L’inauguration des tunnels d’Hydra

Le vendredi 29 septembre 1848, le Gouverneur-général Viala Charon (1), accompagné de M. le Directeur-général des affaires civiles Vaïsse (2), a présidé à l’inauguration des aqueducs souterrains creusés sous la direction de M. Mondésir (3), ingénieur des ponts-et-chaussées, entre le chemin de ceinture et la colonne Voirol. Grâce à ce beau travail, qui sera bientôt complété par trois autres tunnels, Alger n’aura plus à souffrir de la disette d’eau, comme cela est arrivé en 1846. Le gouverneur général était entouré des principales autorités de la colonie, des représentants consulaires et c’est à ce titre que Josef Kuhlman fût invité à la cérémonie (chancelier du Consulat du Danemark à cette époque).

Le Général Viala Charon (1794-1880). Collection personnelle de l’auteur.

Pendant le premier siècle de la domination turque, Alger n’était alimenté que par des puits et des citernes. Un an après l’expulsion des maures d’Espagne, en 1611, un de ces industrieux exilés, nommé Moustafa, découvrit une source au pied d’une éminence, non loin du fort de l’Empereur, et en amena l’eau en ville, au moyen d’un aqueduc, qui fut le premier que l’on eût construit ici depuis l’époque romaine.

Huit ans après, en 1619, Moustafa-Pacha fit commencer l’aqueduc de Hamma, que son frère, cheik Hossain kaïd Koussa-Pacha, termina en 1621. D’autres travaux hydrauliques, exécutés par les pachas, leurs successeurs, complétèrent le système des eaux destinées à alimenter la ville d’Alger.

Pendant les premières années de la domination française, l’ouverture de routes nombreuses amena la destruction de plusieurs conduites d’eau ; les anciens aqueducs, n’étant pas suffisamment entretenus, se détériorèrent sur un grand nombre de points ; et il en résulta des suites qui contribuèrent à diminuer l’approvisionnement de la ville.

La conduite d’amenée d’eau de l’aqueduc d’Aïn Zeboudja vers le réservoir de distribution, vers la fontaine puis vers les différents bâtiments. Source : Carte des Archives du Service Historique de l’armée de terre, Vincennes, 1V_H 00063_001_0307, 1840.

Après avoir été longtemps dans les attributions de l’architecte en chef, à qui on ne fournissait pas les fonds nécessaires pour l’exécution de nouveaux travaux, pas même pour l’entretien des anciens, — le service des eaux de la ville fut confié spécialement à M. Mondésir, ingénieur des ponts-et-chaussées. Des moyens d’action plus puissants, mis à la disposition de ce chef de service ; qui sut en user avec zèle et habileté, amenèrent une prompte et importante amélioration dans le régime des eaux urbaines.

Deux aqueducs principaux construits par les Turcs alimentaient la ville : Aïn-Zboudja qui a son origine auprès de Dély-Ibrahim, et qui, outre cette source, en rencontre plusieurs autres sur son trajet jusqu’à la Casbah, d’où il distribue les eaux à la ville haute ; Telemli qui commence à Mustapha-Supérieur auprès de la maison de campagne du gouverneur, et aboutit à la Porte-Neuve.

Le Golf d’Alger près de Mustapha. Extrait de « Esquisses africaines, dessinées pendant un voyage à Alger et lithographiées par Adolphe Otth (4)».

Les travaux exécutés auprès d’Hydra par M. Mondésir, se rapportent au premier de ces aqueducs ; celui d’Aïn-Zboudja. La conduite turque, qui était en fort mauvais état, n’aurait pu être réparée à moins d’une dépense de 100,000 fr., à laquelle il en fallait ajouter 80,000 pour la reconstruction du pont qui est auprès du café d’Hydra ; et d’ailleurs le tracé ancien faisait, entre le chemin de ceinture et Hydra, un détour de neuf cents mètres ; si l’on parvenait à éviter ce détour, on économisait chaque année les frais d’entretien sur une distance de près d’un kilomètre. M. Mondésir a résolu cet important problème, en exécutant pour moins de 70,000 fr. un nouveau tracé qui, au moyen d’un tunnel de 540 mètres de longueur, amène l’eau en droite ligne au lieu de suivre les sinuosités de la conduite turque.

Vendredi dernier, ce tunnel, celui qui a son origine sous la propriété Récy, a été inauguré par M. le gouverneur-général. On a bouché en sa présence l’ancienne conduite et on a ouvert aux eaux leur voie nouvelle. M. le gouverneur-général Charon, avec les personnes qui l’accompagnaient, s’est alors engagé dans le tunnel éclairé par des bougies et des lampes et a traversé le souterrain. L’aqueduc est creusé dans une roche blanchâtre assez friable ; la maçonnerie y a été employée seulement aux endroits où des failles avaient causé des éboulements ou en faisaient craindre. Son niveau est en maximum à vingt-deux mètres au-dessous du sol ; la hauteur est d’un peu plus de deux mètres. A côté de la cuvette où passent les eaux, il y a un trottoir d’un parcours facile.

En sortant de ce souterrain, on trouve, sur l’espace de quinze cents mètres qui le sépare du deuxième, plusieurs travaux hydrauliques, tels que des regards et un pont. Des sources affluentes sont versées dans l’aqueduc principal par des conduites accessoires.

Panorama d’Alger d’après Jean-Charles Langlois, 1833. On distingue au premier plan un regard permettant de prélever de l’eau.

Le second tunnel creusé dans la propriété de M. Martin, n’a qu’une longueur de deux cents mètres. Les deux souterrains et la conduite intermédiaire, traversent la ligne de faite qui sépare le bassin de Oued-el-Kerma de celui de Oued-Kenis qui vient aboutir au ravin de Birmandrais.

Ce beau travail viendra complet et amènera les eaux à Alger par la ligne la plus droite, et par conséquent avec la plus grande économie, quand on aura percé deux tunnels sous les terrains mouvants de l’ancien consulat de Suède (5), et un troisième sous la butte du fort l’Empereur. Il ne manquera plus alors qu’à exécuter le grand réservoir qui serait si utile à notre ville en cas de siège, et si un ennemi extérieur, maître de la campagne, usait de la faculté de détourner les eaux. Nous avons entendu M. le gouverneur-général affirmer, avec beaucoup de raison, que l’exécution de ce réservoir serait plus pressante que celle des trois tunnels complémentaires. En effet, une énorme quantité de maisons mauresques ont été démolies ou sont sur le point de l’être ; les nombreuses maisons européennes, bâties depuis quelques années sont dépourvues de citernes, malgré les prescriptions d’un arrêté sur la matière. Ainsi, les eaux pluviales, cette précieuse ressource dans l’ancien système de construction, ne seront plus recueillies désormais. Il faut donc remplacer cette réserve qu’une incroyable incurie a laissé disparaître. On comprend dès-lors, que M. le général Charon a bien raison de réclamer la priorité pour l’exécution du grand réservoir.

Le beau et utile travail exécuté par M. Mondésir, partie importante d’un système général destiné à beaucoup augmenter l’approvisionnement d’eau de notre ville, ajoute à sa réputation comme ingénieur et lui assure des droits incontestables à la reconnaissance de tous les habitants d’Alger.

D’après le journal l’Akhbar dimanche 1er octobre 1848.

(1) Le baron Viala Charon (1794–1880), général de division. Nommé gouverneur général de l’Algérie le 9 septembre 1848 et le reste jusqu’au 22 octobre 1850. C’est un militaire de formation (École polytechnique), vétéran des guerres napoléoniennes et de la conquête de l’Algérie depuis 1835. Il avait notamment été directeur des affaires d’Algérie au ministère de la Guerre avant d’accéder à ce poste.

(2) l s’agit de Claude-Marius Vaïsse (1799–1864). Nommé directeur général des affaires civiles en Algérie le 1ᵉʳ septembre 1847, il est en poste à l’arrivée de Charon. Il quitte ce poste le 24 janvier 1849 pour devenir préfet du Doubs, puis préfet du Nord. Il est connu pour être devenu plus tard le grand rénovateur urbain de Lyon (surnommé « l’Haussmann lyonnais »).

(3) Piarron de Mondésir, ingénieur des Ponts et Chaussées, fut l’une des figures techniques marquantes de la France du XIXe siècle. Affecté au service des eaux d’Alger à partir de 1846, il fut spécialement chargé de résoudre la grave pénurie d’eau qui frappait la ville, en restaurant et modernisant l’antique aqueduc ottoman d’Aïn-Zboudja. C’est sous sa direction que furent percés les deux grands tunnels souterrains du Val d’Hydra — 540 et 200 mètres de galeries creusées jusqu’à 22 mètres de profondeur — inaugurés en grande pompe le 29 septembre 1848 en présence du gouverneur général Charon. De retour en France, il s’illustra sur les grands chantiers ferroviaires du chemin de fer du Nord, où ses mémoires sur les tranchées de Saint-Just et de Chepoix devinrent des références dans la formation des ingénieurs. Homme de science autant que de terrain, il présenta en 1867 à l’Exposition universelle un appareil de ventilation par air comprimé, et publia en 1873 chez Dunod un ouvrage de référence sur le Calcul des ponts métalliques à poutres droites et continues.

(4) Adolphe Otth était un naturaliste et artiste voyageur suisse. Homme de science autant que dessinateur de talent, il parcourut le pourtour méditerranéen au cours de plusieurs voyages d’exploration, notamment les Baléares et l’Algérie. Il séjourna en Algérie vers 1836–1837, soit seulement quelques années après la prise d’Alger par les Français (1830). Il rapporta de ce voyage une série de dessins d’une précision étonnante, témoignages visuels irremplaçables de l’Algérie dans ses premières années de colonisation. Son œuvre majeure : Esquisses Africaines (1839)
« Esquisses africaines, dessinées pendant un voyage à Alger et lithographiées par Adolphe Otth » publié à Berne, chez J.F. Wagner, lithographe, 1839. Adolphe Otth mourut de la peste en 1839 à Jérusalem, lors d’un voyage au Proche-Orient, à seulement 36 ans. Son « Esquisses Africaines » fut publié l’année même de sa mort, ce qui en fait un testament artistique et scientifique d’autant plus précieux.

(5) Le consul de Suède de 1829 à 1847, Fredrik Schultze, possédait ou avait possédé sept propriétés dans les alentours d’Alger. Une de celles-ci s’effondra en 1845 suite à des éboulements consécutifs aux pluies diluviennes survenues pendant l’hiver précédent. Mais de quelle propriété s’agissait-il ? On peut lire qu’il s’agissait de l’ancien Consulat de Suède, une grosse bâtisse située derrière le fort l’Empereur. Mais celle-ci avait déjà été endommagée lors de la conquête de 1830. J’ai l’intuition que les textes ont confondu ces diverses propriétés parfois appelées « Consulat de Suède », parfois « résidence d’été du consul de Suède ». Le fait est que le doute subsiste vu le nombre de propriétés qu’ont possédé les Schultze-Bowen … Et quelle est celle que Kenney Bowen Schultze appelait « La Calorama » ?

Le Maitre de Haga

L’Enigme Vegult, un mystère encore non élucidé…

Avec cet article j’entame la rédaction d’une autre histoire parallèle à celle des Kuhlman. Une longue Saga dont la principale enigme, l’origine exacte d’un personnage mystérieux, arrivé à Christiania (Oslo) vers 1786 et grand-père d’Augusta Wilhemina Maklin, première épouse de Josef Kuhlman et mère de Sigurd…

Au printemps 1791, Johan Kuhlman prit sa plume et écrivit à son vieil ami Gjörwell (1), Bibliothécaire du Roi à Stockholm, une lettre en apparence anodine :

« Monsieur le Maître de Cavalerie de Haga m’a fait parvenir un dessin de la cave à glace, comme je le voulais. Mes relations avec lui sont très bonnes ! »

Il n’en dit pas plus. Le dessin avait voyagé de main en main — passé, dit-il, par un intermédiaire, puis par son ami le professeur Lidén, avant d’atterrir sur son bureau de Norrköping. L’auteur demeurait, lui, à l’autre bout du pays, dans le vieux quartier de Haga. Mais de quel Haga s’agissait-il ?

Lettre de Johan Kuhlman à Carl Christopher Gjörwell, 18 avril 1791. Archives Royales de Suède.

Il existait alors deux « Haga » en Suède. Celui de Stockholm d’abord — ce parc royal où le roi Gustave III, grand francophile, faisait édifier un palais monumental sous la direction d’un architecte français, Louis-Jean Desprez. Et puis celui de Göteborg — le plus vieux quartier de la ville, fondé en 1648, avec ses ruelles pavées et ses maisons en bois, à l’écart du fracas du port. C’est là, au numéro 35 de la rue Kyrkogatan, qu’une famille française avait élu domicile quelques mois plus tôt.

L’homme s’appelait Vegult. C’est ainsi, en tout cas, qu’on le nommait en Suède. Son vrai nom était « de Vigeuil » ou « du Vigueil », plus exactement : une vieille seigneurie du Limousin, mentionnée dans les armoriaux du royaume de France comme le titre des Aubert, une lignée noble aujourd’hui oubliée. La légende familiale le prétendait Marquis et il était un ancien écuyer du Roi Louis XVI et catholique de surcroit émigré dans un pays luthérien, ce qui, en soi, constituait une forme de singularité qu’on ne peut ignorer.

Il était arrivé de France vers 1787, ou peut-être avant, avec son épouse, quelques caisses et des portraits familiaux de ses parents, certainement. En France, quelque chose s’était brisé. Mais quoi exactement ? Il n’en parlait pas.

Ce qu’on savait de lui, c’est qu’il avait été maître d’armes à Christiania (Oslo), qu’il était proche de Karl von Hessen-Cassel (2), le gouverneur de Norvège, professeur de français et peintre de portraits miniatures à ses heures. Un homme aux talents multiples, qui lui avait permis de toujours rebondir.

Était-ce lui, le mystérieux Maître de dessin de Haga ?

Il faut bien l’avouer : rien ne permet de l’attester si ce n’est ma propre intuition. L’hypothèse est cependant tentante — peut-être trop. Vegult vivait bien dans le quartier Haga de Göteborg au moment précis où Kuhlman reçut ce dessin. Il peignait, il dessinait, il enseignait. Et le professeur Lidén — l’intermédiaire mentionné dans la lettre — était le plus proche des amis de Johan, celui qu’il allait voir à Lida en calèche sur la route de Rödmossen, celui dont il parlait avec une affection particulière. Que Lidén ait croisé un maitre d’armes et artiste français à Göteborg et songé à en parler à son ami de Norrköping : rien de plus naturel, dans ce réseau de lettrés et de curieux qui tissaient alors la vie intellectuelle de la Suède gustavienne. Mais ce n’est qu’une hypothèse. Elle a la solidité de la chronologie mais pas encore la certitude d’une archive.

Ce qui est sûr, c’est que trois ans après cette lettre mystérieuse, en octobre 1794, un Français répondant au nom de Vegult arriva à Norrköping. Il prit une chambre chez le Directeur des Postes, proposa ses services comme professeur de français et peintre de portraits. Dans ses bagages, toujours ces tableaux : un homme à la perruque blanche et à la cape cramoisie — son père, disait-on — une femme aux boucles légères et au regard tranquille, un inconnu à la perruque sombre, et un jeune homme au crâne rasé qui fixait le regard avec une intensité que le temps n’avait pas effacée. Des visages venus d’une France qu’il ne reverrait probablement jamais.

Les portraits des de Vigueil. Collection personnelle de l’auteur.

Johan Kuhlman parlait le français. Sa bibliothèque de plus de mille volumes, son cercle d’amis cultivés, ses liens avec Gjörwell et Lidén, sa fascination pour les idées des Lumières — tout cela faisait de lui un homme à qui l’on pouvait parler sans traducteur, et peut-être sans masque. Est-ce que le nom — du Vigueil, une vieille seigneurie du Limousin — lui dit quelque chose ? Est-ce que l’accent, les manières, les portraits sur les murs de cet homme éveillèrent sa curiosité ? Je cherche encore à pouvoir le confirmer. Car ces portraits ont traversé le temps jusqu’à nous…

Ils se croisèrent à Norrköping, c’est certain. Peut-être se connurent-ils déjà.

Ce que Johan Kuhlman ne pouvait pas savoir, ce soir-là, c’est que la fille de cet homme — Louise Marie, élevée dans les années difficiles qui suivirent par son épouse Charlotte — épouserait un jour un Maklin. Que leur fille Augusta deviendrait la première épouse de son neveu Joseph. Que par ce chemin imprévisible, une famille française en errance, loin de ses racines désormais, traverserait deux siècles et trois continents pour finir par se mêler au nom Kuhlman.

Mais cela, c’est une autre histoire. Ou plutôt : c’est la même.

(1) Carl Christoffer Gjörwell, né le 10 février 1731 à Landskrona, mort le 26 août 1811 à Stockholm, est un homme de presse, éditorialiste, bibliothécaire et auteur de psaumes suédois. Bibliothécaire du roi, il est l’éditeur, à partir de 1755, du Mercure suédois, premier journal critique de son époque

(2) Charles de Hesse-Cassel, landgrave de Hesse-Cassel, né le 19 décembre 1744 à Cassel et mort le 17 août 1836 au château de Louisenlund à Güby, est un prince allemand de la maison de Hesse, beau-frère de Christian VII de Danemark et gouverneur de la couronne danoise dans les duchés. Charles de Hesse-Cassel est le deuxième fils survivant du futur landgrave Frédéric II de Hesse-Cassel et de son épouse, née princesse Marie de Hanovre (fille du roi George II de Grande-Bretagne). Frédéric II se convertit en 1747 à la foi catholique ce qui éloigne de lui son épouse demeurée protestante. Charles et ses frères sont éloignés de leur père, puis élevés par leur tante maternelle, Louise, reine du Danemark; mais elle meurt en 1751. Le prince Charles reste au Danemark, puis il devient en 1768 le successeur du comte von Dehn, comme gouverneur des duchés du Schleswig et du Holstein provinces en majorité germanophones qui appartenaient personnellement à la couronne du Danemark. Il réside au château de Gottorf. Le prince Charles épouse, le 30 août 1766, au château de Christiansborg la princesse Louise de Danemark, fille du roi Frédéric V. Il achète en 1768 le manoir et le village de Rumpenheim en Hesse qu’il agrandit en 1771 pour en faire un grand château, celui de Rumpenheim, ainsi que le domaine de Gereby en 1790, puis en 1807 les terres de Schlei et de Schwansen dans le Schleswig. Il hérite aussi du château de Panker. Le prince Charles de Hesse-Cassel devient landgrave de Hesse-Cassel le 25 janvier 1805, son frère aîné, qui était revenu en Hesse-Cassel en 1785, étant devenu prince-électeur. Il nomme son château de Louisenlund, dans le duché de Schleswig en l’honneur de son épouse, où il termine ses jours.

Reconstitution de la ferme Saint-Joseph à Bourkika

Cet article constitue une suite de celui publié le 18 janvier 2026 et intitulé « la ferme Saint-Joseph« .

Reconstitution du lot 1 de « la Ferme Saint-Joseph » à Bourkika, près de Marengo.

Comme pour la reconstitution du consulat de Suède à Alger, au 12 de la rue de la Licorne, c’est un acte de vente publié dans les journaux qui nous permet de reconstituer ce que fut la propriété des Kuhlman à Bourkika, proche de Marengo. Le journal « Le Tell », dans ses éditions du 29 mai 1895 et 6 juillet 1895, publie la mise en vente de cette propriété qu’habiteront Josef puis Sigurd et Georges et leurs familles de la fin des années 1850 à 1895.

Pour nos amis Suédois qui nous lisent, Bourkika était une petite bourgade créée au début des années 1850 et située sur la route de Blida à Cherchell en passant par El Affroun et à sept kilomètres avant d’arriver à Marengo. Pour en savoir plus lire https://marengodafrique.fr

Carte d’Etat-major Française établie en 1889. On peut voir la ferme Kuhlman située en sortie de village en direction de EL Affroun.

L’ensemble des propriétés qu’avait acheté Josef vers 1860 s’étendait sur une superficie totale d’une centaine d’hectares. Ces propriétés comprenaient plusieurs lots de terrains à cultiver, d’une ferme en sortie de village sur la route de El Affroun et d’une propriété dans le centre du village et c’est de celle-ci dont je veux parler aujourd’hui.

Description du lot I : Ensemble bâti dans le village de Bourkika d’environ ~3 180 m², env. 60m × 55m.
Annonce de la vente de la propriété Kuhlman, le 6 juillet 1895, journal « Le Tell » de Blida.

Sur le plan cadastral du village, ce lot incluait les n° de plan : 14, 15, 16, 17, 18 et 19 sur une surface totale de 31 a et 80 ca. Les limites du terrain se situaient au Nord donnant sur la rue du village, au Sud sur le Boulevard du même nom, à l’ouest sur la rue de Bourkika et à l’Est sur le Boulevard Est. Ce lot comprenait :

1° Une grande maison de maître en maçonnerie enduite, couverte en tuiles, rez-de-chaussée + 1er étage + cave : 5 pièces au RDC, 6 pièces au 1er étage. Façade en crépi beige clair/blanc cassé, portique à 4 colonnes torsadées, balcon filant en fer forgé à l’étage, fronton triangulaire avec médaillon ovale, perron avec escalier en pierre et piliers-balustres.
2° Un jardin d’agrément et potager — arbres fruitiers, arbustes d’agrément, jardin potager, noria, bassin, réservoir, volière.
3° Une maison de ferme — maçonnerie, tuiles, rez-de-chaussée, 4 pièces. Aile basse attenante à la maison de maître. Cour d’exploitation : écurie, étable, remise, abreuvoir, 2 bassins, bassin à fumier avec puisard, toits à porcs, 2 hangars, volière/poulailler.
4° Une maison de jardinier — maçonnerie, tuiles, rez-de-chaussée, 3 chambres + hangar-cave. Séparée par un mur avec balustrade en bois et palissade en gaulettes.

Je suis parti de la seule photographie existante de cette propriété. Editée sous forme de carte postale au début du XXe siècle alors qu’elle avait été rachetée par un certain Aupêche devenu par la suite maire de Bourkika, propriété renommée un peu pompeusement le « Château Aupêche »…

Carte postale, le château Aupêche à Bourkika.

J’ai retourné cette carte postale après étude car les orientations des différentes parcelles ne correspondaient pas avec l’angle de la photo. A l’édition, il est fort probable que le négatif ait été inversé comme cela arrive parfois. En revanche, en la retournant on s’aligne alors parfaitement avec les indications de l’annonce… A l’aide des outils modernes IA j’ai pu réaliser une première vue de face :

Vue de la face de la maison de maitre du lot I.

Puis réaliser le plan général du jardin :

Plan à l’échelle du lot I se situant au centre du village.

De l’autre côté du boulevard Est se tenait le lot II, constitué d’un terrain de 4000 m² de jardins. Il est bien entendu qu’il est fort probable que le jardin n’ait pas été conçu « à la française » comme présenté ci-dessous. Il s’agit d’une interprétation à l’échelle.

Dans un prochain article, j’évoquerai les autres propriétés et terrains que détenait la famille Kuhlman à Bourkika.

Norrköping, l’été des cendres (2/2)

Le sac de la ville par les Russes — juillet 1719

IV. Le jeudi 30 juillet

À neuf heures du matin, le guetteur de la tour sonna frénétiquement les cloches en criant : « Les galères sont en nombre à Grymö udde ! » L’armada d’Apraksin, rassemblée après ses ravages, avançait lentement sur la rivière Motala. Toute résistance était désormais vaine. Les troupes russes débarquèrent au nord du fleuve. Saltängen s’embrasa en quelques minutes. On décrivit les soldats ennemis essaimant dans chaque rue, « le fusil dans une main et la torche dans l’autre ». Les paysans qui avaient tenté de tenir à Himmelstalund — site ancestral de gravures rupestres — furent rapidement repoussés ; ils traversèrent la Motala en retraite et brûlèrent le pont derrière eux.

Les galères russes débarquent à Braviken

L’église Saint-Olai fut pillée de tout ce qui avait de la valeur. Les galères transportaient des troupes cosaques avec leurs chevaux, logés dans des espaces spécialement construits sous les ponts. Dans la ville, les incendies se multipliaient. L’entrepôt royal du port, rempli de grain, avait déjà été mis à feu par les habitants eux-mêmes pour le soustraire à l’ennemi. Les dragons de Holmen brûlèrent ensuite le moulin. Les Russes découvrirent malgré tout le précieux stock de laiton et de cuivre que des marchands avaient coulé au fond de la Motala pour le dissimuler. Ils le remontèrent et le chargèrent sur leurs galères. À la fonderie de canons de Nävekvarns styckebruk, dans la région, ils s’emparèrent de trois cents pièces d’artillerie.

Au milieu de ruines encore fumantes, le brasseur Forsman tenait sa taverne. Elle devint, entre deux vagues de pillage, un lieu de repos et de divertissement pour les occupants. Forsman fut contraint de danser devant ses hôtes non invités, tout en servant bière et eau-de-vie, en répétant son slogan : « alltid god vän » — toujours bon ami. Cette scène laissa une trace durable dans la mémoire de la ville. Le quartier de Kungsgatan, au sud de Bergsbron, reçut après les événements le nom de God vän. Ce nom subsiste aujourd’hui encore dans le restaurant qui y est établi.

V. Cinq jours de dévastation

Les envahisseurs occupèrent la ville pendant cinq jours. Tous les manoirs et châteaux de la région furent incendiés. Des patrouilles cosaques rayonnèrent dans les campagnes pour achever la destruction des villages et des fermes isolées. À leur départ, ils laissèrent derrière eux, outre une ville carbonisée, deux potences dressées sur la place allemande (1). L’épuisement de certaines populations produisit des actes que les autorités suédoises réprimèrent sans pitié. Des paysans de la péninsule de Vikbolandet, réunis en assemblée, décidèrent de se soumettre au tsar pour épargner leurs fermes. Ils rédigèrent une lettre d’allégeance et s’avancèrent vers les galères avec un drapeau blanc — au moment précis où la flotte levait l’ancre. Des dragons suédois les encerclèrent. Quatre furent abattus sur place. Un certain Sven Tomta fut condamné au supplice de la roue sur le Syltenberget (2), et tous ses biens confisqués. Les autres subirent l’estrapade — courir entre deux rangées de trois cents soldats qui frappent. Les plus âgés, de plus de cinquante ans, s’en tirèrent avec deux semaines de pain et d’eau.

Pour la population de Norrköping, 1719 signifia non seulement un désastre économique, mais des souffrances personnelles extrêmes. Chassés sans toit ni ressources, beaucoup durent mendier pour survivre. La ville n’était plus qu’un amas de cendres nauséabondes. Pourtant, ses habitants n’étaient pas brisés.

VI. Jacob Ekbom et la renaissance (1719—1740)

L’esprit de résistance prit d’abord la forme d’un homme : Jacob Ekbom, le maire de justice. Plus haute autorité de la ville, il fut peut-être aussi l’un des premiers à revenir. On l’imagine assis sur un mur noirci de suie, au milieu de l’immense tas de cendres qu’avait été Norrköping.

Jacob Ekbom. Bibliothèque de la ville. Stadsbiblioteket, Norrköpignsrummet.

C’était août 1719, dix jours à peine après l’incendie. Les membres du conseil municipal étaient dispersés dans tout le pays. Ekbom s’installa dans l’une des trois maisons encore debout. La nuit, il veillait pour empêcher les pillards de fouiller les décombres. Il écrivit au gouverneur et à la Reine Ulrika Eleonora et décrivit la situation sans détour : « Aux alentours de cette ville, à quatre milles à la ronde, gisent et vivent pour la plupart tous les habitants, dans un état de dénuement. »

Il travailla à tout reconstruire sans relâche. Pour faire sentir aux habitants qu’une vie normale reprendrait, il voulut maintenir le marché de la Saint-Matthieu, le 25 septembre, comme chaque année. Il demanda un géomètre pour dresser un plan de la ville, des ponts réparés, des églises rouvertes, une mairie, une école. Il réclama six mille dalers en bonne monnaie. «Sinon, je crains que tout ne s’arrête cette année. »

Il se rendit au Riksdag à Stockholm en octobre, en revint découragé après sept semaines de démarches vaines : « Quand on parle d’argent ici, on hausse les épaules et l’on ne répond pas. Je ne vois pas comment Norrköping pourra jamais redevenir Norrköping. » Il revint obstinément au Riksdag de 1720. Cette fois, il obtint ce qu’il voulait : dix ans de franchise fiscale totale pour les habitants, le droit de prendre librement du bois de construction dans les forêts de la Couronne, des briques provenant des ruines de Johannisborg, de Bråborg et de Skenäs, ainsi que des primes pour tout constructeur de maisons en pierre.

Un an après la catastrophe, la ville était de nouveau en mouvement. Les gens s’étaient d’abord abrités dans des caves surmontées de toits de fortune, puis ils avaient commencé à bâtir. Les ponts furent réparés, le port nettoyé, les bâtiments publics planifiés. Le commerce et l’artisanat repartirent les premiers ; les grandes industries suivirent plus lentement.

Le nouveau pont de Sältangen, dessin de 1790. Archives municipales de Norrköping.

À la fin des années 1720, Norrköping était reconstruite pour l’essentiel. Parmi ceux qui contribuèrent à sa renaissance intellectuelle et industrielle, le pasteur Reinerus Broocman mérite d’être cité. Luthérien de Livonie, il avait déjà vu sa première église brûlée par les Russes avant de fuir vers la Suède. Il lança une collecte parmi ses fidèles et, en quatre ans, son église de Norrköping se dressa de nouveau. Il fonda aussi une imprimerie qui, dès 1723, atteignit une position de premier rang en Suède — Bibles, livres de dévotion, mais aussi littérature éducative et historique, distribuée par des agences dans tout le pays.

Son fils, Carl Fredrik, parcourut l’Östergötland pour compiler la première description véritablement détaillée de la province. Himmelstalund, que les paysans avaient défendu les fourches à la main quelques années plus tôt, devint un centre culturel et une auberge tenue par le prévôt lui-même.

Les décennies suivantes virent naître de nouvelles industries : le tabac, dont Adam Reinhold Broocman — fils du pasteur ennemi du tabac — fut le premier fabricant à Norrköping avec Heinrich Kuhlman (1693-1765) le père de Johan et Henrik; puis, au début des années 1740, trois manufactures de sucre, dont la plus grande, Gripen, dont les bâtiments de la Gamla Rådstugugatan et du quai de Saltängen subsistent encore aujourd’hui.

Épilogue

Les Rysshärjningarna de 1719 laissèrent la côte est de la Suède dans un état de désolation sans précédent : sept villes détruites, dix grandes fonderies rasées, vingt mille personnes sans abri. Stockholm seule fut épargnée, la flotte russe ayant été repoussée au Baggensstäket le 13 août. La paix de Nystad, signée en 1721, mit fin à vingt et un ans de guerre. La Suède céda à la Russie l’Estonie, la Livonie, la Carélie et l’Ingrie, confirmant la domination de Pierre le Grand sur la Baltique.

Norrköping, elle, était déjà en train de renaître. C’est à cette période qu’Heinrich Kuhlman et son frère Joachim Adolf arrivèrent pour devenir « Borgare ». Ils venaient de Poméranie.

(1) la place où est érigée l’Eglise Allemande Hedvig.

(2) Syltenberget est une colline située dans le district de Sylten à Norrköping.

Sources

  • Arne Malmberg, Stad i nöd och lust — Norrköping 600 år (ouvrage de référence principal)
  • Norrkopingprojekt (Projet Turist Norrköping / Lisbeth Dahm) : https://norrkopingprojekt.wordpress.com/historia/krigsar/dagar-i-juli-1719/
  • Magnus Ullman, Rysshärjningarna på Ostkusten sommaren 1719, Stockholm, 2006
  • Lars Ericson Wolke, Sjöslag och rysshärjningar, Norstedt, 2012
  • Sundelius (témoignage contemporain, XVIIIe siècle)
  • Franciszek Kostrzewski, Pożar na wsi (« Le village brûle »), 1862 — Wikimedia Commons, domaine public

A la recherche de Rödmossen (2/4)

une ferme forestière au cœur du Kolmården
Dessin, d’après Pehr Hörberg, du docteur Bergsten qui racheta la propriété aux Kuhlman en 1878.

Au cœur des hauteurs boisées du Kolmården, à la frontière naturelle entre l’Östergötland et la Södermanland, se dissimule une ferme que l’histoire a longtemps gardée dans l’ombre : Rödmossen. Nichée dans la paroisse de Kvillinge, au sein du district de Bråbo, cette propriété forestière est le fruit d’une colonisation patiente et déterminée, celle des hommes qui, siècle après siècle, ont taillé leur place dans un paysage de forêts denses, de lacs et de tourbières. Son histoire, reconstituée à partir de deux sources précieuses révèle bien plus qu’un simple établissement rural. Rödmossen est un condensé de mémoire collective : des bornes frontières oubliées, une source aux vertus légendaires, des charbonnières enfouies sous la mousse, et des vestiges de l’Âge du Bronze que la forêt n’a jamais tout à fait effacés.

Rödmossen n’est pas une ferme issue d’un village préexistant. Elle ne constitue pas davantage une dépendance de la ferme voisine d’Algutsboda, bien qu’elle en soit géographiquement proche. Elle est ce que les sources suédoises appellent une avsöndring — un lotissement prélevé directement sur les terres communes du district, la Bråbo häradsallmänning. C’est, en d’autres termes, le résultat d’un défrichement volontaire sur le commun de Kolmården, tel que le précise explicitement l’acte cadastral de 1791 : la ferme y est qualifiée d’uppodlingsmark på allmänningen Kolmården, c’est-à-dire une terre mise en culture sur le territoire de Kolmården. Les fermes de ce secteur — Algutsboda, Böksjö, Böksjötorp, puis Rödmossen — se sont succédées comme autant de traces d’une chaîne d’occupation humaine progressant depuis les terres basses et fertiles vers les hauteurs sauvages et isolées.

Premières traces cartographiques

La première mention documentée de Rödmossen remonte à 1673. Elle apparaît sur une carte à petite échelle du nord-est de l’Östergötland, dessinée par le cartographe Johan de Rogier (LSA D13). Cette carte, qui figure également la Vieille Route de Stockholm (Gamla Stockholmsvägen) et le pont de Getå (Getåbro), révèle un paysage déjà partiellement humanisé, avec une occupation relativement dense entre l’ancienne église de Krokek et le lac Svinsjön. En 1708, Rödmossen réapparaît sur une carte de la réserve commune de Bråbo (LSA D20). Puis, en 1791, la ferme fait l’objet d’un levé cadastral détaillé, avec mesure précise de ses terres et description de ses limites foncières (LSA D57-71:1). Ce document constitue la source principale pour comprendre la structure de la propriété à la fin du XVIIIe siècle. Il précise notamment l’emplacement et la nature de l’ensemble des bornes de délimitation qui entouraient la ferme — des repères dont certains, multi centenaires, jalonnent encore des limites entre propriétés voisines. L’une de ces bornes de délimitation, devenu obsolète à la suite d’ajustements ultérieurs des frontières, est aujourd’hui classé comme vestige culturel. En son centre se dresse encore une pierre pointeuse (visarsten), qui indique en silence la direction d’une limite foncière depuis longtemps disparue.

Plan de Rödmossen, Livre d’Or de Johan et Margaretha. Archives municipales de Norrköping.
Jacobs källa : la source et sa légende

À quelques pas de la ferme, le long de l’ancienne route reliant Rödmossen à Eriksberg — une voie que l’on retrouve sur les cartes historiques et dont le tracé semble inchangé depuis des siècles —, se trouve l’un des éléments patrimoniaux les plus émouvants du secteur : Jacobs källa, la source de Jacob. Il s’agit d’une petite fontaine ronde, d’environ cinquante centimètres de diamètre et soixante-dix centimètres de profondeur, entièrement murée à la main avec des pierres plates soigneusement ajustées. Elle est signalée dès la carte cadastrale de 1791 sous le nom de Jacobs källa. En raison de son ancienneté et de son importance patrimoniale, elle a été classée comme monument archéologique (fornlämning, UV 2) dans le cadre du projet ferroviaire Ostlänken, et bénéficie d’une protection prioritaire.

Mais ce qui rend cette source véritablement singulière, c’est la tradition orale qui l’entoure. Une croyance populaire dit ceci : si la source venait à se tarir, il en irait mal pour le peuple de Rödmossen. Cette formule rappelle combien, dans les régions forestières isolées, l’eau — ressource vitale — pouvait cristalliser l’imaginaire collectif et donner naissance à des légendes protectrices. Eriksberg, la ferme voisine vers laquelle mène cette même route, s’appelait autrefois Långeblåmosse, un nom qui évoque lui aussi le monde des tourbières et des marécages si caractéristique de ces hauteurs de Kolmården. Je compris enfin le sens de ce texte inscrit par l’Ingénieur municipal de Norrköping, Jacob Nystrand, le 4 octobre 1794. Celui-là même qui réalisa la carte de 1791…

Livre d’Or de Rödmossen. Poème de Jacob Nÿstrand le 4 octobre 1794. Ingénieur municipal de Norrköping. Né à Hjorteds klockaregård, Hjorted le 6 octobre 1758. Jakob Nystrand a épousé Maria Sofia Älf, fille de Samuel Älf. Il est décédé le 1838 à Norrköping.
« Tant que le champ produit de l'herbe et la forêt des arbres et du bois, 
les larmes de la fontaine de Jacob coulent,
Le propriétaire de Rödmossen a conquis un souvenir impérissable pour sa Persévérance et sa diligence, un ami, des signes d'amitié ».
Vestiges archéologiques : mémoire enfouie d’un territoire vivant

Les terres de Rödmossen et ses alentours immédiats ont livré plusieurs vestiges archéologiques qui témoignent d’une présence humaine bien antérieure à la fondation de la ferme. On y trouve d’abord un ancien cairn de pierres, entièrement recouvert de lichen, dont l’aspect solennel et vieilli suggère une grande ancienneté. Sa fonction exacte demeure inconnue : les archéologues ont écarté l’hypothèse d’une borne frontière. Lors des prospections menées dans le cadre de l’Ostlänken, des traces et un bois de cerf élaphe (kronhjort) ont été découverts à proximité, ajoutant une note de vie sauvage à ce témoignage du passé. Plus loin, trois installations de charbonnage ont été mises au jour. Ces charbonnières circulaires révèlent l’importance de l’économie forestière dans cette région. L’une d’elles, localisée au sud-ouest du lac Gullvagnen, est particulièrement remarquable : elle est accompagnée des fondations de trois cabanes de charbonniers (kolarkojor), ces petits abris rudimentaires dans lesquels les travailleurs se réchauffaient, cuisinaient et surveillaient leurs meules jour et nuit. L’âge de ces installations demeure indéterminé, mais elles s’inscrivent dans une longue tradition d’exploitation forestière qui a marqué profondément le paysage de Kolmården. Enfin, une skärvstenshög — un monticule de pierres brisées — a été découverte dans un secteur en hauteur, à l’écart de tout habitat connu. Ces structures sont typiques de l’Âge du Bronze, mais elles peuvent également dater du début de l’Âge du Fer. Lorsqu’elles sont isolées, loin des zones d’habitation, elles témoignent généralement d’activités spécialisées impliquant la chauffe intentionnelle de pierres dans le feu — peut-être liées à la métallurgie, au traitement d’aliments, ou à des pratiques rituelles.

la suite dans un prochain numéro…