Oran, un port en mutation

Paul Lefrancq, archiviste du département d’Oran, le notait avec justesse en 1934 : « Oran a connu la singulière fortune d’être devenu une grande ville et d’être un grand port, sans rien devoir, ou presque rien à la légende ou à l’histoire. »

Panorama d’Oran. Vue prise de Santa-Cruz. Photographie datant de 1888 à 1895. Collection personnelle de l’auteur.

Sigurd Kuhlman s’est installé à partir de 1867 à Oran et est devenu au fil du temps un des personnages liés à la vie maritime de la cité portuaire les plus importants. Il a pu voir ou accompagner les principales évolutions du port.

Après les tentatives portugaises du XVe siècle, ce sont les Espagnols qui, installés à partir de 1509, bâtissent les premières infrastructures portuaires d’Oran – quais, jetée et magasins voûtés creusés dans le roc. Mais trois siècles d’occupation mal entretenue, une parenthèse turque (1708–1732) et le tremblement de terre de 1790 laissent le port en ruines. Quand les Français arrivent en 1830, ils héritent d’une ville fantôme et d’un port à construire de toutes pièces.

La reconstruction française (1830–1860)

Arrivé à Oran en 1831, le lieutenant général baron Pierre Boyer commande des plans, fait rapatrier les archives espagnoles depuis Madrid et lance les premières cartographies de la baie. Les travaux effectifs débutent en 1834 sous l’ingénieur Pézerat, suivi de Poirel, Aucour et Bernard. En 1848, un premier bassin de 4 hectares est approuvé. Le trafic progresse – 36 000 tonnes en 1855, 54 000 en 1860 – mais reste modeste. Le port existe enfin. Il attend encore sa vraie naissance.

Photographie originale prise vers Port d’Oran, vers 1863–1867, avant l’agrandissement. Vue depuis les hauteurs : bassin de 4 hectares, voiliers au mouillage, quais nus. Collection personnelle de l’auteur.

La photographie ci-dessus nous montre un port minuscule et c’est celui que découvre Sigurd Kuhlman à son arrivée en 1867.

Le vrai coup d’accélérateur arrive avec le décret du 28 juillet 1860, qui prévoit un agrandissement d’envergure : 9 millions de francs, un port de 24 à 26 hectares (le futur bassin Aucour), une darse, un avant-port, deux jetées encadrant une passe de 80 mètres. C’est le tournant. En 1860, Oran est un vaste chantier. En 1868, la grande jetée du large atteint déjà 500 mètres de longueur. Les quais se construisent, les bassins se creusent, les grues et les dragues s’installent. Le port se modernise.

Oran, vers 1870 — Le port en train de naître

Prise depuis les hauteurs dominant le port, l’image ci-dessous, au format carte de visite, montre le port d’Oran en pleine construction.

Le port d’Oran vers 1870. Collection personnelle de l’auteur.

Au premier plan, les travaux avancent. Une darse intérieure prend forme, ses murs courbes en enrochement brut à peine sortis de l’eau. Des rails de chantier – ces voies Decauville étroites que les ingénieurs des Ponts et Chaussées utilisaient pour acheminer les matériaux lourds – traversent le terre-plein encore sablonneux. Dans le bassin principal, au fond, plus de vingt mâts se dressent, serrés les uns contre les autres : des voiliers pour la plupart, quelques felouques méditerranéennes mêlées à des trois-mâts de haute mer. Les vapeurs sont encore absents. On est à l’exact moment de bascule entre deux âges du commerce maritime.

Cette photographie date très vraisemblablement des années 1868–1875, en pleine réalisation du programme d’agrandissement décidé par le décret impérial de 1860. On y voit des voiliers entassés dans un bassin trop petit, des blocs qui s’empilent. Dans vingt ans, ce port sera le premier d’Algérie.

L’apogée commerciale et la ligne transatlantique

Dans les années 1870–1880, Oran s’impose progressivement comme la principale porte de sortie des richesses de l’Oranie. L’alfa, cette plante textile qui pousse en abondance sur les hauts plateaux, fait l’objet d’une bataille commerciale sans merci entre la France et l’Angleterre. En 1871, la marine britannique transporte depuis Oran 44 millions de kilogrammes d’alfa contre à peine 1,2 million pour la marine française. La chambre de commerce pousse des cris d’alarme. Le port traite aussi les céréales, les bestiaux, les minerais, les peaux, les laines. En 1899, son trafic annuel dépasse les 700 000 tonnes.

Port d’Oran, vers 1870–1878 — pendant les travaux d’agrandissement. Au premier plan : d’imposants ballots d’alfa empilés sur les quais, attendant l’embarquement. À quai, deux gros steamships à coque noire. C’est l’époque exacte où Sigurd Kuhlman dirige son bureau de courtage maritime : l’alfa qui s’exporte massivement vers l’Angleterre transite par ces mêmes quais. Collection personnelle de l’auteur.

Les travaux s’achèvent en 1892 après trois tempêtes dévastatrices (1869, 1876, 1886) qui ruinent partiellement la jetée du large et obligent l’État à solliciter, par la loi du 19 juillet 1880, le concours financier de la Chambre de Commerce à hauteur de 2,5 millions de francs. À l’issue de ce premier programme, le port dispose de 1 175 mètres de jetées, 1 890 mètres de quais accostables, et 13 hectares de quais et terre-pleins. Le trafic a été multiplié par quinze entre 1864 et 1892.

Photographie prise depuis le terre-plein Ouest du port, au niveau du quai, en regardant vers la ville – angle inversé par rapport aux vues en plongée depuis Santa Cruz. Vers 1875-1885. Collection personnelle de l’auteur.

Prise depuis le terre-plein Ouest du port, au niveau du quai et non depuis les hauteurs, cette photographie offre un angle rare : celui du sol, celui des hommes qui travaillent. Au premier plan, le chantier est encore vivant – terre sablonneuse non pavée, blocs de pierre épars, planches de bois, une cahute de fortune, des mulets et leurs conducteurs. Le port se construit sous nos yeux. Au centre, plusieurs voiliers et au moins un vapeur sont à quai, mâts et mâts de charge se découpant sur le ciel. À droite, la ville a déjà pris forme : arcades au rez-de-chaussée, immeubles de commerce à étages, architecture coloniale caractéristique des années 1870–1880. En arrière-plan, Oran monte sur son coteau – un clocher émerge des toits, les premières constructions des hauteurs se devinent dans la lumière. La datation la plus probable se situe entre 1875 et 1885 : la ville est structurée, ambitieuse, mais le port n’est pas encore achevé. Les travaux du bassin Aucour battent leur plein. C’est précisément l’époque où Sigurd Kuhlman est en pleine activité sur ces mêmes quais – courtier, négociant, homme du port. Cette image, c’est peut-être son quotidien.

C’est dans ce contexte d’expansion commerciale que Sigurd Kuhlman accomplit son geste le plus audacieux. Le 16 juillet 1891, le Journal Général de l’Algérie annonce l’ouverture d’une ligne directe Oran–New York, la première de l’histoire du port. Sigurd, agent de l’Anchor Line – compagnie écossaise fondée à Glasgow en 1855 – , a obtenu de sa compagnie ce service inédit. Le paquebot inaugural, le SS Bohemia, tout juste sorti des chantiers de Glasgow, effectue la traversée en quinze jours. Jusqu’alors, les marchands oranais devaient transborder leurs marchandises à Marseille ou au Havre, avec six semaines de délai. « Tous les commerçants remercient M. Kuhlman de l’avoir établi », écrit le journal. Sigurd Kuhlman, Suédois naturalisé français depuis 1876, aura ainsi relié Oran au « nouveau-monde ».

Lire l’article correspondant …

Sources :

SourceNatureRéférence
Paul Lefrancq, Un port à OranArticle historiqueL’Afrique du Nord illustrée, 15 décembre 1934.
Ed. Dechaud, Les grands travaux du port d’OranArticleL’Afrique du Nord illustrée, 4 juin 1910
Le Messager de ParisPresse nationale18 juillet 1868 (travaux) ; 12 juillet 1880 (emprunt chambre de commerce)
Journal Général de l’AlgériePresse coloniale16 juillet 1891 (ligne Oran–New York)
Archives royales de Suède (Riksarkivet)Archives publiquesCorrespondance Sigurd Kuhlman / Bernhardt Almquist, 1871–1876
Photos d’archivesCollection privéeOran, port, vers 1863–1895 — collection Etienne Laude

L’incendie de Stargard

7 octobre 1635. Le colonel Bohm, beau-frère de Johan Kuhlman met le feu à la ville de Stargard…
Gravure représentant la ville de Stargard en 1618.

Quelques mois après les exploits de Gerhard sur le plateau de Breslau (1), c’était au mois d’octobre 1635, et alors que l’armée Suédoise était toujours stationnée à Stargard depuis bientôt cinq ans, les ennemis des Suédois s’enhardirent et décidèrent de refaire une apparition dans le duché de Poméranie et d’attaquer la garnison. En ce mois d’octobre et alors qu’il commençait à faire froid dans la région, le grand général impérial Rudolf von Marazin (2) décida de faire le siège de la ville. L’armée ennemie prit position tout autour de la ville empêchant les Suédois de sortir et de se ravitailler. Ils n’avaient plus aucune chance de vaincre l’ennemi. Le Maréchal Johan Banér (3) était parti en campagne avec une partie de l’armée et on ne pouvait plus envoyer de messagers pour l’avertir et lui demander de porter secours aux Suédois assiégés dans la ville.

Le colonel Bohm commandait la garnison restée sur place et il constata que malgré sa demande, les habitants refusaient de continuer à se battre. Ils en avaient assez de cette guerre interminable pour eux car elle avait commencé dix-sept ans auparavant. Dix-sept ans de guerre sans pouvoir vivre normalement, sans pouvoir faire pousser son blé. Tout le monde vivait au jour le jour depuis tant d’années ! Bohm insista mais il n’y avait rien à faire. Même Johan, qui était d’un naturel plus bienveillant que son chef et comprenait les malheurs de la population, n’arriva même pas à convaincre les habitants d’au moins se tenir près des canons ou de protéger les munitions.

Il fallait trouver un moyen d’effrayer les assaillants et le colonel Bohm eut l’idée de faire mettre le feu à des granges en bois qui se trouvaient entre les portes Swietojanska et Pyrzycka afin de dégager l’entrée et rendre difficile l’accès de l’armée impériale aux bâtiments importants pour la défense. C’était un pari très risqué car au moindre coup de vent on risquait de mettre le feu à toute la ville. Et c’est pourtant ce qui arriva. Johan n’avait pas été là pour dissuader le colonel Bohm d’entreprendre une telle folie, il était à l’autre bout de la ville et avait vu venir l’orage qui se profilait en provenance de Stettin, en direction du nord.

Plan des fortifications de Stargard des années 1632-1696 ?
Collection de Riksarkivet (archives Royales) Stockholm.

On raconte que seules seize maisons et six échoppes ont survécu à l’incendie. Toutes les autres maisons et églises ont brûlé ! Tout. L’Église de la Sainte Vierge, le monastère des Augustins et le nouveau lycée, tout a brûlé. Et ce n’était point la foudre, ni un accident de four qui avait provoqué la perte presque totale de la ville mais un acte irresponsable commis par le beau-frère de Johan, Jacob Larsson Bohm. Les Impériaux n’avaient pas pu prendre la ville … car il n’y en avait plus.

Vitrail de l’Eglise Sainte-Marie, reconstruite entre 1905 et 1910.

D’après les travaux du Professeur Majewski, Directeur du département d’archéologie de l’Institut d’histoire de l’Université de Szczecin et directeur du Musée archéologique et historique de Stargard. Membre du Conseil pour la protection du patrimoine archéologique et de l’Association scientifique des archéologues polonais.

(1) Lire l’article « La prise de Breslau par Gerhard Kuhlman, mai 1634 » sur ce même site.

(2) Johan Banér, ou encore Jean Gustavson Baner, vulgairement appelé Banier, né le 23 juin 1596 à Djursholm et mort le 10 mai 1641 à Halberstadt, est un commandant en chef suédois à l’époque de la guerre de Trente Ans.

(3) Le baron Rudolph von Marzin , également connu sous le nom de Rudolph von Marazin ou Morzin , (* vers 1600 ; † 1646 à Prague ) était un maréchal saxon .

L’homme de Kenitra

A tous mes amis du Maroc…

Aujourd’hui je vais évoquer le Maroc et principalement la ville de Kenitra. Mais pourquoi le Maroc ?

Il m’est arrivé plus d’une fois en visitant une ville, un pays, lors d’un déplacement privé ou professionnel de ressentir quelque chose de spécial. Comme si le lieu m’était familier. La plupart du temps, les premières fois, je n’en compris pas le sens.

La première fois que je passai à Norrköping, je connaissais bien sûr un peu l’histoire des Kuhlman dans cette ancienne ville industrielle de Suède mais il était tard, je rentrai à Copenhague et j’attendais mon train de correspondance, les avions depuis Stockholm étant cloués au sol par les fortes chutes de neige des jours qui précédèrent. D’autres fois en revanche, je ressentais quelques vibrations internes sans en comprendre le sens. Plus tard je compris que si pour moi ces visites semblaient être les premières, mes ancêtres y avaient marqué leur présence bien avant. Cela m’arriva à Tunis, en Finlande ou encore plus récemment au Maroc.

Si l’histoire familiale en Algérie commençait à m’être bien familière, je me demandai pourquoi, lors de ma première visite au Maroc en 2019, il me semblait ressentir quelque chose d’équivalent à ce que j’avais ressenti lors de ma première visite à Alger en 2011. Mes amis Algériens ne m’en voudront pas de ne pas entrer dans les polémiques actuelles, car mes propos visent toujours à rassembler et non à diviser, bien entendu. Mais pourquoi le Maroc ? Habitué à ces étranges sensations de déjà-vu intergénérationnel, je devais comprendre d’où cela pouvait venir…

Peu de temps après être rentré de cette première visite à Tanger, j’entrepris quelques recherches complémentaires. Une des histoires encore non élucidées concernait mon arrière-grand-père Georges Kuhlman, le père de Germaine, Suzanne, ma grand-mère et Simone. Je savais par Suzanne qu’elle avait perdu ses parents encore adolescente et qu’elle était allée vivre avec ses sœurs chez sa tante Hélène Beauvais et son oncle Lamoise à Eckmühl, un quartier d’Oran.

Georges Kuhlman naquit à Oran le 7 avril 1872, fils cadet de Sigurd et Louise Chapotin. En avril 1889, il réussit l’examen d’entrée de l’École Pratique d’Agriculture et de Viticulture de Rouïba, une distinction rare car il était ce printemps-là le seul candidat oranais à y avoir été admis. À sa sortie de l’école, Georges prit en main la grande propriété familiale, la « Ferme Saint-Joseph » à Bourkika : cent trente-neuf hectares de vignes et de plantations, auxquels s’ajoutaient quatre lots de concessions au cœur du village. Après la vente forcée de la propriété en 1895, il tenta de se relancer en exploitant une petite ferme viticole à Saint-Cloud, dans l’Oranais avant de devenir garde-champêtre à Sirat, une petite commune mixte à proximité.

Il s’était marié deux ans plus tôt, en 1893 à Marengo, avec Ida Zoé Beauvais, née en 1877, institutrice et fille de Michel Eugène Beauvais, maire de Marengo, et de Mathilde Ida Zaepffel. De leur union naquirent sept enfants. L’aîné, Louis Georges (1896–1920), émigra en Argentine dans la région de Mendoza pour cultiver la vigne et disparut lors du tremblement de terre de décembre 1920. Lucien Sigurd (1898–?), gendarme, s’évada pendant la Première Guerre mondiale avant de servir à Relizane pour le reste de sa carrière. Vinrent ensuite Germaine, Suzanne et Simone, toutes trois citées dans l’avis de décès de 1923, Roberte (1917–1923) emportée à cinq ans le 29 mars 1923 à Oran, et enfin Roger (1919–1920). Ida mourut des suites de l’accouchement du petit Roger en septembre 1919. À la disparition de leur mère, les quatre filles — Germaine, Suzanne, Simone et la petite Roberte furent recueillies par leur tante Hélène Beauvais-Lamoise, sœur d’Ida, qui les éleva à Oran.

Et c’est justement la publication du décès de la petite Roberte en 1923 qui me mit sur la trace Kenitra.

Journal « L’Echo d’Oran » daté du 29 mars 1923.

Georges Kuhlman était donc établi à Kenitra au Maroc lors du décès de la petite Roberte… peut-être même après la mort de son épouse Zoé.

Vers 1919–1923, à l’approche de la cinquantaine, Georges Kuhlman prend alors la décision de quitter l’Algérie pour le Maroc. Ce départ marque une rupture profonde dans son existence. Devenu veuf, séparé de ses fils — Louis Georges étant parti en Argentine, Lucien s’étant établi à Relizane — il doit aussi se résoudre à laisser derrière lui ses filles. Cette nouvelle séparation familiale donne à son départ une tonalité plus douloureuse encore : il ne s’agit pas seulement d’un changement de lieu, mais d’un arrachement, sans doute dicté par la nécessité de tenter une dernière relance dans une vie déjà éprouvée. C’est dans ce contexte qu’il gagne Kénitra, alors en plein essor sous le Protectorat français, petite ville qui prendra le nom de Port-Lyautey. La région du Gharb, que l’administration coloniale cherchait alors à mettre en valeur, offrait des perspectives réelles à des hommes disposant d’une expérience concrète du monde rural. Pour Georges Kuhlman, ce départ pouvait représenter l’espoir d’un recommencement : retrouver un travail stable, reconstruire une situation matérielle et reprendre pied après des années marquées par les deuils, les dispersions familiales et l’incertitude.

Sur place, plusieurs voies pouvaient s’offrir à lui. Il a pu chercher à s’établir comme colon agricole dans cette plaine fertile où terres et facilités de crédit étaient accordées aux nouveaux exploitants. Son expérience pouvait aussi le conduire vers la viticulture, activité prometteuse dans un Maroc encore préservé du phylloxéra qui avait durement affecté les vignobles algériens. Il a également pu être employé comme contremaître ou régisseur sur un grand domaine, fonctions pour lesquelles son habitude du travail de la terre et des réalités rurales constituait un atout certain. Enfin, son passé de garde champêtre pouvait l’orienter vers des responsabilités de surveillance des propriétés, des cultures ou des récoltes, dans un environnement colonial où la protection et l’encadrement des exploitations tenaient une place importante.

Ainsi, son installation au Maroc apparaît comme une tentative de se relancer dans un territoire où tout restait à construire. En quittant l’Algérie, Georges Kuhlman ne cherchait sans doute pas seulement un emploi ; il cherchait aussi, après l’éclatement progressif de son univers familial, les moyens de redonner une direction à sa vie.

Pour quelles raisons Georges choisit-il le Maroc ? Ma grand-mère Suzanne ne m’en parla jamais. Le savait-elle seulement ? Une piste se dessine toutefois à travers la parenté familiale : son cousin Louis Ovar Néron, héros des Dardanelles en 1915-1916, fit lui aussi le choix du Maroc, où il poursuivit sa carrière dans la magistrature jusqu’à exercer à Rabat l’une des plus hautes fonctions judiciaires du Protectorat. Cette présence familiale a pu jouer un rôle, en offrant à Georges à la fois un point d’appui, un exemple de réussite et peut-être même une possibilité de relais au moment de tenter de se relancer.

Lire les articles relatifs à Louis Ovar Néron sur https://marengodafrique.fr

La suite de son parcours au Maroc demeure toutefois obscure : où est-il décédé, et où a-t-il été enterré ? Voilà encore quelques mystères qu’il me reste à éclaircir…

L’inauguration des tunnels d’Hydra

Le vendredi 29 septembre 1848, le Gouverneur-général Viala Charon (1), accompagné de M. le Directeur-général des affaires civiles Vaïsse (2), a présidé à l’inauguration des aqueducs souterrains creusés sous la direction de M. Mondésir (3), ingénieur des ponts-et-chaussées, entre le chemin de ceinture et la colonne Voirol. Grâce à ce beau travail, qui sera bientôt complété par trois autres tunnels, Alger n’aura plus à souffrir de la disette d’eau, comme cela est arrivé en 1846. Le gouverneur général était entouré des principales autorités de la colonie, des représentants consulaires et c’est à ce titre que Josef Kuhlman fût invité à la cérémonie (chancelier du Consulat du Danemark à cette époque).

Le Général Viala Charon (1794-1880). Collection personnelle de l’auteur.

Pendant le premier siècle de la domination turque, Alger n’était alimenté que par des puits et des citernes. Un an après l’expulsion des maures d’Espagne, en 1611, un de ces industrieux exilés, nommé Moustafa, découvrit une source au pied d’une éminence, non loin du fort de l’Empereur, et en amena l’eau en ville, au moyen d’un aqueduc, qui fut le premier que l’on eût construit ici depuis l’époque romaine.

Huit ans après, en 1619, Moustafa-Pacha fit commencer l’aqueduc de Hamma, que son frère, cheik Hossain kaïd Koussa-Pacha, termina en 1621. D’autres travaux hydrauliques, exécutés par les pachas, leurs successeurs, complétèrent le système des eaux destinées à alimenter la ville d’Alger.

Pendant les premières années de la domination française, l’ouverture de routes nombreuses amena la destruction de plusieurs conduites d’eau ; les anciens aqueducs, n’étant pas suffisamment entretenus, se détériorèrent sur un grand nombre de points ; et il en résulta des suites qui contribuèrent à diminuer l’approvisionnement de la ville.

La conduite d’amenée d’eau de l’aqueduc d’Aïn Zeboudja vers le réservoir de distribution, vers la fontaine puis vers les différents bâtiments. Source : Carte des Archives du Service Historique de l’armée de terre, Vincennes, 1V_H 00063_001_0307, 1840.

Après avoir été longtemps dans les attributions de l’architecte en chef, à qui on ne fournissait pas les fonds nécessaires pour l’exécution de nouveaux travaux, pas même pour l’entretien des anciens, — le service des eaux de la ville fut confié spécialement à M. Mondésir, ingénieur des ponts-et-chaussées. Des moyens d’action plus puissants, mis à la disposition de ce chef de service ; qui sut en user avec zèle et habileté, amenèrent une prompte et importante amélioration dans le régime des eaux urbaines.

Deux aqueducs principaux construits par les Turcs alimentaient la ville : Aïn-Zboudja qui a son origine auprès de Dély-Ibrahim, et qui, outre cette source, en rencontre plusieurs autres sur son trajet jusqu’à la Casbah, d’où il distribue les eaux à la ville haute ; Telemli qui commence à Mustapha-Supérieur auprès de la maison de campagne du gouverneur, et aboutit à la Porte-Neuve.

Le Golf d’Alger près de Mustapha. Extrait de « Esquisses africaines, dessinées pendant un voyage à Alger et lithographiées par Adolphe Otth (4)».

Les travaux exécutés auprès d’Hydra par M. Mondésir, se rapportent au premier de ces aqueducs ; celui d’Aïn-Zboudja. La conduite turque, qui était en fort mauvais état, n’aurait pu être réparée à moins d’une dépense de 100,000 fr., à laquelle il en fallait ajouter 80,000 pour la reconstruction du pont qui est auprès du café d’Hydra ; et d’ailleurs le tracé ancien faisait, entre le chemin de ceinture et Hydra, un détour de neuf cents mètres ; si l’on parvenait à éviter ce détour, on économisait chaque année les frais d’entretien sur une distance de près d’un kilomètre. M. Mondésir a résolu cet important problème, en exécutant pour moins de 70,000 fr. un nouveau tracé qui, au moyen d’un tunnel de 540 mètres de longueur, amène l’eau en droite ligne au lieu de suivre les sinuosités de la conduite turque.

Vendredi dernier, ce tunnel, celui qui a son origine sous la propriété Récy, a été inauguré par M. le gouverneur-général. On a bouché en sa présence l’ancienne conduite et on a ouvert aux eaux leur voie nouvelle. M. le gouverneur-général Charon, avec les personnes qui l’accompagnaient, s’est alors engagé dans le tunnel éclairé par des bougies et des lampes et a traversé le souterrain. L’aqueduc est creusé dans une roche blanchâtre assez friable ; la maçonnerie y a été employée seulement aux endroits où des failles avaient causé des éboulements ou en faisaient craindre. Son niveau est en maximum à vingt-deux mètres au-dessous du sol ; la hauteur est d’un peu plus de deux mètres. A côté de la cuvette où passent les eaux, il y a un trottoir d’un parcours facile.

En sortant de ce souterrain, on trouve, sur l’espace de quinze cents mètres qui le sépare du deuxième, plusieurs travaux hydrauliques, tels que des regards et un pont. Des sources affluentes sont versées dans l’aqueduc principal par des conduites accessoires.

Panorama d’Alger d’après Jean-Charles Langlois, 1833. On distingue au premier plan un regard permettant de prélever de l’eau.

Le second tunnel creusé dans la propriété de M. Martin, n’a qu’une longueur de deux cents mètres. Les deux souterrains et la conduite intermédiaire, traversent la ligne de faite qui sépare le bassin de Oued-el-Kerma de celui de Oued-Kenis qui vient aboutir au ravin de Birmandrais.

Ce beau travail viendra complet et amènera les eaux à Alger par la ligne la plus droite, et par conséquent avec la plus grande économie, quand on aura percé deux tunnels sous les terrains mouvants de l’ancien consulat de Suède (5), et un troisième sous la butte du fort l’Empereur. Il ne manquera plus alors qu’à exécuter le grand réservoir qui serait si utile à notre ville en cas de siège, et si un ennemi extérieur, maître de la campagne, usait de la faculté de détourner les eaux. Nous avons entendu M. le gouverneur-général affirmer, avec beaucoup de raison, que l’exécution de ce réservoir serait plus pressante que celle des trois tunnels complémentaires. En effet, une énorme quantité de maisons mauresques ont été démolies ou sont sur le point de l’être ; les nombreuses maisons européennes, bâties depuis quelques années sont dépourvues de citernes, malgré les prescriptions d’un arrêté sur la matière. Ainsi, les eaux pluviales, cette précieuse ressource dans l’ancien système de construction, ne seront plus recueillies désormais. Il faut donc remplacer cette réserve qu’une incroyable incurie a laissé disparaître. On comprend dès-lors, que M. le général Charon a bien raison de réclamer la priorité pour l’exécution du grand réservoir.

Le beau et utile travail exécuté par M. Mondésir, partie importante d’un système général destiné à beaucoup augmenter l’approvisionnement d’eau de notre ville, ajoute à sa réputation comme ingénieur et lui assure des droits incontestables à la reconnaissance de tous les habitants d’Alger.

D’après le journal l’Akhbar dimanche 1er octobre 1848.

(1) Le baron Viala Charon (1794–1880), général de division. Nommé gouverneur général de l’Algérie le 9 septembre 1848 et le reste jusqu’au 22 octobre 1850. C’est un militaire de formation (École polytechnique), vétéran des guerres napoléoniennes et de la conquête de l’Algérie depuis 1835. Il avait notamment été directeur des affaires d’Algérie au ministère de la Guerre avant d’accéder à ce poste.

(2) l s’agit de Claude-Marius Vaïsse (1799–1864). Nommé directeur général des affaires civiles en Algérie le 1ᵉʳ septembre 1847, il est en poste à l’arrivée de Charon. Il quitte ce poste le 24 janvier 1849 pour devenir préfet du Doubs, puis préfet du Nord. Il est connu pour être devenu plus tard le grand rénovateur urbain de Lyon (surnommé « l’Haussmann lyonnais »).

(3) Piarron de Mondésir, ingénieur des Ponts et Chaussées, fut l’une des figures techniques marquantes de la France du XIXe siècle. Affecté au service des eaux d’Alger à partir de 1846, il fut spécialement chargé de résoudre la grave pénurie d’eau qui frappait la ville, en restaurant et modernisant l’antique aqueduc ottoman d’Aïn-Zboudja. C’est sous sa direction que furent percés les deux grands tunnels souterrains du Val d’Hydra — 540 et 200 mètres de galeries creusées jusqu’à 22 mètres de profondeur — inaugurés en grande pompe le 29 septembre 1848 en présence du gouverneur général Charon. De retour en France, il s’illustra sur les grands chantiers ferroviaires du chemin de fer du Nord, où ses mémoires sur les tranchées de Saint-Just et de Chepoix devinrent des références dans la formation des ingénieurs. Homme de science autant que de terrain, il présenta en 1867 à l’Exposition universelle un appareil de ventilation par air comprimé, et publia en 1873 chez Dunod un ouvrage de référence sur le Calcul des ponts métalliques à poutres droites et continues.

(4) Adolphe Otth était un naturaliste et artiste voyageur suisse. Homme de science autant que dessinateur de talent, il parcourut le pourtour méditerranéen au cours de plusieurs voyages d’exploration, notamment les Baléares et l’Algérie. Il séjourna en Algérie vers 1836–1837, soit seulement quelques années après la prise d’Alger par les Français (1830). Il rapporta de ce voyage une série de dessins d’une précision étonnante, témoignages visuels irremplaçables de l’Algérie dans ses premières années de colonisation. Son œuvre majeure : Esquisses Africaines (1839)
« Esquisses africaines, dessinées pendant un voyage à Alger et lithographiées par Adolphe Otth » publié à Berne, chez J.F. Wagner, lithographe, 1839. Adolphe Otth mourut de la peste en 1839 à Jérusalem, lors d’un voyage au Proche-Orient, à seulement 36 ans. Son « Esquisses Africaines » fut publié l’année même de sa mort, ce qui en fait un testament artistique et scientifique d’autant plus précieux.

(5) Le consul de Suède de 1829 à 1847, Fredrik Schultze, possédait ou avait possédé sept propriétés dans les alentours d’Alger. Une de celles-ci s’effondra en 1845 suite à des éboulements consécutifs aux pluies diluviennes survenues pendant l’hiver précédent. Mais de quelle propriété s’agissait-il ? On peut lire qu’il s’agissait de l’ancien Consulat de Suède, une grosse bâtisse située derrière le fort l’Empereur. Mais celle-ci avait déjà été endommagée lors de la conquête de 1830. J’ai l’intuition que les textes ont confondu ces diverses propriétés parfois appelées « Consulat de Suède », parfois « résidence d’été du consul de Suède ». Le fait est que le doute subsiste vu le nombre de propriétés qu’ont possédé les Schultze-Bowen … Et quelle est celle que Kenney Bowen Schultze appelait « La Calorama » ?

Le Maitre de Haga

L’Enigme Vegult, un mystère encore non élucidé…

Avec cet article j’entame la rédaction d’une autre histoire parallèle à celle des Kuhlman. Une longue Saga dont la principale enigme, l’origine exacte d’un personnage mystérieux, arrivé à Christiania (Oslo) vers 1786 et grand-père d’Augusta Wilhemina Maklin, première épouse de Josef Kuhlman et mère de Sigurd…

Au printemps 1791, Johan Kuhlman prit sa plume et écrivit à son vieil ami Gjörwell (1), Bibliothécaire du Roi à Stockholm, une lettre en apparence anodine :

« Monsieur le Maître de Cavalerie de Haga m’a fait parvenir un dessin de la cave à glace, comme je le voulais. Mes relations avec lui sont très bonnes ! »

Il n’en dit pas plus. Le dessin avait voyagé de main en main — passé, dit-il, par un intermédiaire, puis par son ami le professeur Lidén, avant d’atterrir sur son bureau de Norrköping. L’auteur demeurait, lui, à l’autre bout du pays, dans le vieux quartier de Haga. Mais de quel Haga s’agissait-il ?

Lettre de Johan Kuhlman à Carl Christopher Gjörwell, 18 avril 1791. Archives Royales de Suède.

Il existait alors deux « Haga » en Suède. Celui de Stockholm d’abord — ce parc royal où le roi Gustave III, grand francophile, faisait édifier un palais monumental sous la direction d’un architecte français, Louis-Jean Desprez. Et puis celui de Göteborg — le plus vieux quartier de la ville, fondé en 1648, avec ses ruelles pavées et ses maisons en bois, à l’écart du fracas du port. C’est là, au numéro 35 de la rue Kyrkogatan, qu’une famille française avait élu domicile quelques mois plus tôt.

L’homme s’appelait Vegult. C’est ainsi, en tout cas, qu’on le nommait en Suède. Son vrai nom était « de Vigeuil » ou « du Vigueil », plus exactement : une vieille seigneurie du Limousin, mentionnée dans les armoriaux du royaume de France comme le titre des Aubert, une lignée noble aujourd’hui oubliée. La légende familiale le prétendait Marquis et il était un ancien écuyer du Roi Louis XVI et catholique de surcroit émigré dans un pays luthérien, ce qui, en soi, constituait une forme de singularité qu’on ne peut ignorer.

Il était arrivé de France vers 1787, ou peut-être avant, avec son épouse, quelques caisses et des portraits familiaux de ses parents, certainement. En France, quelque chose s’était brisé. Mais quoi exactement ? Il n’en parlait pas.

Ce qu’on savait de lui, c’est qu’il avait été maître d’armes à Christiania (Oslo), qu’il était proche de Karl von Hessen-Cassel (2), le gouverneur de Norvège, professeur de français et peintre de portraits miniatures à ses heures. Un homme aux talents multiples, qui lui avait permis de toujours rebondir.

Était-ce lui, le mystérieux Maître de dessin de Haga ?

Il faut bien l’avouer : rien ne permet de l’attester si ce n’est ma propre intuition. L’hypothèse est cependant tentante — peut-être trop. Vegult vivait bien dans le quartier Haga de Göteborg au moment précis où Kuhlman reçut ce dessin. Il peignait, il dessinait, il enseignait. Et le professeur Lidén — l’intermédiaire mentionné dans la lettre — était le plus proche des amis de Johan, celui qu’il allait voir à Lida en calèche sur la route de Rödmossen, celui dont il parlait avec une affection particulière. Que Lidén ait croisé un maitre d’armes et artiste français à Göteborg et songé à en parler à son ami de Norrköping : rien de plus naturel, dans ce réseau de lettrés et de curieux qui tissaient alors la vie intellectuelle de la Suède gustavienne. Mais ce n’est qu’une hypothèse. Elle a la solidité de la chronologie mais pas encore la certitude d’une archive.

Ce qui est sûr, c’est que trois ans après cette lettre mystérieuse, en octobre 1794, un Français répondant au nom de Vegult arriva à Norrköping. Il prit une chambre chez le Directeur des Postes, proposa ses services comme professeur de français et peintre de portraits. Dans ses bagages, toujours ces tableaux : un homme à la perruque blanche et à la cape cramoisie — son père, disait-on — une femme aux boucles légères et au regard tranquille, un inconnu à la perruque sombre, et un jeune homme au crâne rasé qui fixait le regard avec une intensité que le temps n’avait pas effacée. Des visages venus d’une France qu’il ne reverrait probablement jamais.

Les portraits des de Vigueil. Collection personnelle de l’auteur.

Johan Kuhlman parlait le français. Sa bibliothèque de plus de mille volumes, son cercle d’amis cultivés, ses liens avec Gjörwell et Lidén, sa fascination pour les idées des Lumières — tout cela faisait de lui un homme à qui l’on pouvait parler sans traducteur, et peut-être sans masque. Est-ce que le nom — du Vigueil, une vieille seigneurie du Limousin — lui dit quelque chose ? Est-ce que l’accent, les manières, les portraits sur les murs de cet homme éveillèrent sa curiosité ? Je cherche encore à pouvoir le confirmer. Car ces portraits ont traversé le temps jusqu’à nous…

Ils se croisèrent à Norrköping, c’est certain. Peut-être se connurent-ils déjà.

Ce que Johan Kuhlman ne pouvait pas savoir, ce soir-là, c’est que la fille de cet homme — Louise Marie, élevée dans les années difficiles qui suivirent par son épouse Charlotte — épouserait un jour un Maklin. Que leur fille Augusta deviendrait la première épouse de son neveu Joseph. Que par ce chemin imprévisible, une famille française en errance, loin de ses racines désormais, traverserait deux siècles et trois continents pour finir par se mêler au nom Kuhlman.

Mais cela, c’est une autre histoire. Ou plutôt : c’est la même.

(1) Carl Christoffer Gjörwell, né le 10 février 1731 à Landskrona, mort le 26 août 1811 à Stockholm, est un homme de presse, éditorialiste, bibliothécaire et auteur de psaumes suédois. Bibliothécaire du roi, il est l’éditeur, à partir de 1755, du Mercure suédois, premier journal critique de son époque

(2) Charles de Hesse-Cassel, landgrave de Hesse-Cassel, né le 19 décembre 1744 à Cassel et mort le 17 août 1836 au château de Louisenlund à Güby, est un prince allemand de la maison de Hesse, beau-frère de Christian VII de Danemark et gouverneur de la couronne danoise dans les duchés. Charles de Hesse-Cassel est le deuxième fils survivant du futur landgrave Frédéric II de Hesse-Cassel et de son épouse, née princesse Marie de Hanovre (fille du roi George II de Grande-Bretagne). Frédéric II se convertit en 1747 à la foi catholique ce qui éloigne de lui son épouse demeurée protestante. Charles et ses frères sont éloignés de leur père, puis élevés par leur tante maternelle, Louise, reine du Danemark; mais elle meurt en 1751. Le prince Charles reste au Danemark, puis il devient en 1768 le successeur du comte von Dehn, comme gouverneur des duchés du Schleswig et du Holstein provinces en majorité germanophones qui appartenaient personnellement à la couronne du Danemark. Il réside au château de Gottorf. Le prince Charles épouse, le 30 août 1766, au château de Christiansborg la princesse Louise de Danemark, fille du roi Frédéric V. Il achète en 1768 le manoir et le village de Rumpenheim en Hesse qu’il agrandit en 1771 pour en faire un grand château, celui de Rumpenheim, ainsi que le domaine de Gereby en 1790, puis en 1807 les terres de Schlei et de Schwansen dans le Schleswig. Il hérite aussi du château de Panker. Le prince Charles de Hesse-Cassel devient landgrave de Hesse-Cassel le 25 janvier 1805, son frère aîné, qui était revenu en Hesse-Cassel en 1785, étant devenu prince-électeur. Il nomme son château de Louisenlund, dans le duché de Schleswig en l’honneur de son épouse, où il termine ses jours.