La Défense de Norrköping à l’époque moderne (XVIIe–XIXe siècles) – (4/5)

Les corps militaires bourgeois (Borgerliga militärkårer)
Le parc du château de Johannisborg à Norrköping. Photo Etienne LAUDE, juillet 2022.

1. Les trois divisions du corps bourgeois

Le corps militaire du Borgerskapet fut divisé en trois divisions : La cavalerie, sous son capitaine le fabricant Peter Jakob Swartz11 ; L’infanterie, sous son capitaine le conseiller municipal Johan Jakob Westerberg¹2 et L’artillerie sous son capitaine, le marchand Hans Ekhoff13.

2. Le corps des fabricants et le Corps de Chasseurs-Libres (Frikårsjägarna)

Deux corps supplémentaires furent formés. Le premier était composé de fabricants non-bourgeois qui, n’étant pas citoyens et donc non astreints au service dans le corps de la milice, s’enrôlèrent volontairement, à condition d’être autorisés à former une troupe séparée et d’être exemptés de l’uniforme. Le magistrat résolut qu’ils étaient les bienvenus, mais qu’ils devaient d’abord demander l’approbation du gouverneur.

Le second corps, plus spectaculaire, était le Corps de Chasseurs-Libres (Frikårsjägarna ou Frijägare), formé par la jeunesse de la ville avec ses propres officiers et des uniformes verts. Un tel corps vert avait été discuté dès 1761 lors de la guerre de Poméranie, mais avait alors été interdit par le magistrat, qui le considérait comme une nuisance et une imposture lors des marches. La gravité de la situation en 1788 emporta ces réticences.

Le Corps Vert exigea cependant de rester uni à l’avenir, pour que ses membres ne soient pas obligés, lorsqu’ils obtiendraient leur brevet de bourgeois (Borgare), de rejoindre le corps militaire ordinaire. Les membres de ce dernier protestèrent, craignant que cela n’empêche le recrutement futur. Le magistrat trouva un compromis : le Corps Vert ne devait pas être augmenté de plus de membres.

3. Les exercices, la haute garde et la diffusion patriotique

Le corps bourgeois établit une haute garde et patrouilla dans les rues, à des fins déclarées d’entraînement selon le capitaine d’infanterie Westerberg. Le gouverneur, peu favorable à des exercices en semaine qui gênaient le travail, ordonna que ceux-ci aient lieu les après-midis des jours fériés.

Dans un geste remarquable de diffusion patriotique, certains de ceux qui avaient contribué à la reconstruction des redoutes décidèrent de financer une édition du discours que Gustaf Engzell14, pasteur du régiment du Corps franc de Dalécarlie, avait prononcé devant les paroissiens de Svärdsjö le 19e dimanche après la Trinité de l’année 1788. L’édition, tirée à 10 000 exemplaires, fut distribuée gratuitement aux congrégations de tout le diocèse de Linköping sur un feuillet ouvert, qui pouvait être accroché au mur de chaque chalet (stuga). Le Journal de la Société Sälskappet pour l’année 1788, n° 28, commente ainsi cette initiative :

«Cette exhortation peut maintenant être placée sur le plus grand mur du paysan, dont l’esprit est à la fois pris et suivi par les enfants et les petits-enfants, en effet tant que la Suède sera un royaume indépendant, tant qu’elle sera gouvernée par Gustave.»

4. La parade du Corps de Chasseurs-Libres (26 octobre 1788)

Le 26 octobre 1788, le Corps de Chasseurs-Libres effectua une démonstration publique mémorable : il défila de son lieu d’entraînement à Himmelstadlund sous la musique de campagne (fältmusik), conduit par son capitaine Erik Stenbom15, «ces jeunes guerriers se battant les uns contre les autres avec dévotion et amour pour le roi et le pays». L’enthousiasme était tel — le parc du château (Slottshagen) ayant également été mis à disposition pour les exercices — que le gouverneur dut limiter les tirs d’armes aux dimanches après-midi, afin que les citoyens ne perdent pas leurs heures de travail.

La suite dans un prochain numéro…

11. Peter Jakob Swartz — Fabricant et capitaine de cavalerie. Fabricant (fabrikör) de Norrköping, représentant de la bourgeoisie industrielle. Nommé capitaine de cavalerie (ryttmästare) du corps militaire bourgeois en 1788.

12. Johan Jakob Westerberg — Conseiller municipal et capitaine d’infanterie. Conseiller municipal (rådman) de Norrköping. Commande la division d’infanterie du corps militaire bourgeois en 1788. Organise les patrouilles nocturnes, justifiées comme entraînement militaire.

13. Hans Ekhoff — Marchand et capitaine d’artillerie. Marchand (köpman) de Norrköping. Commande la division d’artillerie (artilleridivisionen) du corps militaire bourgeois en 1788, inscrivant sa fonction dans la lignée des officiers artilleurs bourgeois dont Johan Kuhlman avait été le précurseur dès 1767.

14. Gustaf Engzell — Actif en 1788. Pasteur régimentaire (regementspastor) du Corps franc de Dalécarlie (Dalregementets frikår). Prononce devant les paroissiens de Svärdsjö un sermon patriotique le 19e dimanche après la Trinité de l’année 1788. Ce discours, financé par des bourgeois de Norrköping animés du même patriotisme, fut imprimé à 10 000 exemplaires et distribué gratuitement à toutes les congrégations du diocèse de Linköping — «afin que l’esprit en soit pris et suivi par les enfants et les petits-enfants».

15. Erik Stenbom — Capitaine du Corps de Chasseurs-Libres. Actif en 1788 à Norrköping. Capitaine (kapten) du Corps de Chasseurs-Libres (Frikårsjägarna). Conduit la parade mémorable du 26 octobre 1788 depuis Himmelstadlund au son de la musique de campagne.

Bienvenue sur ce site historique dédié à la Saga des Kuhlman

Inscrivez-vous pour recevoir la mise à jour des derniers articles publiés

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.