouest de Stockholm), et Johan Axel, qui entrera dans la carrière des archives, préservant ainsi, par ironie de l’histoire, la mémoire d’un commerce dont son père fut l’un des acteurs.

C’est la veuve de Georg Mårten, Mme Signe Almquist, qui remettra aux Archives de la Ville de Stockholm, le 4 septembre 1953, ce qui restait de la correspondance de Bernhard. La collection couvre la période 1866–1878, mais elle est complète seulement pour les années 1871, 1873 et 1876, les autres années ayant été, selon la déclaration de Mme Signe Almquist elle-même, « précédemment détruites ». Ce que nous lisons aujourd’hui n’est donc qu’un vestige et l’on mesure, à la densité de ce qui a survécu, ce que la destruction des autres années représente comme perte.
Bernhard Almquist n’apparaît dans la correspondance Kuhlman que comme destinataire, sa parole ne nous est pas directement parvenue. Mais à travers les lettres que Kuhlman lui adresse, on devine l’homme : fiable, loyal, capable d’avancer de l’argent à la sœur d’un ami sans en faire état, et suffisamment influent à Stockholm pour soutenir efficacement une candidature consulaire auprès du Kommerskollegium. Un homme de confiance, dans tous les sens du terme.

Henrik / Heinrich Kuhlman (1639-1720) – deuxième partie

Le chainon manquant …

Pendant longtemps, il me manqua un chaînon essentiel entre la fin de l’histoire de Johan Kuhlman (1600–1649) en Ingrie et la naissance de Heinrich fils à Gadebusch en 1693. Je ne disposais alors que de quelques textes parcellaires, parfois contradictoires, qui se mêlaient confusément à l’histoire des Kuhlman de Finlande. Ce n’est qu’en décembre 2025, avec la découverte de l’acte nobiliaire, que je pus enfin confirmer certains liens et démêler les fils de cette généalogie complexe. Auparavant, en analysant les actes de baptême des fils de Heinrich (1693–1765) à Norrköping, j’avais remarqué qu’un certain Joachim Adolf Kuhlman et une Magdalena de Besche figuraient comme parrain et marraine sur l’acte de baptême de Henrik (1731–1771) — lui-même père de Johan Peter (1767–1839) et grand-père de Josef (1809–1876). J’en avais déduit que Joachim Adolf était vraisemblablement un frère ou un cousin de Heinrich, sans pouvoir aller plus loin. C’est finalement l’ensemble de ces documents, réunis et croisés, qui me permit de comprendre et de reconstituer la véritable filiation.

Heinrich / Henrik Kuhlman naît vers 1639 probablement en Poméranie. Son père, Johan Kuhlman, Lieutenant-Colonel au service de Sa Majesté, décède au début de l’année 1649 alors qu’Heinrich n’a qu’environ huit ou neuf ans. C’est la reine Christine de Suède, fille de Gustave II Adolf et qui régnera de 1632 à 1654 qui, par lettre royale du 20 juillet 1649, accorde conjointement à Peter Kuhlman et aux enfants de son frère Johan défunt le titre de noblesse de la couronne suédoise. Heinrich Kuhlman est ainsi anobli à l’âge d’environ dix ans, en reconnaissance des services militaires rendus par son père. Cet acte fondateur, consigné au Riddarhuset de Stockholm sous le numéro 467 (Adeliga Ätten Kuhlman), constitue le point de départ d’une lignée qui, de la Finlande à Gadebusch et de Gadebusch à Norrköping, traversera les grandes convulsions du XVIIe et du XVIIIe siècle. La quatrième page de cet ensemble de documents précieux nous indique la date de son mariage, le nom de son épouse et l’année de son décès à Gadebusch.

Nous avons évoqué dans une première partie la richesse de son parcours militaire. Avant de s’établir à Gadebusch, Heinrich Kuhlman accomplit en effet un long et remarquable itinéraire, qui le mène de la Finlande aux rivages de la Baltique, puis à Lübeck et enfin au Mecklembourg. Ce sont les archives militaires suédoises du Krigsarkivet et l’étude fondatrice d’Henrik Borgström (Genos, 1953) qui éclairent cette première partie de sa vie, une période jusqu’alors ignorée des généalogies de la famille. C’est à Gadebusch qu’il choisit de s’installer et fonder une famille. Il s’y établit comme bourgeois (Borgare), avant d’accéder successivement aux dignités de Rådman (Conseiller municipal) puis de Bürgermeister (Bourgmestre).

Mariage avec Dorothea Rawen en 1682

Le 31 octobre 1682, il unit sa destinée à celle de Dorothea Rawen, dont il aura trois fils. Deux d’entre eux, Joachim Adolf et Heinrich, traverseront la Baltique et s’établiront comme commerçants à Norrköping, ville industrieuse de la côte est suédoise, perpétuant ainsi les liens ancestraux de la famille avec la couronne suédoise. Le troisième fils, Johan, né à Wismar, choisira la voie des armes et servira avec distinction dans la cavalerie suédoise, participant même, ironie du destin, au célèbre siège de Gadebusch en 1712, cette ville où son père régnait en maître civil.

Acte de mariage de Henrik Kuhlman et Dorothea Rawen le 31 octobre 1682 à Gadebusch. Archives paroissiales de Gadebusch.
Henrik / Heinrich Kuhlman décède à Gadebusch le 6 juin 1720

Heinrich Kuhlman décède le 6 juin 1720 à Gadebusch. Son acte de sépulture, conservé dans le registre Bestattungen 1719–1732 (Bild 106) des Archives ecclésiastiques de l’Église luthérienne d’Allemagne du Nord, clôt la page d’un homme dont le destin résume à lui seul les grandes migrations et transformations de l’espace balto-germanique à l’aube du XVIIIe siècle.

Acte de décès de Heinrich Kuhlman le 6 juin 1720, archives ecclésiastiques de l’Eglise luthérienne d’Allemagne du Nord.
Extrait d’une feuille de l’acte nobiliaire de la famille Kuhlman. Collection personnelle de l’auteur.
Note sur l’année de naissance (~1640 et non 1649)

L’année de naissance de Henrik est incertaine. La date de 1649 qui figure dans le Tab. 1 du Riddarhuset correspond à l’année de l’ennoblissement, accordé conjointement à Peter Kuhlman et aux enfants de son frère Johan décédé et non à une naissance. Si Gerhard Henrik était né en 1649 ou 1650, il n’aurait eu que 11 à 12 ans lors de son enrôlement comme enseigne en 1661 ce qui, même pour l’époque, paraît impossible. Une naissance vers ~1640 est nettement plus cohérente avec sa carrière militaire documentée, et ferait de lui un homme de 21 ans lors de son enrôlement. Cette date reste à confirmer par les archives.

Les trois fils de Heinrich Kuhlman et Dorothea Rawen

1. Joachim Adolf Kuhlman, né le 7 août 1687 à Gadebusch.

Acte de baptême de Joachim Adolf, fils de Henrik et Dorothea le 7 aout 1693 à Gadebusch. Archives paroissiales de Gadebusch.

2. Heinrich Kuhlman fils, né le 4 novembre 1693 à Gadebusch

Registre des naissances, famille Heinrich (Hein) Kuhlman et Dorothea Rawen. Archives paroissiales de Gadebusch.

Heinrich est le père de Henrik (1731-1765) et Johan Kuhlman (1738-1806), l’homme d’affaires et mécène de Norrköping.

3. Johan Kuhlman, né à Wismar, officier militaire

Heinrich et Dorothea eurent également un troisième fils, prénommé Johan, qui vécut jusqu’à un âge avancé et accomplit une longue et remarquable carrière militaire. Sa date de naissance précise demeure inconnue à ce jour ; elle est estimée aux alentours de 1690, vraisemblablement à Wismar, port hanséatique alors sous administration suédoise depuis le traité de Westphalie (1648), et dont la proximité avec Gadebusch, distante d’une vingtaine de kilomètres seulement, rend la naissance plausible dans ce contexte familial. Johan Kuhlman décède le 5 avril 1757 à Stockholm, au terme d’une vie entièrement consacrée au service des armes. Sa carrière militaire, riche en campagnes et en distinctions, fera l’objet d’un chapitre distinct.

Heinrich, maire de Gadebusch.

L’ascension civique d’Heinrich Kuhlman est attestée par les registres paroissiaux de la ville. Les Kirchliche Nachrichten de 1703 à 1719 mentionnent son nom à plusieurs reprises, associé à des dons de cierges de deuil (Traner Lichter) à l’église, une pratique caractéristique des notables de l’époque luthérienne, par laquelle un homme de rang affirmait publiquement sa piété et sa place au sein de la communauté. Ces entrées, modestes dans leur contenu, n’en constituent pas moins la seule preuve documentaire tangible de sa fonction de Bürgermeister : c’est là, dans la sobriété de ces lignes comptables, que son titre apparaît noir sur blanc, gravé dans l’encre des registres d’église de Gadebusch.

Ces passages appartiennent aux Kirchliche Nachrichten, les « nouvelles ecclésiastiques » de Gadebusch, registres dans lesquels le pasteur consignait la vie religieuse et sociale de la paroisse. Ils enregistrent des dons de Traner Lichter (cierges de deuil) offerts à l’église par les notables de la ville, pratique typique de l’élite bourgeoise luthérienne du XVIIIe siècle : en faisant don de cierges lors des offices funèbres, un homme de rang affirmait publiquement sa piété, sa générosité et son appartenance à la communauté paroissiale. Ce geste, à la fois dévotionnel et social, constituait une forme de représentation codifiée du pouvoir local. Deux détails retiennent particulièrement l’attention. D’une part, Heinrich Kuhlman y est mentionné à plusieurs reprises sur une période s’étendant de 1703 à 1719, ce qui témoigne d’une présence durable et reconnue au sein de la communauté. D’autre part, son épouse Dorothea Rawen y apparaît elle-même sous le titre de Bürgermeisterin, la forme féminine du titre de Bourgmestre, attribuée à l’épouse du premier magistrat. Ces deux éléments conjugués confirment solidement le statut d’Heinrich Kuhlman comme premier magistrat de Gadebusch.

Extraits des nouvelles paroissiales (Kirchliche Nachrichten) de Gadebusch pour les années 1703-1719 :

Page 4 : « Le 22 mai : 2 cierges de deuil [offerts] par Son Honneur Monsieur le Bourgmestre Kühlman »

Page 9 : « En l’an 1709, le 26 mars : de la part de Son Honneur Madame la Bourgmesterin Kuhlman, 2 cierges de deuil… » . Ici le titre est au féminin — il s’agit donc de Dorothea Rawen, l’épouse d’Heinrich, désignée par le titre de son mari.

Page 5 : « [Ditto] Son Honneur Monsieur le Bourgmestre Kühlman »
« Dito » signifie qu’il s’agit du même donateur que mentionné à la ligne précédente, une formule d’abréviation courante dans ces registres.

Deux lettres d’Or

Image générée par IA à partir du texte de Lundgren.

C’est par ces mots qu’Hjalmar Lundgren ouvre le premier chapitre de son ouvrage consacré à la famille Kuhlman (1) :

Une calèche couverte anglaise du XVIIIe siècle.

« Les petits garçons de la rue qui menait à la porte des douanes, au nord de Norrköping, abandonnèrent d’un bond le tas de sable où ils s’ébattaient et accoururent, pieds nus, pour former une haie d’honneur de chaque côté du passage. Ils l’avaient reconnu de loin, ils le reconnaissaient toujours, lui qui passait presque chaque jour à cet endroit et ils savaient que de la fenêtre de la voiture jailliraient, comme à l’accoutumée, quelques pièces de cuivre lancées d’une main généreuse. C’était une grande calèche couverte d’une tenture d’un vert profond, de coupe étrangère, à la fois mince et élégante, qui avançait dans un nuage de poussière dorée. Sur ses portières brillaient, frappées en monogrammes d’or, les deux lettres : J. K.

La voiture revenait de la campagne, digne et solennelle, dans la douceur d’un soir d’été. Le long des routes, les champs exhalaient leur parfum de trèfle, et les hirondelles, vives et précises, traçaient leurs arabesques basses au-dessus des prairies assoupies ».

Conscient que l’ouvrage de Lundgren ne constitue qu’une source secondaire, je partis à la recherche de ce qui avait pu l’inspirer. C’est dans la correspondance que Johan Henrik Lidén adressa à Johan Kuhlman, aujourd’hui conservée aux archives de Linköping, que se nichent les passages dont s’est vraisemblablement inspiré l’écrivain (2). Au fil de ses lettres, Lidén revient à plusieurs reprises sur une même curiosité : les voitures anglaises.

Lettre 86 — Aix-la-Chapelle, 14 novembre 1774

« Comme je vois que je ne pourrai jamais, du moins Dieu sait quand, utiliser la nouvelle voiture, qui est encore une charge pour mon frère, j’ai été très heureux de la vendre à ce moment-là […] Entre-temps, je m’achèterai, moi aussi, une voiture anglaise pour le voyage de retour. Bien qu’assez cher, ce véhicule est très confortable. »

Lettre 89 — Aix-la-Chapelle, 6 mars 1775

« Ma voiture m’a coûté 2456 dallers. Je n’ai voyagé qu’entre Linköping et Norrköping. Pourrais-je en obtenir 2000 maintenant ? Une calèche anglaise coûte à Bruxelles, neuf, environ 200 ducats. Coûteux ; mais on voyage confortablement. Elles sont toujours biplaces. Je dois en acheter une, parce que je ne veux plus rester alité. »

Lettre 48 — Linköping, 21 juin 1773

Johan veillait sur son ami malade avec une sollicitude sans faille. Un jour, pour lui épargner les aléas du voyage, il lui envoya sa propre voiture, ayant pris soin d’organiser chaque étape du trajet, les chevaux prêts à chaque relais, la maison préparée, le gîte garni. Lidén séjourna ainsi quatre mois chez Kuhlman à Norrköping. À son retour à Linköping, il écrit aussitôt :

« Bien qu’encore secoué et plutôt fatigué par le voyage, je dois écrire quelques mots pour vous dire que je suis bien arrivé à Linköping avec ma vieille Goutte… Le voyage a été incompréhensiblement rapide. Les chevaux étaient toujours prêts, si bien que j’étais là à 4 heures et demie. A mon retour, je trouve le gîte rempli. Encore une nouvelle courtoisie. Merci beaucoup. »

(1) « Kuhlmans, Pasteller från den Borgerliga Empiren » par Hjalmar Lundgren publié en 1917. Anders Hugo Hjalmar Lundgren (16 février 1880 – 5 octobre 1953) était un bibliothécaire et écrivain suédois. Hjalmar Lundgren était le fils du greffier de la ville Johan Edmund Lundgren et de Hilma Andersson-Öhrvall. Il étudie à Uppsala où il devient bachelier en philosophie en 1903 et licencié en philosophie en 1908 et enfin en 1913 soutient son doctorat et devient docteur en philosophie. En parallèle, il a acquis sa première expérience professionnelle en tant que bibliothécaire à l’Université d’Uppsala. Lorsque Lundgren retourna dans sa ville natale de Norrköping après la défense publique de sa thèse de doctorat, l’ancien ministre des Finances Carl Swartz venait de faire don à la ville de la propriété « Villa Swartz ». dans le but de faire place à la fois à une bibliothèque et à un musée d’art. Lundgren a été nommé le premier directeur des deux collections et a occupé ces missions jusqu’en 1945 (musée d’art) et 1946 (bibliothèque). À la retraite, il fut de 1948 jusqu’à sa mort, président de l’Association Old Norrköping.

En tant qu’écrivain, Lundgren fait ses débuts en 1909 avec le recueil de poésie Syrinx, qu’il écrit lors d’un séjour d’été avec le vicaire August Hammarström à Kvarsebo. Il a ensuite tourné l’écriture littéraire avec des récits de voyage, des œuvres locales et culturelles et historiques et plus encore. Il a également traduit de la littérature étrangère (principalement Français) et édité des éditions de divers manuscrits historiques, dont Anecdota Benzeliana (1914) d’Erik Benzelius le Jeune.

(2) Cette correspondance de Lidén à son ami Johan Kuhlman a fait l’objet d’un livre édité en 1961 par Hilda Danielson et intitulé : Förtroendes brev fran Johan Jenrik Lidén (1768-1787). Johan Hinric Lidén , né le 6 ou le 7 janvier 1741 à Linköping , décédé le 23 avril 1793 à Norrköping , était un universitaire et donateur suédois.

L’incendie de Stargard

7 octobre 1635. Le colonel Bohm, beau-frère de Johan Kuhlman met le feu à la ville de Stargard…
Gravure représentant la ville de Stargard en 1618.

Quelques mois après les exploits de Gerhard sur le plateau de Breslau (1), c’était au mois d’octobre 1635, et alors que l’armée Suédoise était toujours stationnée à Stargard depuis bientôt cinq ans, les ennemis des Suédois s’enhardirent et décidèrent de refaire une apparition dans le duché de Poméranie et d’attaquer la garnison. En ce mois d’octobre et alors qu’il commençait à faire froid dans la région, le grand général impérial Rudolf von Marazin (2) décida de faire le siège de la ville. L’armée ennemie prit position tout autour de la ville empêchant les Suédois de sortir et de se ravitailler. Ils n’avaient plus aucune chance de vaincre l’ennemi. Le Maréchal Johan Banér (3) était parti en campagne avec une partie de l’armée et on ne pouvait plus envoyer de messagers pour l’avertir et lui demander de porter secours aux Suédois assiégés dans la ville.

Le colonel Bohm commandait la garnison restée sur place et il constata que malgré sa demande, les habitants refusaient de continuer à se battre. Ils en avaient assez de cette guerre interminable pour eux car elle avait commencé dix-sept ans auparavant. Dix-sept ans de guerre sans pouvoir vivre normalement, sans pouvoir faire pousser son blé. Tout le monde vivait au jour le jour depuis tant d’années ! Bohm insista mais il n’y avait rien à faire. Même Johan, qui était d’un naturel plus bienveillant que son chef et comprenait les malheurs de la population, n’arriva même pas à convaincre les habitants d’au moins se tenir près des canons ou de protéger les munitions.

Il fallait trouver un moyen d’effrayer les assaillants et le colonel Bohm eut l’idée de faire mettre le feu à des granges en bois qui se trouvaient entre les portes Swietojanska et Pyrzycka afin de dégager l’entrée et rendre difficile l’accès de l’armée impériale aux bâtiments importants pour la défense. C’était un pari très risqué car au moindre coup de vent on risquait de mettre le feu à toute la ville. Et c’est pourtant ce qui arriva. Johan n’avait pas été là pour dissuader le colonel Bohm d’entreprendre une telle folie, il était à l’autre bout de la ville et avait vu venir l’orage qui se profilait en provenance de Stettin, en direction du nord.

Plan des fortifications de Stargard des années 1632-1696 ?
Collection de Riksarkivet (archives Royales) Stockholm.

On raconte que seules seize maisons et six échoppes ont survécu à l’incendie. Toutes les autres maisons et églises ont brûlé ! Tout. L’Église de la Sainte Vierge, le monastère des Augustins et le nouveau lycée, tout a brûlé. Et ce n’était point la foudre, ni un accident de four qui avait provoqué la perte presque totale de la ville mais un acte irresponsable commis par le beau-frère de Johan, Jacob Larsson Bohm. Les Impériaux n’avaient pas pu prendre la ville … car il n’y en avait plus.

Vitrail de l’Eglise Sainte-Marie, reconstruite entre 1905 et 1910.

D’après les travaux du Professeur Majewski, Directeur du département d’archéologie de l’Institut d’histoire de l’Université de Szczecin et directeur du Musée archéologique et historique de Stargard. Membre du Conseil pour la protection du patrimoine archéologique et de l’Association scientifique des archéologues polonais.

(1) Lire l’article « La prise de Breslau par Gerhard Kuhlman, mai 1634 » sur ce même site.

(2) Johan Banér, ou encore Jean Gustavson Baner, vulgairement appelé Banier, né le 23 juin 1596 à Djursholm et mort le 10 mai 1641 à Halberstadt, est un commandant en chef suédois à l’époque de la guerre de Trente Ans.

(3) Le baron Rudolph von Marzin , également connu sous le nom de Rudolph von Marazin ou Morzin , (* vers 1600 ; † 1646 à Prague ) était un maréchal saxon .

Henrik / Heinrich Kuhlman (1639-1720) – première partie

La carrière militaire d’Henrik : Officier de cavalerie au service de la couronne suédoise (1655–1675)

Avant-propos

Ce document est consacré à la carrière militaire de Heinrich Kuhlman, dit également Henrik dans les sources suédoises, noble d’origine poméranienne qui servit pendant près de vingt ans dans l’armée suédoise avant de s’établir comme Bürgermeister à Gadebusch (Mecklembourg). Il convient de noter que certaines archives militaires suédoises le désignent sous le nom de Gerhard Henrik Kuhlman ou Gerhard Henrik von Kuulman, une forme longue de son prénom que l’étude de Henrik Borgström (Genos 24, 1953) a permis d’identifier formellement comme étant le même personnage. Dans la suite de ce document, il sera désigné sous son nom usuel : Heinrich / Henrik Kuhlman.

Sa carrière, reconstituée à partir des Rullor (rôles de compagnies) des Archives militaires suédoises (Krigsarkivet) et de l’étude de Borgström, éclaire une période méconnue de sa vie, entre la Finlande, la Pologne, le Danemark et la mer Baltique.

Origine et filiation

Henrik Kuhlman naît vers 1639. Il est le fils de Johan Kuhlman fils (~1600–1649), Överste-Löjtnant (Lieutenant-Colonel) au service de la couronne suédoise, et le petit-fils de Johan Kuhlman de Jamawitz, Seigneur de Jamawitz en Poméranie. Sa grand-mère paternelle, Hedvig Focken, est issue d’une famille dont le grand-père était patricien à Lübeck, lien qui jouera peut-être un rôle décisif dans sa trajectoire. Lorsque son père décède avant 1648, Henrik n’a qu’environ 8 à 9 ans. Son oncle paternel, Peter Kuhlman, déjà établi en Finlande comme Major, obtient en 1649 une lettre royale d’ennoblissement qui couvre à la fois sa propre personne et les enfants de son frère Johan défunt. C’est ainsi que Henrik Kuhlman est anobli à l’âge d’environ 10 ans, sous la couronne suédoise, conjointement avec les membres de la branche finlandaise de la famille.

La famille Kuhlman dans l’armée suédoise

La famille Kuhlman était profondément enracinée dans le service militaire suédois. Le père de Heinrich avait lui-même servi comme Överste-Löjtnant. Son cousin germain, Magnus Johan Kuhlman (fils de Peter), atteindra le grade de Major et commandera sa propre compagnie dans le même régiment. Cette tradition familiale d’engagement militaire au service de la Suède explique naturellement l’orientation de la carrière de Henrik.

Les premières armes : service en Pologne et au Danemark (1660) dans les Livgardet
Extrait des Rullors Suédois. Archives Royales de Suède.

Avant même son apparition dans les rôles officiels de 1660, Henrik Kuhlman a accompli un service actif au sein du Livgardet, le Régiment de protection du Roi et de la Cour, l’unité la plus prestigieuse de l’armée suédoise, créée en 1613. Une note d’archives de 1671 (Rullor 1671, vol. 1, fol. 64) le confirme explicitement :

« A servi en Pologne et au Danemark au sein de la Garde du Corps de Sa Majesté le Roi, comme quartier-maître, unité commandée à l’époque par les colonels Hans Mörner puis Mortaigne, et à partir de 1661 comme lieutenant ici. Un officier très méritant. »

Extrait des Rullors Suédois. Archives Royales de Suède.

Ce témoignage d’archive révèle :

  1. Un service actif en Pologne dans le contexte de la Seconde Guerre du Nord (1655–1660), dite la « Grande Déluge » (Potop), lors de laquelle la Suède envahit la Pologne et occupa Varsovie
  2. Un service au Danemark dans le cadre de la guerre dano-suédoise (1657–1658), qui aboutit au traité de Roskilde (1658) et à l’extension maximale de l’Empire suédois
  3. Son grade initial : quartier-maître (Reg.kvartermästare), grade subalterne de cavalerie correspondant au commandement d’un quart de fänika (75 à 100 hommes), qui était au XVIIe siècle le sous-officier supérieur de la cavalerie
  4. Sa réputation : « un officier très méritant » un éloge rare dans les documents militaires de l’époque
Le Livgardet : une unité d’élite

Le Livgardet était composé principalement d’Allemands et comptait parmi ses rangs la Brigade jaune, qui avait participé aux campagnes de Gustave II Adolf en Allemagne. Après la bataille de Lützen (1632) où le roi fut tué, les 60 survivants de la Garde accompagnèrent le cercueil royal en Suède. L’effectif fut ensuite porté à 148 hommes. En 1644, le Livgardet fut joint à d’autres unités des provinces baltes pour former un grand régiment de cour, dont Magnus Gabriel De la Gardie devint commandant. La plupart du régiment fut dissous après 1660, mais la partie restée en Suède se développa en Gardes permanentes. Servir dans le Livgardet constituait une distinction sociale et militaire considérable pour un jeune noble de 16 à 20 ans. Le fait que Henrik / Heinrich ait été affecté à cette unité d’élite dès ses premières armes témoigne à la fois de ses qualités personnelles et du prestige de sa famille.

Lieutenant au Livgardet et dans la cavalerie finlandaise (1660–1663)
1660: Quartier-maître au Livgardet
AnnéeGradeUnitéSource
1660Reg.kvartermästareGarde du Corps à cheval (Livgardet till häst)Rullor 1660, vol. 1

En 1660, Heinrich figure dans les rôles du Livgardet comme Reg.kvartermästare (Quartier-maître du régiment). Il a alors environ 21 ans.

1661: Lieutenant dans la compagnie de H.J. Wunsch
AnnéeGradeUnitéSource
1661LöjtnantCompagnie de cavalerie finlandaise de H.J. WunschRullor 1661, n° 2

En 1661, il est promu Lieutenant et affecté à la compagnie de cavalerie finlandaise du capitaine H.J. Wunsch. Il a environ 22 ans. Cette affectation dans une unité finlandaise, alors qu’il est d’origine poméranienne, peut s’expliquer par l’intégration progressive dans le réseau militaire suédois de la Finlande, territoire sous administration suédoise depuis 1249.

1663: Lieutenant au Livgardet
AnnéeGradeUnitéSource
1663LöjtnantLivgardetRullor 1663, n° 9

En 1663, Heinrich réapparaît dans les rôles du Livgardet comme Lieutenant. À 24 ans, il accumule l’expérience des meilleures unités de l’armée suédoise.

Lieutenant dans le Régiment de cavalerie de Nyland et Tavastehus (1664–1672)

Le Régiment de cavalerie de Nyland et Tavastehus (Nylands och Tavastehus läns kavalleriregemente) était l’une des trois grandes unités de cavalerie finlandaise de l’armée suédoise, avec le régiment d’Åbo och Björneborg et celui de Viborg och Nyslott. Créé en 1618 dans les comtés d’Uusimaa (Nyland) et de Häme (Tavastehus) en Finlande méridionale, c’était un régiment de dragons établi en 1632 comme régiment de cavalerie de comté.

Ces cavaliers finlandais étaient les fameux Hakkapeliitta _terme dérivé du cri de guerre finnois hakkaa päälle (« frappe dessus ») – réputés pour leur charge foudroyante et leur brutalité au combat, constituant la « troupe de la terreur » de Gustave Adolf. La propagande suédoise les présentait comme le pendant nordique des Croates au service de l’Empereur, des combattants que leurs contemporains décrivaient comme « sauvages et brutaux » (WEECH, Sebastian Bürsters Beschreibung, 1647) …

Chronologie du service 1664–1672
AnnéeGradeRéférences
1664Löjtnant vid Nyl. och Tav.läns kav.reg.Rullor 1664, n° 3
1665IdemRullor 1665, n° 4, f. 77
1667IdemRullor 1667, n° 3
1668Idem Passeport délivré à Turku → LübeckBorgström
1670IdemRullor 1670, n° 3
1671Afgången (quitte le service)Rullor 1671, n° 1
1672Retour – LieutenantRullor 1672, n° 3

Heinrich sert donc huit années consécutives comme Lieutenant dans ce régiment, entre 25 et 33 ans. Cette longévité dans un même grade témoigne d’un service loyal mais aussi des contraintes d’avancement dans l’armée suédoise du XVIIe siècle, où les promotions dépendaient largement des vacances de postes et des relations personnelles.

1668: Le voyage à Lübeck : tournant décisif

En 1668, alors qu’il figure toujours dans les rôles du régiment de Nyland et Tavastehus, Heinrich reçoit un passeport délivré à Turku (Åbo) et est envoyé vers Lübeck. Ce voyage n’est pas anodin. Lübeck était la grande métropole hanséatique du nord de l’Allemagne, et la famille Kuhlman y avait des attaches séculaires : la grand-mère de Heinrich, Hedvig Focken, était issue d’une famille dont le grand-père occupait un rang patricien dans cette cité. Ce lien familial de trois générations explique l’orientation du voyage.

L’entrée Afgången (« quitte le service ») dans les rôles de 1671 suggère qu’il demeure un temps à Lübeck ou dans la région, avant de rejoindre à nouveau son régiment en 1672. Ce séjour dans la sphère germano-baltique préfigure son installation définitive à Gadebusch, distante de seulement 50 km de Lübeck.

Ryttmästare : Commandant de sa propre compagnie (1674–1675)
1674 : Effectifs et moyens de la Compagnie commandée par Heindrich Kuhlman.

En 1674, Heinrich Kuhlman est promu au grade de Ryttmästare, Capitaine de cavalerie, commandant désormais sa propre compagnie au sein du Régiment de cavalerie de Nyland et Tavastehus. Il a environ 35 ans. Cette promotion, longuement attendue, couronne quinze années de service fidèle dans l’armée suédoise. Un Ryttmästare commandait une compagnie de cavalerie de 75 à 150 hommes, l’équivalent d’un capitaine dans l’infanterie.

Le fait remarquable : deux cousins Kuhlman dans le même régiment

Le Rullor 1674 révèle une coïncidence généalogique saisissante : deux cousins Kuhlman commandent simultanément des compagnies dans le même régiment : le Major Magnus Johan Kuhlman, fils de Peter Kuhlman, cousin germain de Henrik et le Ryttmästare Henrik Kuhlman, fils de Johan Kuhlman.

Cette coprésence est précisément le fait que Borgström a utilisé pour confirmer la filiation de Heinrich / Henrik. Un document du Tribunal de la juridiction d’Ikalis (1672) le désigne comme frände (parent/cousin) du Major Magnus Johan Kuhlman et non comme broder (frère). En suédois du XVIIe siècle, cette distinction terminologique est fondamentale : broder aurait été utilisé s’il avait été son frère. Le terme frände confirme donc qu’il est un cousin, fils de Johan et non fils de Peter.

Contexte géopolitique : les prémices de la Grande Guerre du Nord

Les années 1674-1675 sont marquées par les prémices de la guerre scano-brandebourgeoise (1674-1679). La Suède intervient en faveur de la France dans le conflit contre le Brandebourg, et le régiment de Nyland et Tavastehus fait partie des unités mobilisées. C’est dans ce contexte de tensions croissantes que Heinrich / Henrik commande sa compagnie pour la dernière fois.

Départ de Finlande et transition vers Gadebusch (~1675), La dernière campagne

Le Rullor de 1675 atteste pour la dernière fois la présence de « Henrik Kuhlmans kompani » à la page 161 du régiment de Nyland et Tavastehus. Après cette date, le nom de Heinrich disparaît des rôles militaires suédois. La fiche d’état-major (Krigsarkivet, Rullor E.2) confirme ce départ : Heinrich retourne en Poméranie, probablement à Gadebusch.

Portrait militaire

Au terme de cette reconstruction, Heinrich Kuhlman apparaît comme un officier de cavalerie accompli, ayant servi pendant environ quinze à vingt ans dans les meilleures unités de l’armée suédoise. Sa carrière se caractérise par :

  • L’excellence de ses affectations : le Livgardet, unité d’élite, dès ses premières armes
  • L’étendue géographique de son service : Pologne, Danemark, Finlande, Ingermanland. Il parcourt l’ensemble du théâtre d’opérations de l’empire suédois à son apogée
  • La constance de son engagement : quinze ans de service ininterrompu dans le régiment de Nyland et Tavastehus
  • La reconnaissance de ses pairs : la note d’archive de 1671 le qualifie d’« officier très méritant »
  • L’accomplissement du commandement : il atteint le grade de Ryttmästare et commande sa propre compagnie, perpétuant la tradition militaire familiale

Lorsqu’il pose les armes vers 1675 et rejoint Gadebusch, c’est un homme d’environ 36 ans, aguerri par deux décennies de guerres nordiques, porteur d’un titre nobiliaire et d’une réputation militaire solide – des atouts qui lui permettront de gravir rapidement les échelons de la vie civile mecklembourgeoise jusqu’au titre de Bürgermeister.

Dans la deuxième partie, nous évoquerons la vie de Henrik Kuhlman (1639-1720) en Poméranie, à Gadebusch.