Voyager de Stockholm à Alger en 1844

Le Charlemagne de la compagnie Bazin, lancé en 1841

Un périple.

En décembre 1844, Joseph Kuhlman devient courtier maritime assermenté et courtier en marchandises à Alger. Essayons de comprendre comment il a pu se rendre en Algérie à cette époque.

Au milieu du XIXe siècle, l’Europe était en pleine mutation avec l’essor timide des chemins de fer et des bateaux à vapeur et les voyages intercontinentaux restaient une aventure réservée à une élite. Se déplacer à l’époque de la grande capitale du nord de l’Europe à Alger n’était pas simple. En 1844, il n’existait aucune liaison maritime directe entre ces deux destinations. Il est fort probable que Josef n’ait pas emprunté un trajet purement maritime car cela aurait impliqué une navigation longue et périlleuse d’environ 2 500 à 3 000 milles nautiques, traversant la mer Baltique, la mer du Nord, l’Atlantique et le détroit de Gibraltar, sans services réguliers documentés pour les passagers. Par conséquent, le voyage qu’il effectua a certainement combiné mer, routes terrestres voire un peu de chemin de fer, une innovation naissante. Une chose est certaine, ce voyage aura certainement été long, de l’ordre de deux à quatre semaines, selon les aléas météorologiques et les correspondances.

En 1844, l’Europe n’était pas encore quadrillée par les réseaux ferrés modernes. La Suède, par exemple, n’inaugurera son premier chemin de fer qu’en 1856 et la France, un peu plus avancée, n’achèvera le trajet Paris-Marseille qu’en 1855. L’Algérie commençait à attirer colons, militaires, aventuriers et commerçants, stimulant les liaisons maritimes régulières depuis les ports hexagonaux. Pour un voyageur suédois, le périple exigeait patience, moyens financiers et une bonne dose de résistance face aux tempêtes, aux maladies et aux retards. Les coûts étaient de plus prohibitifs; billets de bateau, diligences, auberges et bagages pouvaient représenter plusieurs mois de salaire pour un ouvrier.

La traversée de la Baltique vers l’Europe du Nord

Le voyage débuta par la mer. De Stockholm, les passagers devaient embarquer sur un bateau à voile ou, de plus en plus, à vapeur – une technologie émergente qui réduisait les dépendances aux vents. Les destinations privilégiées étaient des ports allemands comme Lübeck ou Hambourg (sous contrôle prussien), ou encore Copenhague au Danemark. Ces liaisons étaient fréquentes, soutenues par le commerce baltique en bois, fer et produits agricoles. Les navires partaient du port de Stockholm, souvent bondés de marchandises. Les cabines pour passagers étaient rudimentaires, avec des repas frugaux à base de hareng et de pain noir. À l’arrivée, un changement rapide s’imposait pour éviter les quarantaines sanitaires, courantes en cas d’épidémies comme le choléra qui ravageait l’Europe. Cette première partie du périple devait durer entre 3 et 7 jours suivant les conditions météorologiques.

Des plaines prussiennes aux vignobles français.

Une fois à terre, le vrai défi commençait : traverser l’Europe centrale et occidentale par voie terrestre. De Hambourg ou Lübeck, les voyageurs optaient pour des diligences – ces voitures à chevaux attelées, gérées par des réseaux postaux comme la Thurn und Taxis en Allemagne. Le trajet menait vers le sud, Berlin, puis Mayence et enfin la France via Strasbourg ou Bâle. En 1844, quelques segments de rail existaient déjà, comme la ligne Hambourg-Berlin (ouverte en 1846, mais des portions antérieures étaient opérationnelles) ou Berlin-Mayence. Cependant, la majorité du parcours a du se faire en diligence, avec des relais tous les 10-20 kilomètres pour changer les chevaux épuisés.

Une fois en France, direction Paris, puis le sud via Lyon et la vallée du Rhône en combinant la diligence jusqu’à Chalon-sur-Saône, puis les bateaux fluviaux descendant la Saône et le Rhône vers Marseille. Pour cette partie du voyage, il fallait compter en 10 à 20 jours, ponctués d’arrêts dans des auberges souvent inconfortables. Les routes pouvaient être boueuses en hiver, poussiéreuses en été et les brigands n’étaient pas rares dans les régions frontalières ainsi les guides de voyage e l’époque conseillaient de privilégier les voyages en groupes…

La traversée vers Alger

Dans les années 1840, pour rejoindre l’Algérie depuis la France, le voyageur avait le choix entre deux ports : Toulon et Marseille. À Toulon, la Marine Royale assurait des départs réguliers trois fois par mois (les 10, 20 et 30) à huit heures du matin. La traversée était plutôt rapide (trente-trois heures), la sécurité maximale sur ces navires de guerre, et des tarifs raisonnables : cent francs en première classe, soixante-dix en seconde. Pour les militaires et fonctionnaires, la nourriture était même fournie gratuitement. Mais il y a fort à parier que Josef ait choisi plutôt Marseille. Plus précisément, qu’il embarqua sur le Charlemagne, ce paquebot à vapeur de cent soixante chevaux lancé par la Compagnie Bazin en 1841. Sur ce navire, pas d’interdiction stricte sur les marchandises, le voyageur était un client et les tarifs modulables : trois classes au lieu de deux, avec une option économique à quarante francs introuvable à Toulon. Il fallait compter entre 45 à 60 heures de mer (2 à 3 jours), une traversée relativement courte mais agitée par les vents du Mistral ou les tempêtes.

La vie à bord, surtout en 1ere classe, était assez confortable. Les cabines étaient plus modernes que sur la Baltique avec des repas qui se prenaient en commun dans une ambiance conviviale.

À l’arrivée à Alger, après un voyage qui dura entre 15 à 30 jours, les premières formalités coloniales attendaient : contrôles des passeports et douaniers et il allait devoir commencer à s’acclimater à la chaleur nord-africaine et découvrir de nouveaux horizons culturels et commerciaux.

(1) En 1831 deux frères Charles et Auguste Bazin, lancèrent la liaison Marseille-Alger et créèrent la Compagnie Bazin. En 1842 la compagnie devenue Compagnie Bazin-Perrier signa une convention avec l’État pour assurer la liaison entre la France et l’Algérie en faisant 7 voyages par mois. En 1852 cette compagnie cessa l’exploitation de cette ligne et, avec Léon Gay, elle devint La Compagnie Générale de Navigation à Vapeur. Elle fut remplacée par la Compagnie Impériale de MM. Caffarel, Rebuffat, Taffe. En 1854 : cette compagnie fit faillite et est remplacée par la Compagnie des Services Maritimes des Messageries Impériales et assure 15 voyages par mois.
En 1861 : La compagnie fusionna avec une autre compagnie pour devenir la Compagnie des Messageries Maritimes nom définitif en 1871, dirigé par Albert Rostand, et Ernest Rigobert Simons, Administrateur des Messageries impériales, et anciennement administrateur de la Compagnie de Rouen, officier de la Légion d’honneur.

Le Consulat de Suède en Algérie

Si l’on intéresse aux relations diplomatiques entres pays et que l’on essaye de s’y retrouver entre les différentes appellations (ambassades, consulats, légations) surtout aux XVIIIe et XIXe siècles il est normal de s’y perdre. Josef Kuhlman ayant été Consul Général des Royaumes de Suède et Norvège, j’ai souhaité apporter quelques clarifications.

le consulat de Suède en 1830
Le Consulat de Suède en 1830

Au XIXe siècle, la présence suédoise en France ne se résume pas à une seule “ambassade” au sens moderne du terme. Elle s’organise autour de deux dispositifs distincts, complémentaires, qui vont coexister un certain temps : d’un côté la représentation diplomatique à Paris, de l’autre un réseau consulaire déployé dans les villes où se concentrent les intérêts maritimes et commerciaux. C’est cette superposition — légation, consulats, consulat général — qui donne parfois l’impression d’un système complexe, alors qu’il obéit à une logique assez claire.

La légation installée à Paris relève d’abord du politique. Elle est la mission chargée des relations officielles entre États : négociations, correspondance gouvernementale, protocole et suivi des dossiers internationaux. À l’époque, une légation est dirigée non par un ambassadeur, mais par un ministre (souvent “envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire”). La Légation de Suède et Norvège est installée rue de Rovigo à Paris et est dirigée par un Envoyé Extraordinaire et Ministre Plénipotentiaire, en l’occurrence le Baron d’Adelswärd (du 1er août 1858 au 2 juillet 1871). La structure de la Légation comportait un secrétaire, des attachés dont un militaire), proche d’une structure diplomatique à part entière, centrée sur la capitale et tournée vers les relations gouvernementales.

Lettre autographe, datée du1er juillet 1864, du Ministre Baron Adelswärd. Il est chargé d'accueillir l'administrateur de la bibliothèque Royale de Suède souhaitant rencontrer l'administrateur de la bibliothèque Impériale du Louvre.
Lettre autographe, datée du1er juillet 1864, du Ministre Baron Adelswärd. Il est chargé d’accueillir l’administrateur de la bibliothèque Royale de Suède souhaitant rencontrer l’administrateur de la bibliothèque Impériale du Louvre. Collection personnelle de l’auteur.

À côté de cette vitrine politique, les consulats répondent à des besoins plus concrets. Leurs attributions touchent la vie quotidienne des ressortissants et le fonctionnement du commerce : navigation et affaires maritimes, protection des marins, litiges commerciaux, formalités et actes, appui aux échanges. Les travaux sur le XIXe siècle rappellent d’ailleurs que l’on oppose souvent, à tort, diplomates et consuls : en pratique, leurs rôles sont complémentaires et l’action internationale d’un État repose aussi sur ces relais “de terrain”, notamment dans les ports et les zones d’activité économique.

Dans ce contexte, Alger occupe une place particulière. Les notices administratives suédoises décrivent un poste ancien, dont le statut a évolué au gré de décisions officielles. Le consulat d’Alger, établi dans le contexte d’un accord de paix de 1729, est transformé en consulat général en 1857, avec une organisation financée (salaire et frais de bureau). Le fait que les titulaires des postes, les titulaires ont souvent porté un “titre personnel” de consul général, ce qui peut créer un décalage entre le titre de la personne et le statut administratif exact du poste. Enfin, la dénomination varie encore par la suite (retour à “consulat” en 1877), tandis que le ressort consulaire est redécoupé selon les périodes. Tout cela explique qu’un même poste puisse apparaître différemment selon l’année, le type d’annuaire et la manière dont l’auteur privilégie le statut de l’office ou le titre du titulaire.

Josef Kuhlman (1809-1876) Consul Général de Suède et Norvège de 1873 à 1876.
Josef Kuhlman (1809-1876) Consul Général de Suède et Norvège de 1873 à 1876.

La liste des titulaires du poste d’Alger permet d’illustrer concrètement cette histoire administrative : elle mentionne notamment Joseph Kuhlman, en fonctions à partir de 1873 et jusqu’à son décès en août 1876. L’annuaire du corps diplomatique et des consulats étrangers confirme par ailleurs ce maillage, en listant, à côté de la légation parisienne, des postes consulaires en France et en Algérie, et en indiquant « Alger — M. Kuhlman (Joseph), consul général ». Un élément complète utilement cette lecture : l’exequatur. Dans la pratique du XIXe siècle, un consul nommé par un État étranger ne pouvait exercer pleinement dans le pays (ou sur un territoire) où il était affecté qu’après reconnaissance par les autorités locales. Cette reconnaissance prend la forme de l’exequatur, souvent publié dans les documents officiels. Dans le Journal officiel de la République française du 9 février 1874, figure ainsi la mention : « L’exequatur a été accordé à M. Joseph Kuhlman, consul général de Suède et Norvège à Alger », ce qui atteste la reconnaissance formelle de ses fonctions par les autorités françaises.

Reste enfin la question des mots : légation ou ambassade ? La différence est d’abord une question de rang diplomatique. Une ambassade, dirigée par un ambassadeur, constitue le niveau le plus élevé de représentation et devient progressivement la norme au XXe siècle. Pour Paris, la transition est nette : la mission suédoise est élevée du rang de légation à celui d’ambassade le 15 octobre 1947 — date qui marque l’entrée dans le cadre diplomatique “moderne”, où l’ambassade s’impose comme format standard entre États.

Ainsi, loin d’être une anomalie, la coexistence d’une légation à Paris et d’un consulat général à Alger reflète l’organisation classique de la présence internationale au XIXe siècle : Paris pour la politique, les ports et places stratégiques pour le consulaire — avec, au fil du temps, des ajustements de statuts, de titres et de ressorts qui laissent des traces parfois déroutantes dans les annuaires, mais cohérentes une fois replacées dans leur logique administrative.

Après l’indépendance de l’Algérie, la représentation suédoise change de nature : elle s’inscrit désormais dans des relations bilatérales entre États souverains. Le site officiel de la Suède à l’étranger (Sweden Abroad) rappelle que les relations entre la Suède et l’Algérie sont anciennes (1729) et que la Suède reconnaît l’Algérie comme État souverain après la proclamation de l’indépendance en 1962, une représentation diplomatique suédoise est mise en place à Alger au niveau des ambassadeurs dès 1963. Cette ouverture marque le passage d’une logique consulaire héritée des siècles précédents à une représentation diplomatique moderne, chargée à la fois du suivi politique, du développement des relations bilatérales et des services consulaires.

Enfin, il faut rappeler que la mention « Suède et Norvège » dans les documents du XIXe siècle renvoie à l’Union qui liait les deux royaumes : cette union pris fin en 1905, date à laquelle la Norvège se sépare de la Suède et recouvre une politique extérieure pleinement distincte.

Un peintre méconnu

Tableau peint par Georges Kuhlman (1872-1923) vers 1890 et offert à son cousin Louis Ovar Néron. Une rue d’Alger. Collection personnelle de madame Dominique Néron.

De mémoire familiale nul de savait que Georges Kuhlman, fils de Sigurd et petit-fils de Joseph, Consul Général de Suède et Norvège, peignait. Ce tableau fut retrouvé récemment dans les archives de Dominique, épouse du petit-fils de Louis Ovar Néron, fils d’Euphémie Beauvais et de Jérôme Néron. Certainement offert par Georges et offert à son cousin Louis vers 1890.

Georges Kuhlman est né à Marengo le 19 octobre 1872 à Oran où la famille de Sigurd et Louise (Chapotin) s’était installée en 1867 lorsque Sigurd a créé le bureau de courtage maritime d’Oran. Sur son acte de naissance il est indiqué « Suédois » car Sigurd ne sera naturalisé français qu’en septembre 1876. Georges et Louis (né en 1880) étaient de la même génération, mais Georges était en fait le cousin germain de la mère de Louis, Euphémie Beauvais, épouse de Jérôme Néron (voir les biographies correspondantes).

La mise en lumière de cette œuvre oubliée mais préservée nous fait découvrir un talent méconnu du dernier Kuhlman né Suédois, lui qui a géré jusqu’en 1895 la ferme Saint-Joseph à Bourkika, cette grande propriété de 139 hectares acheté par son grand-père Joseph à la fin des années 1850.

Cette petite rue d’Alger pourrait être la Rue du Lion dans la Casbah. Une hypothèse à confirmer néanmoins. N’hésitez pas à me faire part de vos remarques.

Voir le site « Marengo d’Afrique » : https://marengodafrique.fr

La société Kuhlman à Oran

Sigurd Kuhlman (1835-1899)
Sigurd Kuhlman (1835-1899)

A la fin de l’année 1867, au retour d’un voyage en Suède pour la cérémonie de décoration de Joseph Kuhlman (Chevalier de l’ordre de Wasa), Sigurd et Louise (Chapotin) s’installèrent à Oran avec leurs deux premiers enfants nés à Marengo, Victor et Adèle. Sigurd y ouvrira un bureau de courtage maritime, comme son père et sera rejoint par son cousin au deuxième degré Svante Nyland. Les archives royales de Suède ont gardé une partie de sa correspondance avec l’homme d’affaires Suédois Bernardt Almquist (1). L’essentiel de la correspondance avec Joseph puis Sigurd est d’ordre commercial sauf quelques unes où Joseph décrit sa propriété de Bourkika et donne des indications permettant de comprendre les liens qui unissaient les Kuhlman avec les de Maupas.

logo société de courtage maritime Kuhlman à Oran 1870

Une de ces lettres m’a permis de reconstituer le logo de la société de Sigurd. Cette étiquette, déchirée bien sûr, semble inhabituelle pour l’époque. Les premiers logos apparaissaient à Paris et dans les grandes capitales mais celui-ci date de 1871 et semble en avance sur son temps, en tous cas en Algérie.

logo de la société Kuhlman à Oran 1875

La deuxième étiquette date quant à elle de 1876 et est modernisée. Encore un fois, d’ordinaire les commerçants tout comme les différents organismes publics, mairies, gouvernement général, service des douanes et autres, utilisaient des tampons à l’encre qu’il apposaient au dos des lettres. Ces deux étiquettes collées sont donc rares et on ne peut que remercier le service des archives Suédoises d’avoir conservé ces petites choses qui semblent insignifiantes mais qui m’ont beaucoup ému lors de leur découverte. Sigurd et Louise auront quatre autres enfants, tous nés à Oran.

Ce fut d’abord Georges en 1872 (mon arrière-grand-père) puis la petite Fernanda qui ne vivra que dix mois (1874-1875), Sigurd Louis (1877-1919) qui décèdera des suites de blessures de guerre (il fut gazé) et Ludovic (1884-1906) et qui décèdera à Saint-Cloud un an avant la naissance de ma grand-mère Suzanne.

(1) (1) Bernhard Ulrik Georg Almquist est né à Uppsala le 1er octobre 1813 et décédé le 27 avril 1881 à Stockholm. Il était le fils de l’évêque de Härnös, Eric Abraham Almquist et de sa seconde épouse, Johanna Elisabet Merckel. Bernhard Almquist a épousé Hedvig Martina Wihlborg (1834-1918) en 1856 et a eu avec elle, entre autres fils, Georg Mårten, propriétaire foncier d’Ekerö, et Johan Axel, conseiller des archives. En juillet 1832, Bernhard Almquist entre au service de la maison de commerce J. C. Pauli & C: o à Stockholm. Il resta comptable professionnel de cette société jusqu’en 1843, date à laquelle il obtint une bourse de grossiste et créa sa propre entreprise (Handelskoll). Cette collection de lettres montre que dans les années 1870, il exporta du bois et du fer du Norrland, principalement vers l’Angleterre et la France, mais aussi vers d’autres pays d’Europe occidentale ainsi que vers la Méditerranée et l’Afrique du Nord. Il dirigeait toujours ce commerce de gros au moment de son décès. La majorité de ses actifs consistait alors en une participation importante (615 000 SEK) dans la société Sunds Aktiebolag. La collection de lettres de Bernhard Almquist a été remise aux archives de la ville le 4 septembre 1953 par Mme Signe Almquist, veuve de Georg Mårten. La collection couvre la période 1866-1878. Cependant, il ne semble complet que pour les années 1871, 1873 et 1876. Ce qui a été remis aux archives de la ville ne constitue donc qu’un vestige, car une grande partie de la collection originale, selon ce que Mme Signe Almquist a déclaré, avait été précédemment détruite. Les lettres ont, même dans les cas où les expéditeurs sont des parents ou des amis personnels du destinataire, un caractère commercial. La partie principale est constituée de lettres commerciales des fournisseurs d’Almquist dans le Norrland ainsi que de ses clients étrangers et de ses relations bancaires. Parmi les expéditeurs, avec lesquels il entretenait apparemment une correspondance animée, on peut citer Johan Behrenberg, Gossler & Co (Hambourg), le Crédit Lyonnais (Paris) et les bureaux de la même banque à Londres, Johan Fahlén (Uusimaa & Tjäll), Forney & Kolseth (Paris), E.J. Hammarberg (Sundsvall), Josef Kuhlman (Alger), Sigurd Kuhlman (Oran), A. van Minden (Paris), Henri Norman (Bordeaux) et Thomas H. North (Hull).

Le Consul Général Kuhlman présente ses lettres de Créance.

Château de Stockholm, le 26 septembre 1873.

« Au sujet de la nomination de Joseph Kuhlman comme consul général à Alger et de la nomination de Rudolf Jensen comme consul à « Victoria » [Hong Kong]. Sur le très gracieux rapport présenté ce jour par le Conseil d’État et le Ministre des Affaires étrangères, nous ordonnons par Notre gracieuse décision royale que la proposition de nomination soit approuvée; Joseph Kuhlman est nommé Consul général à Alger; Rudolf Jensen est nommé Consul à Victoria, Hong Kong. Notre ordre devra être exécuté. Château de Stockholm. Signé Oscar (1).

Sa Majesté le Roi a, ce jour, gracieusement ordonné que soient délivrés les pleins pouvoirs pour le consulat général à Alger à Joseph Kuhlman, et pour le consulat à Victoria, Hong Kong, à Rudolf Jensen.
Signé Oscar

Le journal du Consulat précise en date du 22 décembre : « Moi, Josef Kuhlman, ai reçu par lettre de la légation royale à Paris mes lettres de créance, délivrées par Sa Majesté le 26 septembre, en qualité de consul général à Alger, ainsi que l’exequatur délivré par le gouvernement français le 15 décembre. J’ai informé le vice‑consul Warel de cette nomination, ainsi que les autres vice‑consuls en Algérie, par lettre du même jour ».

Toujours dans ce même journal, en date du 29 décembre, le commentaire indiqué ne manque pas de sel … : « 29 décembre,« Le Consul général a accompli ses visites officielles auprès du Gouverneur général et des principales autorités; quant aux Messieurs du Conseil Supérieur occupés à leurs charges respectives de sorte qu’ils n’étaient pas disponibles. »

Deux jours plus tard, les choses rentrent dans l’ordre : » Le 31 décembre : Suite à l’invitation transmise par l’aide de camp du gouverneur général, le comte Chanzy, j’ai assisté à la réception du gouverneur général à une heure de l’après‑midi, où j’ai été accueilli avec une bienveillance remarquable ».

Général Chanzy
Alfred Chanzy, né le 18 mars 1823 à Nouart dans les Ardennes et mort le 5 janvier 1883 à Châlons-en-Champagne, général et gouverneur de l’Algérie du 10 juin 1873 au 24 février 1879. CDV datant de 1870. Collection personnelle de l’auteur.

(1) Oscar II de Suède, né le 21 janvier 1829 à Stockholm et décédé le 8 décembre 1907 dans la même ville. Petit-fils du Maréchal Bernadotte et fondateur de la maison Bernadotte régnante sur la Suède.

(2) Antoine ou Alfred Chanzy, né le 18 mars 1823 à Nouart dans les Ardennes et mort le 5 janvier 1883 à Châlons-en-Champagne, est un général français, gouverneur de l’Algérie, député des Ardennes.