Le vœu de sincérité

Lettre n°1 – Correspondances Lidén-Kuhlman (1er janvier 1773)

« Correspondance Lidén-Kuhlman »

Johan Henrik Lidén (1741-1793). Depuis son lit de Linköping, immobilisé par la goutte, il adresse à Kuhlman ses premiers vœux de l’année.

Linköping, Jour de l’an 1773.

Mon très cher ami,

Ceci est ma première lettre de l’année. À qui aurais-je dû écrire plus volontiers qu’à un ami ?

Je ne fais pas de fioritures de Nouvel An, ni de compliments, comme on les appelle selon le « nouveau style » ; mais il n’est rien de bon que je ne souhaite maintenant et à l’avenir, du fond du cœur, à M. Kuhlman, ainsi qu’à sa chère épouse. Que Dieu nous accorde la santé et l’esprit satisfait ! Tout le reste, je le tiens pour peu de chose. J’ai passé les fêtes dans le calme ; surtout au lit, car mes pieds ne veulent guère me tenir compagnie pour marcher. Mais je ne veux pas commencer l’année par des lamentations. Donc, assez à ce sujet.

La pelisse était jolie et bienvenue. Je n’aurais jamais pu faire une plus grande surprise à ma mère. Je renouvelle mes remerciements pour la peine que vous vous êtes donnée avec cela, tant à Madame qu’à M. Kuhlman. Mais combien n’ai-je pas à vous remercier pour tout le reste ?

Soit qu’il ne se passe rien de nouveau ici, soit que j’en sois ignorant. Saluez tous nos amis communs, et aimez toujours celui qui le restera jusqu’à la mort.

De mon très cher ami, L’humble et fidèle Lidén. »

J’ai oublié mes bottes de Laponie à Norrköping. Soyez gentil de me les envoyer ici, quand l’occasion se présentera. Elles sont nécessaires, maintenant que le froid commence à s’installer.

3 janvier. À l’instant, je reçois une nouvelle lettre de mon bon ami. Cela exige de nouveaux remerciements. Merci pour tous les vœux. Ils sont sincères et donc bienvenus. Ah ! si le bon Dieu nous donnait cette année une meilleure santé ! Comme nous nous unirions pour chanter Ses louanges ! Que Dieu rende au moins nos souffrances supportables et pas trop longues ! Ou, plus justement : que Dieu nous accorde la Grâce d’être satisfaits de Sa volonté en tout !

Ma bonne mère vous envoie ses salutations cordiales. Saluez aussi mon frère Rudberg bien-aimé. [Reçu le 6.1.]

Notes historiques
  • Sincérité contre usages : Lidén refuse les « Nyårskrumelurer » (littéralement : « fioritures de Nouvel An »). Il se moque des vœux pompeux à la mode (« selon le nouveau style ») et leur préfère une déclaration simple, venant du fond du cœur. C’est le ton de toute sa correspondance : une intimité dépouillée d’artifices.
  • La santé et les fêtes : Lidén mentionne avoir passé les fêtes « au lit » à cause de ses pieds. Il s’agit d’une référence récurrente à sa goutte, qui l’handicapait souvent et limitait ses déplacements, faisant du lit son bureau et son lieu de réflexion.
  • Le cadeau (La pelisse) : La « Pellisen » (pelisse, un manteau de fourrure) est ici au centre du récit. Lidén semble l’avoir reçue de Kuhlman et en a fait cadeau à sa mère, lui créant ainsi une immense « surprise ». Il exprime une gratitude profonde, non seulement pour le cadeau lui-même, mais pour l’attention touchante qu’il représente.
  • Les bottes de Laponie (Lappstöflar) : Ces bottes, faites de peau de renne, étaient essentielles pour affronter les hivers suédois. Le fait que Lidén les oublie à Norrköping témoigne de son état de fatigue ou de distraction lors de son départ, mais surtout de la rudesse du climat contre lequel il cherche à se protéger.
  • La rapidité des échanges : Notez la précision « d. 3. Jan. » et « [Ank. d. 6.1.] » (Reçu le 6 janvier). En trois jours, la lettre a voyagé, a été traitée et reçue. C’est une illustration fascinante de l’efficacité du système postal de l’époque entre deux villes distantes de 45 km.
  • La résignation religieuse : La phrase « Que Dieu nous accorde la Grâce d’être satisfaits de Sa volonté en tout ! » est très représentative de la mentalité du XVIIIe siècle. Face à la maladie (sa goutte chronique), Lidén ne se contente pas de demander la guérison, il cherche la paix intérieure dans l’acceptation de son sort, un sentiment qui revient souvent dans sa correspondance.

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