Augusta Wilhelmina Maklin (1811-1853)

La première épouse du Consul et mère de Sigurd.

Une ascendance aristocratique franco-nordique

Augusta Wilhelmina Maklin naît le 31 janvier 1811 à Stockholm. Elle est la quatrième et dernière fille de Gustaf Maklin et de Louise Marie Johanna Vegult (1782–1855), elle-même fille du Marquis Louis Frédéric de Vigeuil et de Charlotte Rebecka Hummelbaeck. Par sa grand-mère maternelle, Augusta est la petite-fille du Maître d’Écurie du Roi Louis XVI, une ascendance aristocratique française qui contraste singulièrement avec la vie discrète et solitaire qu’elle mènera. Augusta grandit dans une fratrie de quatre sœurs : Charlotta Kristina (1804–1887), Lovisa Amalia (1806–1893) et Sofia Magdalena (1808–1896).

Un mariage de circonstance

Le 9 janvier 1835, Augusta épouse Joseph Kuhlman (1809–1876) à Stockholm. Joseph y occupe alors la fonction de Secrétaire de la Chambre Royale de Commerce. Le contexte de cette union est révélateur : six jours seulement avant le mariage, le père de Joseph, Johan Peter Kuhlman, ouvre une école pour jeunes filles à Stockholm, école qui sera placée sous la direction de Louise Johanna de Vegult, la propre mère d’Augusta. Le fait que leur fils Sigurd naisse sept mois après le mariage laisse penser que cette union fut contractée pour « réparer un égarement », la création de l’école par Johan Peter faisant figure de compensation.

Joseph et Augusta ne vivront d’ailleurs probablement très peu de temps ensemble. Leur mariage ne sera marqué que par ce seul enfant.

Sigurd, leur fils unique

Sigurd Kuhlman naît en 1835 à Stockholm. Fils unique d’Augusta et Joseph, il partira rejoindre son père à Alger dès 1849, comme l’atteste son dossier de naturalisation de 1876, qui précise qu’il était en Algérie depuis cette date. Il deviendra pendant trente ans courtier maritime à Oran, loin de sa mère qui mourra seule, sans lui à ses côtés.

Une vie d’itinérances

La vie d’Augusta après son mariage est celle d’une femme seule, en mouvement constant. En 1838, elle quitte Stockholm pour la Finlande, rejoignant sa mère et sa sœur Charlotta Kristina. Un document de la paroisse Hedvig Eleonora de Stockholm, daté du 15 novembre 1838, confirme ce départ. Elle travaille alors de 1838 à 1839 à l’usine Fiskars, à Fiskari, dans la municipalité de Raseborg, sur la côte sud-ouest de la Finlande, une manufacture fondée en 1649, réputée pour ses outils et ses forges.

« Madame Augusta Wilhelmina Kuhlman, née Maklin, qui se déplace maintenant vers la Finlande, est née à Stockholm le 31 janvier 1811 et est pourvue d’une solide connaissance de la chrétienté, d’une pratique régulière [des sacrements], d’une conduite honorable, et est unie par les liens du mariage au Secrétaire de la Chambre Joseph Kuhlman.
Stockholm, le 6 novembre 1838. Pehr Lindström, Pasteur à Hedvig Eleonora. »
« Madame Augusta Wilhelmina Kuhlman, née Macklin, qui est arrivée de Stockholm en 1838 et qui se déplace maintenant vers Helsingfors (Helsinki), est, selon l’attestation apportée avec elle, née à Stockholm le 31 janvier 1811, pourvue d’une solide connaissance de la chrétienté, d’une pratique régulière des sacrements et d’une conduite honorable, et est unie par les liens du mariage au Secrétaire de la Chambre Joseph Kuhlman.
Porjo, le 17 avril 1839. Pour le Pasteur, Stadius, Pasteur adjoint »

En avril 1839, un certificat de déplacement de la paroisse de Porjo (Porvoo) atteste qu’elle s’apprête à partir pour Helsinki. Ce document souligne également ses bonnes connaissances de la foi chrétienne et rappelle sa qualité d’épouse du secrétaire consulaire Joseph Kuhlman. Elle s’installe ensuite à Porvoo (en suédois Borgå), ville historique de la côte sud de la Finlande, où elle vit de 1840 jusqu’au 6 août 1844, avant de retourner en Suède, dans la région de Stockholm, sur l’île de Munsö, au lieu-dit Lilla Norrby, sur le lac Mälaren. Sa sœur restera à l’adresse finlandaise jusqu’au 17 septembre 1847.

Les archives de la paroisse de Stockholm (Klara kyrkoarkiv) la mentionnent dans la capitale en 1843, 1845 et 1846, avec son fils Sigurd.

La séparation définitive (1849)

En novembre 1849, Augusta s’installe seule dans la paroisse de Västra Eneby, près de Kisa. Les registres paroissiaux ne mentionnent pas Sigurd à ses côtés. Croisé avec son dossier de naturalisation de 1876 attestant qu’il était en Algérie depuis 1849, cela permet de déduire que c’est à cette époque que le jeune homme, alors âgé de 14 ans, part rejoindre son père Joseph à Alger pour y apprendre le métier. La famille est désormais dispersée : Joseph en Algérie, Sigurd parti le rejoindre, Augusta seule en Suède.

Kisa, de nos jours.
Une femme d’initiative

Le 29 novembre 1851, Augusta publie une annonce dans le journal Westerwiks Weckoblad, journal de Västervik, comté de Kalmar :

« La soussignée a l’intention d’établir une pension pour jeunes femmes ; quiconque intéressé est prié de me contacter pour de plus amples informations. Augusta Kuhlman, née Mac-Lean. »

Ce projet témoigne d’une femme d’initiative, déterminée à construire son autonomie, seule, loin d’un mari absent installé à l’étranger.

La mort, seule à Kisa

Augusta Wilhelmina Maklin décède le 28 octobre 1853 à Kisa, emportée par la tuberculose (lungsot). Elle avait 42 ans. Les obsèques ont lieu le 6 novembre 1853.

« Mme Augusta Wilhemina Kuhlman née Nac Lean le  31 janvier 1811, est décédée à kisa le 28 octobre, pleurée par son fils et sa mère de 78 ans ».

Le registre civil des décès de Kisa est éloquent : Augusta ne vivait pas avec son mari, qui résidait à l’étranger. Elle n’avait pas d’enfant auprès d’elle, Sigurd étant en Algérie depuis 1849. Sa mère, quant à elle, vivait chez sa fille Sofia Magdalena à Leksand, dans le comté de Dalarna, à 200 km au nord-ouest de Stockholm. L’avis de décès publié dans le Post- och Inrikes Tidningar est sobre :

« Mme Augusta Wilhemina Kuhlman née Mac Lean le 31 janvier 1811, est décédée à Kisa le 28 octobre, pleurée par son fils et sa mère. »

Significativement, son mari n’est pas mentionné parmi les personnes en deuil. Augusta meurt véritablement seule, sans Joseph, sans Sigurd, sans sa mère. Elle est pleurée de loin, par un fils parti en Algérie et une mère qui lui survivra deux ans, mourant à son tour le 21 décembre 1855 à Leksand, chez sa fille Sofia Magdalena.

Une vie en pointillés

Augusta Wilhelmina Maklin laisse l’image d’une femme issue d’une lignée aristocratique franco-nordique, petite-fille d’un officier de la cour de Louis XVI, qui traversa sa vie dans une solitude discrète : un mariage sans partage, un fils parti loin, des déménagements répétés de Stockholm à la Finlande, de Munsö à Västervik, jusqu’à sa mort dans la campagne suédoise de Kisa. Par son fils Sigurd, elle est l’ancêtre directe de la branche Kuhlman qui s’enracinera durablement en Algérie.

Dans un prochain article, j’expliquerai comment, avec force de déduction, j’ai pu retrouver et identifier ce qui est peut-être la seule représentation photographique d’Augusta…

Sources : Archives paroissiales de Stockholm, Porvoo, Västra Eneby et Kisa ; registres d’état civil suédois et finlandais ; dossier de naturalisation de Sigurd Kuhlman (1876) ; Post- och Inrikes Tidningar (1853) ; Westerwiks Weckoblad (1851).

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