Bienvenue à Braad !

Lettre n°5 – Correspondances Lidén-Kuhlman (15 février 1773)

« Correspondance Lidén-Kuhlman »

Linköping, le 15 février 1773.

Mon cher ami,

Bienvenue à la maison après Örebro ! J’espère que le voyage s’est bien passé. C’est tout de même agréable de pouvoir bouger et d’éviter, comme moi, de rester assis à l’intérieur, lié pieds et poings.

Concernant les dispositions pour les céréales, mon frère t’écrira sans doute lui-même par le prochain courrier. Il arrivera mercredi. Envoie ma reconnaissance de dette en remboursement partiel. Elle devra être remboursée en espèces immédiatement sur présentation. S’il manque de la quantité ou s’il reste quelque chose dû par les paysans, cela sera consigné ; et sera alors légalement réclamé.

La moitié de la taxe de Långnäs¹ est réservée immédiatement à la Couronne, l’autre moitié est allouée en traitement au nämndeman (juré) du district.

Félicitations pour ton nouveau beau-frère ! Et pour le fait d’être enfin débarrassé de cette tutelle² si pénible, fastidieuse et responsable.

Si M. Ælf de Qwillinge devait remettre quelque argent à M. Kuhlman pour mon compte, sois assez bon pour le recevoir. Cela devrait s’élever à 14 dalers 4 öre en monnaie de cuivre³, si cela arrive. Lundi prochain est le dernier jour pour Grewahn. S’il a pu trouver l’argent et veut le payer, j’envoie ci-joint une procuration pour M. Kuhlman afin qu’il le reçoive. Sinon, je récupère la procuration ; et la propriété partira aux enchères.

Ne te lasse pas de mes nombreuses requêtes. Sois aussi bienveillant envers la veuve de mon défunt oncle Petter Lidén⁴ ; voici ci-joint une instruction pour une petite aide dont elle a besoin. M. Arhenius sait où elle habite. Le fermier peut lui apporter le grain.

N’oublie pas mes salutations cordiales à la bonne Madame ; dis-lui que je languis vivement d’aller à Norrköping, tant pour la compagnie si agréable que pour les soins tendres de Frère Rudberg, mais Dieu sait quand cela deviendra possible.

En attendant, je demeure avec mon habituel attachement,

Le plus humble et fidèle ami de mon cher ami, Lidén.

[Reçu le 17 février]

Notes explicatives

¹ Långnäs — Domaine situé sur l’île d’Åland, en mer Baltique, entre la Suède et la Finlande. En 1773, Åland faisait partie du royaume de Suède. La graphie Longnæs utilisée par Lidén reflète l’orthographe archaïsante du XVIIIe siècle où le å moderne était souvent rendu par o + æ.

² Tutelle (förmynderskapet) — Lidén félicite Kuhlman pour son « nouveau beau-frère » en février 1773, alors que le mariage de sa sœur Sara Margaretha avec Christofer Henric Braad a eu lieu le 12 juin 1772. Ces félicitations tardives ne portent pas sur le mariage en lui-même, mais sur la clôture officielle des comptes de tutelle. En tant que frère aîné, Kuhlman était le tuteur légal de ses jeunes sœurs. Ce rôle impliquait une responsabilité financière et juridique pesante (gestion de la dot, des comptes, des biens). Lidén se réjouit que Kuhlman soit enfin débarrassé de cette charge administrative lourde, le transfert légal de responsabilité vers le mari (Braad) étant désormais finalisé.

³ Monnaie de cuivre (kpmt / kopparmynt) — L’abréviation kpmt signifie kopparmynt, la monnaie courante suédoise de l’époque, par opposition au daler silvermynt (monnaie d’argent). Le système monétaire du XVIIIe siècle était complexe, avec ces deux étalons coexistant avec des valeurs très différentes.

⁴ Petter Lidén — Oncle de l’auteur, décédé. Lidén, fidèle à son rôle d’homme de réseau et protecteur, organise ici une aide matérielle pour sa veuve, faisant appel à son réseau local pour le transport du grain, ce qui montre que malgré son immobilité forcée, il continue de gérer ses affaires de famille et de bienfaisance.

Note sur l’état de santé de Lidén — Cette lettre souligne de manière dramatique l’aggravation de son état : « liés pieds et poings » (bunden till hænder och fötter), « pieds et genoux dans un état pitoyable » (Fötter och knæ æro så usla). La goutte l’a totalement immobilisé. Il gère ses affaires commerciales — cruciales pour sa survie financière — entièrement par correspondance, avec une angoisse palpable quant à l’échéance de Grevan et la menace de vente aux enchères de ses propriétés.

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