Les communes rurales du massif d’Alger

Lorsque Josef Kuhlman arrive à Alger au début de l’année 1841, il va découvrir la ville mais également toutes ces petites communes rurales qui se situaient sur les hauteurs d’Alger. C’est d’ailleurs sur ces hauteurs que les consuls de l’époque avaient leurs propriétés de campagne. De nos jours, tout ce territoire champêtre est à présent intégré dans la grand métropole d’Alger. Pour s’imprégner de ces lieux au début des années 1840, rien de tel que la retranscription intégrale d’un long article du Moniteur Algérien en date du 16 mai 1835.

Birkadem 28 mai 1856. Dessin que j’attribue à Kenney Bowen-Shultze (épouse du Consul de Suède). On distingue en arrière plan « le consulat de Suède » de la gravure de Genet. Collection personnelle de l’auteur.

Le massif comprend, comme l’on sait, toute cette masse de collines qui se groupent autour d’Alger entre la mer et la plaine de la Mitidja. Ce territoire a été divisé en quinze communes y compris la ville d’Alger ; son étendue peut être évaluée à 24 lieues carrées ou environ 53 000 hectares de superficie, ce qui donne une moyenne de 3 533 hectares par commune.

Alger. — Le territoire d’Alger comprend peu de cultures sauf quelques marais cultivés par les Maures, en plantes potagères. Sa superficie est d’environ 3 900 hectares.

Birmadréïs. — Les terres de cette commune sont d’une excellente qualité ; la couche végétale y a une épaisseur convenable pour s’approprier à toutes les cultures. Il y a peu de broussailles et l’on y voit un grand nombre de maisons de campagne qui, la plupart, ont passé entre les mains des Européens. La surface de cette commune, qui est la plus petite de toutes, n’excède pas 968 hectares : 260 sont cultivés en blé, orge, plantes potagères, et 54 en vignes. Depuis deux ans l’on y a planté plus de 1 400 pieds d’arbres forestiers et fruitiers parmi lesquels 800 oliviers.

Bir-Ettouta. — Il n’y a point encore d’Européens établis dans cette commune dont la superficie peut être évaluée à 4 600 hectares. Il y a peu de terres propres à la culture, celles des indigènes n’excèdent pas 54 hectares cultivés en céréales, légumes et un peu de vignes.

Bir-Kadem. — La terre y est généralement riche et féconde et les eaux abondantes ; le sol heureusement accidenté offre une grande variété de sites et de belles expositions où sont répandues de nombreuses maisons de campagne entourées de jardins plantés d’orangers, de citronniers, de grenadiers. Le territoire doit avoir 4 000 hectares d’étendue, dont 790 sont cultivés en très grande partie par des colons européens, principalement en blé, orge, légumes, et 20 hectares en vignes. Les nouvelles plantations s’élèvent à 2 300 pieds d’arbres en y comprenant 1 000 rejetons d’olivier préparés pour la greffe.

Boudjaréah. — Le territoire de cette commune a environ 4 300 hectares de superficie. Toute la partie occidentale est inculte et couverte de rochers et de broussailles, mais la partie orientale a de très bonnes terres et elle renferme un grand nombre de belles propriétés parmi lesquelles on remarque celle de M. Roche et le consulat de Suède. Ce canton du massif est celui où, grâce au zèle persévérant de M. Roche, la culture de l’olivier a fait le plus de progrès, le nombre de ceux qui ont été plantés ou greffés s’élève à plus de 7 000, c’est-à-dire à près de la moitié des plantations de cette nature dans tout le reste du massif. 134 hectares sont cultivés en céréales, prairies et vignes, et 450 pieds d’arbres fruitiers ou forestiers ont été plantés depuis 18 mois ou 2 ans.

Deschioued. — Cette commune n’est encore habitée que par la tribu de ce nom, dont les cultures, en céréales, n’excèdent point 163 hectares sur une surface de 4 000.

Dely-Ibrahim. — Le village de Dely-Ibrahim habité par environ 400 colons, la plupart Allemands, sera probablement le chef-lieu de cette commune qui renferme dans son territoire le camp de Staouéli, celui des Zouaves et les douars des tribus de Charga et de Beni-Messous. La partie qui est située vers la mer, c’est-à-dire toute la plaine de Staoueli jusques à Sidi-Ferruch, n’a que très peu de terres cultivées, mais elle est couverte d’oliviers, d’orangers, d’arbouziers, de lentisques et de citronniers, tous à l’état sauvage, mais qui, sous des mains industrieuses, pourraient donner de riches produits ; le reste du territoire est un des cantons où l’agriculture et la population ont fait le plus de progrès, et c’est l’un de ceux qui est le plus susceptible d’atteindre rapidement un haut degré de prospérité. Parmi les nombreuses propriétés rurales qu’il renferme, on remarque celle de M. Fougeroux et le domaine de Sidi Sadi appartenant à la société africaine de colonisation, et sur laquelle l’on a commencé la culture en grand du cotonnier ; 30 arpens de terre y ont été consacrés dès cette année et il est probable que l’année prochaine cette étendue sera au moins quadruplée. Le territoire de la commune de Dely-Ibrahim est le plus vaste du massif, sa surface peut être évaluée à 8 800 hectares, dont 733 sont cultivés en céréales et surtout en vignes dont l’étendue est estimée à 223 hectares ; les plantations forestières et fructifères sont également très remarquables ; elles ne s’élèvent pas à moins de 1 000 arbres fruitiers, 2 000 arbres forestiers, 4 500 oliviers greffés ou préparés pour la greffe et plus de 3 000 mûriers.

Douéra. — Située aux limites du massif et sur les dernières rampes des collines qui descendent vers la Mitidja, cette commune n’est encore qu’une vaste solitude habitée par quelques pauvres tribus arabes dont les cultures comprennent 263 hectares de terres consacrées aux céréales et à des légumes. Les Européens ont fait quelques défrichemens et préparé quelques prairies artificielles aux environs du camp de Douéra. Le territoire de cette commune a une superficie d’environ 4 400 hectares.

Elbiar. — Cette commune est limitrophe d’Alger ; elle touche à la Casbah ; le sol rafraîchi par des eaux abondantes y est partout d’une grande fécondité et l’on y fait avec succès la grande et la petite culture ; l’on y voit un grand nombre de beaux domaines parmi lesquels on remarque ceux de MM. Couput, de Guiroye, Choppin, et les maisons de campagne des consuls d’Espagne, de Suède et de Hollande. Le fort l’Empereur, et la caserne des Tangarins appartiennent au territoire de cette commune dont l’étendue est de près de 3 300 hectares. Les terres cultivées en céréales, prairies, légumes dépassent 300 hectares, indépendamment de 54 hectares de vignes. Plus de 3 000 arbres fruitiers ont été plantés depuis 2 ans et 1 800 rejetons d’oliviers préparés pour la greffe. M. Choppin a consacré cette année, sur sa propriété, 20 arpens de terre à la culture du coton.

Hussein-Dey. — La totalité du territoire de cette commune, qui comprend environ 2 000 hectares, est complètement cultivée, les trois quarts par les indigènes et le surplus par des colons, en céréales, prairies, plantes potagères et un peu de vignes. Le sol est riche, profond et la végétation est partout remarquable par sa vigueur extraordinaire. Près de 3 000 oliviers ont été plantés ou greffés depuis deux ans, ainsi que 700 arbres fruitiers.

Kadouss. — Il y a fort peu d’Européens établis dans cette commune dont la surface est de près de 3 900 hectares. Les cultures appartenant presque en totalité aux indigènes n’excèdent pas 128 hectares. La nature du sol est cependant favorable aux travaux agricoles. Il y a été planté ou greffé 1 000 pieds d’oliviers.

Kouba. — C’est une des contrées les plus favorisées du massif ; les terres y sont fertiles, les eaux abondantes et les cultures considérables. L’on y voit de très belles propriétés parmi lesquelles celles de MM. Duchassaing, Dumouchel, Gaudoit, Bounevialle et baron Viallard sont les plus remarquables. La partie située à l’est de l’Aratch est habitée par des Arabes. La superficie de cette commune est de 3 300 hectares, dont 450 sont cultivés en céréales, prairies artificielles et naturelles, plantes potagères et un peu de vignes. La culture du mûrier y a pris les plus grands développemens, les plantations y dépassent 4 000 pieds et celles des oliviers est en nombre presque égal. L’on a également planté plus de 1 500 pieds d’arbres. C’est dans cette commune que M. Wattels et Smits ont fait récemment leurs premiers essais pour la culture de l’indigo.

Massafran. — Cette commune n’a pas de colons européens. Son étendue est de 3 400 hectares, dont 200 sont cultivés par les Arabes.

Mustapha-Pacha. — Son territoire se compose du beau village de ce nom et de la partie de la riche plaine de la Hamma qui s’étend le long de la rade d’Alger, jusqu’à la batterie près de Hussein-Dey. Le sol y est éminemment fertile et propre aux cultures les plus riches et les plus variées. Les côteaux de Mustapha couverts d’une multitude de belles maisons de plaisance, parmi lesquelles on distingue le consulat de Danemarck, offrent un coup-d’œil magnifique. La surface de cette commune est de 1 260 hectares, et les exploitations de 815, dont 100 en vignes. Les plantations sont considérables.

Pescade (la Pointe-). — Il y a peu de cultures au-delà de la Pointe-Pescade ; toute cette partie de la commune est livrée à la stérilité : l’autre partie a de belles propriétés, et entre autres les consulats de Belgique et d’Angleterre, et le domaine de M. De Fallois. La commune est l’une des moins étendues : sa superficie n’est que d’environ 1 665 hectares, dont 500 sont cultivés presque en totalité par les Européens. Le fort des Anglais et celui de la Pointe-Pescade font partie du territoire de la commune.

Relevé des cultures

CultureHectares
Céréales, blé, orge, pommes de terre3 421
Légumes et plantes potagères425
Prairies naturelles et artificielles2 143
Vignes406
Coton75
Indigo30
Total6 500

Plantations

EspèceNombre
Oliviers plantés25 000
Oliviers nétoyés et préparés pour la greffe18 000
Mûriers8 000
Arbres forestiers6 350
Arbres fruitiers6 000

Source : Le Moniteur Algérien, 16 mai 1835

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