Le Consulat de Suède en Algérie

Si l’on intéresse aux relations diplomatiques entres pays et que l’on essaye de s’y retrouver entre les différentes appellations (ambassades, consulats, légations) surtout aux XVIIIe et XIXe siècles il est normal de s’y perdre. Josef Kuhlman ayant été Consul Général des Royaumes de Suède et Norvège, j’ai souhaité apporter quelques clarifications.

le consulat de Suède en 1830
Le Consulat de Suède en 1830

Au XIXe siècle, la présence suédoise en France ne se résume pas à une seule “ambassade” au sens moderne du terme. Elle s’organise autour de deux dispositifs distincts, complémentaires, qui vont coexister un certain temps : d’un côté la représentation diplomatique à Paris, de l’autre un réseau consulaire déployé dans les villes où se concentrent les intérêts maritimes et commerciaux. C’est cette superposition — légation, consulats, consulat général — qui donne parfois l’impression d’un système complexe, alors qu’il obéit à une logique assez claire.

La légation installée à Paris relève d’abord du politique. Elle est la mission chargée des relations officielles entre États : négociations, correspondance gouvernementale, protocole et suivi des dossiers internationaux. À l’époque, une légation est dirigée non par un ambassadeur, mais par un ministre (souvent “envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire”). La Légation de Suède et Norvège est installée rue de Rovigo à Paris et est dirigée par un Envoyé Extraordinaire et Ministre Plénipotentiaire, en l’occurrence le Baron d’Adelswärd (du 1er août 1858 au 2 juillet 1871). La structure de la Légation comportait un secrétaire, des attachés dont un militaire), proche d’une structure diplomatique à part entière, centrée sur la capitale et tournée vers les relations gouvernementales.

Lettre autographe, datée du1er juillet 1864, du Ministre Baron Adelswärd. Il est chargé d'accueillir l'administrateur de la bibliothèque Royale de Suède souhaitant rencontrer l'administrateur de la bibliothèque Impériale du Louvre.
Lettre autographe, datée du1er juillet 1864, du Ministre Baron Adelswärd. Il est chargé d’accueillir l’administrateur de la bibliothèque Royale de Suède souhaitant rencontrer l’administrateur de la bibliothèque Impériale du Louvre. Collection personnelle de l’auteur.

À côté de cette vitrine politique, les consulats répondent à des besoins plus concrets. Leurs attributions touchent la vie quotidienne des ressortissants et le fonctionnement du commerce : navigation et affaires maritimes, protection des marins, litiges commerciaux, formalités et actes, appui aux échanges. Les travaux sur le XIXe siècle rappellent d’ailleurs que l’on oppose souvent, à tort, diplomates et consuls : en pratique, leurs rôles sont complémentaires et l’action internationale d’un État repose aussi sur ces relais “de terrain”, notamment dans les ports et les zones d’activité économique.

Dans ce contexte, Alger occupe une place particulière. Les notices administratives suédoises décrivent un poste ancien, dont le statut a évolué au gré de décisions officielles. Le consulat d’Alger, établi dans le contexte d’un accord de paix de 1729, est transformé en consulat général en 1857, avec une organisation financée (salaire et frais de bureau). Le fait que les titulaires des postes, les titulaires ont souvent porté un “titre personnel” de consul général, ce qui peut créer un décalage entre le titre de la personne et le statut administratif exact du poste. Enfin, la dénomination varie encore par la suite (retour à “consulat” en 1877), tandis que le ressort consulaire est redécoupé selon les périodes. Tout cela explique qu’un même poste puisse apparaître différemment selon l’année, le type d’annuaire et la manière dont l’auteur privilégie le statut de l’office ou le titre du titulaire.

Josef Kuhlman (1809-1876) Consul Général de Suède et Norvège de 1873 à 1876.
Josef Kuhlman (1809-1876) Consul Général de Suède et Norvège de 1873 à 1876.

La liste des titulaires du poste d’Alger permet d’illustrer concrètement cette histoire administrative : elle mentionne notamment Joseph Kuhlman, en fonctions à partir de 1873 et jusqu’à son décès en août 1876. L’annuaire du corps diplomatique et des consulats étrangers confirme par ailleurs ce maillage, en listant, à côté de la légation parisienne, des postes consulaires en France et en Algérie, et en indiquant « Alger — M. Kuhlman (Joseph), consul général ». Un élément complète utilement cette lecture : l’exequatur. Dans la pratique du XIXe siècle, un consul nommé par un État étranger ne pouvait exercer pleinement dans le pays (ou sur un territoire) où il était affecté qu’après reconnaissance par les autorités locales. Cette reconnaissance prend la forme de l’exequatur, souvent publié dans les documents officiels. Dans le Journal officiel de la République française du 9 février 1874, figure ainsi la mention : « L’exequatur a été accordé à M. Joseph Kuhlman, consul général de Suède et Norvège à Alger », ce qui atteste la reconnaissance formelle de ses fonctions par les autorités françaises.

Reste enfin la question des mots : légation ou ambassade ? La différence est d’abord une question de rang diplomatique. Une ambassade, dirigée par un ambassadeur, constitue le niveau le plus élevé de représentation et devient progressivement la norme au XXe siècle. Pour Paris, la transition est nette : la mission suédoise est élevée du rang de légation à celui d’ambassade le 15 octobre 1947 — date qui marque l’entrée dans le cadre diplomatique “moderne”, où l’ambassade s’impose comme format standard entre États.

Ainsi, loin d’être une anomalie, la coexistence d’une légation à Paris et d’un consulat général à Alger reflète l’organisation classique de la présence internationale au XIXe siècle : Paris pour la politique, les ports et places stratégiques pour le consulaire — avec, au fil du temps, des ajustements de statuts, de titres et de ressorts qui laissent des traces parfois déroutantes dans les annuaires, mais cohérentes une fois replacées dans leur logique administrative.

Après l’indépendance de l’Algérie, la représentation suédoise change de nature : elle s’inscrit désormais dans des relations bilatérales entre États souverains. Le site officiel de la Suède à l’étranger (Sweden Abroad) rappelle que les relations entre la Suède et l’Algérie sont anciennes (1729) et que la Suède reconnaît l’Algérie comme État souverain après la proclamation de l’indépendance en 1962, une représentation diplomatique suédoise est mise en place à Alger au niveau des ambassadeurs dès 1963. Cette ouverture marque le passage d’une logique consulaire héritée des siècles précédents à une représentation diplomatique moderne, chargée à la fois du suivi politique, du développement des relations bilatérales et des services consulaires.

Enfin, il faut rappeler que la mention « Suède et Norvège » dans les documents du XIXe siècle renvoie à l’Union qui liait les deux royaumes : cette union pris fin en 1905, date à laquelle la Norvège se sépare de la Suède et recouvre une politique extérieure pleinement distincte.

La mort de Gerhard à Saatzig

L’historien Samuel Freiherr von Pufendorf (1), rapporte dans son ouvrage « Sechs und Zwantzig Büchern » publié en 1688 pour l’année 1637 la mort au combat du Lieutenant-Colonel Gerhard Kuhlman (le jeune frère de Johan Kuhlman, mon ancêtre direct) :

« De Stetin, Wrangel (2) tira de nouveau ses hommes vers Löckenitz (3) (entre le 30 avril et le 4 mai 1637), décida aussi d’attaquer les officiers ennemis qui se trouvaient à Prentzlow (4) dans le cantonnement ; mais justement dans la nuit (du 12 mai), ils s’étaient enfuis et étaient retournés dans la Marche (5), craignant l’arrivée de Baner (6) sur la Havel ; et parce que celui-ci avait écrit au margrave Sigismund (7) qu’il voulait que tout fût prêt à Berlin pour recevoir les nouveaux hôtes. C’est pourquoi les Impériaux se retirèrent pour protéger cette ville ; Wrangel envoya après eux le lieutenant-colonel Dromond, qui n’en rencontra que peu et revint donc sans avoir rien fait. Seulement sur l’Oder, le lieutenant-major brandebourgeois Vorhauer (8) avait attaqué par surprise les Polonais qui faisaient cantonnement à Dramburg , il fut repoussé par eux dans une violente escarmouche , de sorte qu’il n’en resta pas plus de 20 du côté des Polonais, sans compter les blessés.

PUFENDORF, Sechs und Zwantzig Bücher, extrait sur les circonstances de la mort de Gerhard Kuhlman, p. 381.
le chateau de Saatzig Dessin extrait du livre « Festscheist 600 Jahre Jacobshagen » publié en 1936 à l’occasion des 600 ans de Saatzig.
Dessin extrait du livre « Festscheist 600 Jahre Jacobshagen » publié en 1936 à l’occasion des 600 ans de Saatzig.

Ce même chef s’empara peu après et avec peu de peine du château de Saatzig (9), que les Poméraniens occupaient, et de là il alla à Stargard et appela les nobles poméraniens à rendre hommage au prince de Brandebourg : Mais personne ne voulut répondre à son ordre insensé. Wrangel fut donc amené à retourner à Stetin, et Vitzthumen (10) , avec des cavaliers, des dragons et 400 hommes à pied, commanda à Vorhauern de passer l’Oder et de reprendre Saatzig avant que les Brandebourgeois ne s’y fussent établis. Après un siège de trois jours, Saatzig se rendit faute de poudre et les dragons de l’Armée Impériale furent laissés sur place ; les Brandebourgeois durent cependant se soumettre à la volonté des Suédois. Du côté suédois, 24 hommes ont été portés disparus, dont le lieutenant-colonel Kulemann » . (Pufendorf, 1688), page 381.

En ce qui concerne les circonstances de sa mort, le Pasteur Christoph SCHULTETUS, rapporte dans son homélie funèbre :

« Il était particulièrement doux et gentil avec les pauvres et les veuves, et Dieu tout-puissant lui a donné bon succès et bonheur dans toutes ses expéditions jusqu’à ce que finalement le 10 mai à 12 heures de la nuit, quand il est arrivé devant le château de Saatzig, où il avait été envoyé le 7 de ce mois par Son Excellence le Haut Seigneur Herman Wrangeln, Seigneur du Monastère de Lerpeholm des Chevaliers d’Overpohl, représentant de Sa Majesté et le Conseil Impérial Suédois, Maréchal Général et Commandant en Chef des Armées et des Garnisons en Poméranie, ainsi que le Noble et Strict Sir Johann Vitzthumb d’Echstedt, Lieutenant Général Royal Suédois à Cheval et à Pied, entre autres commandants, a été abattu à la jambe droite en une si louable occasion.

Bien que des docteurs distingués et des barbiers (11) expérimentés aient continuellement observé, et consulté, et qu’ils n’aient pas manqué de diligence, l’aide humaine et les moyens naturels n’ont pas non plus fait défaut : Cependant, le malum a dépassé tout art et tout soin, et parce que le temps lui a été fixé par Dieu, il s’est montré patient pendant tout le temps de sa défaite, dans les douleurs qu’il a endurées, et parce que, uni à la volonté de Dieu, il a confié son corps et son âme à Dieu, qui est bon. a confié à des mains fidèles, et le 29 mai, peu avant son décès, s’est réconcilié avec son Dieu en utilisant le saint et vénérable sacrement du vrai corps et du sang de notre Seigneur et pays de salut Jésus-Christ, et s’est notamment réconcilié avec la belle formule en présence de Monsieur Doctoris Schulteri, en tant que confesseur de son maître, ainsi Dieu a aimé le monde … et sous cette application, il a été sauvé et bienheureux par le gracieux conseil de Dieu, et il a quitté ce monde à dix heures du matin, après avoir accompli le cours de sa vie en 28 ans, 2 mois, 3 semaines et 3 jours ».

(1) Samuel von Pufendorf, né le 8 janvier 1632 à Dorfchemnitz en Saxe, mort le 13 octobre 1694 (à 62 ans) à Berlin, est un historien, juriste et philosophe allemand, représentant du droit naturel moderne ou protestant.

(2) Le comte Carl Gustaf Wrangel, né le 23 décembre 1613 à Skokloster et mort le 5 juillet 1676 au château de Spyker, sur l’île de Rügen, était un militaire et homme d’État suédois, originaire d’une famille allemande des pays baltes. Il fut le dernier acteur militaire suédois majeur de la guerre de Trente Ans.

(3) Löcknitz est une municipalité allemande du land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et l’arrondissement de Poméranie-Occidentale-Greifswald. 25 km à l’ouest de Stettin côté Allemand de nos jours.

(4) Prenzlau en Allemagne d’aujourd’hui, 55 km à l’ouest de Löcknitz.

(5) Le comté de La Marck (en allemand : Grafschaft Mark) est un ancien État du Saint-Empire romain. Fondé en 1198 par la maison de La Marck, il rejoint le cercle du Bas-Rhin-Westphalie en 1512. Possession des Hohenzollern à partir de 1614, La Marck, avec le duché de Clèves et le comté de Ravensberg, devient un territoire de l’État de Brandebourg-Prusse dans l’Ouest de l’Allemagne.

(6) Johan Banér (23.6./3.7.1596 Djursholm-20.5.1641 Halberstadt), maréchal de campagne suédois (Feldsmarshall). Officier sous Gustave II Adolphe de Suède en 1614, promu capitaine en 1620, colonel en 1621, major général en 1623, lieutenant général en 1630, participe à la bataille de Breitenfeld le 17.9.1631, prend le commandement en chef de l’Allemagne du Sud à l’automne 1632, est promu maréchal de Suède en 1633 et prend le commandement en chef des troupes stationnées en Silésie.

(7) Sigismund Markgraf von Brandenburg-Ansbach (1592-1640), colonel de l’armée impériale.

(8) Johann von Vorhauer (Vorhawer) ( -après 1649), colonel suédois.

(9) Saatzig (Szadko en Polonais).

(10) Hans (VI) (Johann) Vitzthum von Eckstädt (1595-11.1.1648) né à Sommerschenburg, colonel dans l’armée suédoise. Frère de Barbara, épouse de Gerhardt Kuhlman.

(11) Barbier, rebouteux [suédois barberare] : Au Moyen Âge et au début des temps modernes, les barbiers étaient des personnes actives dans le domaine des soins corporels, de la cicatrisation des plaies et des soins aux malades, comme les barbiers, les baigneurs et les infirmiers. Avec le médecin, le barbier s’occupait des patients, principalement des hommes, en soignant leurs cheveux et leurs barbes.

Un peintre méconnu

Tableau peint par Georges Kuhlman (1872-1923) vers 1890 et offert à son cousin Louis Ovar Néron. Une rue d’Alger. Collection personnelle de madame Dominique Néron.

De mémoire familiale nul de savait que Georges Kuhlman, fils de Sigurd et petit-fils de Joseph, Consul Général de Suède et Norvège, peignait. Ce tableau fut retrouvé récemment dans les archives de Dominique, épouse du petit-fils de Louis Ovar Néron, fils d’Euphémie Beauvais et de Jérôme Néron. Certainement offert par Georges et offert à son cousin Louis vers 1890.

Georges Kuhlman est né à Marengo le 19 octobre 1872 à Oran où la famille de Sigurd et Louise (Chapotin) s’était installée en 1867 lorsque Sigurd a créé le bureau de courtage maritime d’Oran. Sur son acte de naissance il est indiqué « Suédois » car Sigurd ne sera naturalisé français qu’en septembre 1876. Georges et Louis (né en 1880) étaient de la même génération, mais Georges était en fait le cousin germain de la mère de Louis, Euphémie Beauvais, épouse de Jérôme Néron (voir les biographies correspondantes).

La mise en lumière de cette œuvre oubliée mais préservée nous fait découvrir un talent méconnu du dernier Kuhlman né Suédois, lui qui a géré jusqu’en 1895 la ferme Saint-Joseph à Bourkika, cette grande propriété de 139 hectares acheté par son grand-père Joseph à la fin des années 1850.

Cette petite rue d’Alger pourrait être la Rue du Lion dans la Casbah. Une hypothèse à confirmer néanmoins. N’hésitez pas à me faire part de vos remarques.

Voir le site « Marengo d’Afrique » : https://marengodafrique.fr

La société Kuhlman à Oran

Sigurd Kuhlman (1835-1899)
Sigurd Kuhlman (1835-1899)

A la fin de l’année 1867, au retour d’un voyage en Suède pour la cérémonie de décoration de Joseph Kuhlman (Chevalier de l’ordre de Wasa), Sigurd et Louise (Chapotin) s’installèrent à Oran avec leurs deux premiers enfants nés à Marengo, Victor et Adèle. Sigurd y ouvrira un bureau de courtage maritime, comme son père et sera rejoint par son cousin au deuxième degré Svante Nyland. Les archives royales de Suède ont gardé une partie de sa correspondance avec l’homme d’affaires Suédois Bernardt Almquist (1). L’essentiel de la correspondance avec Joseph puis Sigurd est d’ordre commercial sauf quelques unes où Joseph décrit sa propriété de Bourkika et donne des indications permettant de comprendre les liens qui unissaient les Kuhlman avec les de Maupas.

logo société de courtage maritime Kuhlman à Oran 1870

Une de ces lettres m’a permis de reconstituer le logo de la société de Sigurd. Cette étiquette, déchirée bien sûr, semble inhabituelle pour l’époque. Les premiers logos apparaissaient à Paris et dans les grandes capitales mais celui-ci date de 1871 et semble en avance sur son temps, en tous cas en Algérie.

logo de la société Kuhlman à Oran 1875

La deuxième étiquette date quant à elle de 1876 et est modernisée. Encore un fois, d’ordinaire les commerçants tout comme les différents organismes publics, mairies, gouvernement général, service des douanes et autres, utilisaient des tampons à l’encre qu’il apposaient au dos des lettres. Ces deux étiquettes collées sont donc rares et on ne peut que remercier le service des archives Suédoises d’avoir conservé ces petites choses qui semblent insignifiantes mais qui m’ont beaucoup ému lors de leur découverte. Sigurd et Louise auront quatre autres enfants, tous nés à Oran.

Ce fut d’abord Georges en 1872 (mon arrière-grand-père) puis la petite Fernanda qui ne vivra que dix mois (1874-1875), Sigurd Louis (1877-1919) qui décèdera des suites de blessures de guerre (il fut gazé) et Ludovic (1884-1906) et qui décèdera à Saint-Cloud un an avant la naissance de ma grand-mère Suzanne.

(1) (1) Bernhard Ulrik Georg Almquist est né à Uppsala le 1er octobre 1813 et décédé le 27 avril 1881 à Stockholm. Il était le fils de l’évêque de Härnös, Eric Abraham Almquist et de sa seconde épouse, Johanna Elisabet Merckel. Bernhard Almquist a épousé Hedvig Martina Wihlborg (1834-1918) en 1856 et a eu avec elle, entre autres fils, Georg Mårten, propriétaire foncier d’Ekerö, et Johan Axel, conseiller des archives. En juillet 1832, Bernhard Almquist entre au service de la maison de commerce J. C. Pauli & C: o à Stockholm. Il resta comptable professionnel de cette société jusqu’en 1843, date à laquelle il obtint une bourse de grossiste et créa sa propre entreprise (Handelskoll). Cette collection de lettres montre que dans les années 1870, il exporta du bois et du fer du Norrland, principalement vers l’Angleterre et la France, mais aussi vers d’autres pays d’Europe occidentale ainsi que vers la Méditerranée et l’Afrique du Nord. Il dirigeait toujours ce commerce de gros au moment de son décès. La majorité de ses actifs consistait alors en une participation importante (615 000 SEK) dans la société Sunds Aktiebolag. La collection de lettres de Bernhard Almquist a été remise aux archives de la ville le 4 septembre 1953 par Mme Signe Almquist, veuve de Georg Mårten. La collection couvre la période 1866-1878. Cependant, il ne semble complet que pour les années 1871, 1873 et 1876. Ce qui a été remis aux archives de la ville ne constitue donc qu’un vestige, car une grande partie de la collection originale, selon ce que Mme Signe Almquist a déclaré, avait été précédemment détruite. Les lettres ont, même dans les cas où les expéditeurs sont des parents ou des amis personnels du destinataire, un caractère commercial. La partie principale est constituée de lettres commerciales des fournisseurs d’Almquist dans le Norrland ainsi que de ses clients étrangers et de ses relations bancaires. Parmi les expéditeurs, avec lesquels il entretenait apparemment une correspondance animée, on peut citer Johan Behrenberg, Gossler & Co (Hambourg), le Crédit Lyonnais (Paris) et les bureaux de la même banque à Londres, Johan Fahlén (Uusimaa & Tjäll), Forney & Kolseth (Paris), E.J. Hammarberg (Sundsvall), Josef Kuhlman (Alger), Sigurd Kuhlman (Oran), A. van Minden (Paris), Henri Norman (Bordeaux) et Thomas H. North (Hull).

« Kunskap och Idoghet »

Kunskap och Idoghet, la devise de Johan Kuhlman. Extrait du livre d’Or de Rödmossen. Archives de Norrköping.
Johan Kuhlman (1738-1806)
Johan Kuhlman (1738-1806) par le peintre Pehr Horberg.

« Kunskap och Idoghet » telle était la devise de Johan Kuhlman (1738-1806). La vie de cet homme érudit, bienveillant et qui forma nombre de futurs industriels Suédois du XIXe siècle pourrait bien se résumer par cette maxime que l’on peut traduire par « Connaissances et persévérance ».

Prononcé à l’occasion de ses funérailles à Norrköping le 17 février 1806 par le prédicateur de la Cour Royale Johan Anton Lüdeke (1) et ami dévoué de Johan, son éloge funèbre résume ainsi sa vie :

« Sans prétention, vous avez fait votre devoir,
Envers la communauté et vos intelligents commis,
Vous n’avez pas repoussé les malheureux,
Ni rampé pour les fils de fortune.

Vous avez formé plus d’un jeune
Pour qu’il devienne un homme bon et utile,
Et pour d’autres, vous avez ouvert la voie,
que vous n’aviez pas trouvée vous-même ».

Fidèle ami, vous n’avez jamais renié
A l’honneur sanctifié ;
Ne succombant pas au profit inconsidéré,
Comme l’homme noble que vous fûtes.

Vos larmes, chère épouse,
Témoignent de ce qu’il était pour vous ;
Car son cœur revêtait plus
Que tout ce qui était au monde.

Les choix que la vie de famille perturbe
Chez un père sensible et tendre,
Ces fléaux sur sa chaumière
Rend chaque jour plus fragile.

Tout en larmes, il souffre,
comme un chrétien doit souffrir,
Comme le brave qui se bat
Jusqu’à la victoire ou la mort ».

eloge funebre de Johan Kuhlman par le prédicateur royal Johan Anton Lüdecke

(1) Johan Anton Lüdecke était le fils du pasteur en chef (premier prédicateur) de longue date de la paroisse allemande Sainte-Gertrude, Christoph Wilhelm Lüdeke, Lüdeke grandit à Stockholm. Après des études aux universités d’Uppsala et de Göttingen, où il obtint le titre de Magister en 1798, Lüdeke fut ordonné prêtre en 1799 et affecté comme auxiliaire auprès de son père. En 1801, il devint prédicateur extraordinaire de la cour et pasteur de la congrégation allemande de Norrköping. A la mort de son père, il reprend la paroisse Sainte-Gertrude de Stockholm en tant que deuxième pasteur puis accède au poste de pasteur en chef en 1817, poste qu’il conserve jusqu’à sa mort. En 1818, il obtient son doctorat de l’université d’Uppsala.