La succession de Fredrik Rouget de Saint-Hermine au Consulat Général de Suède et Norvège à Alger. Octobre 1872 à décembre 1873.
Comment Josef Kuhlman est devenu Consul Général de Suède et Norvège en Algérie (1872-1873). D’après la correspondance Kuhlman / Almquist conservée aux archives Nationales de Suède.
Deuxième partie – La parole donnée, Alger 12 mars 1873.
« Je m’engage fermement à donner immédiatement ma démission de courtier si je suis nommé consul. […] Si je suis nommé consul, je dépose aussitôt ma demande de démission de la fonction de courtier. Faute de quoi je n’obtiendrais pas l’exequatur. » indique Josef Kuhlman dans sa lettre à Bernhard Almquist, Alger, 12 mars 1873 (lettre N°20, répondant à la lettre d’Almquist du 25 février 1873)

Kuhlman rentre de Philippeville, quatre jours de voyage et répond aussitôt à la lettre d’Almquist du 25 février. La lettre qu’il écrit ce 12 mars est courte et dense : le texte fondateur de sa candidature. Elle tient en trois pièces : la règle, l’argument, la parole.
La règle d’abord. Le ministère des Affaires étrangères, par la plume d’Almquist, a rappelé qu’un consul ne peut être courtier. Kuhlman ne discute pas : « Les personnes compétentes au ministère des Affaires étrangères sont tout à fait fondées à dire qu’une fonction de courtier est incompatible avec un poste de consul. » Et il va plus loin : « C’est là une pensée si évidente que j’ai longtemps pensé à quitter la profession de courtier maritime. C’est pourquoi je pense que le poste de consul général me conviendrait parfaitement. » Il n’attendait pas qu’on le lui rappelle.
L’argument ensuite. Si la règle interdit d’être les deux à la fois, elle ne dit rien de celui qui a été l’un avant d’être l’autre : « Il est en revanche un réel avantage pour le consul général que son titulaire ait été auparavant courtier. De plus, vingt-neuf ans de connaissance des capitaines et des usages du port d’Alger constituent une expérience qu’aucun candidat venu de Suède ne peut apporter. Et Kuhlman note que la place elle-même le lui a souvent dit : « Combien de fois n’ai-je pas entendu ces Messieurs dire : « Mais pourquoi M. Kuhlman ne postule-t-il pas au poste de consul ?
La parole enfin. Donnée par écrit, avant même que rien ne soit gagné : « Je m’engage fermement à donner immédiatement ma démission de courtier si je suis nommé consul. » Sans cette démission, pas d’exequatur. Cette reconnaissance officielle sans laquelle un consul ne peut exercer. Le consulat n’était pas pour lui une charge de plus : c’était l’aboutissement de sa carrière.
La lettre fixe aussi un seuil, qui en dit long sur la condition consulaire de l’époque : sans 7 à 8 000 francs de revenus personnels, « le futur consul fera piètre figure », et « le gouvernement ne pourrait pas non plus se satisfaire d’être représenté par un consul dans la gêne ». Un mois plus tôt, Kuhlman avait déclaré 8 000 francs d’actif et 1 800 d’hypothèque : il entrait exactement dans cette mesure, ni enrichi sur la colonie, ni dans le besoin.
Reste une inquiétude, la seule : « Que deux Suédois aient postulé ce poste m’inquiète. » Deux candidats venus de Suède briguaient la place qu’il convoitait, lui, fort de ses trente ans d’expérience en Algérie. Kuhlman répond par les actes : il annonce son retour en Suède en avril, pour déposer sa candidature en personne ; il demande à Almquist de transmettre au ministère les deux messages essentiels : la démission promise et la valeur de l’expérience. Il mobilise également le courtier C.W. Boman pour rassembler les lettres de recommandation des capitaines scandinaves, et écrira lui-même à Göteborg. La concurrence confirmait le prix de la place. Kuhlman s’y préparait comme il avait tout fait, depuis 1844 : méthodiquement.
Sources : collection Almquist/Kuhlman : lettre N°20, Alger, 12 mars 1873 ; répond à la lettre d’Almquist du 25 février 1873, date confirmée sur le manuscrit; lettre N°19, Alger, 13 février 1873, pour la déclaration financière (8 000 francs d’actif, 1 800 d’hypothèque).
La suite dans un prochain épisode…