Le Naufrage du Mayumba

Arzew, 28 janvier 1882. Quand Sigurd Kuhlman croise, sur les quais d’Arzew, le destin d’un jeune chirurgien britannique qui n’a pas encore dit son nom.

Le 28 janvier 1882, un télégramme parvient au bureau de Sigurd Kuhlman, courtier maritime à Oran : le Mayumba brûle à Arzew. Construit en 1859 par les chantiers Harland & Wolff de Belfast – les mêmes qui lanceront plus tard le Titanic – ce quatre-mâts de 1 500 tonnes vient de voir sa chaudière prendre feu lors d’une manœuvre d’accostage. Toute la nuit, la population d’Arzew se mobilise pour sauver l’équipage et décharger la cargaison d’alfa que Sigurd a fait venir des Hauts-Plateaux pour son ami Heyn, Consul de Prusse à Belfast. Deux bras cassés, pas de victimes. Le navire, lui, est perdu.

Le lendemain, au Café du Port, chez Germaine, une patronne qui parle si fort qu’on l’entend depuis la jetée, Sigurd partage une anisette avec son associé Thomas et le maire Vallois. Le jeune médecin de bord du Mayumba les rejoint. Un Britannique, chirurgien, formé à l’Université d’Édimbourg. Il a passé quatre mois sur ce navire, las des fièvres tropicales et de la chaleur africaine. Avant cela, il servait sur le baleinier Hope, en mer arctique. Il veut rentrer en Angleterre.

Sigurd, qui a l’œil pour les gens de potentiel, lui propose de l’accompagner à Oran. Au moment de se quitter, il pose la question la plus naturelle du monde :

— Au fait, comment vous appelez-vous ?

Le jeune médecin répondit. Et ce nom, prononcé ce jour-là sur les quais d’Arzew, allait devenir l’un des plus célèbres de la littérature mondiale.

Mais nous ne le dirons pas ici.

Les indices sont là : Édimbourg, le baleinier Hope, la mer arctique, le Mayumba, un jeune chirurgien britannique en 1882. Pour un lecteur attentif, ils dessinent une silhouette. Pour les autres, le mystère reste entier.

Qui était ce jeune médecin ?

La réponse est dans la nouvelle « Le Naufrage du Mayumba », où l’histoire vraie des Kuhlman croise, le temps d’un naufrage et d’une anisette, le destin d’un homme que le monde entier finira par connaître.

« Le Naufrage du Mayumba » est une nouvelle d’Étienne Laude, tirée du recueil de la Saga des Kuhlman. [Pour commander le livre, cliquez ici.]

Prix Spécial du Jury CDHA en 2023.

À lire également : « En Algérie (1844-1899) » — où il est déjà fait allusion à cette rencontre.

John Bell, médecin et diplomate (1797–1863) : Un consul au cœur du pouvoir colonial à Alger

Prologue : Les funérailles d’un témoin de l’Algérie nouvelle

Le 16 juin 1863, le cimetière de Saint-Eugène, à Alger, est le théâtre d’un événement qui dépasse le simple cadre d’une cérémonie funéraire. La dépouille de John Bell, Consul Général d’Angleterre, est accompagnée par l’état-major de l’Algérie coloniale : le Maréchal Pélissier, Gouverneur Général et Duc de Malakoff, y côtoie les généraux de Martimprey et Yusuf.

Le Maréchal Pelissier, Duc de Malakof (1794-1864). Collection personnelle de l’auteur.
Le Général Yusuf (1808-1866). Collection personnelle de l’auteur.
Le Général de Martimprey (1808-1883). Collection personnelle de l’auteur.

Rien, pourtant, ne prédestinait cet homme, un temps dépeint par la presse française des années 1840 comme un diplomate étranger agissant « sans droit » en territoire français, à une telle déférence. Sa carrière, longue de plus de trente ans, aura été le miroir d’une mue diplomatique fondamentale : celle du passage d’une Algérie dont la souveraineté française était ouvertement contestée par Londres, à celle d’une colonie reconnue et partenaire. John Bell fut l’homme qui accompagna la normalisation politique des relations entre deux empires.

I. Une trajectoire d’expert : du médecin au diplomate de terrain (1797–1850)

John Bell, né en 1797 à Leith en Écosse, fils de William Bell et de Jane Middleton Forbes, possède une double identité : celle de médecin de formation, surnommé « The Doctor John Bell » et celle de diplomate.

Loin d’être un débutant lors de son installation en Algérie, Bell a déjà consolidé son expérience diplomatique au Maroc. Avant 1836, il a servi dans le réseau consulaire britannique à Tétouan et à Tanger, où il épouse Matilda Seaman en 1835. Lorsqu’il est nommé Vice-Consul à Oran en 1836, Bell est un diplomate expérimenté. En première ligne, à proximité immédiate de la frontière marocaine et au centre des opérations militaires, Bell devient le pivot des intérêts britanniques. Lorsqu’il est enfin appelé à Alger, en janvier 1851, pour occuper le poste de Consul, il apporte avec lui quinze ans de connaissance intime du terrain. Cette expérience fait de lui un interlocuteur dont la légitimité repose sur une maîtrise parfaite des enjeux maghrébins.

II. La crise de l’exequatur : un bras de fer diplomatique (1844)

Au milieu des années 1840, la position de John Bell dépasse le cadre des affaires consulaires courantes. Le cœur du conflit réside dans l’obtention de l’exequatur, ce document officiel par lequel le gouvernement français autorise un consul étranger à exercer ses fonctions. En refusant de demander cette autorisation à Paris, les consuls britanniques, dont Bell, adoptent une posture de résistance. Ils arguent qu’ayant été accrédités par le dernier Dey d’Alger avant 1830, leurs pouvoirs ne sauraient être subordonnés à une administration française qu’ils ne reconnaissent pas.

En juin 1844, le journal La France dénonce cette situation : Bell et ses collègues agissent, selon eux, « sans droit ». La presse perçoit ce refus comme un affront à la souveraineté française. Cette situation révèle la nature de la mission de Bell : il est le garant, sur le terrain, de la ligne politique britannique qui consiste à ne pas donner de sceau de légitimité à l’incorporation de l’Algérie par la France. En 1844, Bell est un diplomate défiant l’administration coloniale, tout en protégeant les intérêts britanniques au cœur de la zone de conflit.

III. 1851–1854 : La normalisation et la consécration

En janvier 1851, John Bell s’installe à Alger pour remplacer M. F. John. Louis-Napoléon Bonaparte, alors Président de la République, cherche un rapprochement avec la Grande-Bretagne. Le 4 février 1851, la France accorde l’exequatur à John Bell. Cette procédure met un terme définitif à la fiction juridique qui maintenait que les consuls étrangers tenaient leurs pouvoirs du dernier Dey. Le journal L’Atlas (26 février 1851) souligne : « Désormais le représentant de S. M. Britannique en Algérie ne tiendra plus ses pouvoirs d’Hussein-Pacha ».

En août 1854, John Bell est promu Consul Général. Cette élévation est analysée par la presse comme une « sanction » (une consécration) donnée par l’Angleterre à l’incorporation de l’Algérie à la France. Bell devient, par ce titre, l’interlocuteur officiel du gouvernement britannique. Durant la Guerre de Crimée, il devient le relais de la diplomatie de guerre de Londres, comme en témoigne la publication dans le Moniteur algérien (25 juin 1855) de dépêches officielles britanniques qu’il est chargé de diffuser.

IV. L’insertion dans la société coloniale : Réseaux et alliances
CDV dédicacée de Gustave Mercier-Lacombe (1815-1874). Collection personnelle de l’auteur.

John Bell a tissé des liens étroits avec les élites françaises, mais aussi avec le corps diplomatique. Il entretenait des relations suivies avec ses pairs, parmi lesquels Joseph Kuhlman, Chancelier du consulat du Danemark dès 1849 et figure influente de la communauté diplomatique et maritime à Alger. Bien que Kuhlman n’accédera au rang de Consul Général qu’en 1873, il était, dans les années 1860, un membre éminent du cercle consulaire où Bell évoluait.

Sa correspondance témoigne également de sa proximité avec l’élite militaire, comme l’atteste sa lettre du 21 mars 1859 au Colonel Renson, Chef d’État-Major à Oran. Cette amitié mondaine facilitait ses missions diplomatiques. L’aboutissement de cette intégration est le mariage de sa fille, Henrietta-Mary Bell, avec Nicolas (Gustave) Mercier-Lacombe, Conseiller d’État et Directeur Général des services civils, le 25 mai 1861. Le Consul Général n’est plus un étranger ; il est une figure dont la descendance participe à la gestion de la colonie.

Lettre autographe du Consul Général Bell, datée du 21 mars 1859. Collection personnelle de l’auteur.

Alger le 21 Mars 1859

Cher Colonel,

Je prends la liberté de vous recommander M. le Capitaine Peel qui a été nommé Vice Consul d’Angleterre à Oran par le Gouvernement Britannique ; si vous pouviez lui être utile je vous serais très reconnaissant.

Madame Bell et ma fille me chargent de leurs amitiés pour vous et Madame Renson.

Veuillez agréer Cher Colonel l’assurance de ma haute estime et de mon affectueux dévouement.

John Bell

John Bell s’éteint le 9 juin 1863, rue du Divan à Alger. Ses obsèques, le 16 juin, furent une cérémonie politique de premier plan. Il est fort probable que Joseph Kuhlman, membre actif du corps consulaire, ait assisté aux funérailles, rendant hommage à celui qui fut un pilier de la diplomatie algéroise.

V. Épilogue : L’héritage d’une transition diplomatique

La disparition de Bell marque la conclusion d’une période de transition historique. Par son travail de normalisation diplomatique, il a transformé une relation de confrontation en un partenariat fonctionnel. Avec sa disparition, c’est une génération de diplomates qui s’efface : celle qui a dû construire la diplomatie en même temps que se construisait la colonie, dans l’ombre des maréchaux et des généraux.

Crusenstolpe à Tanger : le Traité de Larache (1844-1845)

7.1 Alger, les années fondatrices (1841-1849) – automne 1844
La Joséphine, en rade de Tanger, septembre 1844.

À l’automne 1844, Josef Kuhlman remarqua l’absence inhabituelle de Cruseustolpe au consulat de la rue de la Licorne. Le bureau du secrétaire était fermé, ses registres soigneusement rangés, ses plantes confiées à un serviteur. À qui demandait où se trouvait le secrétaire, on répondait laconiquement : « À Tanger, pour affaires diplomatiques. »

Le diplomate Suédois était parti préparer le terrain d’une négociation qui se jouait à l’autre bout de la Méditerranée, sur la côte atlantique du Maroc. La flotte suédo-norvégienne mouillait depuis septembre à Gibraltar et il été prévu qu’elle n’appareillerait vers Tanger qu’en février 1845. Crusenstolpe, lui, était déjà là, à préparer les esprits, à ménager les intermédiaires, à commencer son travail diplomatique dans les palais et les souks de la ville blanche.

L’affaire en question allait mettre fin à une humiliation vieille de plusieurs siècles.

L’héritage du tribut

Dans son récit de 1823 sur la terrasse de la Calorama, le consul Schultze avait évoqué la situation des puissances nordiques face aux régences barbaresques : « Nous devions payer tribut pour que nos navires ne soient pas capturés par les corsaires. » Cette réalité n’avait pas entièrement disparu avec la conquête française d’Alger en 1830. Si la Régence d’Alger n’existait plus, le sultan du Maroc continuait à percevoir des tributs annuels de la Suède-Norvège et du Danemark en échange de la sûreté de navigation en Méditerranée et dans l’Atlantique. Un arrangement d’un autre âge, vestige du temps où les corsaires marocains terrorisaient les côtes européennes.

En 1843-1844, les deux royaumes scandinaves décidèrent d’en finir. Une démonstration de force navale fut organisée. C’est dans ce contexte que Cruseustolpe, secrétaire consulaire à Alger depuis 1832 (1), arabophone confirmé, fin connaisseur des usages diplomatiques du monde méditerranéen, fut dépêché à Tanger pour servir d’interprète lors des négociations.

La flotte nordique devant Tanger

Le 2 septembre 1844, la flottille suédo-norvégienne appareilla de Suède. Elle comprenait cinq navires de guerre : la frégate Josephine et la corvette Carlskrona (2) pour la Suède, la goélette l’Aigle, la frégate norvégienne Freja et la corvette Nordstiernan. Après une escale à Copenhague le 3 septembre, la flotille repartit le 5. À Elfsborg, avant de reprendre la mer, les Suédois embarquèrent un passager inhabituel : une girafe nommée Hadgi (3), cadeau du pacha d’Égypte au nouveau roi Oscar I, qu’il fallait ramener à son pays d’origine. Le 28 septembre, la flottille franchit le détroit de Gibraltar et mouilla en rade, cinq longs mois d’attente en vue du Rocher, tandis que Crusenstolpe préparait le terrain à Tanger.

Evocation de la frégate Carlskrona, d’après un dessin publié en 1939 par Société royale des officiers de marine de Suède.

La flotte danoise comprenait, quant à elle, six bâtiments : la Flora, le Set Croix, la Geifon, la Thelis, le Merkurius et le vapeur Hekla (4). Ensemble, les deux flottes formaient une démonstration sans équivoque de la détermination nordique.

Ce n’est que le 24 février 1845 que l’escadre suédo-norvégienne quitta Gibraltar. Le 26 février, elle mouilla au large de Tanger, rejoignant enfin le diplomate qui l’y attendait depuis l’automne.

Les négociations sur la Josephine

C’est à bord de la frégate suédoise Josephine, mouillée au large de Tanger, que s’ouvrirent les premières discussions officielles. Crusenstolpe y joua un rôle central : sa maîtrise de l’arabe, acquise au fil de quinze années passées en Méditerranée, affinée lors de sa traduction du Coran publiée en 1843 (5), lui permettait de dialoguer directement avec les représentants du sultan Abd al-Rahman (6) sans les distorsions inévitables d’une double traduction.

Les pourparlers alternaient entre la courtoisie orientale des réceptions palatiales et la rigueur comptable des discussions financières sur la frégate. À partir de janvier 1845, les négociations se déplacèrent vers le palais du sultan. Crusenstolpe naviguait entre ces deux mondes avec l’aisance d’un homme qui avait beaucoup d’expérience de ce genres de situations complexes.

Le Traité de Larache – 5 avril 1845

Le 5 avril 1845, à Larache (7), sur la côte atlantique du Maroc, le traité fut signé. Ses termes étaient clairs. La Suède-Norvège versait un dernier paiement de 133 532 riksdaler au Maroc, e paiement d’un tribut alnnuel pour garantir la sécurité du passage maritime cessait définitivement et le Maroc renonçait aux paiements et cadeaux précédemment promis, dont en l’occurrence, 56 000 piastres.

Grâce à ce traité, le système organisé d’extorsion diplomatisée prenait fin. Les navires suédois, norvégiens et danois pouvaient désormais naviguer librement sans tribut ni rançon. Le traité fut ratifié à Stockholm en mai 1845.

Le retour

Lorsque Crusenstolpe reprit sa place au bureau de la rue de la Licorne au printemps 1845, Josef lui trouva une assurance nouvelle et la satisfaction d’un homme qui venait de contribuer à quelque chose d’important. Le secrétaire arborait discrètement à sa boutonnière le ruban de l’ordre de Vasa (RVO) (8), décoration suédoise remise en reconnaissance de ses services lors des négociations. Josef, qui avait entendu Schultze parler du tribut dès 1841 sur la terrasse de la Calorama, comprit que le secrétaire du consulat venait de clôturer un long contentieux.

Josef apprit en décembre 1844 qu’il était désormais courtier maritime assermenté.

Notes

(1) Selon l’historique officiel des consulats suédois (Konsulsstaten, Almquist, Stockholm 1914), Crusenstolpe était officiellement affecté au consulat d’Alger depuis 1832. Son rôle dans les négociations de Tanger illustre la pratique courante de l’époque : un diplomate basé dans un port pouvait être dépêché ponctuellement dans toute la région méditerranéenne selon les besoins.

(2) La corvette Carlskrona, construite en 1841, comptait 130 hommes d’équipage. Après la ratification du traité, elle reçut l’ordre de rejoindre Saint-Barthélemy. Elle coula le 30 avril 1846 lors de cette traversée vers les Antilles, causant la mort de 114 hommes – la plus grande catastrophe maritime suédoise en temps de paix. Un deuil qui assombrit durablement la victoire diplomatique de Larache. Source : Wikimedia Commons, Korvetten Carlskrona, 1939 : « Built 1841. Sunk in the West Indies 30 April 1846. »

(3) Hadgi était une girafe offerte au roi Oscar I par Méhémet Ali, pacha d’Égypte, à l’occasion de son accession au trône en mars 1844. L’animal fut embarqué à Elfsborg pour être rapatrié en Égypte. Il mourut malheureusement avant d’avoir atteint sa destination, quelque part en Méditerranée.

(4) La flotte nordique comprenait au total onze bâtiments de guerre : trois suédois (Josephine, Carlskrona, l’Aigle), deux norvégiens (Freja, Nordstiernan) et six danois (Flora, Set Croix, Geifon, Thelis, Merkurius, Hekla).

(5) En 1843, Crusenstolpe publia la première traduction intégrale du Coran en suédois, aux éditions P.A. Norstedt & Söner à Stockholm. Cette œuvre considérable, fruit de quinze années de pratique de l’arabe en Méditerranée, lui valut une reconnaissance durable dans les milieux orientalistes scandinaves.

(6) Abd al-Rahman II (1778-1859) : Sultan du Maroc de 1822 à 1859. Il avait soutenu Abd el-Kader dans sa résistance contre les Français, ce qui avait conduit à la défaite marocaine à la bataille de l’Isly (août 1844) et au Traité de Tanger (septembre 1844) avec la France. Le Traité de Larache s’inscrivait dans ce contexte de redéfinition des équilibres méditerranéens.

(7) Larache : port de la côte atlantique du Maroc, à environ 90 km au sud de Tanger. Ville ancienne, anciennement connue sous le nom de Lixus.

(8) Ordre de Vasa (RVO : Riddare af Vasaorden) : ordre royal suédois fondé en 1772 par Gustave III pour récompenser les mérites civils dans les domaines de l’agriculture, du commerce, des mines et des arts. La décoration de Crusenstolpe au grade de chevalier récompensait ses services diplomatiques lors des négociations de Larache.

Sources : Wikipedia, « Moroccan expedition » ; Wikimedia Commons, Korvetten Carlskrona.jpeg ; Svenskt biografiskt lexikon (SBL), vol. 9 (1931), notice « Johan Fredrik Sebastian Crusenstolpe » ; Traité de Larache (1845).

La mort du Consul Schultze

11. Alger, les années fondatrices (1841-1849) – 13 février 1847
Enterrement du Consul de Suède et Norvège Johan Fredrik Schultze, février 1847. Image générée par IA.

Le 13 février 1847, Johan Fredrik Schultze mourut rue de la Licorne, dans la maison consulaire qu’il occupait depuis onze ans. Il avait soixante-treize ans. Il était à Alger depuis trente-sept. Josef l’apprit tôt le matin.

Trente-sept ans

Schultze était arrivé à Alger en 1810, envoyé en mission par le gouvernement suédois. Le Dey régnait encore, les corsaires sillonnaient la Méditerranée, la ville était ottomane depuis trois siècles. Il avait construit la Salpêtrière pour le compte du Dey; les bâtiments existaient encore, utilisés maintenant comme caserne française. Il avait vu la conquête de 1830 depuis sa villa des hauteurs, à quelques centaines de mètres du champ de bataille. Il avait représenté la Suède, la Norvège, la Russie et la Prusse simultanément – quatre États dont il portait seul les intérêts sur cette côte d’Afrique (1). Il recevait au 12, rue de la Licorne depuis ans, accueillant officiers, artistes, savants et voyageurs de toutes nations.

Aucun Européen vivant à Alger en 1847 ne connaissait cette ville meux que lui.

Le temple de la rue de Chartres
Le pasteur Jean-François Sautter (1791-1872)

Ses funérailles eurent lieu au temple protestant de la rue de Chartres, inauguré quatorze mois plus tôt, le 25 décembre 1845 (2). C’était le pasteur Jean-François Sautter qui officia, lui, le premier pasteur du consistoire protestant d’Alger, en poste depuis 1837 (3). Les obsèques eurent lieu en présence d’une nombreuse assistance (4). Il y avait tout les représentants des consulats étrangers présent dans le pays mais aussi des militaires en uniforme, dont le Colonel Marengo. Des commerçants également, des notables. Des gens qui avaient connu Schultze depuis l’époque de la Régence et le Comte Guyot pour représenter le Gouvernorat Général. Et Josef bien sûr…

Crusenstolpe prit la parole. Il n’avait pas vraiment préparé de discours; il n’en avait pas eu besoin. Il connaissait le parcours de Schultze mieux que personne, pour l’avoir observé depuis 1832, depuis le jour où il était arrivé à Alger comme secrétaire consulaire et avait trouvé en face de lui cet homme qu’on appelait déjà le patriarche.

Il parla de 1810, de la ville ottomane, du Dey, de la Salpêtrière. Il parla de 1830, de la conquête observée depuis les hauteurs, des batteries françaises installées sur le terrain du consulat, des dégâts occasionner que l’état n’avait jamais voulu indemniser. Il parla des quatre États représentés simultanément, de la confiance accordée par Stockholm, Saint-Pétersbourg, Berlin. Il parla de Kenney, du salon de la rue de la Licorne, de la Calorama et de sa terrasse sur la baie. Il parla d’un homme qui avait regardé cette ville changer pendant trente-sept ans sans jamais cesser de la servir. Josef écoutait.

Le carré des Consuls

Le cortège se forma devant le temple et remonta vers le cimetière de Saint-Eugène, sur les hauteurs de Bab-el-Oued. Une portion de terrain y avait été concédée au corps consulaire d’Alger deux ans auparavant, où furent furent transportés les restes des consuls enterrés jadis au cimetière des Chrétiens (5). Schultze était l’un des premiers à être inhumé directement dans cet endroit que l’on appellera bientôt « le carré des Consuls ».

Kenney se tenait droite, en noir, Crusenstolpe à ses côtés. Le pasteur Sautter lut quelques versets de la bible. La tombe était simple, formée d’une dalle de marbre blanc posée sur une base basse. On ne sut jamais qui avait fait ériger, bien des années plus tard, une colonne pour surmonter la tombe. L’ami voulu rester anonyme.

L’épitaphe, quand elle fut gravée, disait :

« Ici repose un patriarche, John Friderick Schultze, consul de Suède et de Norvège, chargé d’affaires de Russie et de Prusse, né près de Stockholm, 15 janvier 1774, décédé le 13 février 1847. Un ami fidèle à la religion du souvenir lui a élevé ce modeste monument sur la terre étrangère. » (6)

Le jour d’après

Crusenstolpe prit la charge officielle du consulat. Il avait les réseaux, l’expérience, connaissait bien le pays. Tout le monde était sûr qu’il tiendrait le poste dignement. Josef continua ses affaires au port. Les navires entraient en rade selon leur calendrier. Il continua de lire ses journaux chaque matin au Café de la Bourse. Il devint le courtier maritime que Schultze avait encouragé à devenir.

Mais une page venait de se refermer. La ville qu’il habitait depuis six ans était devenue bien différente de celle que Schultze avait connue trente-sept ans plus tôt. Une ville différente, aussi, de celle où lui-même avait débarqué en 1841. Alger se transformait trop vite.

Un ami fidèle à la religion du souvenir.

On ne sut jamais qui avait rédigé cette épitaphe.

Notes

(1) Johan Fredrik Schultze représentait simultanément quatre États à Alger : la Suède et la Norvège (réunies en union personnelle depuis 1814), la Russie et la Prusse. Ce cumul témoignait de son poids diplomatique exceptionnel. Lire aussi : Au 12 rue de la Licorne, sur ce même site.

(2) Le temple protestant d’Alger, rue de Chartres (aujourd’hui rue Amar El Kama), fut inauguré le 25 décembre 1845 en présence du comte Eugène Guyot, directeur général des Affaires civiles. Construit par l’architecte Pierre-Auguste Guiauchain, il accueillait environ 350 personnes et organisait deux cultes dominicaux — l’un en français, l’autre en allemand.

(3) Jean-François Sautter : premier pasteur officiel du consistoire protestant d’Alger, institué par ordonnance royale du 31 octobre 1839. Appelé du temple Grignan de Marseille, il quitta Alger en 1847, la même année que la mort de Schultze. Son successeur, Guillaume Monod, n’arriverait qu’en 1849, laissant la communauté protestante sans pasteur titulaire pendant deux ans.

(4) « Schultze mourut dans notre ville en 1847 et ses obsèques eurent lieu avec le concours d’une nombreuse assistance. » (Fayolle, Les Feuillets d’El-Djezaïr, volume 2, 1942.)

(5) « Au cimetière de Saint-Eugène, une petite portion de terrain a été tacitement concédée au corps consulaire d’Alger, et elle est connue sous la dénomination de Carré des Consuls ; c’est là que furent transportés, vers 1845, pour y être inhumés de nouveau, les restes des consuls enterrés jadis au cimetière des Chrétiens. » (Fayolle, ibid.)

(6) Épitaphe documentée par Fayolle (Les Feuillets d’El-Djezaïr, volume 2, 1942). L’identité de « l’ami fidèle » qui fit ériger le monument n’est pas connue. Kenney Bowen-Schultze repose à ses côtés. Son épitaphe : « Ici repose Kenney Bowen, veuve Schultze, décédée le 1er avril 1861, âgée de 51 ans. »

Sources : Les Feuillets d’El-Djezaïr, Th. Fayolle, volume 2, 1942 ; Konsulsstaten, Almquist, Stockholm 1914 ; Wikipedia, Temple protestant d’Alger.

La véritable histoire de la prise de la Smala

5.1 Alger, les années fondatrices (1841-1849) – 20 avril 1843

Note préliminaire : Ce qui suit s’appuie sur un document inédit, une lettre autographe du capitaine Alfred Durrieu, datée du 20 avril 1843, adressée au colonel Comman, commandant supérieur à Miliana, et retrouvée dans une collection particulière. Elle jette une lumière nouvelle sur les vingt-six jours qui précédèrent la prise de la Smala et sur le rôle de ceux qui la rendirent possible.

la prise de la Smala d'Abd el Kader par Horace Vernet 1843
La prise de la Smala par Horace Vernet.
Un document oublié depuis 183 ans

Il existe des documents oubliés qui peuvent changer la lecture d’un événement. Pas en le contredisant mais en l’éclairant d’un jour nouveau. La lettre que vous allez lire est de ceux-là.

Elle est datée du 20 avril 1843. Elle est signéedu capitaine Durrieu et adressée au colonel Comman, commandant supérieur à Miliana, ville de garnison française à cent kilomètres au sud-ouest d’Alger. Ecrite le soir, dans un lieu appelé Saneg, dans les Hauts Plateaux de l’Ouest algérien. Et elle précède de vingt-six jours exactement la prise de la Smala d’Abd el-Kader, le 16 mai 1843, l’événement dont tout Alger parla pendant des semaines, et dont Josef Kuhlman suivit les échos depuis les quais du port.

En avril 1843, Durrieu est encore capitaine. Un grade qu’il porte depuis 1840 et qu’il portera encore deux ans. Officier de terrain, homme de confiance du duc d’Aumale, il écrit cette lettre à la hâte, éclairé par une unique bougie soufflée par le vent du désert. C’est l’un des rares témoignages directs de ce qui se jouait dans les semaines précédant la capture de la capitale itinérante d’Abd el-Kader. Au moment où il écrit ce courrier, il se trouve à 117 km du lieu où sera capturé la Smala d’Abd-el-Kader. Une cavalerie légère en campagne couvre 25 à 35 km par jour : la distance est donc franchissable en 4 à 5 jours de marche forcée. Les 26 jours d’intervalle ne sont donc pas du tout du temps perdu, ce sont précisément les semaines de consolidation, de distribution du butin des Tahman chez les Douairs, de rassemblement des caïds, de collecte du renseignement qui va localiser la Smala.

Le Prince et ses hommes
Le Duc d’Aumale, 1870 à Londres. Collection personnelle de l’auteur.

Dans la correspondance militaire de l’époque algérienne, ce mot désignait sans ambiguïté Henri d’Orléans, duc d’Aumale, fils cadet de Louis-Philippe. Il avait vingt et un ans au printemps 1843, commandait une colonne légère de cavalerie dans l’Ouest algérien, et s’était déjà fait une réputation d’audace froide que les vétérans de Bugeaud, peu enclins à l’admiration facile, reconnaissaient volontiers. À ses côtés opérait Yusuf, ce général de brigade aux origines fabuleuses dont Josef, dans les cafés du port, entendait déjà prononcer le nom comme on prononce celui d’un personnage de légende. Alexandre Dumas, de passage à Alger, avait dit de lui : « À lui seul, c’est le conte entier des Mille et Une Nuits. » Yusuf et Aumale formaient un tandem redoutable : l’un apportait la légitimité dynastique et l’autorité de commandement, l’autre la connaissance du terrain, de la langue, de la mentalité des tribus.

Durrieu, lui, était l’homme de liaison, l’officier qui transmettait les ordres du Prince, rédigeait les dépêches, coordonnait la logistique avec les postes de garnison. C’est en cette qualité qu’il écrit au colonel Comman ce soir du 20 avril.

La lettre du 20 avril 1843

Mon colonel,

Le Prince me charge de vous informer qu’il a fait aujourd’hui sur la tribu des Tahman une ghazia très heureuse qui à mon estime peut se monter à 600 chameaux et 10 000 moutons plus un butin immense – demain nous nous dirigeons avec notre prise sur l’Oued Sidi Ameur (chez les Douairs) – là sera faite la répartition de nos immenses richesses. Veuillez faire immédiatement diriger sur ce point pour le compte de l’intendant

La marque des bœufs — W.

La petite marque des moutons — w.

de plus faire confectionner immédiatement des nouvelles petites marques à moutons W. qui seront dirigées par vos soins après confection sur l’Oued Sidi Ameur.

Le Prince a également besoin (toujours au même point) de Amonda (caïd ouameri) ben Chobah (caïd vayara). Si Mansour (caïd Douars) bel Abbas bou Chenafa — le caïd des Hassins ben Aly — Seïd gardien des troupeaux du beylite (comme du nakheur) — Veuillez avoir la bonté de faire diriger tous ces agents arabes sur l’Oued Sidi Ameur (Douairs).

Je suis et nous sommes trop fatigués. Je vous prie d’excuser mon laconisme, du reste le vent violent qu’il fait éteint ma bougie et me force au repos, notre ghazia vous sera écrite je pense dans ses détails par le Prince. Je ne veux pas lui enlever ce plaisir.

Mille amitiés respectueuses et Recevez mes respects affectueux que je vous prie d’agréer.

Durrieu

Lettre autographe du Capitaine Durrieu, datée du 23 avril 1843. Collection personnelle de l’auteur.
Ce que la lettre révèle

La ghazia sur les Tahman est un coup de filet considérable : 600 chameaux, 10 000 moutons, un butin immense. Durrieu parle de « nos immenses richesses » . La formule est celle d’un soldat soulagé, presque étonné de sa propre chance, qui mesure en même temps ce que cette prise représente comme coup porté aux réseaux de ravitaillement d’Abd el-Kader. Bugeaud avait fait de cette méthode une doctrine : priver l’adversaire de ses ressources jusqu’à l’asphyxie. Ce soir du 20 avril, la doctrine fonctionnait. Mais ce qui rend ce document précieux, c’est ce qu’il révèle en creux sur les mécanismes qui allaient produire la prise de la Smala vingt-six jours plus tard. Et où l’on découvre qu’avant d’être capturée, la Smala d’Abd-el-Kader fut privée quelques semaines auparavant de ses ressources de ravitaillement.

Le mode opératoire est identique. Une colonne légère, rapide, conduite sans attendre les renforts. Une frappe surprise sur un objectif localisé grâce au renseignement. Une exploitation immédiate du succès avant que l’adversaire ne se ressaisisse. Ce que Durrieu décrit le 20 avril, c’est l’entraînement quotidien qui rendit l’exploit du 16 mai possible et presque logique.

Les Douairs sont au cœur du dispositif. La colonne se dirige après la ghazia vers l’Oued Sidi Ameur, chez les Douairs, ces tribus alliées des Français qui constituaient la principale source de renseignement humain dans l’Ouest algérien. C’est précisément via ce réseau de tribus auxiliaires que la localisation exacte de la Smala sera révélée à Aumale quelques semaines plus tard. La liste des caïds convoqués par Durrieu au même point de rassemblement : Amonda, Ben Chobah, Si Mansour, Bel Abbas, Ben Aly, Seïd et représente exactement ce réseau humain, activé et entretenu dans les semaines décisives.

L’usage du terme « ghazia » mérite une attention particulière. Durrieu n’écrit pas « razzia » – le mot français courant – mais le terme arabe lui-même, avec sa graphie orientale. Ce n’est pas un détail anodin : il trahit l’acculturation profonde de ces officiers de l’armée d’Afrique, qui avaient appris à penser la guerre dans les catégories de leurs adversaires. C’est dans cet espace mental partagé que Yusuf excella toute sa carrière et c’est probablement ce qui rapprocha durablement les deux hommes.

Le ton de la fin de lettre est aussi révélateur que son contenu. Durrieu s’excuse de sa brièveté : « excusez mon laconisme » , sa bougie, l’unique qui lui restait, soufflée par le vent. Mais il y a dans cette note finale quelque chose d’autre : une affection à peine dissimulée, presque tendre. « Notre ghazia vous sera écrite dans ses détails par le Prince, je ne veux pas lui enlever ce plaisir. » Durrieu lui laisse la plume.

Ce qu’Alger en sut

Josef était à Alger, à son bureau du consulat de la rue de la Licorne, ou peut-être sur les quais, à recenser les arrivées du soir. Il ne connaissait pas encore Durrieu. Il ne savait pas que quelque part dans les Hauts Plateaux, à trois jours de chevauchée vers le sud-ouest, un capitaine épuisé rédigeait à sa dernière bougie une dépêche qui préfigurait le coup d’éclat dont toute la ville allait parler.

La nouvelle de la Smala parvint à Alger le 19 mai au matin. Elle avait voyagé par courrier express depuis Taguin depuis trois jours. Et le port, d’un seul coup, changea de visage. Les conversations sur les quais, dans les cafés de la Marine, dans les bureaux des négociants, ne portèrent plus que sur une seule chose : le duc d’Aumale, 21 ans, 600 cavaliers, des dizaines de milliers d’âmes capturées. Le trésor d’Abd el-Kader. Ses archives. Sa famille.

Crusenstolpe, ce soir-là, avait obtenu quelques détails supplémentaires d’un officier de passage. Il posa son verre sur le comptoir du café Valentin et dit simplement, dans le suédois qu’il réservait aux moments importants : « C’est terminé. Pas Abd el-Kader, lui, n’était pas présent. Mais c’est terminé pour la guerre telle qu’elle était. »

Ce que l’histoire retint, et ce qu’elle oublia

L’histoire officielle retint le duc d’Aumale, le geste héroïque, la charge de cavalerie, le tableau monumental de Horace Vernet, 21 mètres de toile commandée par Louis-Philippe pour le musée de Versailles, où la bataille devient épopée dynastique. Elle retint Yusuf, figure de légende, les Mille et Une Nuits en personne.

Le Général Durrieu, vers 1870. Collection personnelle de l’auteur.

Elle sembla un temps négliger Durrieu, capitaine épuisé, bougie soufflée, convoquant des caïds dans le désert pendant que le Prince s’apprêtait à signer sa gloire. Mais Durrieu était de ceux que l’Algérie ne lâcha pas. Progressivement, avec la méthodique patience des hommes qui savent où ils vont, il gravit les échelons : chef d’escadron aux spahis dès 1845, l’arme même que Yusuf avait créée et façonnée, puis lieutenant-colonel en 1849, colonel en 1851, et enfin général de brigade en 1854, onze ans après la lettre écrite à la bougie.

Ce rapprochement avec les spahis ne fut pas une coïncidence administrative. Il est probable que c’est précisément dans les semaines de cette campagne du printemps 1843, dans les chevauchées communes, les nuits de bivouac et les ghazias partagées, que Durrieu et Yusuf nouèrent ce qui deviendrait une amitié durable. Durrieu apprit de Yusuf ce que nul manuel de cavalerie n’enseignait : la lecture du terrain, la psychologie des tribus, la guerre à l’arabe. Et Yusuf reconnut en Durrieu l’étoffe d’un homme de l’Algérie, pas seulement un officier de passage.

La suite leur donna raison à tous deux. Général de division en 1859, Durrieu devint ensuite pendant neuf ans sous-gouverneur de l’Algérie, l’homme qui faisait tourner la machine pendant que les gouverneurs se succédaient. Et enfin, en juillet 1870, dans les heures chaotiques qui suivirent la déclaration de guerre à la Prusse, gouverneur général de l’Algérie, le titre le plus élevé de la colonie. L’homme qui écrivait à sa dernière bougie dans le vent du désert était devenu, vingt-sept ans plus tard, le maître de ce même territoire.

Yusuf, lui, ne vit pas cette consécration. Il était mort en mars 1866 à Cannes, grand-croix de la Légion d’honneur, dans un litn ce qui, pour un homme de sa trempe, avait quelque chose d’un peu ironique. Durrieu avait alors 54 ans et était sous-gouverneur depuis cinq ans. Il est raisonnable de penser qu’il était au nombre de ceux qui le pleurèrent sincèrement.

Quant aux Douairs, aux caïds, aux informateurs anonymes sans lesquels aucune colonne légère n’aurait jamais su où chercher la Smal, eux, l’histoire ne les retint pas. C’est le destin ordinaire de ceux qui rendent les victoires possibles.

La suite dans le prochain article : Josef obtient son brevet de Courtier Maritime (décembre 1844).