La famille Kuhlman traverse plus de 400 ans d'histoire européenne, de la Poméranie à l'Algérie, en passant par la Livonie, l'Ingrie et la Suède. En 1844, Josef Kuhlman, héritier de cette dynastie, devient l'un des premiers Courtiers Maritimes assermentés, puis Consul Général en 1873. Cette saga familiale est racontée par un descendant direct de Johan de Jamawitz.
Catégorie : Lieux
De la mer Baltique aux rivages de la Méditerranée, explorez les lieux qui ont marqué l’histoire des Kuhlman. Cette catégorie cartographie l’odyssée familiale à travers les siècles : les places fortes de Poméranie, les ports industriels de Suède comme Norrköping, les terres rurales de Rödmossen, jusqu’aux consulats d’Afrique du Nord. Chaque lieu est une escale dans le temps, révélant comment l’environnement a façonné les ambitions et le quotidien de la lignée.
Le Consulat de Suède à Alger. Gravure de 1830. Collection personnelle de l’auteur.
Le 16 avril 1729, la Suède et la Régence d’Alger signèrent un traité de paix et de commerce, premier accord formel entre la Suède et un État islamique. Ce traité visait à protéger les navires marchands suédois des attaques des corsaires barbaresques qui sévissaient en Méditerranée. George Logie, un marchand écossais résidant à Alger, négocia le traité et fut nommé premier consul de Suède à Alger le 19 mai 1729. Il occupa ce poste jusqu’en 1758 et négocia par la suite des traités similaires avec Tunis, Tripoli et le Maroc.
Après la Grande Guerre du Nord (1700-1721), la Suède cherchait à développer son commerce maritime méditerranéen, notamment pour l’importation de sel et l’exportation de fer et de bois. Les corsaires algériens capturaient régulièrement des navires suédois et réduisaient leurs équipages en esclavage, créant une menace économique et humanitaire majeure. Le traité de 1729 permit la protection des navires suédois, l’interdiction de réduire en esclavage les sujets suédois, l’établissement d’une présence consulaire pour superviser les échanges commerciaux, ainsi que des dispositions pour la libération des captifs.
Le consulat de Suède était situé proche d’El Biar, sur une falaise dominant la baie d’Alger. Cette position offrait une vue spectaculaire sur la ville et la Méditerranée. Lors de la conquête française d’Alger en juillet 1830, le Général de Bourmont choisit les jardins du consulat de Suède pour y établir la batterie d’Henri IV, position d’artillerie utilisée pour bombarder le Fort l’Empereur, principale fortification ottomane de la ville. Cette utilisation militaire témoigne de l’emplacement stratégique privilégié du consulat sur les hauteurs d’Alger. Cependant, l’emplacement était connu pour son instabilité géologique. Le géographe et historien René Lespès, dans sa thèse sur Alger publiée en 1930, mentionne « les escarpements du Consulat de Suède » comme une région sujette à des glissements de terrain « se produisant par grandes masses et à de longs intervalles ». La nature du sol, composée de marnes et de mollasses, rendait cette zone particulièrement vulnérable aux éboulements. Cette menace permanente finit par se concrétiser de manière tragique.
La vallée d’El Biar en 1860. Tableau de Vincent Cordouan (1810-1860. Musée d’Art de Toulon, Var.
Le 20 janvier 1845, le consulat fut entièrement détruit par un glissement de terrain. Cette catastrophe naturelle mit fin à cent seize ans de présence consulaire suédoise sur ce site remarquable. Quelques mois plus tard, en août 1845, les autorités coloniales françaises décidèrent le percement de la rue de la Lyre. Cette nouvelle voie représentait la première grande intervention d’urbanisme de cette envergure dans la Casbah d’Alger.
Suite à la catastrophe de 1845, les représentations diplomatiques suédoises furent relocalisées dans d’autres quartiers d’Alger. Des sources mentionnent ultérieurement un consulat boulevard Saint-Saëns. Le balcon Saint-Raphaël à El Biar perpétue aujourd’hui la mémoire de ce lieu historique, offrant toujours cette vue spectaculaire sur Alger qui avait attiré la présence diplomatique suédoise au début du XVIIIe siècle.
Carte de Sanson, cartographe du Roi, « la Carélie, l’Ingrie ou Ingermanland ». Source Gallica, BNF.
Dans les premiers temps de mes recherches sur l’histoire de la famille Kuhlman installée en Ingrie (voir par ailleurs), je pensais que la raison principale du retour des descendants de Johan vers Weimar et Gadebush ou celle de Peter en Finlande liée à la conquète de cette province par la Russie au début du XVIIIe siècle.
La thèse de doctorat de Kasper Kepsu (1), historien finlandais né en 1978, apporte un autre élément de compréhension des raisons qui ont pu amené les Kuhlman à quitter l’Ingrie. Sa thèse intitulée « Den besvärliga provinsen » (La Province Difficile), dissèque avec une précision chirurgicale les mécanismes qui firent de l’Ingermanland une épine constante dans le flanc de l’Empire suédois.
Lorsque la Suède arracha cette province à la Russie par le traité de Stolbova en 1617, Stockholm pensait avoir sécurisé une position stratégique majeure sur la Baltique orientale. Cette région, située entre le lac Ladoga et le golfe de Finlande, devait servir de rempart contre les ambitions russes de reconquête et ouvrir la route du commerce lucratif vers la Moscovie. Pourtant, durant près d’un siècle de domination suédoise, l’Ingermanland allait se révéler être une charge plutôt qu’un atout. Le titre de la thèse résume à lui seul le calvaire administratif que connut la Couronne suédoise dans ses tentatives répétées de contrôler et d’intégrer ce territoire rebelle. Kepsu démontre brillamment que l’Empire suédois, souvent présenté dans l’historiographie comme un exemple d’État puissant et efficace, ressemblait davantage à un « État impuissant » dans ses périphéries orientales.
Le choc de la « Grande Réduction » (2)
Au cœur du désastre d’Ingrie se trouve la politique de Réduction lancée par Charles XI (2) dans les années 1680. Cette vaste entreprise de reprise des terres données ou vendues à la noblesse devait restaurer les finances royales épuisées par des décennies de guerres incessantes. En Ingrie, l’opération prit des proportions radicales : environ 80% des terres, qui appartenaient à la noblesse, furent brutalement confisquées pour revenir dans le giron de la Couronne. Les grandes familles aristocratiques qui avaient bâti leur fortune sur ces terres lointaines virent leur monde s’effondrer. Les De la Gardie, autrefois seigneurs d’immenses domaines, perdirent jusqu’à 80% de leurs revenus en provenance d’ingrie. Magnus Gabriel De la Gardie, qui avait régné en prince sur ses possessions, mourut pratiquement ruiné. Les Horn, les Stenbock, les Posse, tous ces noms illustres de la noblesse suédoise durent vendre leurs biens mobiliers, licencier leurs domestiques et parfois même abandonner la province.
Parmi ces nobles dépossédés figuraient également des familles d’officiers récemment anoblis pour leurs services militaires. La famille Kuhlman, dont les frères Johan et Peter avaient reçu leurs lettres de noblesse en 1649 en reconnaissance de leur bravoure, faisait partie de cette catégorie d’officiers qui avaient servi la Couronne avec loyauté et se retrouvaient maintenant victimes de sa politique fiscale impitoyable. Ces hommes incarnaient une génération entière de militaires suédois qui avaient cru aux promesses de l’Empire. Pour les paysans de la province, majoritairement orthodoxes et russophones, le changement de maître (après la Réduction) ne signifia guère d’amélioration. La Couronne, loin d’alléger leur fardeau comme ils l’espéraient, chercha immédiatement à maximiser les revenus de ces terres nouvellement acquises. La solution retenue fut aussi simple que désastreuse : l’affermage fiscal.
L’enfer de l’affermage
Plutôt que de gérer directement la collecte des impôts, Stockholm vendit ce droit à des entrepreneurs privés, les « fermiers fiscaux », qui payaient une somme fixe à l’État et gardaient pour eux tout ce qu’ils parvenaient à extorquer au-delà. Le système créait une incitation perverse à la rapacité et les abus atteignirent des sommets rarement égalés ailleurs dans l’Empire. Les archives regorgent de témoignages glaçants. Carl Gustaf Falkenberg, l’un des fermiers fiscaux les plus notoires, fut accusé d’avoir systématiquement torturé des paysans pour obtenir des paiements. Gustaf Braunius, un autre, confisquait le bétail et les outils agricoles, condamnant des familles entières à la famine. Les méthodes rappelaient davantage celles de brigands que d’agents de l’État. Le pasteur Matthias Moisander, témoin horrifié de ces exactions, s’exclama dans une supplique désespérée :
« Ah ! Toi, dorée, noble, précieuse Loi de Suède, qui pendant des centaines d’années as été maintenue avec force et fondée sur les Saintes Écritures, comme tu as perdu ta vigueur et ta force en Ingermanland et en Carélie ! »
La barrière linguistique aggravait encore la situation. Les paysans parlaient russe, finnois d’Ingrie ou estonien. Les administrateurs suédois ne comprenaient rien à leurs doléances. Quant au fossé religieux, il était abyssal. La population, fidèle à l’orthodoxie russe, voyait ses églises converties de force au luthéranisme, ses prêtres expulsés, ses pratiques interdites. Pour ces paysans, la domination suédoise n’était pas simplement une oppression fiscale, c’était une persécution religieuse.
Carte le la Curlande, Livonie, Ingrie par Robert de Vaugoudy en 1749. Source Gallica, BNF.
La révolte gronde
L’explosion était inévitable. Dès les années 1680, les premières protestations apparurent. Des pétitions collectives affluèrent vers Stockholm. Des paysans refusèrent de payer certaines taxes qu’ils jugeaient illégales. Certains prirent le chemin de l’exil vers la Russie. En 1690, la situation s’envenima dangereusement. Des rassemblements de plusieurs centaines de paysans se formèrent. Des percepteurs furent attaqués, leurs biens saisis. Le refus armé de laisser confisquer le bétail se multiplia. Puis vint la Grande Famine de 1696-1697, catastrophe naturelle qui transforma la crise sociale en apocalypse. Deux années consécutives de récoltes catastrophiques décimèrent entre 15 et 25% de la population et les chroniques mentionnent des cas de cannibalisme dans les campagnes les plus reculées. Dans ce contexte de désespoir absolu, les tensions entre paysans et fermiers fiscaux atteignirent leur paroxysme. La réponse de Stockholm fut prévisible : répression militaire brutale, exécution des meneurs, renforcement des garnisons. Quelques concessions cosmétiques furent accordées – réduction temporaire de certaines taxes, remplacement de quelques administrateurs particulièrement corrompus – mais le système d’affermage continua. Les autorités suédoises avaient compris qu’elles devaient éviter que les troubles ne dégénèrent en révolte généralisée, mais elles refusaient de s’attaquer aux causes structurelles du mécontentement.
Une noblesse humiliée
La noblesse d’Ingermanland formait un assemblage hétéroclite qui reflétait la nature composite de l’Empire suédois. On y trouvait des familles venues directement de Suède, comme les généraux récompensés par des terres pour leurs victoires militaires. Des officiers anoblis comme les Kuhlman représentaient cette catégorie de militaires professionnels qui avaient fait carrière dans les armées royales et reçu en récompense des domaines dans les provinces conquises. S’y mêlaient également d’anciennes familles boyardes (4) russes restées après 1617, converties superficiellement au luthéranisme mais conservant souvent des liens discrets avec Moscou. Enfin, des nobles allemands baltes, venus de Livonie et d’Estonie, apportaient leur expertise administrative et leurs réseaux commerciaux. Face à la Réduction, cette noblesse tenta de résister. En 1679, une « assemblée secrète » du corps nobiliaire décida d’envoyer une délégation à Stockholm sous la direction des colonels Frans von Knorring et Johan Apolloff. Ces hommes présentèrent un mémoire volumineux accusant la commission royale de tous les abus imaginables. Mais Charles XI et ses conseillers balayèrent ces protestations d’un revers de main. La défaite de la noblesse ingermane était totale et sonnait le glas de son influence politique. En 1688, pour achever de soumettre cette élite récalcitrante, le gouverneur général Göran Sperling exigea que tous les nobles, le clergé et les bourgeois prêtent un serment de fidélité solennel au roi. À Narva et à Nyen (5), les représentants des différents ordres durent jurer « devant Dieu et Son Saint Évangile » leur loyauté à la Couronne. Les nobles et les fermiers fiscaux durent même promettre de veiller à ce que leurs paysans restent également fidèles. Cette cérémonie humiliante confirmait que le pouvoir royal ne faisait plus confiance à ses propres serviteurs dans la province.
Plan de Narva datant de 1650. Heinrich Ceulenberg, archives nationales d’Estonie.
Une stratégie militaire défaillante
Paradoxalement, toute cette agitation fiscale et administrative servait officiellement un objectif militaire. L’Ingermanland constituait la première ligne de défense contre une éventuelle attaque russe. Les revenus de la Réduction devaient financer la modernisation et l’entretien d’une chaîne de forteresses censées arrêter l’ennemi. Narva, Nöteborg, Nyenskans : ces places fortes devaient former un verrou infranchissable. La réalité fut bien différente. Malgré les sommes colossales investies, les fortifications restèrent inadéquates. La Suède avait déplacé son centre de gravité stratégique vers le sud après la conquête des provinces danoises. Les gouverneurs successifs d’Ingermanland eurent beau supplier Stockholm d’envoyer des renforts et des fonds, leurs demandes restaient lettre morte. De plus, aucune troupe régulière permanente ne fut stationnée dans la province. Les autorités se contentaient de garnisons locales et comptaient sur des levées de milices paysannes en cas de danger – ces mêmes paysans qu’elles opprimaient et spoliaient le reste du temps. Cette contradiction révèle l’incohérence fondamentale de la politique suédoise en Ingermanland. Si la province était vraiment stratégiquement cruciale, pourquoi ne pas y établir le système de défense permanent qui avait fait la force militaire de la Suède ailleurs ? La réponse tient en un mot, le coût. L’Ingermanland devait être rentable pour la Couronne, pas une charge. L’affermage fiscal permettait d’extraire des revenus sans construire une administration coûteuse. Les fortifications devaient se financer elles-mêmes sur place. Cette logique comptable condamnait d’avance toute tentative sérieuse d’intégration de la province.
Le commerce, seule réussite
Si l’histoire politique et sociale de l’Ingermanland suédoise fut un fiasco, son histoire commerciale connut en revanche un certain succès. Narva et Nyen devinrent des ports florissants qui contrôlaient le lucratif commerce de transit avec la Russie. Les exportations suédoises – fer, cuivre, produits manufacturés – transitaient par ces villes vers la Moscovie. En retour arrivaient fourrures, bois et céréales russes destinés aux marchés occidentaux. La Couronne encouragea ce commerce par des privilèges fiscaux et douaniers. Narva en particulier connut une croissance spectaculaire dans les années 1690. Juridiquement, ces villes jouissaient du même statut que celles de Suède propre, mais leur population cosmopolite – Suédois, Allemands, Russes, Finnois – leur donnait un caractère unique. Elles incarnaient ce que l’Ingermanland aurait pu devenir : un pont entre l’Occident et l’Orient, un lieu d’échanges et de prospérité. Mais cette réussite commerciale ne profita guère aux paysans de l’arrière-pays qui continuaient de souffrir sous le joug des fermiers fiscaux. Le contraste entre la richesse des marchands urbains et la misère rurale ne fit qu’exacerber les tensions sociales.
Une province impossible à tenir
Kepsu conclut son étude magistrale par une question simple : pourquoi l’Ingermanland fut-elle si « difficile » à contrôler ? Sa réponse tient en plusieurs facteurs qui se renforçaient mutuellement pour créer une situation ingérable. D’abord, la conquête était récente et moins d’un siècle de domination suédoise n’avait pas suffi à effacer des siècles d’identité russe et orthodoxe. La population ne se sentait pas suédoise et ne le deviendrait jamais. Ensuite, l’exploitation fut excessive. La politique fiscale rapace, l’affermage particulièrement abusif et la Réduction déstabilisèrent complètement l’ordre social local. Même des sujets loyaux auraient fini par se rebeller. Le fossé culturel était infranchissable. La barrière linguistique, le conflit religieux profond et l’incompréhension mutuelle entre administrateurs et population rendaient toute gouvernance normale impossible. Enfin, la position géopolitique condamnait la province. Zone frontalière militarisée, constamment menacée par la Russie, impossible à défendre adéquatement, l’Ingermanland représentait un fardeau stratégique plus qu’un atout.
En 1703, lors de la Grande Guerre du Nord, Pierre le Grand reconquit facilement l’Ingermanland et y fonda Saint-Pétersbourg. La domination suédoise, qui n’avait duré que 86 ans, s’achevait dans l’échec. Comme le résume Kepsu « L’Ingermanland resta jusqu’au bout une province étrangère dans l’Empire suédois – conquise par les armes, exploitée économiquement, jamais véritablement intégrée culturellement ou politiquement. Sa perte en 1703 ne fut pas seulement une défaite militaire, mais l’aboutissement d’un échec administratif et politique d’un siècle. » La mention des Kuhlman dans l’index de cette thèse monumentale rappelle que derrière les statistiques et les analyses structurelles se cachaient des destins humains. Des familles comme celle de Johan et Peter Kuhlman, officiers fidèles qui avaient servi la Couronne avec honneur, virent leurs espoirs de prospérité anéantis par les impératifs fiscaux d’un État en guerre permanente.
Novoĭ plan stolichnago goroda i kri︠e︡posti Sanktpeterburga. Nouveau plan de la ville et de la forteresse de St. Pétersbourg par Roth, Christoph Melchior, publié en 1776.
(1) Kasper Kepsu a consacré sa thèse à l’une des provinces les plus énigmatiques et turbulentes de l’Empire suédois. Soutenue à l’Université d’Helsinki en 2014 et publiée par la Société scientifique finlandaise (Finska Vetenskaps-Societeten) dans la prestigieuse collection « Bidrag till kännedom av Finlands natur och folk » (Contributions à la connaissance de la nature et du peuple de Finlande), son travail monumental de près de 400 pages a immédiatement marqué l’historiographie nordique. Aujourd’hui maître de conférences en histoire nordique à l’Åbo Akademi University (Université Åbo Akademi) à Turku, Kepsu s’est imposé comme l’un des spécialistes internationaux de l’Ingermanland et des zones frontalières de l’Empire suédois à l’époque moderne. Il a également publié des travaux remarqués sur les bourgeois de Nyen et leur rôle de financiers pendant la Grande Guerre du Nord (1700-1721), ainsi que sur la mobilité des populations dans les régions frontalières entre Finlande et Russie. Ses recherches portent notamment sur les relations entre pouvoir central et périphéries, sur la construction étatique suédoise et sur l’interaction entre populations civiles et autorités militaires. Conférencier régulier dans les universités européennes, notamment à Vienne et Uppsala, Kepsu continue d’explorer ces territoires oubliés qui furent autrefois au cœur des rivalités entre grandes puissances baltiques.
(2) La Grande Réduction est une réforme mise en œuvre en Suède en 1680 au cours de laquelle la Monarchie suédoise récupère des terres accordées préalablement à la noblesse et où l’ancienne noblesse terrienne perd la base de son pouvoir. En Suède, les réductions (reduktion) désignent, de manière plus générale, le retour à la Couronne de fiefs qui avaient été accordés à la noblesse. Plusieurs réductions ont eu lieu, celle de 1680 étant la dernière.
(3) Charles XI (en suédois : Karl XI), né le 24 novembre 1655 à Stockholm et mort le 5 avril 1697 dans la même ville, est roi de Suède de 1660 à sa mort.
(4) Un boyard, ou boïar est un aristocrate des pays orthodoxes non grecs d’Europe de l’Est : Ukraine, Biélorussie, Moldavie, Valachie, Transylvanie, Russie, Serbie, Bulgarie. Etymologiquement, le terme boyard prend son origine du terme boi qui signifie combat. Bien que considérés comme des aristocrates, les boyards, avant le règne d’Ivan III étaient fondamentalement reconnus comme de grands chefs militaires et des guerriers
(5) Nyenskans (littéralement « Fort de la Neva ») était une place forte suédoise édifiée en 1611 à l’embouchure de la Neva en Ingrie. Prise en 1703 par Pierre le Grand, elle forma le noyau de la nouvelle capitale de l’empire russe, Saint-Pétersbourg en Russie.
Sur la façade sud du Palais de la Noblesse à Stockholm, connu en suédois sous le nom de Riddarhuset, orne une inscription latine “CLARIS MAIORUM EXEMPLIS” (suivant l’exemple clair des ancêtres) accompagné d’une statue de Gustav Vasa, roi de Suède de 1523 à 1560.
Cet édifice emblématique est situé dans le quartier de Gamla Stan (la vieille ville). Il s’agit à la fois d’un bâtiment historique et d’une corporation qui gère les archives et les intérêts de la noblesse suédoise. Construit entre 1641 et 1674, il représente l’un des plus beaux exemples d’architecture baroque en Europe du Nord. Le projet a été initié par l’architecte français Simon de la Vallée, qui en a conçu les plans initiaux, mais il a été assassiné par un noble suédois en 1642.
Le blason des Kuhlman au Riddarhuset, n°467
Son fils, Jean de la Vallée, a repris et finalisé les plans en 1660, avec des contributions d’autres architectes comme Heinrich Wilhelm (1645-1652) et Joost Vingboons (1653-1656). Le bâtiment a servi de lieu de réunion pour la noblesse suédoise lors d’événements historiques majeurs, et deux ailes ont été ajoutées en 1870.
Le palais est stratégiquement placé entre le Palais Royal et l’île de Riddarholmen, soulignant son rôle historique au cœur du pouvoir. Son toit, ses portails et son escalier sont l’œuvre exclusive de Jean de la Vallée. À l’intérieur, il abrite une collection héraldique impressionnante, avec des armoiries des familles nobles suédoises, et sert aujourd’hui de sanctuaire pour l’histoire de l’aristocratie.
Aujourd’hui, le Riddarhuset continue de préserver le patrimoine historique de la noblesse suédoise, en maintenant des registres et en organisant des événements. Il est ouvert au public pour des visites, bien que souvent méconnu des touristes pressés entre les sites voisins.
L’historien Samuel Freiherr von Pufendorf (1), rapporte dans son ouvrage « Sechs und Zwantzig Büchern » publié en 1688 pour l’année 1637 la mort au combat du Lieutenant-Colonel Gerhard Kuhlman (le jeune frère de Johan Kuhlman, mon ancêtre direct) :
« De Stetin, Wrangel (2) tira de nouveau ses hommes vers Löckenitz (3) (entre le 30 avril et le 4 mai 1637), décida aussi d’attaquer les officiers ennemis qui se trouvaient à Prentzlow (4) dans le cantonnement ; mais justement dans la nuit (du 12 mai), ils s’étaient enfuis et étaient retournés dans la Marche (5), craignant l’arrivée de Baner (6) sur la Havel ; et parce que celui-ci avait écrit au margrave Sigismund (7) qu’il voulait que tout fût prêt à Berlin pour recevoir les nouveaux hôtes. C’est pourquoi les Impériaux se retirèrent pour protéger cette ville ; Wrangel envoya après eux le lieutenant-colonel Dromond, qui n’en rencontra que peu et revint donc sans avoir rien fait. Seulement sur l’Oder, le lieutenant-major brandebourgeois Vorhauer (8) avait attaqué par surprise les Polonais qui faisaient cantonnement à Dramburg , il fut repoussé par eux dans une violente escarmouche , de sorte qu’il n’en resta pas plus de 20 du côté des Polonais, sans compter les blessés.
PUFENDORF, Sechs und Zwantzig Bücher, extrait sur les circonstances de la mort de Gerhard Kuhlman, p. 381.
Dessin extrait du livre « Festscheist 600 Jahre Jacobshagen » publié en 1936 à l’occasion des 600 ans de Saatzig.
Ce même chef s’empara peu après et avec peu de peine du château de Saatzig (9), que les Poméraniens occupaient, et de là il alla à Stargard et appela les nobles poméraniens à rendre hommage au prince de Brandebourg : Mais personne ne voulut répondre à son ordre insensé. Wrangel fut donc amené à retourner à Stetin, et Vitzthumen (10) , avec des cavaliers, des dragons et 400 hommes à pied, commanda à Vorhauern de passer l’Oder et de reprendre Saatzig avant que les Brandebourgeois ne s’y fussent établis. Après un siège de trois jours, Saatzig se rendit faute de poudre et les dragons de l’Armée Impériale furent laissés sur place ; les Brandebourgeois durent cependant se soumettre à la volonté des Suédois. Du côté suédois, 24 hommes ont été portés disparus, dont le lieutenant-colonel Kulemann » . (Pufendorf, 1688), page 381.
En ce qui concerne les circonstances de sa mort, le Pasteur Christoph SCHULTETUS, rapporte dans son homélie funèbre :
« Il était particulièrement doux et gentil avec les pauvres et les veuves, et Dieu tout-puissant lui a donné bon succès et bonheur dans toutes ses expéditions jusqu’à ce que finalement le 10 mai à 12 heures de la nuit, quand il est arrivé devant le château de Saatzig, où il avait été envoyé le 7 de ce mois par Son Excellence le Haut Seigneur Herman Wrangeln, Seigneur du Monastère de Lerpeholm des Chevaliers d’Overpohl, représentant de Sa Majesté et le Conseil Impérial Suédois, Maréchal Général et Commandant en Chef des Armées et des Garnisons en Poméranie, ainsi que le Noble et Strict Sir Johann Vitzthumbd’Echstedt, Lieutenant Général Royal Suédois à Cheval et à Pied, entre autres commandants, a été abattu à la jambe droite en une si louable occasion.
Bien que des docteurs distingués et des barbiers (11) expérimentés aient continuellement observé, et consulté, et qu’ils n’aient pas manqué de diligence, l’aide humaine et les moyens naturels n’ont pas non plus fait défaut : Cependant, le malum a dépassé tout art et tout soin, et parce que le temps lui a été fixé par Dieu, il s’est montré patient pendant tout le temps de sa défaite, dans les douleurs qu’il a endurées, et parce que, uni à la volonté de Dieu, il a confié son corps et son âme à Dieu, qui est bon. a confié à des mains fidèles, et le 29 mai, peu avant son décès, s’est réconcilié avec son Dieu en utilisant le saint et vénérable sacrement du vrai corps et du sang de notre Seigneur et pays de salut Jésus-Christ, et s’est notamment réconcilié avec la belle formule en présence de Monsieur Doctoris Schulteri, en tant que confesseur de son maître, ainsi Dieu a aimé le monde … et sous cette application, il a été sauvé et bienheureux par le gracieux conseil de Dieu, et il a quitté ce monde à dix heures du matin, après avoir accompli le cours de sa vie en 28 ans, 2 mois, 3 semaines et 3 jours ».
(1) Samuel von Pufendorf, né le 8 janvier 1632 à Dorfchemnitz en Saxe, mort le 13 octobre 1694 (à 62 ans) à Berlin, est un historien, juriste et philosophe allemand, représentant du droit naturel moderne ou protestant.
(2) Le comte Carl Gustaf Wrangel, né le 23 décembre 1613 à Skokloster et mort le 5 juillet 1676 au château de Spyker, sur l’île de Rügen, était un militaire et homme d’État suédois, originaire d’une famille allemande des pays baltes. Il fut le dernier acteur militaire suédois majeur de la guerre de Trente Ans.
(3) Löcknitz est une municipalité allemande du land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et l’arrondissement de Poméranie-Occidentale-Greifswald. 25 km à l’ouest de Stettin côté Allemand de nos jours.
(4) Prenzlau en Allemagne d’aujourd’hui, 55 km à l’ouest de Löcknitz.
(5) Le comté de La Marck (en allemand : Grafschaft Mark) est un ancien État du Saint-Empire romain. Fondé en 1198 par la maison de La Marck, il rejoint le cercle du Bas-Rhin-Westphalie en 1512. Possession des Hohenzollern à partir de 1614, La Marck, avec le duché de Clèves et le comté de Ravensberg, devient un territoire de l’État de Brandebourg-Prusse dans l’Ouest de l’Allemagne.
(6) Johan Banér (23.6./3.7.1596 Djursholm-20.5.1641 Halberstadt), maréchal de campagne suédois (Feldsmarshall). Officier sous Gustave II Adolphe de Suède en 1614, promu capitaine en 1620, colonel en 1621, major général en 1623, lieutenant général en 1630, participe à la bataille de Breitenfeld le 17.9.1631, prend le commandement en chef de l’Allemagne du Sud à l’automne 1632, est promu maréchal de Suède en 1633 et prend le commandement en chef des troupes stationnées en Silésie.
(7) Sigismund Markgraf von Brandenburg-Ansbach (1592-1640), colonel de l’armée impériale.
(8) Johann von Vorhauer (Vorhawer) ( -après 1649), colonel suédois.
(9) Saatzig (Szadko en Polonais).
(10) Hans (VI) (Johann) Vitzthum von Eckstädt (1595-11.1.1648) né à Sommerschenburg, colonel dans l’armée suédoise. Frère de Barbara, épouse de Gerhardt Kuhlman.
(11) Barbier, rebouteux [suédois barberare] : Au Moyen Âge et au début des temps modernes, les barbiers étaient des personnes actives dans le domaine des soins corporels, de la cicatrisation des plaies et des soins aux malades, comme les barbiers, les baigneurs et les infirmiers. Avec le médecin, le barbier s’occupait des patients, principalement des hommes, en soignant leurs cheveux et leurs barbes.
On savait que Joseph Kuhlman (voir la biographie correspondante), père de Sigurd, habitait principalement Alger, en raison de ses fonctions de Courtier Maritime et traducteur assermenté puis de Consul Général. Une lettre cependant, qu’écrira Joseph à sa soeur Ingeborg, restée à Norrköping en Suède, lettre écrite en français de surcroit, semblait indiquer que les Kuhlman possèdaient une propriété à Bourkika. Dans cette lettre, Joseph informe Ingeborg qu’il doit faire venir à Alger son ami de Maupas qui se trouve en ce moment à Bourkika dans sa propriété. Sachant que Sigurd et Louise Chapotin se sont mariés à Marengo et qu’à sa mort en 1890, Victoire Chapotin, mère de Louise, est indiquée vivant à Bourkika dans la propriété de son gendre, on pouvait aisément imaginer que les Kuhlman avaient bien à Bourkika une propriété.
C’est un acte de vente d’une grande propriété de 139 hectares en 1895 à un certain Aupêche, qui deviendra des années plus maire de Bourkika, qui nous en apprend un peu plus. L’acte de vente mentionne Joseph Kuhlman comme premier propriétaire puis Sigurd et datant de la fin des années 1850. Et il existe une photo sous forme de carte postale de cette ferme, renommée pompeusement « le Chateau Aupêche » à Bourkika.
Cette maison au centre du village existe toujours et a même servi de lieu de tournage d’un film algérien sorti en 1987 d’Amar Laskri intitulé « les portes du silence ».
Sur cette carte militaire du canton de Marengo datant de 1899, on distingue bien l’emplacement de la ferme Kuhlman au sud de Bourkika, sur la route de Ameur el Aïn. Cette propriété, en plus des 139 hectares de vignes et autres plantations, comportait au centre du village quatre lots de concessions et sur un de ces lots, la ferme Saint-Joseph.